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Full text of "Revue du Bas-Poitou"

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REVUE 



DU 



BAS-POITOU 



Tome m. — Janvier, Février, Mars 1800. 1 



REVUE 



DU 



BAS-POITOU 



PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS 



pfjags ^ir-îT^:--!-- 



5* Mnnée. — r^ Tii 



vraison. 




FONTENAY-LE-COMTE 



BUREAUX : RUE BENJAMIN FILLON 



>crcX^^3o^ 



PARIS 



E. LECHEVALIER 

39, Quai des Gds-Augustins ^ 

1890 



NIORT 
L. CLOUZOT 

2, rue des HalleE. 



THE GEny CENTER 
l IBRARY 



REVUE DU BAS-POITOU 



•}-©GO-<- 



HISTOIRE. LITTÉRATURE, ARCHÉOLOGIE, BEAUX -ARTS 



3« Année 



nien fie fait mieux un peuple viril el h fortl/ie 
contre toutes les épreuves, que le culte et ta 
mémoire de ses aïeux. 

Au moment où la Revue du Bas- Poitou va entrer dans sa 3* année, il 
nous a semblé opportun de jeter un coup d'œil en arrière et de mesurer le 
chemin parcouru. 

Uniquement appliquée à l'étude des questions littéraires, artistiques et 
scientifiques dans notre région, la Revue a prouvé dès ses premiers pas que, 
lidèle à son programme, elle entendait se dégager de toutes les questions 
irritantes de la politique contemporaine, qui a toujours été pour les historiens 
une mauvaise conseillère. 

Qui saurait lui en vouloir? Le champ à défricher n'est-il pas assez vaste, 
et malgré l'abondance des monographies locales, ne reste-t-il pas assez de 
sujets à traiter, de monuments à décrire, de caractères à exhumer ? Nos 
huit premières livraisons, dont on trouvera plus loin le sommaire, fournissent 
la plus éloquente des réponses. 

Nous croyons, au contraire, avoir fait un acte louable, eu unissant les 
hommes sérieux sur un terrain, où malgré la diversité des intérêts, malgré 
la multiplicité des opinions, tous peuvent travailler de concert et dans la plus 
parfaite harmonie. 



Cette pensce — Dieu merci ! — a été coDiprise par un grand nombre. 
Aussi, fortifié et encouragé par ces adhésions, nous pouvons avec conliance 
entrevoir l'avenir de l'œuvre commune. 

Les ressources sont abondantes, les documents ne sauraient faire défaut, 
et les archives particulières aussi bien que les dépôts publics sont assez 
riches pour exciter avec fruit le zèle des érudits, sans jamais l'épuiser. Qu'il 
nous soit donc permis d'appeler sous notre fanion tous les travailleurs de 
la région, et d'inviter chacun d'eux à faire profiter le pays de ses études et 
de ses lumières. Tout le monde y gagnera : les lecteurs de la Revue dont 
l'intérêt croîtra de jour en jour, et les auteurs eux-mêmes, par les jouissances 
intellectuelles qui les dédommageront amplement des sacrifices que leur 
bonne volonté et leur empressement leur pourraient imposer. 

LA DIRECTION. 



PriiieipaiiT^ eo11al>om<eurs de la Herwe 



Louis AuDiAT. — Anatole de Barthélémy. — W^ X. Barbieh de Montault. 

— Léon Ballereac. — Babbaud. — D' Marcel Baudouin. — Jos. Berthelé. 

— Edmond Biré. — A. Bitton. — H. de Boismartin. — A. Bonnin. — Edgar 
BouRLOTOx. — L. Brochet. — H. Colins. — G" de Chabot. — V" de Chabot. 
Chartron. — H. Daniel-Laco.mbe. — Le R. P. de la Croix. — C" Louis de 
Fleury. — De Gouttepagnon. — Le R. P. Ingold. — Hanaël Jousseaume. — 
Lansyer. — J. Laumomer. — C" Régis de l'Estourbeillon. — J. Libaudière. 

— Eug. Louis. — L de la Marsonnière. — Olivier Merson. — Claude de 
Monti. — Léon Palustre. — D'' Marcel Petiteau. — J. Robucho.v. — 
C" L. DE la Rochebruchard. — 0. DE Rochebrune. — iMarius Sépet. — 
H. DE Verteuil. — D' Viaud-Grand-Marais. — René Vallette. etc.... 



Soiiiiiiaire «I(;f4 deux |»reiitièrp»4 aniiéet^ 



'L'Inventaire de François de la Trémoïlle et les faïences de Saint-P or chaire, 
par E. Bonnaffé. — Les Sept Péchés Capitaux, peintures murales de l'Eglise 
de la Pommeraie-sur-Sèvre, par M*' X. Barbier de Montault. — Deux 
pages d'histoire : Le triomphe de Marai et le mariage de M"" Récamier, par 
Edmond Biré. — i/"" de Rohan, littérateurs et poètes, par le C" de Chabot. 



— Les Impressions de voyage en Bas-Poitou du citoyen La Vallée (an III), 
par Edgar Bourloton. — Esquisses biogrophi/jues. — Deux Familles 
Fontenaisiennes : les Collardeau et les De Hillerin, par ]■]. Loris. — 
Chroniques Sablaises, par le D' Marcel Petiteau. — Les Anciennes 
populations du Bas-Poitou, par J. Laumonier. — Barnabe Brisson et la 
Cour de Londres, par Henri Damel-Lacombe. — Les Fouilles du Champ de 
Foire de Luron, et l'Ancienne Eglise de Saint-ltl a Ihurin, \)3ir L. Ballereal-. 

— M. 0. de Bochcbrune et son Œuvre, par A. Bonnin. — Les Mobiles de la 
Vendée au Siège de Paris, par René Vallette. — L'Odyssée d'un tableau, 
par E. Laxster. — La Date de C Eglise Abbatiale de Maillezais, par Jos. 
Berthelé. — Le Calvaire de Bourgenais (légende), par H. Colins. — La 
Renaissance en Bas-Poitou, par Léon Palustre. — Les Cendres de Nalliers, 
par le C" L. de Flelry. — L'Office de la Conception h Luçon, par W X. 
Barbier de Montallt. — Les Fabriques de poteries gallo-romaines du 
littoral Vendéen, par 0. de Rochkbrune. — La Bibliothèque de Pierre 
Nivelle, érêque de Luçon, par B. Fillon et E. Loiis. — Epigraphie 
fontenaisienne, par A. Bitton. — .1 travers les Clochers du Bas-Poitou, par 
Jos. Berthelé. — Maillezais pendant la Révolution, par Edgar Bocrloton. 

— L'Ancien prieuré de Courdault, par L. Brochet. — Richelieu et le 
Poitou, par l'Abbé Lacroix. — La Vendée et Paris en 1793, par Edmond 
BiRÉ. — Les Anciennes nécropoles de Fontenay, par L. Brochet. — Une 
Excursion au Château de Glenay, par J. Roblchon. — Un Evêque artiste 
(Pierre Nivelle, évêque de Luçon), par 0. de Rochebrine. — Les Cloches de 
Luron, par le R P. Ingold. — Nos Marins illustres (l'amira! de Grimouard), 
par René Vallette. — Sonnets Vendéens, parE. Lansyer. — Paul Baudry , 
par A. BoNMN. — Le Missel de Sainte- M arie-d'Olonne, par M*'' X. Barbier 
DE Montallt. — Etudes sur la Forêt de Vouvent (ses anciens fours à 
verriers), par L. Brochet. — Le Lieu de naissance du Cardinal de 
Richelieu, par 0. de Rochebrune. — Lettres inédites de Benjamin Fillon, 
par le C" L. de la Rochebrochard. — L' Archéologie préhistoriqtie h Mareuil- 
sur-le-Lay, par L. Brochet. — Les Seigneurs de la Flocelière. par le 
V" de Chabot. — La Restauration de l'Eglise de la Caillère , \r.\r 
J. LiBAiDiÈRE. — Ecrin poétique : A l'Aimée, par A. B.nmn. 

Ajoutons à ces études de plus ou moins longue ludeinO; une Chronique 
et une Bibliographie U"in)eslrielles .nbondamnicnt fournies, et par dessus 
tout, des illustrations dues au biu'in. à robjertif ou ;i la [ilume de nos 
artistes les plus en renom. 



CONDITIONS DE LA COLLABORATiON 



Cliaque auteur est responsable des idées ou opinions émises dans ses articles. 
— La direction de la Revue offre, à titre ^■•aeieiix à tout collaborateur, 
un tirage à pari de rinquante exeni plnires de son travail. — Pour 
bénéficier de cet avantage, il faut être abonné à la Revue. 



PUBLICATION & ABONNEMENT 



La Rente du Bas-Poitou paraît tous les trois mois, en livraison de 96 pages 
au moins, format grand in -8", accompagnées d'eaux-fortes, d'héliogravures, de 
dessins ou de photographies émanant de nos meilleurs artistes Vendéens. 

Le prix de l'abonnemoni est de liuit frasics par an, pour l'édition sur 
papier ordinaire, et de quinze francs pour l'édition sur papier vergé à la 
forme, dont il n'est tiré que 25 exemplaires. 

Pour l'étranger le port est en sus. 



ANNONCES 



La Revue du Bas-Poitou contient dans chacune de ses livraisons 12 pages 
d'annonces, dont les prix ont été fixés comme il suit; 

La page, 90 fr. — La demi-page, lO fr. — Le quart de page é fr. 



.V. B. — Tout ce qui concerne la rédaction et l'administration de la Revue 
doit être adressé à M. René VALLLTTE, rue Benjaaiin-Fillon, à Fontenay 
(Vendée). 




LA VIEILLE EGLISE DE GHALÂIS 



Près MAILLEZAIS (Vendée) 



DECOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES 



NON loin de Fontenay-le-Gomte, à quelque 1500 mètres 
environ de l'antique abbaye de Maillezais, dont les 
superbes et imposantes ruines évoquent tant de sou- 
venirs, s'élève, au village de Ghalais, ignorée de la plupart 
des touristes, une curieuse petite église romane, que bai- 
gnaient il y a quelques siècles à peine, les flots de l'Océan, 

C'est dans ce sanctuaire élevé il y a déjà bien longtemps, 
que nous venons de faire, ces jours derniers, des découvertes 
archéologiques importantes, que nous sommes heureux de 
signaler aux lecteurs de la Revue du Bas-Poitou. 

Mais avant d'exhumer religieusement pour l'enseignement 
de l'histoire, ces restes vénérables, avant de remuer cette 
poussière de plusieurs siècles qui fut celle de nos pères, nous 
croyons devoir adresser nos plus sincères remerciements à 
ceux qui nous ont aidé de leurs lumières : MM. de Roche- 
brune, l'éminent aquafortiste qui, malgré de très grandes dif- 



6 LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS- 

ficiiltés, n'a pas craint d'explorer avecnous les sombres galeries 
qui rayonnent dans tous les sens, sous l'une des plus vieilles 
églises du Poitou, et Boutet, maire de Saint-Pierre-le-Vieux. 
qui. aussitôt que l'existence probable d'un souterrain refuge 
lui fut signalée, s'empressa de nous en informer, afin que 
des fouilles fussent faites avec métliode. 



§ 1". — Historique de V église de Clialais. 

Si l'on en croit les traditions populaires qui, si elles ne font 
pas absolument autorité, ont néanmoins une certaine valeur 
qu'il ne faut pas négliger, l'église de Ghalais, placée sous le 
vocable de la Vierge, aurait été fondée à une époque fort 
éloignée, par des marins échappés au naufrage. 

Ce qui donne à cette opinion une certaine autorité, c'est qu'à 
la fin du siècle dernier, on apercevait encore sur la voûte en 
pierre qui couvre l'autel de la Vierge, douze marins marchant 
pieds nus. Faut-il voir aussi dans cette tradition une rémi- 
niscence de celle d'après laquelle Saint-Pient, évêque de 
Poitiers vers 560 aurait, avec ses compagnons, été jeté par la 
tempête sur les côtes du pays qu'il venait évangéliser ? 

Gela n'est pas impossible, d'autant mieux que dans l'espèce, 
la tradition s'appuie sur les témoignages de Grégoire de 
Tours et de Pierre de Maillezais, et aussi sur ce fait que 
jusqu'en 942 au moins, Ghalais était baigné par l'Océan. 

Quoi qu'il en soit, il est, dès 963, fait mention de Ghalais 
(Gala) dans l'Histoire de la Rochelle, du père Arcère, et dans 
le Pouillé du diocèse de Lucon. 

En 1003, Théodelin, nouvellement chargé de la direction du 
monastère de Maillezais, sous l'autorité deOauzbert, abbé de 
Bourgueil, sait mettre à profit l'amitié de Guillaume IV ou 
WiJhelm, duc d'Aquitaine, pour obtenir de lui le don de toute 
l'île de Maillezais, La Sèvre, l'Autise, . . . Souil, Chalais 



LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS 7 

{Ecclesia ad Calatem), et toutes les dîmes qu'il possédait dans 
cette partie du Poitou. 

Dans une bulle de 1183, le pape Célestin III proclame que 
toute l'île de Maillezais, les églises de Saint-Martin de 
Ligugé, . . Souil, Chalais, — appartiennent à l'abbaye de Mail- 
lezais qui ne relèvera plus désormais que du Saint-Siège. 

Mais quelque puissanteet respectée que fut alors la papauté, 
l'irascible Geoffroy de Lezignem, dit Geoffroy la Grand Dent, 
méconnaissant la haute autorité spirituelle de Raynald, abbé 
de Maillezais, fait en 1232, saisir par ses baillis Chalais et les 
biens qui servaient à l'entretien des moines. — Le châtiment 
ne devait pas se faire attendre long-temps : sur les réclama- 
tions de Raynald, Grégoire IX lance contre le puissant duc 
une bulle d'excommunication, qui le met en interdit. 

Quand Guillaume paraît, les flambeaux s'éteignent, le ser- 
vice divin cesse, la foule s'écoule, les temples sont fermés... 

A cette époque de foi profonde, l'interdit était une arme 
redoutable entre les mains des papes, et Geoffroy, obligé 
comme les plus puissants rois du moyen-âge de s'humilier 
devant la tiare pontificale, signe à Spolète, un traité en vertu 
duquel l'île de Maillezais tout entière, — Souil, Chalais, sont 
libres de toutes redevancs, coutumes, juridictions auxquelles 
il prétendait. 

Si l'on en croit certains documents (et celan'a rien de sur- 
prenant pour qui connojt l'histoire de la féodalité) Chalais 
ne relevait pas tout entier au XII* siècle de l'abbaye de Mail- 
lezais. En effet, dans une charte de 1085, c'est-à-dire posté- 
rieure de deux ans à la bulle de Célestin III, nous voyons 
qu'il est fait don à la Sainte-Vertu de Tabbaye de Charroux 
par Pierre-Rodolphe de Senac, de sa terre de Chalais et 
autres domaines, et par Aymer de Chalais de sa prévôté, 
du consentement de Foucher de Verteuil et de Guy de la 
Roche. 

En tenant compte delà facture générale de l'église de Cha- 
lais, ou peut affirmer que la construction de l'abside est con- 



LA VIEILLE EGLISE DE Cil A LAIS 



lemporaine des évènemsiits que nous veaoas de relater, c'est- 
à-dire de la fin du XII* siècle au plus tard. Pour ce qui est des 
autres parties de l'édifice, reprises à plusieurs époques, ou 
peut leur assigner des dates comprises entre les XIP et XIV'= 
siècles. 

Le clocher, de construction relativement récente, contient 
une cloche brisée pendant la tourmente révolutionnaire du 
siècle dernier, et portant l'inscription suivante ; 



1710 



Tay esté refette par les soins de M" Pierre Conoveteau. Je 
m'appelle Henriette. Parrains : He/trt/ d' Appelle-voisin et 
Marie Arrivé son épouse et seigjieiirs de Bouille. 

Après l'élévation en évêché de l'abbaye de Maillezais par 
le pape Jean XXII, f'At'ifyno^z awj; ides d' Auguste i317), la 
cure de Ghalais releva au point de vue religieux de l'archi- 
prêtré d'Ardin, ce qui n'empêcha pas, en 1665, Pierre Garon, 
prieur de Saint-Pierre-le-Vieux, de protester tant pour lui, 
que pour le curé dudit Ghalais^, contre la bulle de translation 
du Ghapitre de Maillezais en la ville de la Rochelle. 

Depuis 1665 jusqu'à la Révolution, aucun événement bien 
important ne se produisit à Ghalais dont la cure donnait à 
l'évêché de Maillezais 400 livres de revenus. On peut ratta- 
cher à la première de ces dates, l'érection dans l'église, des 
deux tableaux peints et sculptés sur bois, représentant l'un 
saint Roch et l'autre l'Assomption de la Vierge. Dans ce der- 
nier tableau dont l'ensemble est assez original, on voit Marie 
enlevée sur des nuages, et suivie des yeux par les douze 
apôtres qui paraissent ravis d'un tel spectacle. 

Sur la voûte de l'abside, où étaient reproduits autrefois 
les marins dont nous avons parlé plushaut^ se voient main- 
tenant les emblèmes de la Trinité, et une légion d'anges dans 
l'attitude de messagers qui attendent un ordre. 



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I.A VIKILI.K ÉGLISE DE CIIALAIS 9 

Sur les faces latérales on distingue à peine les portraits 
de saint Pierre et de saint Jean l'évangéliste, dégradés pen- 
dant la Révolution. A cette date, Jean Mothc administrait à 
Chalais, à titre de desservant, cette paroisse succursale de 
celle de Saint-Pierre-le-Vieux. ; mais le presbytère était à 
Souil. Il fut, l'an IV de la République, vendu à Jean Robin de 
Gha,rzais, moyennant treize obligations par le ministère de 
M" Girard, notaire à Pontenay, sous le titre de presbytère de 
la succursale de Chalais. Le cimetière actuel placé en bordure 
de réglisC;, renferme les cendrés de plusieurs représentants 
des familles Aymar — Papin — Martineau et autres qui, à des 
titresdifférents, furent les bienfaiteurs de cette église fort inté- 
ressante au point de vue de son type architectonique, ainsi 
qu'onen pourra juger par les magnifiques eaux-fortes qui 
accompagnent ce texte'. 



§ 2, — Souterrain refuge. 

Le souterrain refuge dont nous donnons ci-après un plan 
et des coupes, a été déblayé sur environ 35 mètres. Il est 
situé sous la vieille église de Chalais. 

Les galeries qui le composent ont des largeurs variant de 
O'^.SO à l'",20,etdes hauteurs comprises entre 0'",50 et l'",80 
qui ne permettent d'y pénétrer qu'en s'y glissant à plat 
ventre. Leurs parois ainsi que la voûte sont fort inégale- 
ment taillées, presque complètement dans une argile excessi- 
vement compacte : ce n'est qu'en bien plus petite proportion 
qu'on y rencontre du calcaire crétacé. 

Les traces des instruments employés par les ouvriers sont 
très visibles, et nous ne saurions mieux faire que de les 

* Quelques fragments d'inscriptions tumulaires relevés par nous figurent 
sur les croquis ci-joints. Signalons, à titre de curiosité, l'existence sur une 
pierre tombale du XVJe siècle d'une quenouille en relief avec fuseau et 
accessoires. 



10 LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS 

comparer à celles que l'on ferait alternativement avec le 
ciseau du tailleur de pierre, la tranche et la pointe d'une 
pioche ordinaire. 

Les surfaces des galeries parfaitement lisses en certains 
points portent l'empreinte indiscutable d'un séjour répété 
de l'homme dans ces sombres asiles, qu'il avait su rendre 
habitables en forant dans la voûte des tubulures cylin- 
driques obliques d'environ 0", 15 de diamètre. Ces tubulures 
qui, par leur accès à la surface du sol appelaient des cou- 
rants d'air destinés à renouveler l'atmosphère du souter- 
rain, devaient pouvoir s'ouvrir au milieu des herbes, des 
broussailles ou des bois, sans dénoncer l'existence de la 
retraite ténébreuse. 

Mais s'il n'est pas douteux que ce fut du besoin de se 
protéger elles-mêmes, que vint aux populations de Ghalais 
la pensée de chercher sous terre un refuge, où elles pour- 
raient attendre la fin des fléaux qui ravageaient leur pays, il 
n"est pas aussi facile de se prononcer sur la date historique de 
ces galeries qui toutes {du moins celles déblayées] viennent 
converger vers un pilier de 10", 50 de circonférence, dans 
lequel a été ménagée une sorte de niche circulaire comme 
celles qui existent en G. H. I. 

Faut-il voir dans ces dispositions, ainsi que le prétendent 
quelques personnes autorisées, des espèces de petites cata- 
combes où d'abord les premiers chrétiens seraient venus prier 
et se réfugier, pour se soustraire aux édits sanglants portés 
contre eux par les empereurs, et pour éviter les supplices 
auxquels ils étaient condamnés? Nous ne le croyons pas. — 
Nous ne pensons point que l'on puisse voir dans la niche 
creusée dans le pilier central et couronnée par une sorte de 
voûte curviligne le tombeau d'un martyr ou autel (méinoria, 
confessio, martyrium, testimonhim, tituliis). Si l'on accepte 
cette hypothèse, contraire, croyons-nous, à toutes les données 
actuelles de l'histoire, il faut admettre que le christianisme- 
avait pénétré dans notre région avant la fin du III' siècle, c'est 



LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS 11 

à-direavant la 9' persécution ordonnée en 275 par Aurélien ; 
car il est démontré aujourd'hui que l'édit de Dioclétien (303) 
ne fut presque point exécuté dans la Gaule occidentale 
surtout, grâce à la modération de Constance-Chlore. Or il est 
à peu près certain que l'introduction du christianisme en 
Vendée n'est pas antérieure à la fin du IV' siècle. 

D'un autre côté;, bien que dos documents importants 
fournis récemment par M. Lévrier, avocat à Niort, et des 
témoins irrécusables répandus tout le long- du Golfe des 
Pictons et à Chalais même, démontrent, pendant les quatre 
premiers siècles de l'ère chrétienne, la présence dans ce 
pays, d'une population gallo-romaine dense et riche, nous ne 
croyons pas non plus que le souterrain-refuge dont il s'agit, 
puisse remonter jusqu'à la guerre impitoyable que firent, au 
1V° siècle, les paysans soulevés contre cette civilisation étran- 
gère qui n'asseyait la magnificence de quelques-uns que sur 
ia misère universelle. La forme des vases trouvés, contenant 
du charbon de bois que nous décrirons plus loin, donne 
croyons-nouS;, à notre opinion un caractère de quasi-certitude. 

Ces deux hypothèses écartées, il n'en demeure pas moins 
acquis que le souterrain en question a dû être évidemment 
fait pendant une de ces époques malheureuses dont est 
trop souvent remplie l'histoire du Bas-Poitou. 

Dans ces conditions nous estimons que le souterrain de 
Chalais a dû être vraisemblablement créé par les habitants 
du littoral, pour se protéger eux et leurs objets les plus pré- 
cieux, contre les invasions des terribles Normands qui, de 
842 à la fin du X* siècle, désolèrent la partie de la Vendée 
baignée par l'Océan. 

A l'époque en effet oîi fut édifiée sur une sorte de tertre la 
première chapelle de Chalais, c'est-à-dire en 963, tout le ma- 
rais qui avoisine cette ancienne paroisse située sur les con- 
fins de la plaine, était couvert par la mer. Des documents 
certains établissent que ce fut en 942, pendant un voyage que 
fit à Fontenay, Louis d'Outremer, qu'à la suite d'un cata- 



12 LA VIEILLE ÉGLISE UE CHALAIS 

clysme, les eaux de l'Océan se retirèrent en partie de notre 
région, et que cène fut qu'en 1460, seulement que Maillezais fut 
réellement réuni au continent. D'ailleurs, une charte de 1216 
dit catégoriquement qu'à cette époque Maillezais était un port 
de mer.Rien d'étonnant alors que ces écumeurs des mers qui 
laissaient partout derrière eux du sang et des ruines, aient 
envahi ce pays, déjà ricue par son sol et sa situation topo- 
graphique, en bordure du chemin Sauhiiers, qualifié, dès 
953^ de Vieux-Chemin, T^Q^T lequel les sels d'Aunis gagnaient 
Poitiers et se répandaient dans le centre de la France. 

Du reste, des localités voisines de Ghalais, telles que Liez, 
Anchais, Givray, Maillezais, Maillé, d'origine celtique, où l'on 
a trouvé des restes de voies romaines, des pieds d'amphores, 
des murs, et même des aires pavées de grandes villas agricoles 
furent ravagées et détruites par les Normands. Ces invasions 
furent tellement épouvantables du IX au X siècle, que, selon 
l'expression du moine chroniqueur Pierre de Maillezais, « les 
.habitants même disparurent. » 

En tout état de causes, si cet asile n'a pas été établi 
pendant les invasions normandes, il l'a sûrement été avant 
la reconstruction en 1085, de la plus grande partie de l'église 
actuelle, et notre opinion est corroborée par ce témoignage 
de l'historien Besly : 

a Le peuple des bourgs de Petosse, Pouillé, Longesves, 
Charzais, Saint-Martin de Fraigneau, jusqu'à Ouïmes et 
« autres iceluy plat pays fut en l'anné 1033 et annés suivantes 
« battu de maux qui ne sauraient nombrer^ par guerre émue 
« entre les seigneurs propres et particuliers et ceux de 
tt Golongeset de La Motte-d'Ardin. Les maisons et champs 
" furent brûlez, les bardes, coffres et bêtes volez, et habi- 
« tants massacrez et mutilez, ce qui en restait forcé de fuir 
<( en foretz et abandonner leurs lieux qui de longtemps ne 
« furent ensemencez. » 

Pour qui connaît le pays qui entoure Ghalais dans un rayon 
de plusieurs lieues, il paraîtra tout naturel que ses habitants 






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LA VIEILLE ÉGLISE DE GHALAIS 13 

fissent une citadelle souterraine pour s'y retrancher. Sans 
cette précaution, comment auraient-ils pu échapper à la pour- 
suite des Normands, ou des seigneurs ennemis, au milieu 
d'une plaine où ils ne rencontraient ni forêts, ni accidents de 
terrains pour se cacher? Dans cette plaine môme, loin de tout 
lieu habité, et notamment sous la route de Fontenay à Mail- 
lezais, on rencontre encore des souterrains remontant à cette 
époque que nous nous proposons bien d'explorer (juelque 
jour. Rien d'étonnant, du reste, que notre pays conserve 
encore les traces de la vive résistance, que les bourgades pic- 
tonnes opposèrent, ou à leurs terribles envahisseurs les 
Normands, ou à leurs non moins impitoyables seigneurs. 

Quelle que soit, du reste, la date du souterrain refuge qui 
nous occupe^ le souvenir en est toujours demeuré vivant dans 
l'esprit des populations de Ghalais qui, aux époques troublées 
de notre histoire, notamment pendant l'occupation de Mail- 
lezais par le capitaine La Plenne et sa compagnie (vzVs garne- 
ments, disent les mémoires de la Ligue), sont venues s'y 
réfugier, ainsi qu'en témoignent les pièces de monnaie que 
nous y avons trouvées se rapportant presque toutes aux 
guerres de Cent ans, de religion et de Vendée. 



§3. — Fa.ses et Sépultures . 



Les vases en partie brisés, que nous avons trouvés, exé- 
cutés en argile commune du pays, présentent des tons dif- 
férents, depuis le blanc rosé, jusqu'au noir plus ou moins 
intense. 

Quelques-uns sont décorés d'une zone de quadrillés im- 
primés à la roulette. D'autres ont sur la panse des cercles 
parallèles dont l'intervallp est rempli par des raies tracées 
à la main. Sur quelques-uns apparaissent des touches de 
lustre violacé d'un brun verdâtre. 



14 LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS 

Ces poteries, dont le système décoratif se rattache par plus 
d'un côté à celui employé du V'au IX' siècle, et qui n'a jamais 
été tout à fait abandonné, nous paraissent être de la fin de 
la période carlovingienne, et de la première moitié du 
XP siècle. 

La plupart de ces vases renfermaient avec des clous en 
fer, du charbon de bois provenant^, sans nul doute, de sépul- 
tures, creusées pendant les périodes de calme, pour recevoir, 
dans l'intervalle des galeries placées sous l'église, les dé- 
pouilles mortelles de quelques prêtres ou de quelques per- 
sonnages importants, dont les parents avaient dû payer fort 
cher, l'honneur de faire inhumer leurs défnnts dans ces lieux 
consacrés, peut-être, par les mystères de la religion. 

De tout cela, il ne reste plus guère aujourd'hui que des 
ossements épars et brisés, des clous portant l'empreinte d'une 
date fort ancienne, et une inscription illisible, sur une petite 
plaque de plomb, tristes emblèmes de la brièveté de la vie et 
de la fragilité humaine, dont la vue nous rappelait, malgré 
nous, ces mélancoliques pensées du chantre des ruines. 

« Ainsi périssent les restes mortels des hommes, ainsi 
» s'évanonissent les derniers souvenirs qu'ils ont laissés ! » 



S 4 . -— Statues. 



Les deux statues malheureusement mutilées dont la phy- 
sionomie a été reproduite si magistralement par l'éminent 
aquafortiste M. de Rochebrune, étaient au moment de leur 
découverte renversées sens dessus dessous, et recouvraient 
une sépulture sise non loin du chœur. Cette coïncidence et 
l'état dans lequel avaient été extraits du sol les personnages 
représentés, nous avaient fait croire d'abord à l'existence 
d'une pierre tombale sur laquelle étaient couchés deux des 
bienfaiteurs de l'église. Mais un examen plus attentif, et les 



LA VIEILLE ÉGLISE DE CHALAIS 15 

soins apportés pour rendre à ces précieux restes leur phy- 
sionomie primitive nous ont démontré, que si ces statues 
étaient bien du XIP siècle, elles représentaient, à n'en pas 
douter, f'Annonciation de la Vierge. C'est en effet un de ces 
sujets qu'aimaient tant à traiter les statuaires de cette époque, 
si bien caractérisée à Ghalais, par cette longue tunique re- 
couverte chez la mère du Christ, d'une espèce de manteau 
aux larges manches, laissant apercevoir des riches étoffes 
sur lesquelles se détache une gracieuse cordelière*. 

Dans ces statues, on constate de longs bustes, une sorte de 
raideur et d'absence de mouvements indépendants de leur 
costume et de leur physionomie bysantine. 

Si l'on examine attentivement les figures gravées sur les 
dessins ci-joints, on ne peut s'empêcher de remarquer la 
similitude de pose, la ressemblance des draperies, l'unifor- 
mité de type qu'on y rencontre avec ceux des bas-reliefs des 
églises de Poussais, Fontaines et la Chaize-Giraud. 

Ces types si souvent admis^, et reproduits avec le scrupule 
religieux, qui tenait à la fois d'un sentiment de dévotion et à 
Timpuissance de l'art, exécutés au moyen de procédés sem- 
blables, ne donnent-ils pas la quasi-certitude que l'archange 
Gabriel et la Vierge placés dans un tympan de l'antique 
église de Ghalais,- sont dus, au ciseau d'un des plus brillants 
élèves de l'école poitevine et saintongeaise, à ce statuaire de 
Saint-Jean d'Angély, qui a laissé sur l'église de Poussais, 
cette curieuse inscription : 

ERAVDVS AVDEBERTVS DE SANCTO 
10 ANNE ANGERIAGO ME FECIT 

et qui faisait, sans nul doute, partie, d'une de ces vaillantes 
confréries de travailleurs, qui s'intitulaient « les logeurs du 



* Les femmes de cetje époque portaient les cheveux tressés très longs et 
descendant plus bas que la ceinture, ainsi qu'on peut le voir au portail de 
Saint-Germain-des-Prés, à Paris. 



16 LA VIEILLE ÉGLISE DE CUALAIS 

bon Dieu et maîtres de l'œuvre, » ([ui, pendant plusieurs 
siècles, ont élevé sur le solde notre Poitou tous ces admira- 
bles monuments religieux dont nous sommes si fiers à bon 
droit. 

Fontenay-lc-Comtc, le 14 janvier 1890. 

Louis Brochet, 

A gent-voycr d' arrondissement ^ 
membre de la Société des Antiqnah'es de l'Ouest. 





AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 



Biographies inédites des Vendéens et des Chouans 



Par ^I. de la Fontenelle de Vaudoré. 



De tous les hommes que l'histoire de la Vendée a inspirés, M. de 
la Fontenelle de Vaudoré est sans contredit celui qui, par la multi- 
plicité de ses travaux, autant que par ses consciencieuses recherches, 
s'impose le plus à l'attention du monde lettré et à la reconnaissance 
de ses compatriotes. 

Sa carrière si remplie de méritoires labeurs n'a cependant pas 
été assez longue pour lui permettre de donner à toutes ses études 
la publicité que réclamait leur intérêt. Parmi ces dernières, une 
place d'honneur doit être ac^-ordée à la curieuse Biographie des 
Yeyidéens et des Chouans, dont la communication nous a été si gra- 
cieusement offerte par M. l'archiviste-bibliothécaire de la ville 
de Niort. 

Fidèle à notre programme, et uniquement soucieux des intérêts 
de l'histoire, nous avons extrait de ces pages ce qui concernait plus 
particulièrement le Bas-Poitou, persuadé que nos lecteurs ne 
sauraient y trouver qu'un hommage à la mémoire d'un peuple qui a 
valu aux Vendéens la glorieuse auréole dont leur nom est aujourd'hui 
encore environnée. 

Tome m. — janvier, février, mars 1890. 2 



18 AUTOUR DU DRAPEAuIbLANG 

Tout en respectant l'idée première de l'auteur, nous nous sommes 
permis de la compléter par l'addition de quelques nouveaux noms 
et de nombreuses notes que rendait nécessaire la distance qui nous 
sépare de l'époque à laquelle ce manuscrit fut rédigé. R. V. 



ALLARD, né à Saint- Jean-de-Liversay, près La Rochelle, 
passa fort jeune aux Vendéens, parvint jusqu'au marquis de 
Lescure à son camp de Saint-Sauveur-de-Givre et devint 
presqu'aussitôt premier aide-de-camp du général comte de 
la Rochejaquelein, sur la prière que lui en fit la marquise de 
Donissan, à qui il s'était tout d'abord adressé. 11 se distingua 
par nombre d'actions d'éclat, notamment à la surprise de 
Ghâtillon-sur-Sèvre par Westerman, où il se jeta au milieu 
des républicains et en tua plusieurs à coups de pistolets et 
presqu'à bout portant. 

Ayant suivi son général et la grande armée au-delà de la 
Loire, il fit prisonnier près de Fougères un avocat qui avait 
été mis de force dans un bataillon républicain. A l'attaque de 
Granville, Allard tua d'un seul coup de pistolet un déserteur 
qui avait crié : sauve qui peut ! et qui ayant fait reculer la 
ligne, occasionna l'échec qui eut lieu sous les murs de cette 
ville. A la bataille de Dol, il fut obligé un instant de mettre 
tout en œuvre pour empêcher un général qui croyait tout 
perdu, de se jeter parmi les républicains pour y recevoir la 
mort. Ayant grandement coopéré à la défaite des troupes 
républicaines à La Flèche, il fit des prodiges de valeur à la 
bataille du Mans où, de concert avec MM. de la Rochejaque- 
lein et Forestier, il s'élança trois fois au milieu des rangs 
ennemis et fut des derniers à quitter la ville, qu'il n'aban- 
donna que vers quatre heures du matin, après avoir combattu 
sans relâche. Enfin, lorsque la Rochejaquelein se fut embar- 
qué à Ancenis et se fut ainsi trouvé, malgré lui, séparé de son 
armée, son aide de camp, qui avait le plus grand désir de ira- 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 19 

verser le fleuve y parvint^ en effets le lendemain. Mais ayant 
erré plusieurs jours sans pouvoir atteindre son général, 
Allard fut pris par les républicains et traduit devant une com- 
mission militaire qui le condamna à mort. Au moment où 
on allait le fusiller, on cria : Aux armes ! et l'exécution fut 
suspendue. 

Par réflexion, on trouva qu'il était cruel de mettre à mort 
un aussi jeune homme, et à raison de cette circonstance et 
de son air de candeur, on l'incorpora dans un bataillon en 
garnison à Noirmoutiers. Allard franchit bientôt le bras de 
mer qui sépare cette île du continent et il alla ofl"rir ses 
services au général Gharette qui, d'abord le reçut assez mal, 
mais qui ayant éprouvé ses talents et son courage le choisit 
pour remplacer Delaunay dans le poste de chef de la division 
des Sables-d'Olonne. Il fut aussi chargé par ce général du 
commandement du camp d'observation établi après la paci- 
fication de la Jaunais, sous le prétexte de protéger les con- 
vois. Pendant ce temps, les républicains avaient établi un 
poste à la Mothe-Achard, à cinq lieues de Belleville, quar- 
tier général de Gharette. Les Vendéens criaient à l'infraction. 
Tous les républicains qui s'écartaient étaient égorgés; et du 
côté de ces derniers on usa de représailles. Mais ils ne bor- 
nèrent pas là leur action, et, sous l'apparence de l'amnistie, 
s'avancèrent de plus en plus des quartiers vendéens, sur- 
prirent Allard avec vingt des siens, et les traînèrent dans les 
prisons des Sables-d'Olonne. 

Le prétexte mis en avant par les républicains était qu'Allard 
avait participé au meurtre de quelques soldats. Accusation 
d'autant moins fondée que ce divisionnaire était connu pour 
avoir des mœurs extrêmement douces. Gela n'empêcha pas 
qu'il fut transféré au château de Saumur, et que plusieurs de 
ses soldats furent mis à mort. 

Le reste de sa troupe s'était réfugié à Belleville, et Gharette 
avait en vain envoyé une ordonnance au général Ganclaux 
pour avoir des explications. La guerre alors n'était pas 



20 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC , 

avouée, mais elle s'annonçait par les préparatifs qui se fai- 
saient réciproquement, et chaque parti paraissait ne vouloir 
retarder les hostilités que pour mieux se mettre en mesure. 
Lorsque cette môme guerre recommença, l'enlèvement 
d'Allard et le supplice de ses soldats furent les principaux 
griefs mis en avant pour légitimer la reprise d'armes. Allard 
fut détenu longtemps; mais la pacification générale de la 
Vendée lui rendit la liberté, et alors il vint se fixer dans les 
environs de Fontenay-le-Gomte. Il y jouissait de la considé- 
ration due à son honnêteté et aux efforts qu'il avait toujours 
faits pour s'opposer aux excès qui accompagnent inévitable- 
ment la guerre;, et plus particulièrement la g-uerre civile. 

En 1814, Allard devait jouer un rôle dans l'insurrection 
royaliste que les événements de Paris devancèrent. Il ne se 
rendit pas moins, lors de l'arrivée du marquis Louis de la 
Rochejaquelein comme pacificateur, auprès du frère de son 
ancien général pour lui offrir ses services. Il souscrivit en- 
suite l'adresse au Roi, et fut maréchal des logis de la garde 
"d'honneur à cheval du département de la Vendes, formée 
lors du passage du duc d'Angoulême à Bourbon-Vendée, 
dans le mois de juillet 1814. 

En 1815, il fut également un des premiers à prendre les 
armes contre Napoléon, et devint un des principaux officiers 
du quatrième corps de l'armée royale de la Vendée dont il 
commanda une des divisions — celle des Aubiers'. 

ANGÉLY (d'), g-arde du corps, domiliô à Sainte-Foi, près les 
Sables-d'Olonne, département de la Vendée, fut condamné à 
mort comme chef de Vendéens^ par la commission militaire 
dudit lieu des Sables. 

ARNAUD était régisseur de la terre de la Guyonnière, 
paroisse de Saint-Nicolas de la Ghaise-le-Vicomte, apparte- 

* Fait chevalier de Saint-Louis, il est mort entreposeur des tabacs, à Bres- 
auire, le 6 mai 184G. 



, AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 21 

nant au baron Duchesne-clc-Dcnant, lorsque la guerre de la 
Vendée éclata. Il y prit part et fut d'abord l'un des chefs de 
division de l'armée du centre sous Royrand. Il se trouva 
comme simple officier attaché à la division de Vieille-Vigne, 
au combat que le général Gharetfe livra, le 26 avril 1794, aux 
républicains, à la Roche-sur- Yon. Ces derniers furent battus, 
et le général Haxo, qui les commandait, blessé et abandonné 
de ses soldats, mit pied à terre en disant qu'il ne se battait plus 
en général, mais en soldat. Alors on lui cria de rendre ses 
armes; mais il s'y refusa en jurant. Un cavalier s'avançant 
pour lui donner un coup de sabre, il le blessa au visage. Un 
autre, nommé Domès, s'approcha de lui, et comme il portait 
un casque, Haxo le prit pour un de ses soldats, et réclama 
son assistance. Domès lui porta un coup de sabre qu'il para 
en faisant sauter l'arme de la main de son adversaire. 
Cependant Arnaud arriva avec quatre cavaliers vendéens, et 
voyant l'obstination du général républicain, il descendit de 
cheval et le renversa d'un coup de mousqueton. Haxo, tombé, 
faisait le moulinet avec son sabre, et d'un mouvement si ra- 
pide qu'on n'osait pas encore l'approcher. Plein de valeur, et 
vociférant mille injures contre ses ennemis, il en blessa 
encore un d'un coup de pistolet au moment oi^i il allait expirer. 
Charette fut très contrarié de ce qu'on ne se fût pas emparé 
vivant d'Haxo et il en témoigna publiquement son méconten- 
tement à Arnaud. Quoi qu'il en soit, cette mort délivra le chef 
de la Basse- Vendée d'un ennemi extrêmement redoutable, et 
inspira beaucoup de confiance à son armée. Arnaud se fit 
encore remarquer par d'autres faits d'armes parmi les roya- 
listes. Il n'existait plus au moment du traité de la Jaunais. 

ARNAULT DE LA MOTHE, d'une bonne famille du 
Bas-Poitou, occupant des places à la chambre des comptes 
de Nantes, habitait Mouilleron-en-Pareds lorsque les Ven- 
déens prirent les armes. Il prit une part active à cette guerre, 
et fut distingué par sa bravoure. Il ne survécut pas à la pre- 
mière guerre. 



22 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

ARNAULT DE LA SALIÈRE, frère puîné du précédent, 
servit aussi comme officier parmi les Vendéens, mais s'y fit 
peu remarquer. Il ne survécut pas non plus à la première 
insurrection. 

ARNAUDEAU. l'un des premiers officiers de la Basse- 
Vendée. Il concourut, le 9 décembre 1793, à la nomination 
du chevalier de Gharetle au grade de général en chef, et fut 
même l'un des officiers chargés de notifier à ce chef cette 
délibération, qui fut prise aux Herbiers. 

AUVYNET, sénéchal de Montaigu, fut, en 1789, député du 
tiers-état des Marches communes de Poitou et de Bretagne 
aux Etats-généraux. Il prit parti ensuite parmi les Ven- 
déens, et devint secrétaire du général Gharette. Il exerçait 
ces fonctions lors des conférences de la Jaunais, et son état 
d'aisance lui faisait désirer la paix, mais il avait peu d'in- 
fluence. Auvynet s'éloigna ensuite de Gharette, et étant 
membre du conseil de Legé, il figura dans le parti qui vou- 
lait effectuer le désarmement des campagnes, isoler le chef 
de la Basse-Vendée de ses soldats, et le contraindre de se 
soumettre à la République. Après la pacification définitive de 
la Vendée, il devint juge, puis président du tribunal de l'ar- 
rondissement de Montaigu, et, par suite, président du tribunal 
du chef-lieu judiciaire du département de la Vendée. 

Auvynet a été considéré dans ses derniers emplois comme un 
magistrat intègre et instruit. 

AUVYNET, fils aîné du précédent, figura parmi les chefs 
de la Vendée, et se soumit à la République, le 17 février 1795. 
Il faisait, comme son père^, partie du conseil de Legé, lors- 
qu'il se déclara pour le parti qui voulait la paix, et pour toutes 
les mesures qui pouvaient ramener. 

Auvynet, après la guerre vendéenne, se livra avec dis- 
tinction à la profession d'avocat, et il fut, en outre, conseiller 
de préfecture du département de la Vendée et sous-préfet des 
Sables-d'Olonne. Démissionnaire en 1830, il resta président 
du Conseil général jusqu'à sa mort. 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 23 

D'AUZON, de Treize-Vents (Vendée), fit la campagne 
d'outre-Loire; fut pris à Blain et fusillé fin décembre 1793*. 

BARBARIN DES COUTEAUX , gentilhomme poitevin , 
capitaine de cavalerie et aide de camp dans l'armée catho- 
lique et royale, signa l'adresse au Roi, présentée par une 
députaiion vendéenne, présidée par le général Sapinaud. 
Au mois de juillet 181i, il était dans les rangs de la garde- 
royale à cheval formée à Bourbon-Vendée, pour faire le 
service auprès du duc d'Angoulôme. 

BARBARIN (le chevalier de], frère du précédent, servit 
quelque temps dans la Vendée, et était, en juillet 1814, dans 
la garde-royale à cheval de Bourbon-Vendée. 

BARBATRE (le maire de), ayant eu des intelligences avec 
Charette, éprouva la vengeance des républicains, et fut mis 
à mort quelque temps avant la prise de Noirmoutiers. 

BARBOT, des environs des Herbiers, figura de bonne 
heure parmi les Vendéens, et fut un des principaux officiers 
de cavalerie de l'armée de Stofflet. Ce fut lui que ce général 
chargea d'arrêter M. Bernard de Marigny qui se trouvait dans 
les environs de Gerisay. Il exécuta cet ordre, et eut ensuite 
la mission de conduire ce chef à Saint-Florent, où son procès 
devait être réyisé. Il s'acquitta de cette commission désa- 
gréable avec tous les égards qui étaient dus au malheur. Il 
offrit son cheval à M. de Marigny, qui refusa de le monter; 
et, plein de respect pour la décoration de saint Louis de ce 
vieux militaire, il marcha à pied comme lui. Cependant 
Stofllet n'avait pris la détermination d'envoyer son rival à 
Saint-Florent que sur la réclamation d'un grand nombre 
d'officiers ; mais bientôt l'abbé Bernier et M. de Rostaing 
arrivèrent, et le firent changer d'avis. Il demanda à M. Soyer 



* Généraux et chefs de la Vendée militaire, par Alexis Des Nouhes. Paris. 
Retaux-Bray éditeur, 1887. 



24 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

l'aîné, son major-général, un capitaine de chasseurs avec 
vingt hommes, et on lui donna le capitaine Savary avec un 
détachement. Stoffïet dit tout bas à Savary d'aller trouver 
B;\rbot. etde fusiller M. de Marigny. Savary rejoignit bientôt 
Barbot, et lui fit part de l'ordre verbal du général. Barbot, 
aussi surpris qu'affligé de ce qu'il venait d'entendre, laissa 
Savary mettre à mort un des chefs les plus distingués de. la 
Vendée, et refusa de participer à cette exécution barbare 

Depuis, il remplit momentanément les fonctions de major- 
général, et, en cette qualité, il donna des conclusions, le 12 
mars 1795, devant le conseil militaire qui condamna à mort 
Julien Prodhomme, chef de la division du Loroux, pour avoir 
quitté le parti royaliste^ et être passé à celui de la république. 
Barbot avait aussi signé l'arrêté de Jallais, du 2 du même 
mois de mars, dirigé contre Charette, et motivé par la pacifi- 
cation qu'il venait de faire avec les républicains. 

Lors de la tranquillité dans la Vendée, Barbot se fil recevoir 
notaire à Saint-Michel-Montmalchus, près la Flocellière, et 
lors de l'insurrection de 1799, il se réfugia à Fontenay. 

Il prit de nouveau les armes en 1815, fut fait chevalier de 
Saint-Louis et signa la lettre du 13 septembre 1817, adressée 
au général d'Autichamp. 

BARBOT, jeune, frère du précédent, servit aussi comme 
officier parmi les Vendéens, et survécut à la pacification. 

B.\HB0T1N fut l'un des premiers généraux des Vendéens. 
Il était un de ceux qui commandaient l'armée qui se porta 
sur Chalonnes, en mars 1793, et il signa, avec d'Elbée, Bon- 
champ, Stofflet et Leclerc, la sommation faite aux habitants, 
laquelle fut suivie de la reddition de cette ville. 

BASGHER se fit distinguer par son attachement à la cause 
royale. Se trouvant en Allemagne et brûlant de se réunir à 
ses compatriotes de la Vendée, il se dirigea sur ce pays, 
habillé en paysan, et ne voyageant que la nuit à l'aide d'une 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 25 

boussole. Arrivé à Poitiers, il y resta six mois, et ne trouvant 
pas jour pour se réunir aux royalistes, il retourna en Alle- 
magne et passa en Angleterre d'où il parvint enfin parmi les 
Vendéens. Il devint chef de la division de Saint-Philbert de 
Grandlieu et donna, dans ce poste, de nouvelles preuves de 
son courage. En 1815, il fut employé comme commissaire 
ordonnateur en chef des corps du centre de l'armée royale 
de la Vendée. 

Bascher, jeune homme très royaliste, fut obligé d'entrer 
dans le troisième régiment de garde d'honneur. Il déserta de 
ce corps à Troyes et vint se cacher chez un de ses parents 
dans les environs de Nantes^ au commencement de 1814. 
Ayant rencontré là le comte de Suzannet, ce général l'envoya 
à Bordeaux auprès du marquis de la Rochejacquelein, afin 
d'avoir des instructions sur ce qu'il y avait à faire et annoncer 
qu'on était prêt à se lever dans la Vendée et demander des 
armes et des munitions. Bascher parvint à travers mille 
dangers jusqu'àÉtauliers(?), quelquesheures après le combat, 
et en traversant continuellement des troupes françaises. Il 
fut admis auprès du duc d'Angoulême qui l'accueillit de la 
manière la plus gracieuse. 

BAUDRY, notaire à la Garnache, prit parti parmi les 
Vendéens^ et y jouit d'une grande considé)'ation. Il présida 
l'Assemblée qui se tint aux Herbiers, le 9 décembre 1793, 
afin d'élir un général en chef. 11 fit valoir les droits de 
M. Charette de laContrie ; mais il ajouta qu'il lui semblait 
covenable de proposer la place à M. de Couëtus, qui en avait 
autant, qui était plus ancien militaire, et qui était décoré de 
la croix de saint Louis. Cette proposition ayant été débattue 
et partageant les esprits, M. de Couëtus entra dans l'As- 
semblée, et fit valoir généreusement les droits de son adver- 
saire, ajoutant que pour lui, vu son âge, il ne se chargerait 
point de l'emploi auquel il s'agissait de pourvoir. Sur cela, 
M. de Charette fut élu unanimement général en chef. Une dé- 



26 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

putation fut nommée pour aller lui notifier sa nomination et 
prendre son acceptation, et Baudry de la Garnache fut cons- 
titué gardien de la délibération^ qui fut renfermée dans un 
portefeuille scellé de cinq cachets. Peu après, Charette en 
organisant son armée, nomma Baudry intendant général des 
vivres, et lui donna Bousseau pour adjoint. Il était aussi 
Tan des commissaires généraux de l'armée de Charette. Ces 
fonctionnaires étaient chargés de l'administration du pays 
et de l'armée, et particulièrement de la gestion des biens des 
absents. 

(A suivre.) 

René Vallette. 





LES dictons populaires sont souvent d'une vérité con- 
testable, mais celui qui s'applique à Vairé « qui voit 
Vairé n'est pas au pied, » se trouve n'être que l'expres- 
sion exacte de la réalité. 

Lorsqu'on aperçoit se profiler sur le ciel bleu, les blanches 
maisons et le clocher aigu de l'église de ce petit bourg ven- 
déen, on s'imagine devoir y parvenir en peu d'instants. 
Déception ! Plus on marche^, moins on paraît s'en rapprocher. 
Des vallons cachés se creusent devant vous, la route s'al- 
longe dans des circuits nouveaux, et, Vairé tout ensoleillé 
sur son coteau, semble sourire de votre peine. 



28 VAIRÉ 

Du restp, comme dit le fabuliste : 

Souvenez-vous que dans la vie. 
Sans un peu de travail on n'a point de plaisir. 

Une fois arrivé, vous n'aurez pas trop à regretter votre 
excursion, si vous êtes ami de la nature pt des choses du 
passé. 

De Vairé, la vue est fort étendue et le paysage très 
agréable. Au bas, se déroule, la vallée de l'Auzance avec ses 
vertes prairies. La plaine ondulée montre ses champs cultivés, 
ses haies de genêts aux fleurs d'or, et, au milieu de bouquets 
d'arbres, les clochers de nombreux villages. A l'horizon, der- 
rière les marais salants les dunes et la forêt de pins d'Olonne, 
surgit resplendissante, la nappe immense de l'océan, au bord 
duquel la ville des Sables offrel'aspect d'une vaste et puissante 
cité orientale. 

Le temps et les hommes ont fait sentir à Vairé,^ comme 
partout ailleurs, leur action destructive, mais si les monu- 
ments des âges précédents ont été détruits, de vivaces sou- 
venirs, lierre des ruines, se sont fixés sur leurs débris. Et 
ils justifient la fierté proverbiale des habitants, qu'on sur- 
nomme « les orgueilleux de Vairé. » 

Sans s'arrêter àl'étymologie «Vari-acus » qui nous ramène 
à l'époque romaine et rappelle la mémoire d'un Varus quel- 
conque, l'antiquité de Vairé est suffisamment démontrée par 
son patron, Saint-Pierre, dont le nom signale toujours les 
premières paroisses chrétiennes. 

Sur le territoire de la commune s'allonge cette curieuse 
crête rocheuse, les Pierres Garatelles, sur laquelle on croit re- 
trouver des dolmens ruinés. 

Au Brandeau, subsistent des tumulus avec souterrain, que 
le moyen-âge entoura de retranchements considérables. 
Aux vieux châteaux de la Papinière, de la Verron?iière, de rOr- 
frère, il existe d'intéressants restes anciens. 



VAiiiÉ 29 

A la Çombe, un mciiliir, la Galoche du Diable, se dresse 
à côté d'une énorme pierre plate le Palet de rAnge et non Loin 
d'une autre, le Palet du Diable. 

Placé sur les Pierres Garatelles messire Satan avait 
parié avec un ange de renverser le menhir, pardon, la 
galoche. La distance est bonne, aussi malgré sa vigueur et 
son, habileté, manqua-t-il sua coup. Son palet s'arrôta en roule 
tandis que celui de l'Ange atteignait lebut.De honte, le prince 
des ténèbres s'enfuit vers Saint-Nicolas de Brem, où, en guise 
de consolation, il écrasa sous un autre bloc (menhir de la 
Crulière), une vache et un petit berger qui avait eu l'impru- 
dence de se donner à tous les diables^ lui et sa bête ! 

Dans le bourg, on remarque la maison, aujourd'hui école 
libre des Sœurs, où fut transporté le général Grosbon, blessé 
par les Vendéens au combat de Saint-Gilles, en 1815. 

Çà et là, notamment sur la place de l'église, apparaissent 
des cercueils en pierre, de grandes dalles funéraires. 

L'église, bien que de construction moderne, mérite une 
visite. Elle fait honneur à la piété des habitants, au zè" 
leurs pasteurs, particulièremeni a ceiui du curé actuel, qui 
apporte dans l'exercice de son saint ministère, autant d'in- 
telligence que de dévouement. 

Ornée intérieurement avec beaucoup de goût, l'église pos- 
sède un bel autel de pierre blanche taillée et de riches reli- 
quaires ne renfermant pas moins de quarante-neuf reliques ; 
reliques de saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul, 
saint André, saint Jacques, saint Basile, saint Grégoire-le- 
Grand, saint Auctus, saint Louis, etc. 

Mais, la principale curiosité de Vairé est la Croix des Pèle- 
rins, pVdcée à peu de disLance du chevet de l'église, sur la 
route de la Mothe-Achard. C'est une simple croix de pierre 
dressée sur un bloc carré de maçonnerie. A sa base, sont 
couchées deux pierres tombales brisées en plusieurs mor- 
ceaux. L'une porte en relief, une croix de pèlerinage encore 
bien visible'. 



30 VAIRÉ 

Ce petit monument rappelle, ainsi qu'un autre calvaire 
nommé la Croix de Vàne, et situé sur la même route, à 500 
mètres environ du bourg, une touchante histoire, dont une 
fête spéciale perpétue le souvenir. Cette fête, particulière à la 
paroisse de Vairé, est solennisée avec autant d'éclat que la 
fête de Pâques. L'on chante grand'messe et vêpres, et l'on 
porte en procession sur la croix des Pèlerins, les reliques, 
entourées de bannières retraçant les principaux épisodes de 
la tradition. 

/Vu temps jadis, vers la fm du treizième siècle, une église 
nouvelle venait d'être bâtie à Vairé. Rien n'y manquait, rien, 
si ce n'est des reliques. Les fidèles s'en désolaient et 
cherchaient vainement le moyen de s'en procurer. 

Nous sommes à une époque, ne l'oublions pas, où des luttes 
ardentes déchiraient l'humanité. Les guerres de châteaux à 
châteaux, de villes à villes, de provinces à provinces déso- 
laient tous les pays, entravaient toutes les communications. 
Les grandes voies romaines avaient disparu après l'invasion 
des barbares, les chemins étaient presque impraticables, et des 
bandes armées toujours en campagne, accroissaient pour le 
voyageur, les difficultés et les dangers. 

Aussi, grand fut l'étonnement, lorsque deux jeunes gens dé- 
clarèrent vouloir se rendre àRomepourdemander desreliques 
au Saint-Père. L'entreprise fut jugée impossible. En vain, on 
leur montra les périls d'un pareil voyage. En vain, on plaça 
sous leurs yeux, en regard de la vie calme et heureuse dont ils 
jouissaient dans leur pays, tous les maux qui les attendaient 
sur la route. En vain, parents et amis réunirent leurs prières 
pour les retenir, les pieux enfants de Vairé persistèrent 
dans leur dessein. 

Le jour du départ fut un jour de deuil pour la paroisse. 
Après une messe solennelle des morts chantée à leur inten- 
tion, nos courageux voyageurs prirent le bâton et le bissac 
des chercheurs de pain. Accompagnés par la population 



VAIRÉ 31 

jusqu'aux confinsde la commune, bénis une dernière fois par 
leur pasteur vénéré, ils s'éloignèrent dans la direction de 
Poitiers, en criant, comme les croisés : 

— « Dieu le veut ! » 

Qui saurait dire les dangers courus, les souffrances en- 
durées, les fatigues supportées dans ce long voyage ? Dieu 
seul fut témoin de leurs épreuves, de leur vaillance ! 

Ils entrèrent, déjà vieillis, dans la capitale de la chrétienté, 
la veillede ce grand Jubilé de 1300, ordonné par Boniface VIII. 
Confondus avec les pèlerins accourus à Rome à cette occasion, 
ils suivirent tous les exercices religieux, visitèrent tous les 
lieux où reposent les corps des martyrs, et obtinrent enfin 
audience du Souverain-Pontife. 

Touché de leur récit, Boniface VIII fit droit à leur requête; 
il leur accorda en outre, des indulgences plénières. De plus, 
le Pape voulut leur fournir les moyens de regagner leur 
patrie sans demander l'aumône. Les deux pèlerins refu- 
sèrent tout secours, n'acceptant que le don d'un jeune âne 
pour porter les reliques 

Les années s'étaient écoulées. Pendant longtemps , au 
village, on avait attendu le retour des voyageurs. Puis, on 
crut qu^ils avaient succombé. Un à un, leurs parents, leurs 
amis descendirent au tombeau. Et le souvenir des enfants de 
Vairé, allait s'effaçant, lorsqu'un matin, ô miracle, les cloches 
sonnèrent toutes seules, appelant les fidèles à l'église. 

La population, dans l'attente de quelque grand événement, 
se mettait en prières^ quand un cri se fait entendre : 

— Les Pèlerins reviennent ! 

On se précipite sur la route , et , l'on rencontre deux 
vieillards, agenouillés près d'un âne mort de fatigue. 

Les cloches s'étaient mises en branle lorsque les pèlerins 
avaient franchi les limites de la paroisse , au pont des 
Rivières ! 



32 



VAIRÉ 



En grande pompo, on transporte les reliques à l'église. A 
l'instant où elles sont posées devant le tabernacle, les cloches 
cessent de lancer leurs notes triomphales, le gk.s funèbre 
retentit à son tour, et les pèlerins s'alîaisscnt au pied de 
l'autel ! 

Et chaque année, le 27 avril, Vairé célèbre l'anniversaire 
du retour de ses enfants, par « la Fête des Reliques. >> 

G. Henri Colins. 




UN AMI DE DOM FONTENEAU 



L'ABBÉ DE LESTRANGE' 



Archidiacie de Luçon 



Au nombre de ses amis, dom Fonteneau comptait un 
certain abbé de Lestrange, archidiacre de Luçon, 
lequel appartenait à l'une des familles les plus distin- 
guées de la Saintonge. 

Cet abbé, qui ne manquait pas d'ambition, et qui vivait 
petitement, à Luçon, avec sa sœur et une cousine, désirait 
fort un gros bénéfice, voire même une abbaye, et s'en étai 
confié à son ami dom Fonteneau dont il connaissait le crédit 
auprès du grand aumônier de France et de M'"^ de Lusignan. 
L'abbé de Lestranges était, du reste, fort bien apparenté et 



' M. de la Marsonnière, président de la Société des Antiquaires de l'Ouest 
a prononcé, le 5 janvier dernier, à la réunion générale de cette savante 
compagnie un remarquable discours sur les Amitiés et les épreuves de Dora 
Fonteneau, l'illustre auteur des Mémoires manuscrits conservés à la 
Bibliothèque de Poitiers. 

Grâce à l'obligeante communication de l'auteur, nous avons la bonne 
fortune de pouvoir offrir à nos lecteurs la primeur de quelques-unes dcg 
pages de ce discours, qui intéressent plus particulièrement l'histoire du 
Bas-Poitou. (N. D. L. R.) 

Tome ni. — Janvier, Février^ Mars 1890. 3 



34 l'abbé de LESTRAiNGE 

les protecteurs ne lui eussent pas manqué dans sa propre 
famille^ sans une circonstance qui n'était point faite pour le 
servir. iLavail, à Paris, un oncle fort répandu, le comman- 
deur de Soudeilles, plein d'amitié pour lui^, mais paralysé 
dans son bon vouloir, par certaine belle-soeur, chez laquelle 
il demeurait et dont l'autorité pesait sur lui d'un poids très 
lourd. C'est ce qui ressort du passage suivant d'une lettre 
que, le 15 février 1771, l'abbé de Lestrange écrivait à dom 
Fonleneau, alors à Paris : 

« Le commandeur de Soudeilles, écrit-il, est logé chez 
M"' de Ghateaumorand, rue Vienne, derrière la petite 
porte du palais royal. Il faut observer qu'il ne faut pas lui 
parler de moi en présence de M"" de Ghateaumorand, parce 
qu'elle aune sœur religieuse pour laquelle mon oncle s'est 
intéressé à lui obtenir une abbaye, et qu'il lui a toujours 
caché les démarches qu'il a faites pour moi, parce qu'elle 
craindrait que cela pourrait nuire à sa sœur*, en ce que le 
commandeur de Soudeilles ayant obtenu quelque chose pour 
moi, le ministre ne voudrait plus rien lui accorder'. » 

Gette situation intéressa dom Ponteneau qui, déjà avait 
recommandé l'affaire de son ami à M""* de Lusignan. La 
comtesse s'empressa de se rendre auprès du grand aumônier; 
mais là, ses sollicitations trouvèrent un obstacle insurmon- 
table. 

Il est bon que vous sachiez que, quelques années aupara- 
vant, l'abbé de Lestrange, de concert avec son évêque et 
avec ses confrères, avait, plaidé contre le chapitre de la cathé- 
drale de Luçon, et s'était refusé, avec raison, à un arrange- 
ment proposé. Il avait gagné son procès, mais soulevé bien 
des colères ; or, en ce temps-là, si l'on voulait perdre 
quelqu'un, il suffisait d'un mot. On disait : « C'est un Jansé- 
niste. » Or, à l'appui de cette accusation contre le pauvre 
abbé de Lestrange, on prétendait qu'en se refusant à l'arran- 

« Cette sœurdeM"» de Ghateaumorand était M"» d'Yversais. 
» Collection de dom Fonteneau, tome 58, page 735, 



l'abbé DR LESTRANGE 35 

gement proposé, il avait entendu obtenir un arrêt au profil 
des Jansénistes contre les Molinistes. Après cela^ la cause 
était entendue. Il n'y avait plus rien à faire auprès du grand 
aumônier, qui répondit par une fin de non-recevoir absolue 
aux sollicitations de M"* de Lusignan*. 

Désappointé dans cette tentative pour obliger son ami, dom 
Fonteneau essaya de lui rendre un autre service qui fut éga- 
lement suivi d'un échec 

Il faut vous dire que dom Fonteneau était universel, et 
qu'au milieu de ses absorbants travaux historiques, il trou- 
vait encore le moyen de cultiver l'art d'Hippocrate et de 
Galien. Si bien que, s'il eût vécu de notre temps, au lieu 
d'être du XVIII" siècle , ses prétentions à l'art dé guérir 
l'eussent exposé aux foudres de la Faculté médicale, et 
l'eussent peut-être conduit sur les bancs de la police correc- 
tionnelle. A vrai dire, il faisait de la, médecine comme les 
amateurs font de la musique, en chambre, c'est-à-dire à huis 
clos et pour ses amis. Pour en revenir à l'abbé de Lestrange, 
il avait une sœur malade et les médecins désespéraient de la 
guérir. Dom Fonteneau, consulté par le frère, écrivit une 
belle ordonnance et envoya des remèdes à l'aspect desquels 
la demoiselle se révolta, refusant de les prendre. Il n'y eut 
pas moyen de l'y décider. Ce que voyant, le pauvre abbé de 
Lestrange écrivit au docteur Fonteneau une lettre mélanco- 
lique dont je vais vous lire le passage intéressant' : 

« Mon révérend Père, j'attendais, de jour en jour, que ma 
sœur eût commencé les remèdes que vous avez eu la bonté 
de m'indiquer, pour marquer l'effet qu'ils lui auraient fait, et 
pour vous en faire mes très humbles remerciements, ainsi 
que du mémoire que vous m'avez, en même temps, adressé. 
Mais il n'y a pas eu moyen de la déterminer à les entre- 
prendre. Elle a continué jusqu'à présentie lait de chèvre qui, 
bien loin de lui faire le bien qu'elle en espérait, n'a fait qu'ai- 

« Collection de dom Fonteneau, tome 58, pages 435, 743,747, 759, 765 et 769. 
a Id., tome 58, p. G69. 



36 l'abbé de lestrange 

grir la maladie et la rendre de plus en plus incurable. Cepen- 
dant, malgré l'expérience qu'elle en a, elle ne veut point 
prendre d'autres remèdes. Je crains fort que son entêtement 
ne lui coûte cher. Néanmoins, je ne cesserai de la persécuter 
pour lui faire exécuter votre consultation. » 

Nous ignorons si les instances de l'abbé réussirent à avoir 
raison de l'obstination de M"^ de Lestrange, mais tout nous 
porte à croire que, dans cette seconde tentative pour obliger 
son ami, dom Fonteneau n'a pas eu la main plus heureuse 
que dans la première. 

L. DE LA MaRSONNIÈRE. 




A TRAVERS 

LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 



LES PAROISSES OCCIDENTALES DE LA VENDÉE 



INTRODUCTION 



ORIGINE DES CLOCHES 



LES auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque à laquelle 
il faut faire remonter l'invention des cloches. 
Les uns* soutiennent que le principe en fut trouvé 
a dès que l'homme parvint <à durcir par le feu le vase d'argile 
« qu'il s'était jusqu'alors contenté de faire sécher au soleil. » 
L'arg-ile plus tard fut remplacé par les métaux. 

Les autres, sans donner de date historique, nomment les 
Égyptiens comme les inventeurs de la cloche. Il y a un fait 

* La Cloche. Eludes sur son histoire et sur ses rapports avec la société 
aux différents âges, pu- J. D. Blavignac, architecte, pages 309 et suivantes. 



38 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

certain, c'est que dans des fouilles, faites en Egypte, on a dé- 
couvert assez souvent des clochettes qui semblent avoir ap- 
partenu aux premiers âges du monde. 

Quelques savants attribuent aux Chinois l'invention dont 
il s'agit. Il paraît en effet, d'après les annales du Céleste- 
Empire, que vers Tan 2202 avant Jésus-Christ, un empereur 
fit fondre douze cloches dont les sons gradués exprimaient 
les cinq tons de la musique. » 

Neuf siècles plus tard, Moïse, écrivant dans YExode, sous 
la dictée de Dieu même, marque les prescriptions suivantes, 
touchant la tunique du grand-prêtre : « Deorsum vero, ad 
« pedes ejusdem tunicee, per circuitum, quasi mala punica 
« faciès, ex hyacintho et purpura et cocco bis tincto, mixtis 
« medio tintinnabulis, ita ut tintinnabulum sit aureum et 
« malum punicum ; rursùmque tintinnabulum aliud aureum 
« et malum punicum^ et vestietur eâ Aaron in officio minis- 
« terii^ utaudiatur sonitus quando ingredietur et egredietur 
« sanctuarium in conspectu Domim... y^ [Exode, xxviii, 33, 
34 et 35.) 

Voici la traduction du texte sacré : Tu mettras en bas et 
autour de cette robe, des grenades d'hyacinthe, de pourpre, 
d'écarlate teinte deux fois, entremêlées de sonnettes^ en sorte 
qu'il y aura une sojinette d'or et une grenade, et une sonjiette 
d'or et une autre grenade ; et Aaron sera revêtu de cette robe 
lorsqu'il remplira les fonctions de son ministère, afin qu'on 
entende le son de ces sonjiettes, lorsqu'il entrera dans le sanc- 
tuaire devant le Seigneur ou qu'il en sortira. 

11 serait trop long de citer tous les textes de l'histoire 
ancienne qui mentionnent l'usage des cloches et des clo- 
chettes. 

On nous saura ^vé de rappeler seulement que le char 
funèbre sur lequel fut transporté le corps d'Alexandre-le 
Grand, était orné de grandes sonnettes dont le bruit se faisait 
entendre de fort loin ; et que chez les Athéniens, au temple 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 39 

de Proserpine, comme à Rome, sous l'empereur Auguste, au 
temple de Jupiter Gapitolin, on se s»;rvait d'instrumenîs 
sonores en métal pour convoquer le peuple aux sacrifices. 

Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, à cause de la 
persécution, les disciples du vrai Dieu ne purent imiter 
les idolâtres et se servir de la cloche pour appeler les fidèles 
dans les églises. La liberté de le faire ne leur fut laissée que 
dans les premières années du cinquième siècle, lorsque 
Théodose ordonna, dans tout l'Empire, la suppression du 
paganisme. « Alors, dit l'auteur déjà cité, les chrétiens 
purent consacrer au service de la vérité les vibrations de 
l'airain polluées jusque-là par un culte qui avait divinisé le 
vice lui-même. » 

Dès le VP siècle, les cloches se multiplient en France et 
mention en est faite particulièrement dans les Œuvres dé 
saintGrrégoire,deTo\iTsei dans la Vie de saint Colomban. 
De cette même époque, date également la pieuse pratique de 
la bénédiction et du baptême des cloches et dès lors « la robe 
des chantres de bronze » se couvre d'inscriptions et de 
dessins, intéressants pour l'archéologie et l'histoire locale. 

Depuis, l'œuvre des fondeurs s'est perfectionée de siècle en 
siècle et aujourd'hui ce n'est point sans jouissance, ni sans 
profit qu'on examine de près ces monuments artistiques, 
témoins fidèles du passé, qui se cachent à l'ombre de nos 
clochers. 

Aussi, on comprendra que nous ayons voulu faire une 
étude spéciale sur les cloches de notre région, essayer d'en 
déchiffrer les inscriptions et d'analyser les dessins embléma- 
tiques dont elles sont ornées. Sans doute, nous n'aurons pas 
à présenter aux lecteurs de la. Revue du Bas-Poitou, des bour- 
dons aussi pesants que celui du Kremlin, à Moscou (201,266 
kilog.), ni des cloches aussi ravissantes à entendre que celle 
de Reims (année 1570 — 11, 500 kil.) qui a, paraît-il, le son le 
plus beau et le moelleux de toutes les cloches connues. 



40 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

Cependant, comme on le verra par la suite de ce modeste 
travail, nos cloches vendéennes ont bien leur intérêt, quelques- 
unps par leur ancienneté, plusieurs par leurs curieuses ins- 
criptions et presque toutes pour leurs ornements symboliques. 



I 

DOYENNÉ DE BEAUVOIR-SUR-MER* 

A. — Le Clocher de Beauvoir. 

L'église de Beauvoir, qui est de style roman^ date du 
douzième siècle. La toiture du clocher ayant été ébranlée par 
le feu du ciel, a été remplacée par la pyramide qui existe 
aujourd'hui. « Plus tard, le 11 février 1783, à neuf heures du 
« matin, comme le raconte l'honorable historien que nous 
« citons en note, le tonnerre tomba de nouveau sur le clocher 
« coupa la girouette, enleva du plomb et des ardoises, entra 
u dans la sacristie et de là dans l'église, en faisant un trou 
« dans la muraille ; un autel fut renversé, ainsi que plusieurs 
« personnes qui n'eurent d'autre mal que la peur. Le même 
« jour, la foudre frappa les églises de Saint-Gilles-sur-Vie et 
« de Saint-Jean-de-Monts ; le lendemain, elle renversa le 
« clocher de l'Aiguillon. » 

Le clocher de Beauvoir renferme quatre belles cloches. 

M. le curé-doyen s'est plu à rechercher dans les archives 
de sa paroisse les noms de ses prédécesseurs et les faits les 
plus intéressants qui ont marqué leur ministère. Le résultat 

• Beauvoir est 'lésigné dans les anciennes chartes sous les noms de Belveer, 
Belvearinm, Bellus-Visus, Bello-Visus, Belvedeir (Felvédère, lieu élevé d'où 
l'on voit au loin). Cette ville doit son nom à une colline artificielle de 12 à. 
*5 mètres d'élévation, adossée h une maison partiiculière. Cette butte était, 
gelon toute probabilité, un tumulus, c'est-à-dire un lieu de sépulture à 
• uBagedes ancienî habitants de ce pays. (M. E. Oallet. Histoire de Beauvoir.) 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 41 

de ces précieuses études a été imprimé. Nous y avons lu les 
deux mentions suivantes : 

« En i 723, bénédiction d unn r/ rosse cloche sous l'invocation 
de saint Philbert. En 1761, bénédiction de trois cloches. » 

Les cloches dont il s'agit ici ont, comme tant d'autres, dis- 
paru pendant la Révolution* Les plus anciennes que possède 
actuellement l'église de Beauvoir sont de 1805. 

Sur la plus grosse, nous avons cru lire, non sans dificulté, 
les renseignements qui suivent et que nous donnons sous 
toutes réserves : 

Callard, fondeur, 1 805', Marc-Léo7i est mon nom. 

Sur la plus petite, nous n'avons pu déchiffrer que ces mots : 

André Gerrjaud, curé. Marie- An7ie. 

C'est bien peu, sans doute, mais cela suffit pour nous faire 
connaître l'âge, le fondeur, les noms de ces deux cloches qui 
évidemment sont de la même époque. Nous savons par ailleurs 
que M. l'abbé Gergaud était curé de Beauvoir en 1805. 

Les cloches n'ont pour to'it ornement que de simples filets. 
D'après la tradition, elles auraient été fondues à Beauvoir 
même, dans le cimetière. Les deux autres cloches de Beauvoir 
sont de date plus récente. 

1° La plus grosse : L'an de N.-S. J.-Ch. 1 865, Pius pp. IX, 
Carolus Colet, episcopus Lucionensis, Renatus- Maria Soulet, 
rector de Beauvoir. 

(Main) Petrus Gallet, magister, patrinus. Celestia Mignon, 
matrina. Mon nom est Céleste-Marie. 

Voici la traduction : Pie IX étant pape. M*"" Charles Colet, 
évêque de Luçon, M. l'abbé René-Marie Soulet , curé de 

* .A. la fin de 1794, elles furent brisées et transportées, à l'Hôtel des 
Monnaies, i\ Nantes, avec celles de Saint-Gervais et de Noirmoutier. 



42 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

Beauvoir, j'eus pour parrain. M. Pierre Gallet, maire, et 
pour marraine, M'"' Céleste AJiuijon. Mon nom est Céleste- 
Marie. 

Bollée, père et fils, fondeurs-accordeurs au Mans. 

La robe de la cloche est ornée, d'un côté, d'une croix fleurie, 
et de l'autre, d'une Vierg-e couronnée d'étoiles. Les pieds de la 
sainte Vierge écrasent la tête du serpent infernal, et reposent 
sur un globe que porte un agneau nimbé, devant lequel se 
tient un ange, les mains jointes. 

Au pied de la croix^ le fondeur a placé deux médailles d'ar- 
gent obtenues par lui, l'une à Tours en 1839 et l'autre au Mans 
en 1842. Quatre guirlandes;, dont deux (celles d'en bas), sont 
formées de pampre et de raisins, complètent l'ornementation 
de cette cloche. 

2° Sur la 4* cloche, on lit : L'an de N.-S. J.-C. 1865, mon 
nom est Henri-Séraphie. Laudo Deum, plebem voco, defunctos 
ploro, pestem fugo (main), festa decoro. Hejiricus Lepot patri- 
nus. Seraphia Auviiiet matrina. Renatus-Maria Sollet, rector 
Beauvoir. 

Bollée, père et fils, fondeurs-accordeurs au Mans. 

Les mots latins peuvent se traduire ainsi : Je loue Dieu, 
j'appelle le peuple, je pleure l(!s déliints, je chasse la peste, je 
célèbre les fêtes. M. Henri Lepot fut mon parrain, et M''" Sé- 
raphie Auvinet, ma marraine. 

Les ornements de cette cloche sont ceux de la précédente, 
avec cette différence, que les guirlandes sont faites avec des 
roses, au lieu d'être en feuilles de vigne. 

Cette inscription : Laudo Deum.... est fort ancienne. Il est 
probable qu'elle fut composée en Lorraine. En tout cas, on la 
trouve sur une cloche de 1350, dans une paroisse voisine de 
Metz. Elle se lisait en tout ou en partie sur le bourdon de 
Strasbourg, coulé en 1427; sur la grosse cloche de Genève, 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 43 

qui datait également de 1527 ; sur une autre cloche de 1493, 
dans l'église Saint-Gervais, à Genève, etc., etc. 

Celle inscription a été paraphrasée par un prêtre d'Annecy, 
de la manière suivante : 



Nous louons Dieu, nous rassemblons de môme 
Peuple et clergé devant les saints autels ; 
Sur les trépas que partout la mort sème. 
Nous gémissons comme vous, ô mortels ! 
Quand nous tintons au bruit de la tempête, 
Vous la chassez en tombant à genoux ; 
Et lorsque brille un nouveau jour de fête, 
Un carillon vous le rend bien plus doux. 



B. — Le Clocher de Bouin'. 

. L'église actuelle occupe le point central d'une forteresse 
construite au IX" siècle pour défendre les habitants contre 
les descentes réitérées des Normands ; son style moitié roman, 
moitié gothique, indique manifestement la fm du XIP siècle. 
La tour et la flèche semblent plus récentes ; elles seraient du 
XIV« siècle, si on en juge par les ornements qui la décorent. 
Le 24 décembre 1777, veille de Noël, vers 8 heures du soir, 
le tonnerre tomba sur le clocher et de là sur l'église, sans 
faire de mal aux prêtres de la paroisse et aux 60 fidèles qui 
s'y trouvaient en ce moment. La flèche qui souffrit de sérieux 



* Avant le huitième siècle, l'île de Bouin se nommait l'île d'Orée, c'est-à- 
dire l'île d'entrée, parce qu'elle se trouvait située à l'entrée de la baie de 
Dain, baie d'une largeur primitive de plus de deux lieues. Elle se nomma 
plus tard Bonuo, Bonduim, Boginum, Buginum, Buniacum, mais toutes 
ces variantes équivalent au mot Boign, Boing, Bouing, que nous trouvons 
dans les chartes françaises du moyen-àge et qui signifie baigner, en patois 
liougner, ;\ cause des submersions fréquentes auxquelles l'île était exposée. 
Dans le cours du seizième siècle seulement, Bouin disparut plus de quinze 
fois sous les eaux de la mer. (Luneau et Gallet. Noies et documents sur l'île 
de Bouin.) 



44 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

dégâts dans cette circonstance et dans plusieurs autres, 
fut démolie et reconstruite, en 1850, aux frais du g-ouverne- 
mentqui, sur Tavis d'hommes éclairés, la considéra comme 
un point d'amer très important dans la baie de B'jurgneuf. 

Nous ne savons en quel siècle le clocher de Bouin reçut ses 
premières cloches. 

Nous avons cependant consulté avec soin les nombreux 
documents publiés par les éminents historiens de cette pa- 
roisse et la plus ancienne mention que nous ayons rencontrée 
ne date que du 2 août 1579. C'est dans un acte de transaction 
entre les habitants et le seigneur de Bouin sur le droit de 
cens des sels, que nous lisons ce qui suit : 

« Ce fut fait et passé... (en) l'église de Bouin, les parois- 
« siens y étant congrégés et assemblés pour cet effet, au 
« son de la Cloche Capitale^ accoutumée à sonner pour as- 
« sembler les dits paroissiens en forme de corps politique, 
« pour les affaires publiques de la dite isle de Bouin. » 

Plus tard, le 23 décembre 1714, dans une pièce intitulée : 
Acceptation volontaire et remerciements de la part des princi- 
paux habitants de Bouin, de la coutume de Poitou et du res- 
sort du parlement de Paris, pour la partie de Bouiji qui estait 
de la coutume et du parlement de Bretagne, dont il a plu au 
Roy faire distraction — il est dit : 

« Nous habitans de l'isle de Bouin, capitulairement assem- 
« blés le jour, après le son de la cloche, dans la sacristie de 
« l'église paroissiale, à l'issue de la Grande Messe, pour déli- 
« bérer des affaires de la paroisse... avons unanimement 
« supplié Ms' le comte de Pontchartrain, seigneur de cette 
« isle, de rendre pour nous de très humbles grâces à Sa 
« Majesté... » 

Il nous est impossible d'affirmer ce que devinrent les 
cloches de Bouin pendant la tourmente révolutionnaire. 
Cependant on nous a assuré que par ordre supérieur, la 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 45 

municipalité avait dû lob lain; transporter à Machecoul, pour 
être envoyées de là à Nantes. Nous n'avons de renseigne- 
ments précis que sur les cloches actuelles, au nombrede trois. 
1° La grosse cloche. — Inscription : 

Confitehor Domino nwiis in ore meo et in medio multoriim 
laiidaho eum. Ps. 108, v. 29. 

J. Rousseau rector insulœ viUgo Bouin, auno Domini 1 839. 

Maria ex Assumptionne Josephina-Henrica nominarunt 
D.D. Josephus Durand et Henrica Nathalia-Cœcilia Guignard. 

Voruz fratres me Nannetidus conflaverunt. 

Traduction : Ma voix rendra grâce au Seigneur de toute ma 
force et je le louerai au milieu d'une grande assemblée. 
(Psaume 108, verset 29.) M. l'abbé J. Rousseau, étant curé de 
Bouin, dans l'année 1839, M. Joseph Durand et M"* Henriette- 
Nathalie-Gécile Guignard m'ont nommée : Marie de l'Assomp- 
tion, Joséphine-Henriette. 

Les frères Voruz m'ont fondue à Nantes. 

Pour tout ornement, il n'y a que deux croix, à l'opposé 
l'une de l'autre. La première est très simple, mais la deu- 
xième est fleurie et encadrée de deux branches de rosier 

2» La cloche moyenne. Inscription : 

Magnificate Dominum )necum : et exultamus nomen ejus 
in idipsum. 

Publiez avec moi combien le Seigneur est grand et célé- 
brons tous ensemble la gloire de son nom. (Psaume 33, v. 4.) 

J. E. JJurandet, curé. A. Lecler maire, Van du Seigneur 
1877. Marie-Caroiine-Joséphine- Marguerite. Achille Lecler, 
parrain et Joséphine Groleau, dame Pelletier, marraine. 

Astier fondeur à Nantes. 

Ornements : D'un côté de la cloche, il y a une croix fleurie. 
Du côté opposé;, on voit la sainte Vierge tenant d'une main 
l'Enfant-Jésus et de l'autre un lis immaculé. Sur la robe, on 
distingue des feuilles d'acanthe et une guirlande de roses. 



4b A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

3" La petite cloche. — Inscription : Sit nomeii Dominibene- 
dktum (Que le nom du Seigneur soit béni) ! 

J. E. Durandct, curé. A . Lecler. maire. L'an du Srigncur 
iS77. 

Jacqueline- Léonide- Jeanne- Philomène. Jacqun; Nauleuu, 
parrain et Jeanne Chartier, marraine 

Astier, fondateur à Nantes. 

La croix et la Vierge sont disposées comme sur la cloche 
précédente. Tout autour, il y a 3 guirlandes ; la première est 
formée de feuilles de chêne avec glands ; la 2^ de feuilles de 
vigne avec raisins et la 3*, de petites fleurs ressemblante des 
pâquerettes. 

Les Voruz, dont il est parlé plus haut, vinrent s'établir à 
Nantes vers la fm de la Révolution. Depuis quelques années, 
ils ne s'occupent plus de la fonderie des cloches*. 

La maison Astie'r à Nantes a été fondée, en 1861, par 
M. J.-B. Asticr, élève de M.Bollée d'Orléans. En 1879, à la mort 
desonpère,M. AdhémarAstier,sorti du pensionnatdes Frères, 
continua les mêmes travaux. A la fin de l'année dernière, la 
maison Astier avait fondu 99 cloches pour la Vendée, la Bre- 
tagne et les colonies'. 



C. — Le Clocher de Saint-Gervais. 

Depuis plusieurs années, l'ancienne église, dédiée à saint 
Gervais et à saint Protais, martyrs, est détruite et n'existe 
que dans les souvenirs : elle n'avait rien de bien remar- 
quable et semblait remonter au XII» siècle. 

Louis de Rivaudeau, seigneur de la Guillotière et de 
Villebon, y fut inhumé le9 avril 1670. Il était petit-fils du 

* Communication de M. Jos. Berthelé, archiviste des Deux-Sèvres, 
auteur de l'ouvrage : Recherches pour sertir à l'histoire des Arts en Poitou. 
— Nous sommes heureux de lui offrir, à cette occasion, l'expression de 
toute notre reconnaissance pour les nombreux services qu'il nous a rendus. 

« Communication de M. J. B. Adhémar Astier. 4 juin 1889. 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 47 

poète, André de Rivaudeau, dont M. C. Mourain de Sourdeval 
a publié les œuvres en 1859'. 

M. Denogent, ancien vicaire de Barbâtre, ensuite curé de 
Notre-Dame-de-Monts, fut massacré, par les soldats de la 
Révolution, dans cette même église, à la porte du confes- 
sionnal où il s'était caché. , , 

Cet antique édifice et son clocher viennent de disparaître, 
comme nous l'avons dit, pour faire place à une charmante 
église ogivale, dont la construction honore le digne pasteur 
qui, en connaisseur émérite, en a surveillé les travaux. Le 
clocher sans doute viendra à son heure et ne méritera pas 
moins de louanges, nous en sommes convaincu, que le reste 
du sanctuaire. En attendant, nous allons faire connaissance 
avec les cloches qui doivent l'habiter. 

Nous lisons dans V Annuaire de la Société d'Emulation de 
la Vendée (année 29% page 141) : « A Tépoque de la Révo- 
lution, les cloches (de St-Gervais) restèrent longtemps sur 
« le pavé de l'église, mais à la fin de 1774, elles furent brisées 
« et Iransportées à l'hôtel des Monnaies de Nantes, avec celles 
« de Noirmoutier et de Beauvoir. On ne les remplaça qu'en 
« 1806. » 

* Les œuvres poétiques d'André de Rivaudeau, gentilhomyne du Bas- 
Poitou, nouvelle édition, publiée et annotée par F. Mourain de Sourdeval. 
12, à Paris, chez Auguste Aubry, 1859. Cette édition contient une tragédie, 
douze pièces diverses et cinq complainctes . La tragédie est intitulée : Aman 
et comme son auteur est mort en 1580, il s'ensuit qu'elle fut composée plus 
de cent ans ?>.\dt.niVEsther de Racine. Il faut tenir compte de cette remarque, 
pour apprécier ses qualités ; la vie manque un peu dans cette composition 
littéraire, qu'il ne faut pas jugc>r d'après les ri^gles actuelles, mais les vers 
ont un certain mérite, qu'il serait lujuste de dédaigner. Voici la première 
strophe chantée par une fille d'Esther : 

Or, est-il temps il'oublier, mes compagnes. 

Les biens du temps heureux. 
Or, est-il temps de remplir les campagnes 
De regrets douloureux. 
Ma vie cesse 
La mort me presse 
L'heure est voisine 
De ma ruine. 
Nous sommes près du destin malheureux. 



48 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-1'OITOU 

■ M. Eugène Louis, professeur au lycée de la Roche-sur- Yon, 
qui a écrit ce qui précède, ignore sans doute que les parois- 
siens de Saint-Gervais ont roussi à sauver de la destruction 
l'une de leurs anciennes cloches, dont l'inscription est 
ainsi conçue : 

t M" Charles Guinbaiild. de la Millière. Marguerite 
f Gourdeaii, son épouse. 

1761 

Comme ornement, il y a une couronne de fleurs de lys sur 
le cerveau de la cloche; puis de deux côtés, on voit le chiffre 
ordinaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Sacré-Cœur 
qui est surmonté des clous de la Passion. Cette cloche est la 
plus petite de Saint-Gervais. La moyenne porte ce qui suit 

J'ai pour parrain M^ Guerry de Vilbon (main) et pour 
marraine M""' Geneviève Pelletier, F" Musset (main). Ils m'o?it 
nommée Luce, de la paroisse de Saint-Gervais. Curé, M* Pitaud. 
(main) Lambert m'a fondue à Nantes, en Van 1817. 

Les mots de Vilbon et Madame, sans doute oubliés par le 
fondeur, ont été gravés ensuite en interligne. 

La Croix, dont le pied est très élargi^ est couverte de 
pampre, mais les trois extrémités supérieures sont terminées 
par des fleurs de lys. A droite de la Groix^ on distingue assez 
bien les armes de France avec les fleurs de lys et le diadème 
royal. 

A l'opposé, se trouve la sainte Vierge tenant l'Enfant-Jésus 
dans ses bras. Il n'y a pas d'autre ornement sur cette cloche. 

La maison de Villebon, qui existe encore aujourd'hui, dans 
le bourg môme, fut habitée vers 1640 par Louis de Rivau- 
deau, dont nous avons déjà parlé ; elle passa ensuite dans la 
famille Eveillard. Elle était occupée^ au moment de laRévo- 



A TRAVERS LES HLOCHEnS DU BAS-POITOU 49 

lution, par la famille de Guerry, dont l'un des membres fut 
à la tèto des armées royaliste en 1793'. 

On pourrait se demander si ce Lambert qui a fondu la 
cloche de Saint-Gervais, en 1817, est le môme que le fondeur 
dont parle M. G. Vallier, dans ses Inscriptions camprmaires 
de l'hère (p. 23?) et qui a fondu la cloche de Varces en 1819, 
en la signant : J. M' Lamberl, fondeur'. 

Voici l'inscription de la grosse cloche de Saint-Gervais : 

(Main) Je me nomme Gervais et Protais, fai pour parrain 
Pierre-Charles Philippon et pour marra (main) ine Marie-Rose 
Cormier., V" Masson. Arnaud, curé. De Régnier, Taconnet, 
Crochet, Jodet membres du Conseil de la Fabrique de Saint- 
Gerv ais. 

Faite à Nantes, par Voruz, frères, novembre l'an 183 7. 

Cette cloche n'est ornée que d'une croix, qui est fleurie de 
myosotis, ainsi que les trois degrés sur lesquels elle se dresse. 

On peut voir plus haut sur les Voruz, fondeurs à Nantes, 
ce que nous avons dit à propos des cloches de Bouin. 

Parmi les fabriciens de 1837, on remarquera le noni de 
M. de Régnier, qui habitait la Gilletière, maison où mourut, 
en 1670, Louis de Rivaudeau. Cette propriété, après avoir 
passé à la famille Mourain, à la famille de la Forêt, en 1750, 
appartient à la famille de Régnier, continuation de celle de 
Louis de Régnier, seigneur de la Planche, auteur de VÉtat de 
la France sous le règne de Fraricois IP. 

* L'origine des frères Guerry est peu connue des historiens. Ils sont nés au 
Cloudy, paroisse de Saint-IIilaire-de-Riez. L'ainé prit le nom du manoir 
paternel, l'autre s'appela Guerry de la Fortinière, ferme située en la Barre- 
de-Monts. Il y avait en outre, Guerry du Bois-Joly même commune ; Guerry 
de Villebon en Saint-Gervais et Guerry de la Vergne, en Saint-Révérend. 
{Annuaire de la Société d'Emulation de la Vendée. 1868. p. 101.) 

' Communication de M. Jos. Berthelé. 

^ Annuaire de la Vendée, 1882, p. 142. 

Tome m. — Janvier, Février, Mars 1890. 4 



50 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 



D — Le Clocher de Saint-Urbain. 

A quelle époque faut-il faire remonter la construction de 
l'église et du clocher de Saint-Urbain ? 11 serait difficile de 
répondre à cette question d'une manière très précise. 

M. l'abbé Simonneau, l'archéologue que nous regrettons 
tous, ne craint pas d'assigner à certaines parties de l'édifice 
l'époque qui précède l'apparition de l'architecture romaine. 
Nous nous contenterons de dire qu'on y fit de sérieuses répa- 
rations au XIV' siècle, comme l'attestent les grands meneaux 
d'un vitrail qui est assez bien conservé. 

M. Pierre Legast, curé de la paroisse, fut inhumé dans le 
sanctuaire le 14 mars 1698. 

En 1788, l'église qui primitivement était carrée^, dut être 
allongée du côté de la façade et c'est précisément sur cette 
nouvelle partie qu'on construisit le clocher. Incendié trois 
fois pendant la Révolution, il fut restauré en 1798. 

Les registres conservés aux Archives de la paroisse nous 
donnent quelques détails sur les anciennes cloches de Saint- 
Urbain. 

En 1713, les cloches saluent le nouveau curé^, M. l'abbé 
Mossard, qui après 34 années de ministère, eut la consolation 
de finir sa carrière pastorale au lieu même oii il l'avait com- 
mencée. Il fut enterré, à la suite de ses prédécesseurs, dans 
l'intérieur de l'église, où il repose encore aujourd'hui. Ce 
digne prêtre a laissé un acte de 1730, dans lequel il rapporte 
qu'il a bénit, avec la permission nécessaire, deux^cloches,'la 
plus grande dédiée à Saint-Urbain etl'autreà la Sainte-Vierge, 
pour remplacer les anciennes, dont rune.etait"*fôlée et dont 
l'autre avait les anses tout à fait usées. La première datait 
de 1509 et la seconde de 1G18. 

Que devinrent ensuite ces deux cloches de 1730? M. Maze- 
rolles, curé de Saint-Urbain avant et après la Révolution, va. 
nous le dire : 



A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 51 

« Le 13 août 1777, j'ai béni les deux clL)::hes de cette église 
» qu'on a fait refondre, la plus grosse dédiée à Saint-Urbain 
» et l'autre à la Trôs-Sainte-Vierge. De celles qui étaient au- 
» paravant, l'une était fêlée et l'autre avait ses anses presque 
» usées, ayant été fondues l'an 1730. Cette opération (la fonte 
» des cloches) qui s'est faite dans le ballet (lequel a existé 
» jusqu'en 1850) a terni la dorure et causé un grand dom- 
» mage à l'église et au ballet. » 

Ce M. Mazerolles, qui cessa d'être curé en 1797, mourut 
en 1803 et fut inhumé dans le cimetière. Il était originaire du 
Berri. Pendant la Révolution, la plus petite des deux cloches, 
celle qui était dédiée à la Sainte-Vierge disparut et fut vrai- 
semblablement brisée, puis transportée à l'hôtel des Mon- 
nais, tandis que l'autre fut cachée dans un abreuvoir par 
quelques zélés paroissiens et retourna dans son clocher aux 
premiers beaux jours de la liberté. 

Cette cîoche qui date de 1777, ne pèse que 450 livres et 
donne le si de l'ancien diapason. Elle garde toujours, paraît- 
il, une couleur terreuse, souvenir du lieu où elle a passé la 
période révolutionnaire. , 

Voici son inscription : 

t L'an 17 77. Saint Urbain, pries pour nous. 

En fait d'ornements, il n'y a qu'une croix fleurie, qui s'élève 
sur deux degrés, et deux fleurs de lys en médaillon. 

L'autre cloche est beaucoup plus récente : elle fut bénite 
par M. Moquet^ curé-doyen de Beauvoir. 

L'an 1875, f ai été bénite pour l'église de Saint- Urbain et 
nommée Henriette-Rose par M. Mathurin Daniau (propriétaire 
au Fief-Marceau) et M"" la vicomtesse de laJaille, née Jacque- 
mine de la Tour du Pin-Chambly. M. Simonneau, curé, 
M. Thibaud, maire, M. Bollée, père et fils, fondeurs-accordeurs 
au Mans. 



52 A TRAVERS LES CLOCHERS DU BAS-POITOU 

Cette cloche porte une croix lleurie de myosotis, à l'opposé 
de laquelle est représentée la sainte Vierge. On voit aussi 
d'un côté les clefs de saint Pierre surmontées de la tiare et 
de l'autre un médaillon du Sacré-Cœur. La robe est ornée de 
guirlandes de roses, et de sept petites croix disséminées à 
des intervalles réguliers, au bas de la cloche. 

Madame la vicomtesse de la Jaille nommée plus haut est la 
fille de Monsieur le baron de la Tour du Pin, le sympathique 
président du Conseil général de la Vendée, qui habite le 
château de la Bonnetière. 

Celte maison s'élève presque sur les ruines du manoir de 
rOuriôre, qui semble avoir été détruit pendant la guerre de 
cent ans. 

Klle présente le cachet de la Renaissance et c'est bien la 
seule, de tout le pays, qui soit restée debout à travers les 
révolutions des derniers siècles et qui ait conservé la physio- 
nomie des demeures féodales. 

Nous ne laisserons pas saint Urbain sans parler de la pré- 
cieuse croix de procession, en argent massif et fleurdelysée, 
que possède cette paroisse. Les connaisseurs la font dater 
du XV* siècle, à cause de la statuette de la sainte Vierge, 
tenant l'enfant Jésus dans ses bras, qui se trouve au pied du 
Christ. Un paroissien, nommé Fleury, la sauva, d'après la 
tradition, de la fureur révolutionnaire, en la cachant, pendant 
plusieurs années, dans la paillasse de son lit*. 

L. Teillet, 
Vicaire de Challans. 

(A suivre.) 



' La plupart des renseignements qui précèdent sont dus à l'obligeance de 
M. l'abbé Grelier, curé de Saint-Urbain. 






UNE EXCURSION ARCHEOLOGIQUE 

AU LANGON (Vendée; 



Si mes frères en archéologie sont jamais fn peine d'un 
puissant protecteur aux Ghamps-Elyséens, je leur re- 
commanderai volontiers le grand saint Martin. Grâce, 
en effets au dernier été dont il a ensoleillé notre région, 
nous avons pu réaliser plusieurs alléchants projets d'ex- 
cursion, parmi lesquels celui du Langon mérite à tous 
égards d'être marqué d'un caillou blanc. 

Que ne suis-je poëte ! Je vous chanterais en manière de 
préface, les charmes mélancoliques de l'automne, cette 
saison merveilleuse qui n'a ni les rigueurs'de l'hiver, ni les 
mollesses d'avril, ni les ardeurs de juilletj'^j'essaierais de 
vous peindre l'agonie de la nature, les feuilles tombées sur 
le sol, mêlant à la verdure des mousses leurs tons de rouille 
ou d'ocre jaune, et la printannière violette exhalant son 
dernier parfum sous les regards voilés du soleil jaunissant. 
Mais hélas! depuis longtemps j'ai brisé les faibles cordes de 
ma lyre, et je craindrais fort que les coursiers du chef de la 
caravane ne perdissent patience avant que j'aie pula remettre 
en état. 

J'ai dit caravane, et ce n'est pas sans raison ; car, en 
dehors de l'éminent aquafortiste, M. 0. 'de Rochebrune et 
de votre serviteur, la moelleuse f berline delTerre-Neuve 
entraînait, le 12 novembre 1889, sur la route du Langon notre 
zélé collaborateur,*M. L. Brochet — le plus grand fouilleur 
des temps modernes — et son jeune surnuméraire, le pho- 



54 UNE EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 

tographe de la bande — déjà initié par son patron à tous 
les secrets de la science archéologique. 

Nous saluons au passage, Gaillardon^ les Gourfailles, Pahii 
et le Martrais, tous lieux fertiles en vestiges gallo-romains ; 
la Folie-Roiichereau , l'un des points des réunions celtiques 
les plus attractifs de tous les alentours ; Puybernier dont un 
Grellier du Fougeroux était jadis seigneur, et au pied duquel 
serpentait naguère l'antique Chemin Vert ; la Lime, qui doit 
sans doute son nom à quelque ancienne auberge, disparue 
avec ces grosses diligences dont je n'ai guère apprécié les 
charmes qu'à travers les récits de Louis Veuillot ; et enfin la 
Vallée des tombeaux, dont la dénomination redit elle-même 
les trésors anciens que la charrue y a mis à jour. 

Puis, plus rien. Devant, derrière, partout, l'interminable 
plaine s'offre à l'œil dans toute sa laide nudité. C'est à peine 
si on aperçoit à gauche, à travers la brume bleuâtre du loin- 
tain, les derniers contreforts de Notre-Dame de la Coussaye, 
Tancienne église paroissiale du Poiré, et à droite la maigre 
silhouette des clochers de Longévies et de Pouillé ; à peine, 
si l'on rencontre, de ci de là, quelques bouquets d'arbrisseaux 
rabougris, qui semblent étonnés d'avoir survécu à la cruauté 
de la serpe ou à l'aridité du sol 



11 est neuf heures. Nous franchissons la ligne ferrée de 
Bordeaux à Nantes, laissant à notre droite les restes de l'an- 
cienne gentilhommière du Petit-Logis, dont les Maynard 
étaient autrefois seigneurs, et nous faisons une solennelle 
entrée dans Le Langon, où nous attend, armée de pelles et de 
pioches, une brigade de travailleurs, sous les ordres de 
M. Coulais, l'intelligentmairedel'endroitjetdeM. Richer,dont 
le scepticisme archéologique nous a valu duranttoute la jour- 
née tant d'aimables saillies. — Qui donc osait prétendre que 
l'esprit gaulois était l'apanage des citadins? 



AU LANGON, 55 

1 

Il en est des appellations de villages comme des noms de cer- 
tains individus : le temps amène dans leurs allures orthogra- 
phiques des modifications parfois profondes. Avant de s'ap- 
peler Le Langon, le bourg où nous venons de pénétrer, se 
nomma, dit-on, successivement Alingonium, Alingon, puis 
Alangon. Je n'y vois aucun inconvénient. En matière d'éty- 
mologie, toutes les suppositions sont permises, et la preuve 
c'est qu'on a voulu faire dériver Pétosse de Peto et Ossa ; le 
Boupère d'/4 /ôa Petra. La science a quelquefois des idées 
moins géniales. 

Ce qui est certain, c'est que le bourg situé sur les confins 
de la plaine et du maraiS;, est de très ancienne origine. Les 
Chroniqueurs qui ont étudié son histoire avant nouS;, sont 
unanimes à le reconnaître, et à défaut de cette merveilleuse 
entente, par laquelle — il faut bien le confesser — les archéo- 
logues ne brillent généralement pas, nous avons de cette 
lointaine origine d'irrécusables témoignages dans les décou- 
vertes successives qui ont été faites sur le territoire de cette 
commune. Ces découvertes ont révélé l'existence d'innom- 
brables débris gallo-romains, recouvrant des vestiges cel- 
tiques, sur une surface d'environ 1500 mètres. Monnaies de 
bronze, d'or et d'argent, vases de bronze, déterre, de toutes 
formes et de toutes dimensions, clefs, épingles, bracelets, sta- 
tuettes et bas-reliefs, — les objets les plus variés et les plus 
intéressants tout à la fois — ont été à diverses époques arra- 
chés au sol, et sont venus enrichir les collections du musée 
de la Roche-sur-Yon et celles de nos antiquaires Vendéens. 

Mais de toutes ces trouvailles, la plus précieuse est à coup 
sûr celle faite en 1858, dans un ancien cimetière du voisinage. 
J'entends parler des débris du mausolée d'un martyr du IIP 
siècle nommé Verpant. M. Fillon, h qui nous devons la dé- 
couverte et sa relation, n'hésite pas, du moins, à qualifier de 
martyr ce personnage, à cause de la palmette qui précède son 
nom. Mais dom Chamard, dans son Histoire ecclésiastique du 
Poitou (p. 94. T. i), y met plus de réserve, et n'admet pas que 



56 UNE EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 

la seule présence de la palmette implique l'idée du martyre. 
Celte opinion paraît corroborée par les affirmations de 
MM. de Rossy et Martigny qui accordent la palme à toutes les 
sépultures chrétiennes. Ce qui n'est pas douteux c'est que 
le nom d'un Verpant quelconque ne se rencontre dans aucun 
martyro-loge, et pas davantage dans la collection des Bol- 
landistes. A plus avisés, le soin de trancher le différend. 

Grâce aux érudites communications de notre aimable colla- 
borateur, M. l'abbé H. Boutin, il nous sera peut-être plus aisé 
de fournir des renseignements précis sur le Saint-Graoust qui 
a donné son nom au champ témoin de cette découverte, et qui 
est'încore, sous la dénomination transformée de Saint-Graut, 
l'objet d'un culte public et continuel au Langon. 

11 existait, au moyen âge, une petite chapelle dans louche de 
09 nom situéeàl kilomètredubourg.On présume avec quelque 
raison qu'elle a été détruite pendant les guerres de religion. 
Le souvenir en est conservé aujourd'hui par un petit arceau 
gothique élevé par les soins de M. Guibert, ancien curé du 
Langon. Cet arceau renferme la statue du saint en costume 
de moine, ayant à ses pieds une femme à genoux qui tient 
en ses bras un enfant mort. Ce groupe traduit aux yeux et 
perpétue une légende du pays d'après laquelle saint Graut 
aurait ressuscité un enfant mort en faisant sur lui le signe 
de la croix. Au devant de l'arceau, on peut voir une pierre 
portant des croix de Malte et que l'on a trouvée dans ce même 
champ. C'est sur cette pierre que les mères viennent encore 
déposer leurs enfants atteints de convulsions, pour les re- 
commander au saint. Après cela, ne me demandez pas Vétat 
civil de ce dernier ! Je serais contraint de vous replonger dans 
l'océan des conjectures. 



C'est non loin de cet ancien champ de repos, dans unténe- 
meni d\l la. Petite- fiivière que nous avions décidé d'arracher 
à la terre quelques nouveaux secrets. 



AU LANGON (VENDÉE) 57 

Tandis que les pioches fouillent les premières couches du 
sol, j'explore rapidement les environs. Ici, on me montre 
l'emplacement de l'ancien port, dont l'importance étaitn-B 
guère assez considérable pour qu'en mars 1570, le capitaine 
calviniste, M. de la Maisonneuve d'Auzay, jugeât utile d'y 
faire élever un fort. 

Délogés une première fois par les troupes de Montsoreau, 
les protestants y revinrent peu de jours après avec Jean 
d'Avagne, qui construisit un second fort au bout de la Grusil- 
leuse et imposa pendant 99 jours une garnison aux habitants 
du Langon. Ce n'était pas, paraît-il, petite affaire à cette 
époque là d'héberger garnison L'historien Bernard raconte, 
en effet, « qu'il eut pour sa part six soldats et autant de goujats, 
à loger pendant quatre jours, et qu'ils lui burent une 
barrique de vin, lui mangèrent un demi-porc et quatre ton- 
neaux de froment. . . sans compter les meubles emportés. » 

Un peu plus loin, au carrefour des Groix, on m'indique l'en- 
droit précis sur lequel s'élevait la po^e?îC(? oîi furent pendus 
et étranglés en 1563, sur les ordres d'Anne de la Roche, dame 
Le Langon, les huguenots Guillaume de Nuchèze, Julien Dre- 
nin et Jean Ragot, les principaux auteurs de la ruine de 
l'église. 

Car il est de fait que si cet édifice s'offre aujourd'hui à nous 
sous un aussi pauvre aspect, il faut en accuser hautement 
le vandalisme des protestants. Jecrois même que peu d'églises 
vendéennes ont été aussi cruellement maltraitées que ne l'a 
été celle du Langon, durant les luttes religieuses du XVI' 
Si cle. 

Le premier pillage date du 1" mars 1562. « Linges, joyaux, 
ornements, pupitres, fonts baptismaux, couverts d'autels » 
furent impitoyablement enlevés. Le second ne se fit pas at- 
tendre longtemps. Peu de jours après la Fête-Dieu, trois 
huguenots de marque, — ceux-là mêmes dont les cadavres 
devaient un jour orner les fourches patibulaires du carrefour 
des Grois, — a renversèrent la croix hosannière, dépecèrent 



58 UNE EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 

partie des cloîtres du chœur et jetèrent dans une fosse les 
images de Saint-Pierre et de Notre-Dame fort bien faits et 
peints richement et donnés jadis à l'église par Henri Laubourg 
écuyer, grand-père de M"* Jeanne Laubourg, dame de la 
Petite-Léaulière. » 

Le 2 juin de la même année, nouvel assaut fut donné à la 
malheureuse église : vingt-cinq calvinistes armés de bâtons à 
feu y pénétrèrent, renversèrent par terre les tables des 
autels^ rompirent un vieux bénitier en granit^, firent brûler 
les crucifix, les images en bois de Notre-Dame, de saint Gilles, 
sainte Anne et saint Antoine, et brisèrent celles qui étaient 
en pierre, comme celles de sainte Catherine, saint Nicolas 
et saint Joseph. 

Enfin en janvier 1567, les protestants de Marans ache- 
vèrent l'œuvre de destruction de leurs coreligionnaires 
du Bas-Poitou. La couverture et la charpente de l'église 
furent jetées à terre, les voûtes furent rompues, les cloisons 
et les rétables brûlés, les ornements emportés, ainsi que 
l'horloge dont le cadran extérieur — chose rare alors dans nos 
campagnes — avait été préalablement brisé par eux, etenfinles 
quatre cloches furent descendues et entraînées vers Marans 
avec le reste du butin. (Que n'étiez-vous là, ô Jos. Berthelé, 
pour leur faire de votre corps un salutaire rempart !) 

Le chroniqueur Langonnais, songeant sans doute aux 
campanologues de l'avenir, a pris soin de nous laisser sur 
ces « sonnantes » les indications qui suivent : 

tt L'une pesant 1300 livres, nommée Jacques, était de l'an 
1531 ; l'autre, nommée Pierre, pesait 1000 livres ; une autre 
s'appelait Anne ; et la dernière, Marie, pesant comme la pré- 
cédente 600 livres, remontait à l'an 1561. » 

L'église du Langon ne s'est point relevée de cette série 
d'exactions ; aussi la visite quenouslui avons faite ne nous y 
a-t-ellc révélé la présence d'aucun objet vraiment digne d'être 
mentionné. Signalons toutefois dans le chœur, une grande 
dalle funéraire en marbre noir, aux armes des Darcemalle, 



AU LANGON 59 

— quand ce ne serait que pour avoir l'occasion de rappeler 
l'aventure tout à la fois burlesque et barbare, arrivée au siècle 
dernier à un huissier de Luçon, qui s'était avisé d'aller porter 
un exploit au baron du Langon. Ce dernier, homme très 
violent, fit tout simplement saisir le pauvre sergent par ses 
valetS;, dépouiller de ses vêtements, étendre sur une table, et 
ayant fait rougir le sceau de la baronnie. il lui marqua le 
bas des reins d'une double empreinte ; puis il fit passer une 
omelette sur les plaies et le força à la manger ensuite. Le 
pauvre diable eut beau porter plainte à la justice ; les rieurs 
ne furent pas de son côté, et Darceraalle, en fut quitte pour 
se cacher pendant quelques semaineset donneruneindemnilé 
pécuniaire à l'huissier. 



Tandis que je jetais ainsi un rapide coup d'œil à travers 
les curiosités de la cité langonnaise, nos archéologiques 
pionniers mettaient à découvert, en même temps qu'une 
sépulture entière pourvue de tous ses ossements, d'innom- 
brables débris de vases de toutes nuances, de toutes 
formes et de tous grains, et notamment des poteries 
romano-gauloises en terre rouge vernissée des IV° et V'' 
siècles, à figures saillantes sur la panse, avec des perles des 
fleurettes, un véhicule attelé de deux chevaux et conduits par 

un personnage, un cerf, etc Des débris de lampes en 

grès très fin, des tessons et des gueules d'amphores en 
énorme quantité furent également mis à jour. 

D'où proviennent tous ces vestiges du mobilier gallo- 
romain ?Sommes-nous en présence de déchets d'une fabrique 
de poteries, ou des ruines amoncelées par quelque cata- 
clysme dont l'histoire a perdu le souvenir? Il serait téméraire 
de se montrer trop précis. 

Quoi qu'il en soit, midi s'avance et, pour obéir aux aspira- 
tions de notre estomac, nous prenons allègrement le chemin 
du Breuil, oii nous attend un exquis déjeuner, dont la plume 



60 UNE EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 

de Brillat-Savarin eût pu seule redire les succulents mérites. 
Pour être archéologue, on n'en est pas moins homme. 

Entre une aiguillette decanard sauvage, tombé sous le plomb 
d'un moderne Collibert, et un petit verre de fine Champagne 
chevronnée comme un grognard de la Vieille-Garde, M. Cou- 
lais, qui joint à l'amabilité de l'amphytrion les charmes d'un 
spirituel conteur, nous refait brièvement l'histoire du Breuil, 
dont il a relevé les ruines en 1874. 

Au XIP siècle, le Breuil était habité par le seigneur du 
Langon. 11 l'abandonna au siècle suivant, pour aller fixer sa 
résidence aux Léolières. 

C'est pendant qu'il habitait le Breuil que fut plantée l'ave- 
nue qui a fait l'objet de la délicieuse eau-forte dont M. 0. de 
Rochebrune a bien voulu illustrer ces pages. 

Quand vint la Révolution, le Breuil fut jeté bas et impito- 
yablement rasé. Il y existait une superbe cheminée, aux 
armes du seigneur, dont les restes mutilés survécurent de 
longues années à la ruine du manoir. On y voit encore un 
vieux bénitier qui rappelle l'existence de la chapelle sei- 
gneuriale. 

Les anciennes douves qui étaient fort profondes, furent' 
comblées en 1849, et sur les débris du château féodal, s'éleva 
en 1874, un moderne logis dont l'hospitalité, pour n'être pas 
écossaise, n'en revêt pas moins les plus appréciables aspects. 

Le Breuil, — de même qu'aujourd'hui — avait un accès 
immédiatsur le Communal. Ce voisinage avait vraisembla- 
blement déterminé le seigneur du lieu à fixer là son habi- 
tation. Les 863 hectares de marais mouillés que possède la 
commune du Langon dépendaient alors en grande partie du 
communal. En 1773, le seigneur revendiqua ce dernier aux 
habitants. Le procès dura jusqu'en 1783, époque à laquelle 
une transaction, ménagée par les soins des abbés de Moreilles 
etde Saint-Michel-en-l'Herm, mit fin à ce long débat. Par suite 
de cette transaction, cette immense propriété fut divisée en 
deux parties, dont l'une est encore possédée parles habitants 



AU LANGON (VENDÉE) 61 

du Langon. Acte de cette transaction est conservé auxarchives 
de la Mairie. 

Des huttes se dressent timidement sur les levées qui 
ourlent de leurs terre-pleins gazonnés le Communal. Jadis 
peu nombreuses, elles étaient construites en roseaux et ser- 
vaient exclusivement au logement des pâtres chargés de 
la garde et de la surveillance des bestiaux que seigneurs et 
habitants envoyaient au communal. 

Pendant la saison d'hiver, les malheureux huttiers se li- 
vraient passionnément à la chasse et à la pêche, et leur isole- 
lement des bourgs en faisait une population à part dont l'exis- 
tence était partagée entre le vol et le libertinage. 



Mais hélas 1 le soleil — ce grand traître — menace de nous 
abandonner, les chevaux piaffent d'impatience à la porte du 
logis ; il fautdire adieu àla Cosse-Cabourne ei à. son pittoresque 
entourage. Ne maudissons cependant pas notre sort. Car 
nous rentrons à Fontenay, les poches gonflées de richesses 
archéologiques, le carnet bourré de notes et de croquis, et 
l'esprit embaumé des radieux souvenirs d'une journée sans 
nuage. 

René Vallette. 
Février 1S90. 




DE L'ABUS DU CELTICISME 



LA CHAPELLE-HERMIER 



ET NOTRE-DAME DE CARREAU 



EN aucun temps, peut-être, l'étude de Thistoire locale 
n'a été en honneur autant que dans le nôtre. Et nous 
constatons avec plaisir que la Vendée est entrée dans 
ce mouvement et s'y tient en bon rang. A la suite des Mar- 
chegay, de la Boutetière, Baudry^Fillon, Aude, etc . . . un grand 
nombre de travailleurs infatigables se sontmis à l'œuvre avec 
une noble émulation, interrogeant les monuments archéolo- 
giques de toutes sortes, les vieilles archives sauvées des auto- 
da-fé révolutionnaires, les ruines^ les traditions populaires, et 
leurs recherches ont obtenu souvent les résultats les plus inté- 
ressants et les plus instructifs. Ces résultats ont été consignés 
dans des livres, brochures ou revues où le passé revit et est 
rattaché aux temps présents. Grâce à ces publications, un 
texte manuscrit qui aurait pu disparaître un jour ou l'autre, 
une tradition qui ne survivait plus que dans quelques mé- 
moires, de vieux témoignages du passé, en un mot, sont 
assurés de l'avenir. « Ne peream unus multiplex renascor. » 



LA CHAPELLE-IIERNIER ET NOTRE DAME DU CARREAU 63 

Au nombre de ces chercheurs qui aiment à exhumer de 
la tombe de l'oubli les souvenirs d'antan et à interroger les 
pierres de nos anciens monuments pour leur faire raconter 
leur histoire et les faits dont ils furent les témoins, a pris 
place, depuis longtemps, M. l'abbé Pontdevie, aumônier du 
lycée de la Roche-sur- Yon. Notre histoire vendéenne lui doit 
plusieurs notices intéressantes dont nous n'avons pas à nous 
occuper ici, qui, pour la plupart, ont paru dans la Semaine 
catholique du diocèse de Luçon. L'une de ses dernières études 
publiée dans V Annuaire de la Société d'émulation de la Ven- 
dée (iSSl) a été consacrée à Y Histoire de la Chapelle de N.-D. 
de Garreau et de son pèlerinage. Cette histoire, il l'a écrite 
avec le talent d'un érudit^ voire même d'un littérateur. Ce- 
pendant, nous nous permettrons de ne pas l'admirer sans 
réserves et de soumettre aux lecteurs de la Revue du Bas- 
Poitou une petite critique à son sujet. Si cette critique, ins- 
pirée par l'amour de cette vérité historique que l'auteur a 
lui-même tant à cœur, lui paraît intempestive, nous espé- 
rons, du moins, qu'il voudra bien ne pas y voir le fait d'une 
émulation jalouse, mais simplement une franche et sincère 
application de l'adage « Amicus Plato, sed magis arnica Ve- 
ritas. » Au surplus, il n'apprendra pas par la voie de la presse 
nos appréciations sur son œuvre, car nous nous sommes 
fait un devoir de délicatesse de les lui communiquer en ma- 
nuscrit avant de les livrer au public*. 

Lq celticisme semble être devenu une manie de notre siècle. 
Par une sorte d'amour-propre, fort mal placé, à notre humble 
avis, on y veut trouver les origines de bien des monuments, 
ou coutumes qui n'ont avec lui pas le moindre lien de 

* Notre critique paraîtra d'autant plus désintéressée que M. l'abbé Pont- 
devie pourrait, sur un point du moins, la rétorquer contre nous et nous 
dire : Medice, cura teipsum. Dans notre Poème-Légende de N.-D. de Gar 
reau, nous avons admis, en effet, sur l'autorité de l'historien du sanctuaire 
l'origine celtique qu'il donne du nom de la Chapelle-Hermier, d'après une 
conjecture entièrement erronée. La poésie a suivi l'histoire et l'on ne pour- 
rait équitablement imputer à celle-là les erreurs de celle-ci. 



64 LA CHAPELLE-IIERMIER 

parenté ou d'affinité. De nos jours surtout, la cause celtique 
a été bruyamment plaidéedans un volumineux ouvrage, qui, 
dès le principe, a obtenu un succès étonnant. Si l'on en croyait 
l'auteur, l'organisation de notre société, nos mœurs, nos 
idées religieuses, notre génie national, tout nous viendrait 
des Geltes.Comptons-nous quelques héros dans notre histoire? 
Ceux-là sont des Gaulois pur sang. Sainte Geneviève est une 
druidesse détournée de sa vocation ; Jeanne d'Arc est l'héri- 
tière de Velléda; saint Martin lui-môme, l'adversaire 
acharné des superstitions druidiques, est i< aidé par l' esprit 
de l'ancienne Gaule.* » Et pourlcnt qu'y a-t-il au fond de toute 
cette doctrine? Depuis longtemps, l'Académie française Ta 
jugée. Dès 1856, M. Villemain, parlant au nom de cette docte 
compagnie, s'exprimait ainsi dans le rapport même qui expli- 
quait le prix décerné à M. Henri Martin k le zélé patron des 
Celtes, » comme il l'appelle : « Ici tout manque au paradoxe, 
a le témoignage des faits, la logique des conséquences. Le 
tt druidismen'a pas servi de modèle à la constitution de notre 
« Église ;il ne portait pas dans son sein l'idée de la France ; 
« il ne s'est pas retrouvé jusque dans l'héroïsme du moyen- 
« âge'. » Et, il y a quelques années à peine, dans une séance 
orageuse de l'Académie des sciences morales et politiques, 
nous avons entendu M. Giraud prononcer une sentence non 
moins sévère contre ces théories. D'après le procès-verbal, 
M. Giraud « regarde comme chimérique la plus grande partie 
de ce qui a été écrit depuis bien des années sur les institu- 
tions celtiques. » 

Or, dans la petite brochure qui nous occupe, M. l'abbé 
Pontdevie a, croyons-nous, un peu trop sacrifié à cette 
manie du celticisme et nous allons en fournir la preuve. Nous 
la trouvons dans la manière dont il traite et explique les 
légendes de Garreau. 

* Henri Martin Hist. de France et Hist. populaire passim. 
' Rapport sur les concours de 1856. (Séance du 26 août 1856.) 



ET NOTRE-DAME DE GARREAU 65 

Nous avouerons ingénument que nous aimons beaucoup 
les légendes, surtout celles qui respirent un doux et forti- 
fiant parfum de foi chrétienne. Ce n^est pas à dire que nous 
les acceptions comme des témoignages historiques qu'on ne 
puisse révoquer en doute. Telle n'est pas notre pensée. Nous 
reconnaissons volontiers qu'un grand nombre d'entre elles 
sont souvent de pures fictions, brodées par une pieuse imagi- 
nation sur un fait ou simplement une croyance naïve, et qu'el- 
les ne soutiendraient pas l'épreuve d'une rigoureuse critique. 
Celles de Notre-Dame-de-Garreau sont, peut-être, de cette 
espèce. Mais ce que nous ne pouvons accepter, c'est qu'on 
nous les présente comme a- une hardie transformation » (ce 
sont les expressions mêmes de l'historien de Notre-Dame-de- 
Garreau) de quelque vieux conte ou superstition celtique. 

Qu'on ouvre la brochure (p. 6* et ?•). L'auteur, après avoir 
cité la légende de la Sainte Vierge lavant les langes de 
l'Enfant-Jésus sur la pierre du Jaunay, se hâte d'ajouter : 
« Cette étrange lavandière ne serait-elle point lune des 
» laveuses de nuit, l'une des belles lavandières des supersti- 
» lions celtiques....? » Et pour que personne n'en ignore, on 
peut lire dans la note mise au bas de la page, toute une liste 
des noms de ces dames blanches. « C'est Aurinia, fille de 
Sido, c'est Velléda... Fréa... Holda. » 

De même, un peuplus*loin, après avoir rapporté la légende 
du chevalier attardé qui, voulant traverser à gué les eaux du 
Jaunay grossies par un orage, allait se noyer inévitablement, 
quand la douce Vierge accueillit son vœu de lui bâtir une 
chapelle, en cas de délivrance, et fit surgir du fond de la 
rivière une pierre merveilleuse qui lui servit de radeau à lui 
et à son palefroi, notre savant conteur ne peut s'empêcher 
d'entrevoir en ce délicieux récit légendaire l'ombre du 
« cheval Malet si appréhendé des vieux Celtes. » (p. 8.) 

Est-ce que, franchement, l'on ne pourrait pas trouver 
d'autres explications plausibles de ces légendes, sans invo- 
quer les superstitions celtiques ? Conjecture pour conjecture, 
Tome m. — Janvier, Février, Mars 1890. 5 



6Q LA GHAPELLE-HERMIER 

puisqu'il n'y a ici aucune preuve qui puisse étayer une opinion 
plutôt qu'une autre, nous préférerions, quant à nous, une 
interprétation différente, et, dans le cas, le témoignage histo- 
rique que nous citons plus loin semble nous donner raison. 
En présentant ces légendes comme de « hardies transforma- 
tions » de contes celtiques, on détruit presque tout leur 
charme et on leur enlève du même coup le vivifiant arôme de 
foi antique qui s'en exhale, arôme si propre à relever nos 
âmes et à les consoler des tristesses de la vie. 

L'historien de Garreau est trop perspicace pour n'avoir pas 
prévu le reproche que nous lui adressonp ici. Aussi bien y 
a-t-il répondu d'avance en terminant son premier chapitre 
(p. 12). « Ici, dit-il, la respectueuse expression de nos regrets 
« au pèlerin de Garreau de ne pouvoir accepter tous les dires 
« de ces naïves légendes. Il nous aura taxé de témérité, peut- 
« être, de nous voir rattacher, dans le lointain passé des 
« âges, notre préveil du 8 septembre au rendez- vous idolâ- 
« trique des Celtes, des Galls et des Kymris. Toutefois, que 
« sa piété se rassure : comme lui nous aimons Garreau... 
« etc.. » 

Le chapitre II se termine par la fraîche légende de la petite 
bergère sourde-muette guérie par la Sainte Vierge qui lui 
apparut sur la pierre du Jaunay. Notre historien n'a trouvé 
sans doute à cette légende aucune parenté celtique, car il 
n'en invoque aucune ; mais il y met néanmoins toujours la 
même conclusion où perce une légère pointe de scepticisme 
voilée sous un si. Ce si produira l'efîet d'une douche d'eau 
froide sur la foi simple et confiante des bons pèlerins. « Si 
« votre légende, bons pèlerins, mérite créance, autant qu'elle 
« respire grâce et fraîcheur, vos hommages à la pierre de 
« l'apparition n'ont, en vérité, rien que de très fondé. » (p. 12.) 
Gomme nous l'avons dit, toute cette érudition qui donne 
aux pieuses légendes de Garreau des origines celtiques, de 
prime abord, ne nous a pas paru de bon aloi et nous n'aurions 
pas été fâché de trouver notre celtiste en défaut dans ses 



ET NOTRE-DAME DE GARREAU 67 

savantes interprétations. Or, le hasard d'une lecture nous a 
servi à souhait^ il y a quelques mois. Il s'agissait justement 
de l'origine du nom de la Chapdle-Ilcrmier sur laquelle 
M. l'aumônier du lycée a bâti tout un échafaudage de con- 
jec.tures pour démolir la vieille tradition religieuse que nos 
pères nous ont transmise relativement à la pierre de Gar- 
reaii. Naturellement, l'historien de Garreau a flairé un Her- 
mès ou Mercure celtique quelconque dans le nom séduisant 
de la Cliapelle-Hermier. Pour que l'on ne nous accuse pas 
d'exagérer, nous lui laissons la parole. Après avoir longue- 
ment disserté sur la pierrC;, le culte dont l'entouraient les 
anciens peuples, et dit, entre autres choses, que « à son avis 
Garreau et son pèlerinarje auraient pour origine l'ancien cult^ 
de la pierre, sur lequel est venu se greffer, en le transformant 
l'idée chrétienne, » (p. 8,) que, pour lui -c Garreau est un vieux 
point celtique où primitivement les populations venaient 
adorer la pierre, » (p. 9,) toutes affirmations qui ne sont rien 
moins que prouvées ; après avoir témoigné sa surprise de ne 
pas voir figurer la pierre de Garreau dans le dénombrement 
des monuments celtiques de la côte du Poitou qu'a fait com- 
mune par commune le regretté abbé Baudry, curé du Bernard, 
(p. 10,) l'auteur continue en ces termes :« Quel dieu était adoré 
» sous la forme d'une pierre dans la vallée de Garreau? La 
» vieille dénomination d'Hermier dans Chapelle-Hermier, 
» Bois-Hermier semble ne point laisser de doute à cet égard : 
» Capslla-Hermetis dans les anciens Fouillés, c'est-à-dire 
» d'Hermès ou Mercure. Le Bois-Hermier aurait été l'un des 
» bois sacrés ou lucus ombreux de la divinité locale. Les 
') auteurs s'accordent à regarder Mercure comme la divinité 
» suprême des Gaulois : Hermès était le dieu pilier ou 
» menhir. Le dieu Garantis, la Grue dont le ruisseau du Gué- 
« Garan, un affluent du Jaunay, semble avoir conservé le 
» souvenir, ne serait autre que Mercure lui-même qui se 
» changea en ibis : Hermanubis. 

» A Garreau donc et dans ses bois sacrés, les pèlerins de 
» l'ère païenne ont pu venir présenter au dieu Hermès, que 



68 T^A. CHAPELLE-HERMIER 

» symbolisait notre pierre des légendes, le lait et le miel, les 
» premières figues de l'automne et autres oblations idolâ- 
» triques. 

» Nos populations, bien que converties au chris- 

» tianisme, ne se seraient pas moins obstinées à venir, tous 
» les ans, dans les premiers jours de l'automne, au vieux 
» rendez-vous païen. La pierre de Garreau continuait d'être 
» l'objet des hommag-cs traditionnels. C'est alors que pour 
>) ne pas se heurter à l'impossible, c'est-à-dire à la suppres- 
» sion du concours populaire, les apôtres de la contrée au- 
» raient transformé, en ces lieux sauvages, l'objet et le but 
» du culte antique. » (p. 10 et 11.) 

N'avions-nous pas raison de dire que cet échafaudage est 
ingénieusement construit et savamment étayé, en apparence 
du moins ? Par malheur, il a un défaut un peu grave : il pèche 
par la base et repose tout entier sur un fondement ruineux. 
Le nom de la Chapelle-Bermier, de Bois-Hermier, n'a aucune 
affinité avec celui du dieu Hermès des Gaulois, auquel 
M. l'abbé Pontdevie sacrifie, au nom de la science archéolo- 
gique, toute la tradition chrétienne du pays. Son origine 
serait plus récente et plus simple sans être moins respectable 
pour cela. Si nous en croyons le savant archiviste-paléo- 
graphe, M. Paul Marchegay, ancien président de la Société 
d' émulatioji de la Vendée, le nom iVHermier, dans Chapelle 
Hermier, viendrait du nom d'un seigneur de cette paroisse. 

Voici, en effet, ce que nous lisons dans ses Cartulaires du 
Bas-Poitou, page 30, où il analyse les chartes relatives au 
prieuré d'Aizenay, de 1050 à 1251 : « Dans la paroisse de^i Cha- 
'> pelle-Hermier , Arnonl , fils du personnage dont cette paroisse 
3> porte encore le nom, donne une terre appelée les Hersis.. . » 
Mais ne nous contentons pas de l'analyse de M. Marchegay, 
car, pour emprunter les expressions de M. Pontdevie lui- 
môme, dans une controverse récente*, « quand il s'agit de 

• Avec M. le docteur Petiteau, des Sables-d'Olonne, dans Y Etoile de la 
Vendée. 



ET NOTRE-DAME DE GARREAU 69 

» piger un fait historique si important, il est convenable de 
» ne s'appuyer que sur des documents officiels. » Citons 
donc les passages de la charte sur lesquels s'appuient 
les affirmations de M. Marchcgay. Cette charte est de 
l'an 1050 environ flfist. de Marmoutiers, /Impartie, N° 176 et 
P)'euves n" 33G]. On remarquera qu'elle est bien antérieure 
aux anciens Poiiillés dont lautorité est invoquée par l'his- 
torien de Carreau en faveur de sa thèse, puisque les plus 
vieux d'entre eux, en ce qui concerne la Chapelle-IIermier, 
ne remontent pas au-delà du XVI* siècle (voir Fouillé 
de Luçon, p. 14-15 et Pouillc de Poitiers, p. 60). « Nosse 
» debebitis si qui eritis posteri nostri. . . . quemdam ex Pictavensi 
» pago Arnulfum nomine, Airemari filium, donasse pro ani- 
» ma siiâ sancto Martino et nobis quamdam mansurayn 
» terrx quamdicunt Mansiiram de Arsiriis... » Puis, quelques 
lignes plus bas, on lit : « Est autem prœdicta terra in pago, 
» lit dictum est, Pictavensi, in parechid videlicet Sancti Pétri 
» quam dicunt Gapellam Airemari ; conjuncta de orientali 
» latere parecJiiœ asianensi. » (Cartulaires du Bas-Poitou, 
p. 66 et 67.) 

Devant un document aussi clair et aussi formel, M. l'abbé 
Pondevie reconnaîtra, nous l'espérons, que le dieu. Hermès 
des vieux Celtes n'a rien à réclamer ni dans l'origine du 
pèlerinage à la pierre de Carreau, ni dans le nom de la 
Chapelle'Hermier, vu que le nom d'Hermier rappelle tout 
simplement celui d'un seigneur de cette localité. 

A la deuxième édition de son histoire de N.-D. de Carreau, 
il fera donc bien de faire disparaître Hermès de son intéressante 
brochure. L'élément païen qui déparait ses légendes, cédant 
la place à l'élément chrétien, celles-ci, loin d'y perdre de leurs 
charmes, ne pourront qu'y gagner, à notre avis, du moins. 

Dans la nouvelle édition de notre petit Poème-Légende de 
N.-D. de Garreau, que nous préparons en ce moment, sur la 
demande de M. le curé de la Chapelle-Hermier, nous nous 



70 LA chapelle-hermii:r et autre-dame de carreau 

sommes empressé de lui donner l'exemple. Hermès a été 
justement expulsé de notre poésie et nous avons ainsi rendu 
tous ses droits à la vérité historique qui, par ce point im- 
portant, corrobore indirectement la tradition religieuse. 

L'abbé H" Boutin. 

Saint-Etienne-du-Bois, 8 janvier 1890, 





JOURNAL 

D'UN FONTENAISIEN 

PENDANT LA RÉVOLUTION 



1791 

3 juin. — Des gardes nationales parties de Gholet (Maine- 
et-Loire) envahissent l'établissement des missionnaires de 
S*-Laurent-sur-Sèvre ; s'y livrent à des perquisitions ; y 
brisent les armoires et enlèvent les papiers. Après s'être 
retirées à la chute du jour, elles reviennent au milieu de la 
nuit^ s'emparent des missionnaires Dauche et Duguet et les 
emmènent avec elles. Transférés au district de Montaigu, 
celui-ci arrête qu'ils seront traduits devant le tribunal; 
mais le Directoire fait biffer l'arrêté^ et ordonne l'élargis- 
sement des deux prêtres arrêtés, attendu que n'ayant été ni 
accusés, ni décrétés, leur arrestation était illégale'. 

4 juin. — La Vendée est appelée à fournir six cents hommes 
dans le contingent des cent mille auxiliaires, décrété le 16 avril 
précédent. 

5 juin. — Les évêques constitutionnels de la Vendée, du 
Lot-et-Garonne et des Deux-Sèvres, sont préconisés à 
Bordeaux. 

< Ils furent relâchés le 14 juin suivant. 



72 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

10 juin. — La municipalité de Fontenay fait acquisition de 
remplacement du vieux château et de ses dépendances, pour 
la somme de 4,000 livres. 

Rodrigue part de sa cure de Fougère, escorté par une 
députation de douze membres de la Sociétii populaire, et 
depuis Montdoré, parles gardes nationales de S'«-Gemme 
do Luçon. La m*é de cette ville va au-devant de lui, le re- 
çoit et le complimente, à l'entrée de la ville, en présence d'une 
foule considérable accourue des paroisses voisines. Le prélat 
va descendre chez Parenteau, chirurgien, qui le loge chez lui. 

11 juin. — Les partisans de M. de Mercy, apprenant, 
avec désespoir, le remplacement du prélat, ameutent 
la population pour s'opposer à l'installation de l'intrus. 
Le peuple se porte à l'évêché ; menace de commettre 
des dégâts si Rodrigue se présente, et s'assemble sous les 
fenêtres de son hôte. La m^é parvient à rétablir l'ordre. 
Rodrigue s'est ensuite rendu à la séance, tenue par la Société 
populaire, laquelle, par l'organe de Moulins, son vice-pré- 
sident, lui a adressé un compliment. 

12 juin. — Les délégués de la m'* de Fontenay, chargés' 
d'assister à la cérémonie de l'installation de Rodrigue, 
arrivent à Luçon, à huit heures du matin. Ils se transportent 
aussitôt à la maison Parenteau, et ayant été présentés à 
l'évêque, le maire Moreau, lui adresse l'allocution suivante : 

« Monsieur, c'est par mon organe que la m'é (jg Fontenay 
<r vous offre ses hommages respectueux. Soyez persuadé qu'il 
« ne peut 6tre de plus douce satisfaction pour son cœur, que 
« d'assister à l'auguste cérémonie d'installation de Rodrigue 
« à l'évêché du département. » Rodrigue les remercie des 
sentiments que vient de lui exprimer la m''' de Fontenay, 
par la bouche de son maire, et les reconduit jusqu'à la rue. 
— De retour h l'auberge, à neuf heures, les commissaires y 
reçoivent la visite des officiers municipaux de Luçon, et sont 



PENDANT LA RÉVOLUTION 73 

invités à les accompagner à la cathédrale. Les divers délégués 
des municipalités se réunissent à l'hôtel de ville, et se rendent 
en corps chez le sieur Parenteau, pour y prendre l'évêque. Le 
cortège, escorté par la garde nationale, se met alors en 
marchC;, au milieu d'un concours considérable de spec- 
tateurs, et se rend à la cathédrale. A la porte principale, 
Rodrigue est complimenté par un officier de la garde 
nationale des environs. — Entré dans l'église et arrivé au 
chœur, le prélat gravit les marches de l'autel, accompagné de 
ses deux grands vicaires, lesquels prononcent successi- 
vement, à haute voix, le serment civique. Rodrigue, ayant 
ensuite été revêtu de ses ornements sacerdotaux, a célébré 
là grand'messe, qui a été chantée avec le cérémonial usité. Il 
est ensuite reconduit, par le même cortège, jusqu'à son 
logement. 

Le 1" bataillon du 84^ de ligne arrive aux Sables. 

15 juin. — Moreau, maire ; Garos. Perreau. Vinet. offi- 
ciers municipaux, et Pichard, procureur de la c"", commis- 
saires chargés de représenter la municipalité, à l'installation 
de Rodrigue, lui apportent le rapport rédigea cette occasion. 

17 juin. — Les citoyens actifs de la com"^ sont invités à 
se réunir à l'Assemblée primaire pour procéder au choix des 
nouveaux électeurs, lesquels se rassembleront, en cette ville, 
avec ceux des autres cantons du dép', le 29 du même mois, 
pour nommer les neuf députés de l'Assemblée Législative. 

18 juin. — Pranger* (Antoine-Léon), professeur de seconde 
au collège de Fontenay, publie le prospectus du Journal du 

* Né à Paris, en 1707, nommé professeur au collège de Fontenay. lors de son 
organisation à la fin de 1790. Il compose, en 1792, un petit poëme intitulé la 
Bataille de Jemmapes, in-8» de 18 p. en l'honneur de Dumouriez, qu'il avait 
eu occasion de voir chez Pervinquiêre, son beau-frère. Sa liaison avec Carrière 
l'entraîna à faire partie du comité royaliste. Menacé d'être arrêté, le 10 juillet 
1793, il se sauva, et devint chef de la division de Pouzauges. Fait prisonnier 
à Rochetrejoux, il fut amené à Fontenay, jugé et fusillé le 7 mars 1796. 



74 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

dép' delà Vendée, dédié à la Société des Amis delà Consti- 
tution du département. 

L'ôvêque de Mercy proteste contre l'élection de Rodrigue. 
Le tribunal criminel le décrète d'accusation, ainsi que les 
abbés Brumauld de Beauregard et Herbert, curé d'Aizenay, 
sous la prévention de pousser à la révolte, et d'écrire des 
lettres anonymes. 

20 juin. — L'Assemblée Nat^^ décrète que les fonction- 
naires publics, ecclésiastiques assermentés, qui se seraient 
rétractés ou se rétracteraient, seront privés de tout traite- 
ment ou pension. 

Le Roi quitte clandestinement Paris, accompagné de la 
Reine, du Dauphin, de M">' Royale^, de M""* Elisabeth, sa sœur, 
et de M™* de Tourzel, gouvernante des enfants. 

23 juin. — A 6 heures du soir, on apprend la fuite de Va- 
rennes. Le direct" de départ^ ordonne aux districts d'afficher 
et publier, dans les communes, les décrets rendus par l'As- 
semblée à cette occasion. 

La m^^' arrête que la garde de la nuit suivante sera doublée, 
défend aux loueurs de chevaux ou aux maîtres de poste 
de reconduire personne, sans un consentement écrit ; aux 
marchands de vendre ou donner de la poudre^, sans autorisa- 
tion, et aux aubergistes de prendre les noms de ceux qui 
logeront chez eux et de l'en informer. 



'C 



24 juin. — La m*^ institue un règlement provisoire pour le 
service de la garde nationale. Elle exhorte les citoyens au 
calme, à la concorde^ à faire acte de patriotisme et de 
fermeté. 

25 juin. — La m*^ fait parvenir à l'Assemblée Nationale 
une adresse à l'occasion de l'enlèvement du Roi, conçue en 
ces termes ■ 



PENDANT LA RÉVOLUTION 75 

« Messieurs, si l'enlèvement critique de la personne royale 
» a consterné les bons Français, les nouvelles preuves de 
» fermeté et de sagesse, données par nos législateurs, aug- 
» mentent et raniment dans nos cœurs, le feu sacré du pa- 
» triotisme. 

» L'univers entier, Messieurs, dans l'admiration, a les yeux 
ï) fixés sur vos travaux immortels. Les Français sont pénétrés 
» du civisme que vous leur avez inspiré ; et c'est entre vos 
» mains que nous en jurons la plus vive reconnaissance. Si 
» vivrelibre est le bonheur que vous avez préparé à tout notre 
» empire, nous, organes de nos concitoyens, pourrions-nous 
» nous taire, en ce moment, que nous sommes animés du 
)) plus saint désir d'offrir nos vies à la patrie, et de verser 
» pour elle et pour vous, Messieurs, jusqu'à la dernière 
» goutte de notre sang. » 

Sur les dix heures et demie du soir, les maires et officiers 
municipaux apprennent qu'il vient d'arriver. un courrier au 
département. Ils s'y rendent aussitôt en corps. On leur an- 
nonce l'arrestation du Roietde la famille royale. Ils retournent 
aussitôt à l'hôtel-de-ville, et font annoncer la nouvelle, à son 
de caisse, pour faire participer les citoyens à la satisfaction 
qu^ils en éprouvent, les invitant, en même temps, à illu- 
miner la façade de leurs maisons. Des danses ont été orga- 
nisées aussitôt dans divers quartiers, pendant toute la nuit; 
et la garde nat'«, musique en tête, a parcouru les rues de la 
ville, comme témoignage de la joie que cette nouvelle venait 
de lui faire éprouver. 

Des administrateurs du dép' informent les municipalités 
que le Roi et la famille royale ont été arrêtés à Varennes; 
au moment où ils quittaient la route de Verdun. 

25 juin. — Le citoyen Legeay, juge de paix du canton de 
Poiroux^ informe le district des Sables^, que, le 23 courant, 
il a entendu, par le son de la cloche;, l'annonce d'une assem- 
blée ; que, s'y étant transporté, il y trouva nombre d'habi- 



76 JOURNAL d'un fontenaisien 

tant, réunis sous la présidence du sieur Gouin, ci-devant 
sénéchal de Poiroux ; que, parmi eux, se trouvaient Massonet 
ci-devant prieur d'Avrillé, un ci-devant chanoine de Luçon^, 
l'abbé Lézardière ; le sieur Arraudet, curé de Poiroux, et 
quelques autres ecclésiastiques ; qu'hier, en revenant de 
chez Rig-ourdain, présid' de l'assemblée primaire de Poiroux, 
il entendit, sous les halles, une danse avec les cris de : 
'i Vivent les ai^istocrates ! Le Roi est pris ; nous avons gagné ! » 
Le Direct" du district des Sables apprenant, à 10 h. du soir, 
que 80 nobles environ, 200 paysans et quelques ecclésias- 
tiques insermentés, sont rassemblés, avec armes et muni- 
tions de guerre, au château de la Proustière, donne l'ordre 
à un détachem' de 30 soldats du 84'rég'^ (ci-devant Rohan), et 
à un nombre égal de gardes nationales commandé par le lieut^ 
de grenadiers, Ant"' Laverand, d'aller fouiller le château et 
de se saisir de la personne du s"" Deloynes ; de tous autres 
complices, et d'enlever les armes qui s'y trouvent, ainsi qu'à 
La Marzelle. 

26 juin. — La m'é de Luçon, pour rassurer le peuple sur la 
fuite de Varennes, et manifester sa satisfaction d'apprendre 
son arrestation, arrête : 1° que les cloches des églises de la 
ville sonneront de huit à neuf heures du mal;in; et, qu'au 
préalable, cette nouvelle sera publiée à son de caisse et affi- 
chée ; 2" qu'un Je Z)^?/wî d'actions de grâces sera chanté, à 
l'issue des vêpres, après lequel sera allumé un feu de joie, 
auquel assisteront les troupes ; 3° qu'il y aura illumination 
générale, depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit. 

A 2 h. du matin, la force armée, commandée par Laverand, 
part des Sables et se rend à La Marzelle, où elle arrive à 7h. 1/2 
du matin. On n'y trouve que quelques fusils. La colonne 
reçoit l'ordre de se rendre à Avrillé et d'y séjourner. 

27 juin. — La division des Sables arrête que les attroupés 
devront remettre leurs armes de toute espèce et devront se 



PENDANT LA RÉVOLUTION 77 

rendre, avecla troupe, aux Sables, pour y demeurer en état 
d'arrestation. 

A trois iieures du soir, se présente au district des Sables, 
le sieur François Pillaud, maire de Poiroux, qui déclare que 
depuis hier matin, il s'est successivement réuni un grand 
nombre de personnes au château de la Proustiùre, les uns en 
voiture, les autres à cheval, tous armés de pics de sabres et 
pistolets ; et que sur le siège de quelques-uns étaient des 
faisceaux de fusils ; que l'u-n des enfants du sieur Lezardière 
a dit dans la matinée, au sieur Gouin, qu'avant la fm du jour, 
il fallait mettre trois têtes sur le carreau. 

Le Directoire arrête aussitôt que le command*^ du 1" ba- 
taillon du 84* régiment sera requis de joindre, sans retard, à 
la troupe détachée cette nuit, un renfort qui, en suivant la 
même route, ira la joindre à Avrillé, par oii elle doit passer. 

28 juin. — Le Direct" du dép', avisé des rassemblements 
de la Proustière, informe la m'^ deFontenay qu'il fera partir, 
le lendemain, trente-six hommes de l'escadron du 16* rég* de 
cavalerie (ci-dev' Royal-Lorraine) pour se porter aux environs 
deLuçon. De Sarcus, commandS requiert la m'^ ^e fournir 
cent cartouches audit détachement. 

A la tête de cinq centsoixante-quatrehommes,le command' 
Laverand marche d'Avrillé sur la Proustière. On y arrive à 
3 heures du soir, et l'on trouve le château dévasté. Il venait 
d'être livré aux flammes par Loiseau, garde national des 
Sables, faisant partie de l'avant-garde du détachement. 

29 juin. — Le détachement de cavalerie, mis en réquisi- 
tion, part de Fontenay pour se rendre à la Proustière. Pichard 
du Page et Luminais sont désignés comme commissaires 
pour l'accompagner. 

La m'é décide la suppression de la paroisse de Saint-Jean^ 
de-Fontenay, qui devint une succursale de celle de Saint- 
Nicolas ; mais elle est provisoirement conservée, jusqu'à 
l'agrandissement de cette dernière. Dans la nuit du 29 au 30 



78 JOURNAL d'un fontenaisien 

Lézardière*, ses deux fîls^ et un domestique sont arrêtés. Ils 
sontconduits aux Sables, par ordre des commissaires, envoyés 
sur les lieux par le dép', et enfermés , avec trente-sept de leurs 
compagnons, dans la prison de la Coupe. 

— Luminais et Pichard du Page se présentent au district 
des Sables pour prendre la direction des opérations. Us 
arrêtent que copies de toutes les pièces pouvant servir à la 
conviction des prévenus d'attroupements se sont remises à 
l'accusateur public avec expédition du présent arrêté, lequel 
servira de dénonciation. 

30 juin. — Le Directoire du district de Pontenay convoque 
les anciens électeurs pour procéder^, le 10 juillet suivant, au 
remplacement des curés non-conformistes. 

1" juillet. — Une lettre du district de Montaigu apprend 
à. celui des Sables l'arrestation à S'-Fulgent^ dans la nuit du 
29 au 30 juin, du sieur Robert de Lézardière, de deux de ses 
enfants, et d'un domestique;, lesquels ont été incarcérés à 
Montaigu. 

Le sieur Soindre, écrivain à la Proustière, annonce au 
district que vendredi ou samedi dernier, il s'y est réuni 
plusieurs ci-devant gentilshommes, bien armés ; que ce même 
jour, MM. de Lézardière attroupèrent plusieurs paysans, au 
nombre de deux cent cinquante environ ; qu'il y a reconnu ce 
dernier avec ses quatre enfants ; M. de Vaugiraud, ci-devant 

* Robert de Lézardière, Louis-Jacques-Gilbert, baron de Poiroux, chef des 
conspirateurs, hommui d'une instruction rare, à cette époque, parmi les gen- 
tilshommes du Poitou. C'était lui qui avait rédigé, arec le chevalier de La 
Coudraie, savant et marin distingué, le cahier de la noblesse de la province. 
Il avait épousé Marie-Jeanne-Chariotte Babaud de la Chaussade. Arrêté, le 
29 juin 1791, avec ses deux fils à Saint-Fulgent, il fut conduit en prison 
aux Sables, et ne fut relâché que le il septembre suivant, lors de l'amnistie 
accordée par la Constituante. Après bien des périls, il se retira à Bayeux avec 
sa fille, puis émigra à l'étranger à la suite du 18 fructidor. Il mourut à, 
Nantes en 1801, au moment où il allait reprendre possession de la Proustière. 

» Jacques-Paul, né en 1762, et Sylvestre- Joachim, né en 1767, officiers de 
marine, guillotinés le 8 avril 94. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 79 

chevalier et son fils ; les deux Masson de la Morinière de 
Nieuil ; M. du Gl^afîault do l'Ordre de Malte ; M. Deloynes de 
la Goudçaye ; M. René Baudry de la Vesquière ; le ci-devant 
chevalier d'Achiais ; un des Gazeau de l'Allièru ; M., Nicollon 
de l'Aumandière ; M. Gentet de la Ghesneliùre ; M. Robert de 
la Verie et plusieurs autres dont il a oublié les nonas ; formant 
environ trente maîtres ; les sieurs Michaud, aumônier de la 
maison ; Massonet, ex-curé d'Avrillé; Sicard, hebdoma- 
daire à Luçon, l'abbé Robert d'Aspremont; le petit abbé 
Duchafîauct, d'environ douze à treize ans ; le s' Fleurisson, 
clerc ; le s' Dugandeau de S'-Georges de Montaigu ; le 
s"" Maroilleau de Jart, aussi écrivain ; que cette troupe, après 
un séjour de trois à quatre jours, pensant qu'il n'y avait plus 
de garnison aux Sables, rebroussa chemin ; que les paysans 
revinrent chez eux, et que les nobles se rendirent à La Mori- 
cière de Nieuil, oii les dames de la Proustière et autres étaient 
réunies qu'ils se rendirent, de là, à l'Ayraudière et aux Gats, 
paroisse de Dompierre ; qu'ayant appris là l'arrestation du 
Roi, ils avaient résolu de se retirer chez eux. 

— Pichard et Luminais, dressent le procès-verbal des 
mesures prises par eux, à l'occasion de troubles de la 
Proustière. 

3 juillet. — A dix heures du soir, est conduit au directoire 
des Sables, le sieur René Gabriel Baudry, de la Vesquière*, 
arrêté vers les trois heures et demie, se rendant à 
la maison de la Côte. Il a déclaré que le samedi, 25 juin 
dernier, sur les cinq heures du soir, arrivèrent chez lui les 
sieurs Deloynes et Duchaffault, qui l'effrayèrent lui et sa 
femme, lui disant qu'il fallait partir sur-le-champ, pour ne pas 
être exposés à être égorgés, s'ils restaient ; qu'ils s'équipèrent 
sur-ie-champ et se rendirent avec eux, à La Marzelle, où ils 

* Ex-noble, domicilié àLongeville. Convaincu d'avoir fait sonner le tocsin 
à Lingeville et d'avoir été l'instigateur des divers soulèvements qui eurent 
lieu dans le pays, il fut traduit devant la Commission militaire des Sables 
et condamné à mort le 26 avril 93. 



80 JOURNAL D UN FONTENAISIEN 

arrivèrent vers huit heures du soir ; qu'après soleil couché, 
ils en partirent et rencontrèrent, au PortrVieux, le sieur 
Ghesnelière et son épouse;, dans une voiture avec la dame 
Deloynes» sa fille ; l'épouse dudit Baudry et sa fille ; qu'ils 
firent roule, tous ensemble pour Bois-Grolland, où ils arri- 
vèrent vers minuit et demie. Que le lendemain dimanche, ils 
se rendirent tous à la Proustière, où ils restèrent jusqu'au 
mardi matin ; qu'il en partit entre cinq et six heures pour 
se rendre à La Moricière ; que pendant son séjour à la Prous- 
tière, il a vu dans la foret, une troupe de paysans armés ; 
qu'il y avait en outre, le sieur Baudry, aîné de la Burcerie ; 
le s' de l'Aumondière ; le s' de Vaugiraud et son fils; les deux 
Masson ; les deux Gazeau de l'Audière ; le s^ d'Archiais le 
jeune ; le s"" Hemery et autres ; que tous étaient armés ; mais 
qu'il nest point du nombre de ceux ayant marché jusqu'au 
moulin Moizeau. — Le Directoire le fait arrêter. 

4 juillet. — A 2 heures du soir, arrivent aux Sables, 
venant de Montaigu, Robert de Lézardière et deux de ses 
enfants^, ainsi que Jacques Villeneuve, domestique de Beau- 
regai'd;, de L'Allière de Ghavagnes^arrêté en même temps que 
les Lézardière. Ils sont incarcérés, avec 37 de leurs complices 
de la Proustière, dans la prison de la Coupe. 

5 juillet. — Robert de la Salle, maréchal de camp, frère du 
sieur Lézardière, se présente au district et demande quatre 
cavaliers pour l'aider à rechercher Robert de la Vérie, son 
frère et sa sœur, errant dans les bois, depuis l'incendie de 
leur manoir, et exposés à y périr de faim et de misère. 

6 juillet. — Le commande du 16"= régim^ de cavalerie reçoit 
l'ordre de diriger treize cavaliers sur Talmont et treize 
autres sur la Molhe-Achard. 

9 juillet. — Un décret de l'Assemblée ordonne aux émigrés 
de rentrer en France. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 81 

10 juillet. — Hervé, Guillaume, capucin, est élu caré de Saint- 
Jean, et Perreau, Jean-BaplisLe, curé de N.-D. de Fontenay. 
Sur los sept heures du soir, Dmnonriez', maréchal de camp 
de la 12" division mililairu, se présente au district des Sables 
et remet une lettre des administrateurs de la Loire-Inférieure 
annonçant que le s"" Dumouriez se transporte dans cette ville 
à l'effet d'y rétablir l'ordi-e troublé, par suite de l'insubordi- 
nation du Si'' régiment, suivant avis donné par M. Dupeloux, 
lient' colonel dudit régiment. Le général annonce que son 
intention est de passer quelques jours aux Sables, pour se 
renseigner sur les troubles qui ont éclaté dans la contrée. 

10-11 juillet. — On procède à l'élection des curés constitu- 
tionnels du district de Fontenay*. 

13 juillet. — Dumouriez se rend au club des Amis de la 
Constitution des Sables et y prononce un discours. 

14 juillet. — On célèbre la cérémonie de la 2^ fédération. 
Sur les dix heures du matin , la municipalité suivie des 
gagés de ville se rend à l'hôtel du département. Elle y trouve 
réunis les administrateurs du dép' et du district, auxquels 
viennent se joindre les juges du tribunal. A dix heures 1/2, 
le cortège se met en marche. Un coup de canon annonce son 
arrivée sur la place Royale, où les officiers de l'état-major 
viennent le recevoir. Le cortège, se plaçant alors entre deux 
haies de gardes nationales;, s'est dirigé, tambour battant;, 



* Dumouriez, Charles-François, né à Cambi-ay (NordJ, en 1739, maréchal 
de camp de la 12» division militaire sous les ordres du lieutenant-général 
Verieuil, dont le quartier-général était La Rochelle. 11 mourut, en 1823, en 
Angleterre. 

^ Les élections eurent lieu pour les paroisses ci-apiès : Notre-Dame et ; 
Saint-Jean de Fontenay ; L'hermenault ; Sainte-Hermine ; Maillé ; Denant ; 
Payré ; Vix ; le Gué-de-Veluire ; Doix ; Mouzenil ; Saint-Sigismond ; Ouïmes ; 
Champagne ; Chaix ; Corps ; Triaize ; Saint-Jean de Beugné ; les Magnils ; 
Nalliers ; L'Orberie ; Thiré ; Ste-Gemme-la-Plaine ; Marsais, Chasnais ; 
Saint-Denis-du-Payré ; Puyvavault ; Charzais ; Pissotte ; etc. 

Tome m. — Janvier, Février, Mars 1890. 6 



82, JOURNAL d'un PONTENAISIEN 

drapeau déployé, vers la prairie, où déjà se trouvaient réunis 
l'escadron de cavalerie en garnison dans la place, et la gendar- 
merie nationale. Arrivé dans la prairie, le cortège a été invité 
par le maire àmonter sur l'amphithéâtre;, qui y avait étéélevé^ 
recouvert de tapisseries, et surmonté de colonnes blanches, 
entourées de guirlandes de feuilles de chêne. La troupe s'est 
rangée alors en demi-cercle au devant de l'estrade. Sur un 
signe du maire, les tambours et la musique ont cessé de se taire 
entendre, et deux coups de canon ont été tirés dedessusla place 
Royale. Le maire, s'avançant alors sur le devant du théâtre, a 
prononcé un discours, tout empreint du respect et de l'obéis- 
sance dus à la loi, de l'importance du serment fédératif pour 
l'affermissement de la Constitution et le salut de la patrie. 
Donnant ensuite lecture de la formule, tous les corps admi- 
nistratifs ont prêté simultanément le serment. L'Etat-major, 
les dix compagnies de la garde nat'% la musique, la gendar- 
merie nationale et la troupe de ligne ont également suivi cet 
exemple. Il en a été de même pour une quantité considérable 
de filles, de femmes et de citoyens, non armés- Le cortège 
est descendu de l'estrade ; a parcouru, dans le même ordre, 
les diverses rues de la ville, j usqu'à l'hôtel du dép^ où le maire 
a remercié les officiers de l'état-major et toute la garde 
nationale, qui se sont alors retirés. Les administrations étant 
entrées dans la salle, le président les a haranguées, et leur 
a dit que ce jour était le plus beau de sa vie^ puisqu'il voyait 
tous les corps administratifs unis d'esprit et de cœur. 

La même cérémonie s'accomplit aux Sables, sur la place 
Garcado. Dumouriez et les troupes de la garnison y prêtent 
le serment exigé par la loi. 

Avant de partir pour Luçon^ Dumouriez adresse des 
Sables^ au procureur-général-syndic, la copie de son serment 
d'obéissance à la Constitution. Dans la soirée, il se rend au de- 
vant du régiment de la Sarre, arrivant de la Rochelle, et 
allant tenir garnison dans la Vendée, la Loire-Inférieure et les 
Deux-Sèvres. 



pendant'la révolution 83 

15 juillet. — Dumouriez requiert la m'é de Luçon de se 
rendre, à six heures du soir, sur la place d'armes, à l'effet 
d'assister à la prestation de serment de la troupe de ligne et 
de la garde nat'% lequel est conçu en ces termes : « Je jure 
» d'employer les armes, mises dans mes mains, à la défense 
» de la patrie, et à maintenir, contre tous ses ennemis du 
» deliors et du dedans, la Constitution décrétée par l'Assem- 
» blée Nationale ; de mourir plutôt que de souffrir l'invasion 
»• du territoire français par les troupes étrangères; et de 
» n'obéir qu'aux 0""dres qui seront donnés en conséquence 
» des décrets de l'Assemblée Nationale. » 

16 juillet. — L'Assemblée Nat'" décrète qu'il sera envoyé 
incessamment en Vendée deux commissaires civils avec 
mission d'étudier la source des troubles de la Vendée et de 
prendre les moyens nécessaires pour rétablir la tranquillité. 
— Cochon de Lapparent' donne lecture à la Constituante de 
son premier rapport sur les événements de la Vendée. 

17 juillet. — A huit heures et demie du matiU;, la garde 
nat'* a été convoquée sur la place Royale, pour assister à la 
prestation de serment de Hervé, curé de Saint-Jean et Perreau, 
curé de Notre-Dame. Faisant escorte à la m^é , elle s'est ren- 
due, sur deux rangs, tambours et musique en tête, à l'église 
Saint-Jean A l'arrivée du cortège, Hervé, s'est placé sur 
les marches de l'autel;, et a prononcé un discours auquel 
le maire a répondu. Le curé a prêté le serment voulu 
par la loi, et acte en a été dressé sur le registre, qui lui 
a été remis pour être déposé dans l'église. Il a ensuite célébré 
l'office, à la suite duquel la m^é i'^ introduit dans la maison 

* Cochon de Lapparent, Charles, né le '^4 janvier 1750, à Champdeniers 
(Deux-Sèvres), conseiller à la sénéchaussée de Fontenay, député du Tiers à 
l'Assemblée Nationale, président du tribunal des Deux-Sèvres en 1791, député 
à la Convention, puis au Conseil des Anciens, ministre de la police générale 
en 1796, préfet de la Vienne et des Deux-Nèthes, sénateur et comte de l'Em- 
pire en 1809, exilé en 1816, amnistié en 1818, mourut à Poitiers le 7 juillet 
1825. 



84 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

curiale, restée vacante par le départ du précédent curé. Sur les 
dix heures, le cortège^, accompagnant les sieurs Hervé et Per- 
reau, s'est rendu à Notre-Dame, où se sont trouvés rassemblés 
les membres des direct"^ de dép' et de district, les juges du 
tribunal, les officiers de gendarmerie et la troupe de ligne. 
Perreau, après avoir gravi les marches de l'autel^ a prononcé 
un discours approprié à la circonstance, auquel a répondu le 
maire. Il a alors prêté le serment requis^ et acte en a été 
également dressé sur un registre remis par la m'é. Le curé 
a ensuite célébré la grand'messe, pendant laquelle ont été 
exécutés divers morceaux de musique, en présence d'une 
foule considérable. L'office terminé, le s' Perreau a été con- 
duit à' la maison curiale^ également vacante par le départ 
du s' Bridault, et en a pris possession. 

18 juillet. — Dumoariez adresse une proclamation à la 
jeunesse vendéenne, pour l'appeler au secours de la patrie, 
menacée par l'étranger. 

22 juillet. — Un décret appelle 97,000 gardes nationales à 
l'activité. 

23 juillet. — Louis XVI nomme Gauvain-Gallois' et Gen- 
sonné', commissaires civils en Vendée, à l'effet d'y étudier 
les causes des troubles et les moyens d'y rétablir la tranquil- 
lité publique. 

24 juillet. — Balthasar Tixier, vicaire de Saint-André- 
des-Arts, à Paris, prête serment dans la Cathédrale de Luçon, 
en qualité de grand vicaire de la Cathédrale. 

(A suivre.) A. Bitton. 

* J.-Aiit. Gauvain-Gallois., C''» de l'Instruction publique de Paris, tra- 
ducteur des œuvres de. Filangieri (Gaétan) . 

' Gensonn^ lArmand), né à Bordeaux, en 1758, avocat au Parlement de 
cette ville. Il fut envoyé, en 1791, à l'Assemblée ly-gislative, puis à la Con- 
vention 11 y forma, avec Guadet et Vergniaud,le noyau du parti de la Gironde. 
Arrêté le 2 juin 179:i, décrété d'accusation le 3 octobre, il fut traduit devant 
le tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté le 31 octobre 1793. C'était 
l'ami et le confident de Dumouriez. 



CHRONIQUE 



L'inauguration du monument dédié à Paul Baudry dans 
le cimetière du Père-Lachaise a enfin eu lieu, le 20 fé- 
vrier 1890. 

Nous avons dit précédemment ce qu'est le monument. Il nous 
reste à parler de la cérémonie. 

A l'heure dite, tous les invités étaient présents. Outre la délégation 
de l'Institut et de la Société des Amis des Arts, nous retrouvons là : 

M. Larroumet,directeur des Beaux-arts ; Charles Garnier,réminent 
architecte de l'Opéra, M. Poubelle, préfet de la Seine, MM. Bonnat, 
Gérôme, Henner, Glaize, Clairin, Lenepveu, le comte de Nouy, Ber- 
teauî, Toulmouche, Maurice Chabas, M. Edmond Robert, MM. Aris- 
tide Batiot et Le Roux, députés de la Vendéa, M. le sénateur Halgan, 
M. Alasonnière, le graveur vendéen, MM. Bouet et Bastard, délégués 
du Conseil municipal de la Roche, Bailly, Richard, représentant le 
Conseil municipal de Paris, M. Torrès, MM. Edme Paz et Marcel 
Baudouin, et au premier rang, la famille composée de Madame 
Clergeau, de MM. Auguste et Ambroise Baudry qui entouruient 
Madame Paul Baudry et ses deux enfants. 

A deux heures précises, le voile qui couvrait le monument tombe 
brusquement et au milieu de l'émotion générale, apparaît le buste 
du grand artiste. Un mouvement se fait dans la foule, et debout 
sur la marche du monument, M. Larroumet prend la parole au nom 
de l'Etat. Dans un très éloquent discours, M. Larroumet rappelle 



86 CHRONIQUE 

les fegrets que la France entière témoigna de cette perte inat- 
tendue « le jour où son cercueil gravit cette colline où tant de 
« morts illustres l'accueillaient comme un égal. » II constate que 
les quatre années qui ont passé sur la mort du grand artiste ont 
respecté intacte cette grande gloire, et il essaie de déterminer le 
caractère de ce beau talent. « On apprécia au prix de quels efforts et 
« de quelle volonté toujours tendue il avait conquis cette puissance 
« de création, si facile en apparence, qui lui permettait de renou- 
vêler l'admiration à chaque oeuvre nouvelle... A ces dons d'ori- 
c gine, se joignirent une sensibilité délicate, le besoin d'émotions 
« personnelles, d'impressions fraîches et vives, la haine de la con- 
« vention : il a aussi le goût bien français de l'élégance, de la clarté; 
.. il aime les lignes sveltes, la souplesse des formes féminines, les 
o colorations lumineuses et franches. » Après lui, Bouguereau et 
Meissonnier prennent la parole, et ces deux artistes, grands entre 
les grands, saluent en Baudry un rival admirable qui a tenu, dans 
la peinture française, une place pour longtenips vide. MM Thomas, 
au nom de l'association du baron Taylor, etBailly au nom des ar- 
chitectes français, se font l'interprète des regrets de leurs collègues. 
Puis successivement MM. Halgan, Le Roux et Edmond Robert 
parlent au nom de ce département de la Vendée qui a vu naître le 
■grand artiste, qui l'a (encouragé dans cette carrière si difficile, qui 
l'a soutenu à Paris et à Rome ensuite, lui permettant ainsi d'élargir 
ses inspirations et de s'enivrer des visions du passé et des modèles 
éclatants de Michel-Ange et de Raphaël. Et M. Robert revendique 
justement pour un de ses prédécesseurs M. Gauja, l'honneur 
d'avoir deviné dans l'enfant amoureux du beau, le créateur et le 
grand peintre. 

• Enfi'n, M, Garnier prend la parole à son tour, après le discours de 
M. Richard, au nom du Conseil municipal de Paris. L'émotion de 
réminent architecte est profonde, et, à chaque instant, sa voix se 
mouille de larmes. C'est que Baudry n'a pas été seulement son 
collaborateur; il a étésonami,son ami leplus tendre et le plus intime, 
depuis la villa Médicis jusqu'au jour où ensemble ils entreprirent 
la décoration de l'Opéra. La péroraison est d'un grand effet, o Dieu 
« a voulu que les souvenirs amers s'adoucissent avec le temps et se 
« fissent plus tendres et plus affectueux. La vie s'est poursuivie et 
a on se surprend à dire avec moins de tristesse le nom des chers 
« absents. C'est que l'homme sent bien qu'il y a deux existen';es, que 
« les douleurs de l'une sont épargnées ii l'autre et que s'il est permis 
« de pleurer celui qui nous quitte, c'est presque un sacrilège que de 



CHRONIQUE 87- 

« le plaindre.... Nous savons bien que l'ami n'est plus que pour 
« quelques-uns, tandis que l'artiste est à, la France entière ! » Et 
c'est tout. Les invités, douloureusement émus, défilent devant la 
veuve du grand peintre, sans chercher à consoler cette douleur qui 
est, hélas! inconsolable, et le préfet de la Seine a, seul, l'inspiration 
attendrissante d'embrasser les deux enfants de celui qui dort 
maintenant, dominant Paris et cet Opéra, gardien de ses chefs- 
d'œuvre et de son souvenir. 

Des raisons de santé nous ayant empêché à notre grand regret de 
répondre à l'invitation de M. Bouguereau, président de la commis- 
sion du Monument, et d'assister à la cérémonie d'inauguration, nous 
avons dû en emprunter les détails à notre confrère Joël Lefort, 
correspondant parisien du Libéral de la Yenclée. 

Le Publicateur de la Vendée àw. 23 février '1890 a reproduit les 
discours prononcés à cette occasion par M. Halgan, sénateur et par 
M. Le Roux député de la Vendée. 

Par arrêté du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- 
Arts, en date du 15 janvier 1890, le château de l'Ile-d'Yeu a été 
classé parmi les monuments historiques. M. Chaîne, architecte atta- 
ché au service des monuments historiques, a çté chargé de visiter 
ces restes intéressants et d'examiner s'il y aurait lieu de prendre 
quelques mesures pour assurer leur conservation. 

C'est un heureux résultat de la campagne précédemment pour- 
suivie par M. J. Robuchon, en faveur de ce curieux monument. 

Notre collaborateur et ami, M. Louis, professeur au lycée de la 
Roche-sur-Yon, vient d'être promu à une classe supérieure. 
Nos plus cordiales félicitations. 

L'église Notre-Dame de Fontenay vient d'être dotée d'un grand 
orgue sortant des ateliers de M. Debierre, à Nantes. Ce remarquable 
instrument a été solennellement inauguré, le 13 février 1890, sous 
la présidence de Mf Catteau, évéque de Luçon. 

Accordons par la même occasion un juste tribut d'éloge à la par- 
faite exécution de la nouvelle tribune qui le supporte. 

Un très brillant concert a été offert en février, par la Lyre 
Fontenaisienne à ses membres fondateurs, sur la scène de notre 
ville. Nous avons plus particulièrement été heureux d'y applau- 
dir la sérénade à V Aimée de nos compatriotes A. Bonnin et A. de La 
Voûte, merveilleusement chantée par M^^« Lucie del Bernardi, une 
très gracieuse artiste du Palais-Royal ; et un nouveau choeur de 



88 CHRONIQUE 

M. Alfred Rousse — Honneur au travail— exécuté avec un rare 
mérite par la Société Chorale de Fontenay. 

Au moment de mettre sous presse, on nous signale une importante 
découverte de monnaies de diverses époques, faite sous le seuil de 
la porte d'un moulin, près Longèves (Vendée). Nous en reparlerons. 

Une autre découverte aurait également été faite à Saint-Hilaire- 
de-Vousti ; il s'agit, cette fois, d'un souterrain refuge. A bientôt les 
détails. 

Un acte de vandalisme, contre lequel. on ne saurait trop protester, 
vient d'être commis par le Conseil municipal de Poussais (Vendée). 

Malgré l'énergique opposition de M. Hubert de Fontaines, cette 
assemblée a décidé la réédification de l'ancien ballet qui défigurait 
si fâcheusement le remarquable portail xn« siècle de l'église de 
cette localité. 

Sans se préoccuper davantage de la Commission des monuments 
historiques qui avait cependant à se prononcer, dans l'espèce, 
puisque le monument est classé, le Conseil municipal a fait immé- 
diatement exécuter le travail. 

Nous en appelons à qui de droit. 

A la réunion publique de la Société des Antiquaires de l'Ouest 
(.5 janvier 1890), M René Vallette a lu un travail sur les Femmes illus- 
tres du Bas-Poitou, qui sera publié ultérieurement dans cette Revue. 

M. Lièvre, dans sa conférence d'archéologie régionale à la Faculté 
des lettres de Poitiers, a traité de la Sidérurgie chez les Gaulois et 
des cendres de Nalliers. 

Comme l'année dernière, la session du congrès des Sociétés* 
savantes, aura lieu à I^aris, en 1890, dans la semaine de la Pentecôte. 

Une exposition de Beaux-Arts rétrospectifs aura lieu à Tours 
pendant les mois de mai et de j uin, sous la présidence de M. Palustre. 




CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 89 



NÉCROLOGIE 



M Charles SOUCIIET, ancien maire de Maillezais, ancien pré- 
sident de la Société des Marais de la Jeune-Autise, ancien 
conseiller général du canton de Maillezais, décédé à Mail- 
lezais, le 13 décembre 1889, dans sa62« année. 

M. l'abbé F. MOUILLÉ, aumônier des Frères de Saint-Gabriel, 
décédé le 21 décembre 1889. 

Né à Cugand, le 13 décembre 1828, et ordonné prêtre le 17 décembre 
1853, M. l'abbé Mouillé-avait été nommé aumônier de Saint-Gabriel 
au mois d'octobre 1863, après avoir été professeur pendant 11 ans 
au Séminaire des Sables. 

M. Albert-Marie-Regis MARCETTEAU DE BREM, lieutenant de 
vaisseau, chevalier de la Légion d'honneur, âgé de 43 ans, décédé à 
l'hôpital de Rochefort, le 8 janvier 1890. 

Fils du trop modeste auteur de V Histoire populaire de la Yendèe, 
du Boyihomme-Quatorze et du Moulin de Landerose, et de beaucoup 
d'autres nouvelles vendéennes, M. Régis de Brem était un officier 
de grande valeur, qui s'était particulièrement distingué par son 
héroïque conduite à la prise de Sfax 

Le R. p. BONNIN, de la Compagnie de Marie, décédé le 1.5 janvier 
1890, à Saint-Laurent-sur-Sèvre. 

Madame Henri TILLIER, née Adèle-Agathe Tillier, décédée à Saint- 
Hermine, le 17 janvier 189(i, à l'âge de 79 ans. 

M. l'abbé Auguste SIMONNEAU, décédé à l'Ile d'Elbe, le 20 janvier 
1890. 

M. l'abbé Simonneau était un érudit d'un talent original, auquel 
on doit un grand nombre d'études historiques intéressantes, h' An- 
nuaire de la Société d'Emulation, la Revue historique de l'Ouest, le 



90 CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 

Conservateur de la Vendée, la Semaine Catholique de Luçon ont été 
à plusieurs reprises honorés de sa collaboration. 

M. Henri-Joseph de BONNEGENS DES HERMITANS, président 
honoraire du tribunal civil de Saint-Jean-d'Angély, et chevalier de 
la Légion d'honneur, décédé au château des Hermitans, commune 
de Venansault (Vendée), le 21 janvier 1800, dans sa 84^ année. 

Issu d'une ancienne famille dérobe, M. de Bonnegens joignait à 
la distinction de ses manières, une érudition profonde, dont sa 
conversation conservait la plus heureuse réminiscence, et une 
sîireté de relations due à la bienveillance de son caractère, autant 
qu'à la générosité de son cœur. 

Marié à M"" Mercier, il avait fait bâtir en Vendée, au milieu de 
vingt et quelques fermes, un château qu'il avait baptisé du nom d'un 
fief du canton de Saint-.Iean-d'Angely, possédé aujourd'hui par un 
neveu du défunt : Les Hermitans. 

M. l'abbé JAGEXEAU, ancien curé de la Merlatière, décédé le 
26 janvier 1890. 

M. Constant VERGER, décédé à Nantes, fin janvier, à la suite 
d'une courte maladie. 

Sa compétence et son autorité en agriculture lui avaient valu le 
titre de président d'honneur du Syndicat des agriculteurs de Vendée. 

Les choses de l'esprit ne le laissaient pas davantage indifférent 
témoin, la très savante étude qu'il publiait sur ï Abbaye de Bois- 
GroUand, dans la Revue historique de VOuest,diVi moment où la mort 
est venue le surprendre. 

M. Emilien CHARRIOT, docteur en médecine, décédé à Chaillé- 
les-Marais, le 29 janvier 1890, dans sa 55* année. 

M. Morin d'YVONNIÈRE, ancien conseiller général du canton du 
Poiré-sur-Vie, décédé fin janvier 1890. 

« Un seul mot — dévouement — résume la vie de l'homme de 
bien qui n'est plus, dit à son endroit le Publicateur de la Vendée^ 
(N» du 2 février 1890). Dévouement à son pays et au canton qui lui 
était si cher. » 

M. Adolphe BOUTILLIER DE SAINT- ANDRÉ, banquier, décédé à 
Cholet, à l'âge de 48 ans, et inhumé à Mortagne, le 4 février 1890. 

« Issu d'une famille des plus honorables, dit le Publicateur de la 
Vendée i}^" dn 7 février 1890, M. Boutillier de Saint-André laisse 
dans le monde des affaires comme dans celui de la bienfaisance un 
vide qui ne sera pas comblé de longtemps. » 



CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 91 

M. le docteur Bourgeois, député de la Vendée, a prononcé sur la 
tombe du regretté défunt un discours plein d'émotion (voir le Pu- 
blicateur de la même date). 

Madame Aimée-Clarice MÉREL, veuve de M. Auguste-Joseph- 
Paul Rousse, décédée à Fontenay-le-Comte, le 6 février 1890, dans 
sa 08® année. 

Madame Rousse était la tante de notre excellent collaborateur et 
ami, M. Henri-Daniel Lacombe, 'auquel nous adressons nos plus 
sympathiques condoléances. 

Le R. P. Adolphe BRAZILLE, missionnaire de Chavagnes, dé- 
cédé le 13 février 1890, à Chavagnes-en-Paillers. 

Marie-Hyacinthe-Agathe POSTAIRE, veuve de Pierre-Victor du 
Garreau de la Méchenie, décédée aux Sables-d'Olonne, à l'âge de 
58 ans (11-17 février 1890). 

M. Victor TREUTTEL, ancien percepteur des contributions di- 
rectes, décédé à Longèves, le 19 février 1890, dans sa 68^ année. 

Le R. P. LEBOSSÉ, eudiste, ancien professeur de l'Institution 
Richelieu à Luçon, décédé, le 20 février 1890, au séminaire de la 
Roche du Theil, près de Redon. 

M. le chanoine Louis-Edmond BOURBON, décédé le 24 février 1890, 
à Luçon. 

Né le 2 janvier 1816, au Biotissandeau, paroisse d'Ardelay, 
M. Bourbon, après de brillantes études faites au séminaire de Saint- 
Sulpice de Paris, fut nommé professeur de philosophie au grand 
séminaire de Luçon en 1839, puis chanoine titulaire en 1863. 

Partageant son temps entre la prière et l'étude, dit la Semaine 
catholique du l" mars 1890, M. Bourbon s'occupait plus particu- 
lièrement dans ses dernières années du plain-chant et de musique 
religieuse. 

Les pauvres perdent également en lui un bienfaiteur insigne. 

Après les obsèques célébrées à la cathédrale de Luçon, le corps 
a été transporté à Ardelay, où il a été déposé dans le caveau de la 
famille. 

M. de WARESQUIEL DE MESGALAND (Albéric-Henri), officier 
de la Légion d'honneur, inspecteur en chef de la marine en retraite, 
décédé à Fontenay-le-Comte, à l'âge de 69 ans (février 1890). 

Madame Louise BLAY, épouse de M. Jean Coulais, maire du 
Langon, décédée au Breuil, le 12 mars 1890, à l'âge de 63 ans. 



92 CHRONIQUE ~ BIBLIOGRAPHIE 



BIBLIOGRAPHIE 



DE tous les héros que les guerres de la Vendée ont fait naître, 
Henri de la Rochejaquelein est à coup sûr celui dont la mâle 
physionomie, personnifie le plus complètement le caractère 
de cette lutte de géants. Mais après les Mémoires de la marquise de 
la Rochejaquelein et les nombreux ouvrages qui s'en sont inspirés, 
il semblait difficile de publier à son endroit quelque chose d'inédit. 
L'ouvrage qui vient de paraître sous le titre de Henri de la Ro- 
chejaquelein et la Guerre de la Vendée, diaprés des documents iné- 
dits nous prouve éloquemment le contraire. 

Dans ces pages admirablement écrites, La Rochejaquelein revit 
tout entier, avec son courage merveilleux, son activité incomparable, 
sa modestie dans le conseil, sa décision dans le combat, tel que l'ont 
apprécié tous les historiens, mais comme nul encore ne l'avait fait 
si complètement revivre. 

A la fin de cette biographie, qui semble comme le corollaire des 
Mémoires de la grande marquise, nous trouvons rassemblés, des 
détails empruntés aux archives de la famille et surtout à celles de 
Clisson, des prières vendéennes, les diverses versions historiques 
sur la fin du héros, l'exhumation de ses restes. 

Une excellente eau-forte de M. 0'. de Rochebrune nous montre la 
chapelle de St-Aubin de Baubigné sous laquelle sont ensevelis les 
membres de la famille. Une carte donne le tracé de la marche d'Outre- 
Loire et une héliogravure reproduit fidèlement le seul autographe 
que la postérité ait conservé d'Henri de la Rochejaquelein. 

Cet ouvrage, imprimé avec grand luxe chez Lacuve, à Melle, a été 
édité à Paris, chez Champion. 

Vous demandez le nom de l'auteur? — Mystère et discrétion. 

En publiant Paris pendant la Terreur, notre savant collaborateur, 
M. Edmond Biré, vient de donner une nouvelle preuve de son 
inépuisable érudition et de son merveilleux talent d'écrivain*. 

' 1 vol. in-lG. Librairie académique Perrin et C'«, 35 quai des Grands- 
Au^ustins. 



CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 03 

Ce livre est la suite et lo complément de Paris en 1703, couronné 
cette année par l'Académie Irançaise {second prix Gober t). Ce nouveau 
volume comprend la période qui va du :n mai au 31 octobre 1703, 
de la chute et de la proscription dis Girondins à leur procès et à 
leur exécution. 11 renferme les scènes les plus tragiques, la mort et 
les funérailles de Marat, l'exécution de Charlotte Corday, le procès 
du général Custine, le supplice de Marie-Antoinette. Plus encore 
que dans Paris en 1793, l'auteur s'est attaché à peindre la vie de 
Paris pendant la Terreur, et il conduit tour à tour le lecteur au 
club des Jacobins, au tribunal révolutionnaire et dans les tribunes 
de la Convention, dans les cafés, les restaurants et les théâtres. 
Tous les détails sont de la plus rigoureuse exactitude. Pas un fait 
n'est avancé sans une preuve, sans un document à l'appui, C'est 
une œuvre historique de haute valeur, en même temps qu'un récit 
de l'intérêt le plus dramatique. 

Notre éminent confrère et ami, M. Marius Sepet, a récemment fait 
paraître chez Retaux-Bray, 8i, rue Bonaparte, un ouvrage intitulé : 
les Préliminaires de la Révolution, qui n'aura pas un moindre suc- 
cès que son précédent livre sur Jeanne d'Arc. 

Ce volume comprend deux parties. La première a pour suj^ 
La Société française à la veille de la Révolution^ . L'auteur s'est pro- 
posé d'y tracer un tableau clair et attachant de l'ancienne France 
telle qu'elle était au moment de l'ouverture des États généraux. Il 
passe successivement en revue les moeurs, les idées, les institu- 
tions, et décrit le mécanisme complexe du gouvernement et de l'ad- 
ministration, en l'expliquant par l'histoire. Il montre l'origine et le 
jeu des diverses influences dont l'action combinée prépara la ruine 
des vieilles institutions françaises. 

Le tableau a un complément nécessaire dans la seconde partie où 
sont racontés les événements, trop oubliés, des dernières années de 
Vancien régime. L'auteur s'est attaché à présenter un récit fidèle et 
impartial des tentatives, des luttes, des péripéties qui marquèrent 
successivement la fin du ministère de Calonne, celui de Loménie de 
Brienne et le second ministère de Necker. Les délibérations des 
Notables, les conflits avec le Parlement, les troubles de Bretagne et 
du Dauphiné, le mouvement électoral de 1789, offrent une suite de 
scènes émouvantes et curieuses. 

L'auteur s'est efforcé, en exposant les faits avec exactitude et en 
les appréciant avec équité, de leur conserver dans le récit leur va- 

♦ Beau volume in-18 jésus, 3 fr. 50. 



04 CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 

leur dramatique et pittoresque. Il n'a pas négligé non plus, dans la 
mesure de ses forces, de faire ressortir les portraits, les caractères 
des personnages qui y figurent, et dont plusieurs : Necker, Mira- 
beau, Mounier, La Fayette, Sieyès, devaient bientôt jouer un rôle si 
considérable dans la Révolution elle-même. 

Il a fait, en un mot, tout ce qui lui était possible pour que ces 
événements, qui nous touchent encore de si près, joignissent dans 
son livre, comme ils le font en eux-mêmes, aux graves leçons de 
l'histoire, quelque chose de l'intérêt que l'on cherche et que l'on ne 
trouve pas toujours dans les compositions romanesques'. 

Dans le même journal, n"^ du 31 janvier 1890, un article de R. de 
TnivERrAY, intitulé : En Emigration. 

Le Pub Licateur delà Vendée, à\x\ A vci-avA 1890, a inséré dans ses 
colonnes une pièce de vers de notre distingué compatriote et ami, 
M. Emile Grimaud. 

Titre : Le duc d'Orléans. 

Dans la Semaine catholique du diocèse de Luçon, n° du 8 mars 
1890, h citer: Un article consacré à Paul Baudry, au point de vue 
des sentiments religieux du grand artiste (pp. 227 et 228). 

Promenades historiques à travers Fontenay-le-Comte, tel est le 
titre du feuilleton que publie dans lejournal la Vendée M. Braud, 
instituteur libre à Auzais. 

Chez Léon Piquet, éditeur, 25, rue de Vaugirard, et chez Bideaux, 
imprimeur-libraire, à Luçon : La nouvelle guerre de Vendée, épisode 
de la Gaubretière. 

Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs qu'un Annuaire 
du département de la Vendée va être prochainement publié. 

Ce genre d'ouvrage qui existe dans la plupart des départements 
manquait totalement à la Vendée, et nous ne saurions trop louer 
MM. Chaillou et Grit, employés à la mairie de la Roche-sur-Yon, de 
leur intelligente initiative. 

Outre les renseignements statistiques, administratifs et commer- 
ciaux, VAymuaire vendéen fournira sur chaque commune une courte 
notice archéologique, géologique et'liistorique. 

Nous avons déjà eu l'occasion de signaler l'intérêt historique que 
présente le Bulletin tnunicipal de Poitiers, fondé dans cette ville 
au mois d'août 1889, par M. Puisay. 

Le supplément du numéro de janvier 1890 mérite, à notre point 



CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 05 

de vue vendéen, une mention toute spéciale, en raison des Variétés 
qu'il contient. Nîous entendons parler de VAbrégê historique de la 
province de Poitou et de sa capitale en 1790, qui renferme de pré- 
cieux renseignements sur plusieurs localités du Bas-Poitou, et 
notamment sur Fontenay-le-Gomte, Luçon, Sainte-Hermine, Benêt, 
les Sables d'Olonne, Saint-Gilles, JSoirmoutiers, Montaigu, etc. 

Le 2« fascicule (Aud à Bas) du Dictionnaire des faniilles\du Poitou 
vient de paraître. Nous ne pouvons mieux faire que de renouveler 
à son égard tous les éloges que nous adressions naguère à son 
devancier. 

Les Archives du diocèse d% Luçon continuent avec un intérêt 
soutenu leur publication sous la savante direction du P. Ingold et 
de M. l'abbé Pondevie, 

Viennent d'y paraître : Dans la série Notices historiques et 
Monographies : 

r La suite et la fin du canton de la 'Roche-sur-Yon, et le com- 
mencement de celui de Chayitonay . 

2° Les Abbés du monastère de la Blanche, par M. le docteur Viaud- 
Grandmarais. 

Dans la série Visites canoniques : 

1° Les Visites antérieures au XlVe siècle ; 

2° La Visite de Bertrand de Got. 

Sous le titre : Fontenay dans le passé, notre distingué collabo- 
rateur, M. L. Brochet poursuit dans les colonnes du journal 
V Avenir-Indicateur, avec la science profonde qui lui est accou- 
tumée, la très intéressante histoire de notre cité. Il est à souhaiter 
que cette consciencieuse étude soit, un jour, réunie en brochure. 

Du même : Une page d'histoire locale — Napoléon et Joséphine à 
Fontenay, publiée également dans V Indicateur (N"^ des 2(3 et 28 mars). 

M. Lucien Darville, l'auteur de la Belle-Olonaise, publie depuis 
le 2 février 1890 dans V Etoile de la Vendée un intéressant feuilleton 
intitulé : Les Frères de la Côte, et qu'il dit être l'écho fidèle de 
« Nosles recueillyes par Renry-Charles de la Trémoylle, prynce de 
Tarente et de Talmont, né à Thouars en 1616, et découvertes dans 
les ruines du château de Talmont. 

Notre vénérable collaborateur et ami, M. le docteur Petiteau, à la 
maison duquel M™» Loïc Trèmor accordait naguère dans VEtoile 
de la Vendée, les meilleures notes de sa lyre (La maison du Méde- 
cin, janvier 1800), continue dans ce journal la publication de ses 
Ephémérides Sablaises et Poitevines. 



96 CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 

Dans le journal la Vendée, n" du 12 mars 1890 : Les deux combats 
de Lvçon, extrait de l'ouvrage récemment édité chez Champion et 
dont il est question plus haut : Henri de la Roche] aquelein et la 
guerre de la Vendée, d'après des documents inédits. 

Sous presse chez M. Gouraud, imprimeur-libraire, Fontenay : 

Le Cahier du clergé poitevin en 1789, par H. Beauchet-Filleau. 

Le tome VII de ['Histoire dit Poitou par M. l'abbé Auber. 

A propos de ce dernier volume, il nous est permis de rassurer les 
esprits inquiets, en annonçant que des dispositions sont prises 
par l'éditeur afin que l'ouvrage soit terminé d'ici un an. 

Viennent de paraître chez M. Baud, imprimeur-libraire, Fontenay : 
Histoire-Sommaire de la ville de Poitiers par BélisaircLedain (réim- 
pression de la notice publiée dans les Paysages et Monuments du 
Poitou.) 

Le Bulletin de la Société d'horticulture de Fontenay-le-Comte 
(t. VI, n»^ XI et XII), broch. in-8», pp. 104-136. 

La Revue Poitevine nous apprend que M. Frédéric Ritter, an- 
cien ingénieur des ponts-et-chaussées, a terminé sa traduction 
complète des œuvres mathémathiques de François Viète, et qu'il 
met présentement la dernière main à la biographie du célèbre ma- 
thématicien fontenaisien. 

De M. Imbert de Saint-Amand : 

Les Femmes des Tuileries. — La Captivité de la duchesse de Berry. 
Nantes et Blaye. Paris-Dentu, in-12, 396 p. 

De M le docteur Viaud-Grand-Marais : Etudes sur Noirmoutiers . 
— Notre-Dame de la Blanche, broch. in-B", 34 p. avec dessin. Luçon, 
Bideaux, 1890 {Ext. des Archives historiques du diocèse). 

Dans le Niort-Artiste, n" du 22 décembre 1800 : Un Disparu : Jules 
Fleury, dit Champfleury . Article signé : II Pi.ick, dans lequel nous 
retrouvons tous les détails publiés précédemment par M. R. Vallette, 
dans la Vendée, sur la visite du grand céramiste à l'abbaye de 
Maillezais. 

La Revue Poitevine, sous la signature autorisée de son directeur, 
notre ami Jos. Berthelé a commencé la publication dune sorte de 
dictionnaire des Anciens Artistes et Artisans poitevins ou ayant tra- 
vaillé pour le Poitou. (X° du 15 mars 1800.) 

Nous y relevons les noms de : Nicolas Clerleau « habile horloger 
de la paroisse de Péault-sur-Mareuil » 1751 ; Yon, adjudicataire des 



CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE ^7 

travaux des casernes de l'hùtel de ville et dos maisons du quai de 
Fontenay-le-Corate (1751) ; Parent de Curzon, sous-ingénieur des 
ponts-et-cliaussées, char^fê du devis des réparations à faire au 
clocher de la même ville (17r)9) ; André Laine et Louis Berlin, maître 
entrepreneur et conducteur dos ouvrages du roi aux Sables d'O- 
lonne(1773); François Laidet, invQniewv d'une pendule en cuivre 
à carillon à Challans, 1770). 

Echos du Bocage Vendéen. — Sommaire du n" VI de la sixième 
anné? : I, Abailardel Héloïse, par Paul Perret. — II. M. deSt-Gilles 
d'Asson et le<! Provinciales. — 111. La Madeleine de Clisson, par A. 
Amaury. — IV. Donation faite par Guillaume Sauvage et Catherine, 
sa femme, aux Templiers de la Madeleine de Clisson, par Dugast- 
Matifeux. — V. Mort du général Eaxo, par Le Bouvier-Desmortiers. 
— VI. Marguerite de Belleville, dame de Montaigu, par Louis Prével. 

Dans Va, Revue historique de rOMe5i(6' année, l""" livraison, p. 58 et 
suivantes) : continuation de l'étude de M. Constant Verger sur V Ab- 
baye de Bois-Grolland en Poitou (la Liste des Abbés). 

Du R. P. Ingold, prêtre de l'Oratoire, ot l'un des plus savants 
collaborateurs de cette Revue : 

Jean-Juvénal Ancina, de VOratoire, évoque de Saluées. Lille, 
Desclée et de Brouwer. 1890, broch. in-32, -i^ p. avec grav. 

Le dernier numéro (n" 17. — -!« année. — 1890) de l'A^rti des 
monuments, que dirige avec tant de talent notre conlrère et ami 
M. Charles Normand, contient deux très jolis dessins de M. Balleyr 
guier sur le château de Tiffauges (restitué). Une petite notice 
accompagne les deux planches (p. G). 

Le même lascicule, renferme sous la rubrique générale : Curiosités 
françaises, une note sur le Lieu de naissance du Cardinal de 
Richelieu, qui est le résumé de l'article publié par M. 0. de Roche- 
brune dans notre précédente livraison (p. 49.) 

Notre éminent collaborateur Monseigneur X. Barbier de Montault, 
dont la science est inépuisable, vient de fonder un nouveau recueil 
qui nous paraît appelé à rendre les plus importants services aux 
archéologues. Il a pour titre : Reçue des Inventaires ecclésiastiques, 
civils et militaires, et paraît tous les deux mois, dans le format de 
la Revue de VArt chrétien dont il est un annexe'. 

Nous adressons à ce nouveau confrère nos meilleurs souhaits de 
bienvenue. 

* Bureaux : rue Bergère, 9 Paris. Abonnement : 5 francs par an. 



98 



CHRONIQUE 



ntBI.lOGRAPHIK 



De notre excellent ami -Tos. Berthelé, directeur de la Revue 
Poitevine : Essai sur Vari campanaire en Poitou dn XI U^ au 
XIX* siècle siècle. Paris, Leroux, 1889, broch. in-S", 1-j p. (Extrait du 
Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scien- 
tifiques). 

Qu'on nous permette de terminer par une note qui pourrait pa- 
raître un peu personnelle, si l'intimité la plus parfaite ne régnait 
pas entre tous les collaborateurs de cette Revue : 

Dans son rapport à l'assemblée générale de la Société des Anti- 
quaires de l'Ouest, qui s'est tenue le 5 janvier dernier, M. de la Bou- 
ralière, secrétaire de cette compagnie, a bien voulu dans les termes 
suivants rendre hommage à nos efforts : 

• « A Fontenay, M. René Vallette soutient les traditions de sa ville 
natale qui fut de tout temps une source de beaux esprits. Sous son 
intelligente direction, la Revue du Bas-Poitou a tenu toutes les pro- 
messes de son programme et elle achève brillamment la deuxième 
année de son existence. » 

Au nom de notre directeur, nous adressons à M. de la Bouralière 
nos plus sincères remerciements. 

R. DE Thivercay. 




Ij' hirecteur-Géranl : K. Vallkttk 



Vannes. — Imprimerie Euf/ène LAFOLYE, 2, place des Lice». 




"' •*«'-^*>"-' CllAPlTEAUX.::.=..uE';Lr^E.Dg.B O URHtAU. '•^'"*'-^ 




DÉCOUVERTE D'UNE CHAPELLE 



DU XVr SIÈCLE DANS L'ÉGLISE DE BOURNEAU 



UNE découverte intéressante au point de vue artistique 
et archéologique a été faite dans l'église de Bourneau, 
le 5 septembre 1886. Depuis plusieurs années, Mon- 
sieur le curé de cette paroisse s'occupe de restaurer avec 
infiniment de goût, les murs intérieurs de cet édifice qui a eu 
la bonne fortune de conserver toutes ses voûtes d'arête à ner- 
vures saillantes. Les retables en pierre ont disparu pour 
faire place à de jolies verrières d'un ton doux laissant tamiser 
facilement la lumière, ce qui n'assombrit en rien la nef et les 
bas-côtés. La plus belle de ces verrières, terminée depuis peu, 
avec le concours toujours généreux d'un donateur proche 
voisin de cette commune, produisait un effet éclatant derrière 
le maître-autel* ; mais par contre, elle faisait ressortir davan- 
tage la pauvreté d'un grand mur nu, formant le flanc de la 
dernière travée du bas-côté septentrional. Ce mur n'avait 
pour toute décoration, à environ 4 mètres 50 de hauteur, qu'un 
superbe cul de lampe en pierre de Charente, recouvert de ces 



» Ces verrières ont été exécutées par M. Meuret, de Nantes. 

Tome m. — Avril, Mai, Juin 1890. 



100 DÉCOUVERTE DUNE CHAPELLE 

délicieux motifs à figurines et à entrelacs que les premières 
années du XVI" siècle semaient par la main de nos artistes, 
avec une si étonnante profusion sur tous les monuments 
qu'on leur donnait à édifier; ce cul-de-lampe ainsi placé n'a- 
vait aucunement sa raison d'être ; aussi détonnait-il là, comme 
un diamant tombé dans une ornière; et cependant ceux qui 
l'y avaient placé, avaient su lui donner un cadre digne de lui ; 
mais il a fallu peut-être plusieurs siècles pour en faire recon- 
naître toute la magnificence. M. le curé de Bourneau, toujours 
en quête de nouveaux arrangements artistiques, et de plus en 
plus choqué de l'aspect misérable du tympan portant le 
cul de lampe, eut l'ingénieuse pensée d'y percer une ouver- 
ture ogivale avec dentelle de pierre. 

Lorsqu'il fallut démolir le grand mur au-dessous de ce cul 
de lampe et dans la partie lisse qui s'étendait jusqu'au pavé 
de l'église, quelle ne fut pas la surprise des ouvriers, de 
trouver, sous l'enduit jaune simulant un appareil de pierres 
de taille, une grande voussure plein cintre de 3 mètres de 
large sur près de 4 mètres de hauteur, sur laquelle avaient 
été ciselés avec amour tous les plus riches motifs de cet art 
si charmant des premières années du XVP, qui s'étend de 
1510 à 1530 ; l'extra-dos de cette grande arcature est décoré 
de feuilles menues refendues à chaque pétale, comme le cer- 
feuil ; une guirlande beaucoup plus importante composée de 
feuilles de chicorées, rappelant le XV siècle, remplit l'espace 
entre le dessous de la voussure et cette moulure ; puis ce sont, 
sur les bandes plates des reliefs d'une délicatesse infinie (d'une 
saillie d'un tiers de centimètre) offrant à l'oeil la plus exquise 
variété de motifs religieux : ostensoirs, calices, bénitierS;, en- 
censoirs, chasubles, croix processionnelles^etc.;, etc. Sur le cha- 
piteau de droite soutenant la retombée de l'arc plein cintré, le 
sculpteur a modelé avec une entente parfaite un petit enfant 
supportant l'écu chargé des trois mâcles des du Puy-du-Fou. 
En face, c'est Adam et Eve, et Samson luttant avec le lion. Sous 
la voussure, de petites têtes ravissantes de facture et d'ajus- 



UU XVl" SlÈCLli DANS l'ÉULISE UE liOURNEAU 101 

temeiiLs, nous font l'effot do camées antiques dans leur petit 
cadre de pierre. Les clefs des voûtes, car il reste encore une 
travée de la voûte, sont formées de pendentifs ronds ou de 
motifs religieux malheureusement détruits intentionnelle- 
ment sans doute, en 1793, pendant cette période imbécile et 
sanguinaire qui semblait n'avoir d'autre but que de tout 
anéantir. 

C'était donc l'entrée d'une petite chapelle ou d'un enfeu 
que le marteau des ouvriers venait démettre au jour, et dont 
on avaitmuré complètement l'entrée et la première travée de 
la voûte, dans l'énorme épaisseur de la muraille (1° 45») du 
chœur de l'église. Continuer les travaux en démolissant cette 
belle voussure^ c'eût été un acte de vandalisme que pas un 
seul instant M. lecuré,ni les personnes s'intéressant à l'œuvre, 
n'ont voulu laisser germer dans leur esprit; tous au contraire 
sont tombés d'accord pour conserver et réparer ce délicieux 
monument, qui est devenu depuis le joyau le plus précieux 
de l'église de Bourneau. La petite chapelle a donc vu relever 
son mur du nord et son flanc occidental ; on a mis la fenêtre 
à meneaux dans le fond ; elle se trouve magnifiquement enca- 
drée par la baie plein cintre et nous n'avons pas tardé à voir 
refleurir dans cette baie, complètement rajeunis par le si 
habile ciseau de M. Métiyier, les charmants caprices dont 
nous ne pouvons nous lasser d'admirer la brillante exécution, 
malgré les outrages subis sous la main du temps et des 
hommes. 

Après avoir examiné avec soin l'ensemble et les détails de 
cette élégante création, nous y trouvons, au point de vue ar- 
chitectural et décoratif, une étonnante confraternité avec la 
jolie voûte de la sacristie de N.-D. deFontenay, également à 
compartiments carrés et à clefs arrondiesMe faire est le même, 
seulement à Bourneau le travail est beaucoup plus fin et 
mieux senti, étant exécuté tout entier en très belle pierre de 

* Au pilier qui supporte le clocher de Saint-Jean, il y avait des motifs d* 
la même maio. 



102 DÉCOUVERTE DUNE CHAPELLE 

Charente' ; tandis qu'à N.-D. les sculptures sont taillées dans 
notre pierre blanche du pays, pleine de nœuds, maigre, et ne 
gardant pas ses arêtes. Nous n'hésitons donc pas un instant 
à ajoutef ce nouveau et charmant fleuron à la couronne ar- 
tistique de celui qui a signé I. G. M. sur l'un des culots de la 
voûte des chapelles de N.-D. de Fontenay*. 

Néanmoins la date ne saurait être la même ; toute la déco- 
ration du délicieux enfeu de l'église de Bourneau est certai- 
nement antérieure de 15 ou 20 années aux travaux exécutés 
dans les églises de Fontenay ; elle appartient aux premières 
années de la Renaissance et nousne croyons pas nous tromper 
en la fixant entre les années 1530 à 1535. La merveilleuse 
bâtisse deChambord, élevéeprèsdeBloisàcesmêmes époques, 
devait produire un retentissement général dans le monde 
des maîtres maçons du XVI* siècle et Pierre Neveu, ce hardi 
novateur, ne pouvait manquer de grouper autour de son 
œuvre grandiose les regards de tous ceux qui maniaient 
l'équerre de l'architecte, ou le ciseau du sculpteur; toujours 
est-il que l'un et l'autre, sans doute, avaient dû sur le bruit de 
la renommée, aller visiter cette perle de la Renaissance fran- 
çaise, car le petit bénitier restauré avec tant de goût par 
M. Métivier, dansl'enfeude Bourneau, est la réduction servile, 
quoique minuscule, d'une des petites lucarnes du château de 
Chambord. Il n'est pas jusqu'aux beaux chapiteaux soutenant 
la grande archivolte, qui n'aient un véritable air de con- 
fraternité avec ceux de ce célèbre château. Ici comme là- 
bas, l'éternel fleuron du tailloir a été remplacé par une 
figurine concordant avec la destination du monument ; dans 
le chapiteau de droite, c'est le génie de la mort portant Técu 
lozangé de Marie du Puy-du-Fou ; dans le chapiteau de 
gauche c'est l'image elle-même de la défunte ciselée 
avec un goût tout particulier d'ajustements. Cette tête 

• M. B. Fillon n'hésite pas à. voir dans ces trois lettres le monogramme de 
Jacques Coiraud de Montaigu, auquel la fabrique de N.-D. avait confié la 
décoration des chapelles placées derrière le grand autel, vers 1520. 



DU XVI" SIÈCLE DANS l'ÉGLISE DE BOURNEAU 103 

de jeune fille en taille, à demi décolletée, présente un buste 
dont le galbe est très jeune, ainsi que celui de la poitrine sur 
laquelle retombe un très riche collier. Marie du Puy-du-Fou 
dut en eiïet y être ensevelie à la fleur de ses jeunes années ; 
lors de la fouille qui fut exécutée et dans laquelle ses osse- 
ments furent retrouvés intacts, la dentition du crâne parfai- 
tement conservée indiquait un âge peu avancé. Ces restes fu- 
nèbres ont été religieusement replacés dans un coffre de chêne 
au même lieu où ils avaient si longtemps reposé. Pour com- 
pléter la décoration intérieure de ce joli édicule, M. Métivier 
fut chargé de sculpter un second cul-de-lampe, afin d'en orner 
chaque côté de la verrière ; un petit autel de même style fut 
également placé par lui au-dessous de cette même verrière, 
pendant qu'une balustrade en pierre découpée à jour fermait 
l'entrée du petit oratoire ; les pendentifs des clefs de voûte, 
formés de personnages la tête en bas ont été également res- 
titués avec beaucoup de bonheur par notre habile sculpteur 
fontenaisien*. Puisse cet exemple encourager Messieurs les 
desservants des diverses paroisses, à restaurer avec le même 
soin et la même allure artistique les débris d'un autre âge, 
qu'un aussi heureux hasard peut les amener à découvrir 
dans les édifices religieux confiés à leur sauvegarde ! 

Terre-Neuve, 8 mai 1890. 

0. DE ROCHEBRUNE. 



Le grand autel a été exécuté depuis par le même artiste, d'après 
des dessins d'O.de Rochebrune. Tous ceux qui verront cet immense 
travail, jugeront que notre sculpteur est le digne émule de celui 
qui, en 1530, composait et ornait de motifs si délicats la chapelle 
funéraire voisine de cet autel. 



* C'est Madame Edmond Moller, née de Fontainea, qui a tenu à honneur de 
conserver intact ce délicieux spécimen de notre architecture PoiteTÏne de la 
Renaissance; par ses soins, tout a repris sa physionomie première et longtemps 
encore ce charmant enfeu excitera l'admiration des véritables connaisseur». 





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AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 



Biographies inédites des Veniéens et des Chouans 



Par M. (le la Fontenelle da Vaudoré. 



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BAUDRY D'ASSON (Gabriel), chef vendéen, d'une 
fougueuse intrépidité. Né en 1755 d'une famille noble 
du Bas-Poitou, il avait quitté l'état militaire avant la 
Révolution, et s'était retiré à sa terre de Brachain, située entre 
la Ghataigneraye et la Forêt-sur-Sèvre'. Il fut nommé, en 
1789, commandant de la garde nationale de son canton, ce 
qui lui donna de Tinfluence. S'étant ensuite montré opposé à 
la Révolution, lorsqu'il vit qu'elle avait pour but d'abattre la 
royauté et la noblesse, les paysans le nommèrent leur chef, 
en août 1792, époque du premier mouvement insurrectionnel. 
Ce fut une bande armée de bâtons, de faux, de fourches et 
de fusils de chasse, et encouragée par Delouche', maire de 



' Paroisse de Saint-Marsault. 

• Adrien-Joseph Delouche, ancien poëlier à la Châtaigneraie, puis avoué 
el maire de Bressuire. Condamné à mort par le tribunal de Niort, le 
18 novembre 1792, il eut la bonne fortune de voir cet arrêt annulé par la 
Cour de Cassation et il se retira à Nantes où il mourut. 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 105 

Bressuire, qui se porta àBrachain et qui élut Baudry d'Assou 
son chef par acclamation. A la tôte de ce rassemblement, 
Baudry se porta sur Ghâtillon-snr-Sèvrc, mal.qré Topposition 
de Delouclie, (^ui voulait qu'on attaquât d'abord Bressuire, 
s'empara de Ghàtillon où il iuula l(;s papiers du district el 
revint ensuite sur Bressuire. Mais bientôt les patriotes 
marchèrent contre lui et dispersèrent ses soldats, après un 
combat sanglant. Ce furent les gardes nationales de Thouars 
et d'Airvault. quelques compagnies de chasseurs et les habi- 
tants de la ville, qui eurent à soutenir Bressuire pendant 
plusieurs jours. Cette petite cité était enfin sur le point de 
succomber, lorsque l'alarme, devenue générale dans le parti 
républicain en France, dirigea sur ce point les gardes natio- 
nales de Parthenay, Saint-Maixent, Niort, Cholet, Angers, 
Nantes, Saumur, Poitiers, Tours, la Rochelle et Rochefort. 
Elles arrivèrent au moment où les patriotes ne pouvaient plus 
tenir. Ce fut le 24 août 1792 que les deux partis en vinrent aux 
mains avec le plus d'acharnement : le combat ne fut pas long. 
En vain les insurgés se formèrent-ils en colonnes serrées ; 
mal armés, pressés de toutes parts, mai commandés, ils furent 
bientôt entamés et mis en déroute. Six cents royalistes furent 
tués dans cette affaire ; le nombre des blessés fut consi- 
dérable,, et plusieurs jours après l'action on en découvrait 
encore dans les bois. Les patriotes portèrent leur perte à 
soixante hommes tués ou blessés; mais elle fut plus consi- 
dérable. Ils souillèrent cet avantage par des cruautés sans 
nombre; ils massacrèrent dans les campagnes voisines des 
vieillards, des femmes et des enfants, et ils firent des trophées 
de leurs membres sanglants. Les Vendéens faits prisonniers 
se signalèrent par une fermeté incroyable et par le mépris le 
plus prononcé de la mort. En vain leur ofîrit-on la vie s'ils 
voulaient crier Vive la 7iation, vive la liberté \ ils s'y refu- 
sèrent, se mirent à genoux, prièrent avec ferveur, et atten- 
dirent la mort sans paraître aucunement la craindre. La seule 
faveur qu'ils implorèrent fut d'êlre, après leur mort, couverts 



lOG AUTOUR DU DRAPEAU HLANC 

d'un peu de terre, pour ne pas devenir la pâture des animaux 
carnassiers. 

Après cette funeste expédition, Baudry-d'Asson fut forcé 
d'errer dans la campagne pour se soustraire à la rage des 
patriotes. Il était accompagné de son fils aîné, et caché dans 
des champs de genêts. Accablé de faim et de soif, il rôda 
longtemps autour du château de Brachain^ sans oser y entrer. 
Enfin, il saisit un instant favorable pour cela : il creusa dans 
cette même habitation un trou profond, une espèce de sou- 
terrain, et le père et le fils s'y ensevelirent. Dans ce réduit, 
ils ne recevaient les rayons du soleil que par une étroite 
ouverture, et leur seule nourriture était du pain d'orge et de 
l'eau qu'une servante de confiance leur apportait pendant la 
nuit. Ils restèrent pendant six mois dans ce refuge, sans 
aucune communication extérieure ; car madame Baudry 
d'Asson, la femme de l'un et la mère de l'autre, avait été 
arrêtée par les républicains. Ils entendaient chaque jour les 
patriotes qui passaient sur leurs têtes pour aller de la Cha- 
taigneraye à la Forêt-sur-Sèvre, et qui restaient des jours 
entiers dans le château, menaçant de tout tuer^ de tout incen- 
dier si on ne leur livrait pas le propriétaire dont on s'obs- 
tinait toujours à paraître ignorer la retraite. Baudry d'Asson, 
serrant son fils contre son sein, n'avait que lui pour conso- 
lation, et il nourrissait dans son cœur le désir de la ven- 
geance et l'amour de la gloire. 

Enfin, en mars 1793, l'explosion générale éclata dans la 
Vendée militaire, et les deux proscrits abandonnèrent leur 
tombeau pour voler à de nouveaux combats. Baudry d'Asson 
reparut à la tête des paysans de son canton et il commanda 
une division de l'armée du centre, formée et commandée 
alors par M. de Royrand. Cette armée menaçait Fontenay, et 
les républicains, pour arrêter ce torrent, se portèrent sur 
Chanfonnay ; les Vendéens les surprirent et les chassèrent 
de là dans la soirée. Alors les commissaires de la Convention 
et le général Marcé sentirent l'importance du passage du 



AUTOUR Di: DRAl'EAU BLANC 107 

Ponl-Charron, et on s'en empara pondant la nuit. Mais ce 
général, le 19 mars 1793, abandonna ce poste et s'engagea 
imprudemment dans le vallon formé par la rivière du Lay, et, 
à six heures du soir, il y fut attaqué par toute l'armée ven- 
déenne. Marcé n'avait que treize cents hommes, et les roya- 
listes étaient formés en deux colonnes, placées, l'une sur la 
hauteur, et l'autre sur la grande route. Ils fondirent avec 
impétuosité sur les républicains , dont l'artillerie ne put 
servir, et qui, dès le premier moment, se mirent en désordre. 
Le combat dura trois heures, et bientôt la déroute des pa- 
triotes devint complète ; ils abandonnèrent leurs blessés et 
une pièce de canon. Leurs débris se réfugièrent à Marans, 
sur la route de la Rochelle, à dix lieues de là, et les gardes 
nationales rentrèrent dans leurs foyers. Baudry d'Asson 
commandait une des colonnes royalistes, et il contribua par- 
ticulièrement à l'avantage de cette journée- 
, Après ce succès, Baudry d'Asson se porta au château de 
l'Oie, où fut transféré le quartier-général de l'armée du 
centre. Il eut alors à combattre son propre frère Esprit 
Baudry, qui commandait un corps républicain, et qui 
depuis fut colonel d'un régiment d'artillerie de marine à 
Rochefort. 

Pendant que les Vendéens s'emparaient de Saumur, occu- 
paient Angers et attaquaient Nantes , l'armée du centre, 
commandée par Royrand, et particulièrement Baudry d'Asson, 
tenaient en échec l'armée de Niort et la division de Luçon. 
Bientôt le général Royrand sentit qu'il était dans l'intérêt de 
son parti de faire une diversion, et il se porta sur Ghanton- 
nay, oii il rassembla toutes ses divisions, qui étaient com- 
mandées par Baudry d'Asson, Amédée de Béjarry, Sapinaud 
de la Verrie aîné, de Verteuil et de Hargues. Le 28 juin 1793, 
cette armée, forte de huit mille hommes, se présenta devant 
Luçon , et elle n'était qu'à deux cents toises des portes, 
lorsque les républicains se mirent en bataille. La canonnade 
s'engagea alors, et les royalistes se déployèrent pourenvelop- 



108 AUTOUR DL' DRAPEAU BLANC 

per les républicains, dont le nombre ne s'élevait qu'à environ 
douze cents. Le général Sandoz qui les commandait, ei 
qui crut que l'infériorité de ses forces ne lui permettait pas 
de tenter les hasards d'un combat, ordonna la retraite et se 
retira avec un bataillon de la Charente-Inférieure. Il prit la 
route des marais, et, en traversant les rues de Luçon, on 
l'entendit dire que contre la force il n'y avait pas de résis- 
tance. Cependant les chefs des deux ailes n'ayant pas reçu 
ses ordonnances, restèrent sur le champ de bataille, et sou- 
tinrent avec intrépidité le choc des royalistes. Pendant ce 
tempS;, plusieurs prisonniers et déserteurs du régiment de 
Provence, que Royrand avait mis en première ligne, firent 
volte-face et se rangèrent sous les drapeaux républicains. 
Cette défection jeta du découragement parmi les Vendéens, 
qui croyaient d'ailleurs que Sandoz ne se retirait pas, mais 
bien qu'il faisait un mouvement pour se rendre sur leurs 
derrières et leur couper la retraite. Pendant ce temps, 
Lecomte. chef de bataillon des Vejigeurs, qui commandait la 
gauche, fit des prodiges avec son corps d'armée et quelques 
chasseurs à cheval du 7* régiment. Il enfonça enfin son 
ennemi, et le poursuivit longtemps. Telle fut la première 
bataille de Luçon, qui coûta à l'armée vendéenne quatre cents 
morts et un caisson. Il est à remarquer que les royalistes 
échouèrent trois fois devant cette petite ville, toujours avec 
des forces supérieures, et il faut attribuer la première cause 
de ce revers à sa situation dans une plaine unie, où les Ven- 
déens ne pouvaient pas pratiquer la guerre qui leur convenait, 
celle des tirailleurs. 

Bientôt cependant l'armée du centre reprit l'offensive 
et parvint à contenir les forces républicaines de Luçon, 
Fontenay et Niort ; Baudry d'Asson, à la tête de sa division, 
partagea ce service avec les divisions commandées par 
Royrand en personne, et avec celle d'Amédée de Béjarry. Mais 
le général Tuncq, chargé de la division de Luçon, attaqua peu 
après les postes de Saint-Philbert et du Pont-Charron, occupés 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC lOW 

par l'armée du centre, et, le 25 juillet 1793, il s'en empara avec 
d'autant plus de facilité^ que le mot d'ordre des Vendéens lui 
avait été livré par un transfuge qui avait servi dans les vo- 
lontaires républicains. Avec quinze cents hommes il tourna le 
Pont-Charron par Saint-Philbert. Ces deux endroits étaient 
retranchés ; il égorgea les sentinelles et emporta les postes. 
Chantonnay fut par suite occupé ; le tocsin sonna de toutes 
parts pour annoncer ces désastres, et l'armée de Royrand 
fut presque désorganisée. D'Elbée, instruit de ces malheurs, 
marcha avec célérité au secours de cette contrée et réunit l'ar- 
mée du centre. Alors fut livrée la seconde bataille de Luçon 
(30 juillet), qui ne fut pas plus heureuse que la précédente pour 
les Vendéens ; toutefois, son résultat fut tel que le général 
Tuncq, victorieux, rentra à Luçon, et que Baudry d'Asson et 
Beaurepaire eurent encore des rassemblements assez considé- 
rables pour envahir la plaine de Fontenay et pour retenir 
dans Niort, par la crainte d'une attaque, la partie la plus 
imposante de l'armée de la Convention. 

Enfin Baudry d'Asson fut encore appelé par sa destinée, le 
14 août 1793, à se mesurer avec les patriotes sous les murs de 
Luçon. On croit que ce fut au premier moment de cette 
bataille, qu'animé d'un courage imprudent, il courut s'exposer 
aux premiers coups, et se fit tuer en avant de sa troupe. Un 
serviteur fidèle, qui avait juré de mourir avec lui, se précipita 
sur son corps inanimé, et fut bientôt percé de mille coups. 
Ainsi finit ce premier héros de la Vendée. On le regretta 
vivement malgré la rudesse de sa nature, parce qu'il était un 
excellent officier d'avant-garde et que tous les braves étaient 
l'idole des Vendéens'. 

BAUDRY D'ASSON, fils du précédent, accompagna son 
père lorsqu'il fut proclamé premier chef des Vendéens, et se 
trouva à l'attaque de Bressuire. Après cet événement, il fut 

Il avait été condamé à mort par contumace, comme brigand de la Vendée, 
le 26 avril 1793, par la commission militaire séant aux Sables d'Olonne, 



110 AUTOUR DU DRAPEAU BUAMC 

obligé de se cacher avec son père dans un souterrain crei^sé 
dans le château de Brachain, et il n'en sortit que lors du 
soulèvement général de la Vendée. Il servit depuis avec dis- 
tinction, et fut tué à l'attaque de Saumur, en combattant dans 
la division de Sapinaud. C'était un jeune homme de grande 
espérance ; il avait l'intrépidité de son père, sans en avoir 
les défauts. 11 s'était surtout acquis l'amour du soldat. 

BAUDRY D'ASSON de PUYRAVEAU, cousin germain de 
Gabriel, figura dans l'insurrection vendéenne, fut major 
général de l'armée de Gharette, et signa le traité de paix 
conclu à la Jaunais en 1795. 

BAUDRY DE LA JOUSSENIÈRE (le chevalier), ancien 
capitaine de canonniers, fut major de division à l'armée de 
Gharette et signa l'adresse au Roi, en 1814; au mois de 
juillet de la même année, il figurait dans la garde royale à 
pied du département de la Vendée, formée à l'occasion du 
passage de S. A. R. le duc d'Angoulême. 

BEAUMONT (Armand de) émigra, revint en France au 
commencement de 1796, servit quelque temps à l'armée du 
vicomte deScépeaux, où il se trouva à plusieurs affaires, et 
vint joindre son cousin, le chevalier d'Autichamp, alors 
général en chef de l'armée du Haut-Poitou. 

BEAUREGARD (Jean BRUM.AULD de), vicaire général du 
diocèse de Luçon, né à Poitiers, d'une famille recomman- 
dable, fut déporté en Angleterre vers le milieu du mois de 
janvier 1793, puis désigné par M. de la Marche, évêque de 
Saint-Pol-de-Léon, pour aller notifier aux généraux vendéens 
le bref du pape Pie VI, du 31 juillet 1793, qui leur dénonçait, 
comme intrus et sacrilège, Guillot de Folleville, se disant 
évêque d'Agra, et en fut empêché par le ministère britan- 
nique et par des Français de marque. Nommé, vers la fin de la 
même année, aumônier du corps d'officiers émigrés attaché à 
l'exDédition de lord Moyra, commandée par M. de Lowen- 



AUTOUR DU DRAPEAU lîLANU 111 

daletM.de la Béraudière père, il revint à l'île de Whight 
aussitôt que cette expédition eut manqué son but, qui était 
de joindre la grande armée vendéenne. En 1794, l'abbé de 
Beauregard retourna à Londres, et employa tous ses moyens 
pour solliciter, de concert avec le jeune la Roberie, l'envoi 
dans la Vendée d'une partie des secours que le comte de Pui- 
saye faisait destiner pour la Bretagne. A cette époque le mi- 
nistre Windham, depuislord Melville, lui donna l'ordre d'aller 
annoncer au général Charettc l'expédition de Quiberon et 
de l'engager à faire une forte diversion en reprenant les 
armes. Le 21 juin 1795,1e vaisseau qu'il montait rencontra 
la flotte de lord Bridport, qui lui défendit l'approche de la 
Vendée avant quinze jours, et toucha un roc vers le cap Fi- 
nistère. Ayant pris terre à Quiberon, l'abbé de Beauregard 
reçut de Puisaye un accueil très froid et s'embarqua pour 
la Vendée. Jeté dans un léger canot avec quelques autres 
zélés partisans des princes, il parvint, après bien des dan- 
gers, au lieu où le jeune la Roberie avait péri. Etant arrivé 
enfin auprès du général Charette, il administra le spirituel, 
de concert avec l'abbé Charette de la Golinière, forma un 
hôpital à Ghauché, y fut pris par les républicains, puis re- 
lâché, et encore une fois repris. L'abbé de Beauregard s'étant, 
en efïet, réfugié à Poitiers, y fut arrêté conduit à Rochefort, 
et de là déporté à Gayenne à la fin de 1797. Ramené par un 
corsaire anglais et conduit à Lisbonne, il arriva en France 
en 1801. 

BEAUREPAIRE (Gharles-Eusèbe-Gabriel, GIRARD de), 
gentilhomme bas-poitevin , seigneur de Beaurepaire, près 
Montaigu, département de la Vendée, joignit les Vendéens 
dès le mois d'avril 1793, et forma ensuite une division qui se 
réunissait tantôt à l'armée du centre, tantôt à celle du mar- 
quis de Lescure. Il marcha sur l'Hermenault, bourg situé 
dans les environs de Fontenay et s'en empara; mais il en 
fut bientôt chassé, et ses troupes se retirèrent même dans le 



11*2 AUTOUR DU DllAPEAU BLANC 

plus grdiid désordre. Pea après, Beauropaire répara cet échec 
en faisant une incursion dans le pays patriote, du côté de 
Thiré et de Saint-Etienne de Brillouet, et y enleva plusieurs 
attelages de mules qui servirent à porter les bagages de la 
grande armée catholique et royale, à la([uelle il se rallia. 
Lorsque cette même armée attaqua Saumur, il se porta sur 
Nantes, et fit de nouveau une diversion utile dans le Midi de 
la Vendée, vers Fontenay et Luçon, puis rejoignit le général 
de Lescure à Parthenay avec cent cinquante cavaliers. Chargé 
de veiller à la garde de cette ville, menacée par le général 
Biron^ il négligea les précautions arrêtées, qui consistaient à 
faire partir d'heure en heure des patrouilles qui devaient 
aller à une lieue do distance^ de manière qu'il devait toujours 
en a\oir une dehors. Girard de Beaurepaire alla se coucher, 
la patrouille de minuit ne sortit pas; Westermann arriva avec 
lavant-garde républicaine, égorgea le factionnaire, surprit la 
batterie et s'empara par suite de la ville, en faisant un grand 
carnage de royalistes. Quoique coupable d'une imprudence 
aussi marquée, ce chef vendéen se distingua dans plusieurs 
combats, et il commanda l'infanterie vendéenne sous le mar- 
quis de Lescure, à la seconde bataille du Moulin-aux-Chèvres, 
près Ghàtillon, dans le mois d'octobre 1793. Il y fut blessé 
grièvement de douze coups de sabre qui l'abattirent, et ne 
dut qu'à l'attachement de ses soldats de ne pas être laissé 
parmi les morts. Lors du passage de la Loire par les Ven- 
déens, Beaurepaire se fit porter au-delà du fleuve et mourut 
peu de jours après des suites de ses blessures*. 

BÉJARRY (Amédée de) , l'un des fils puîné de M. de 
Béjarry, seigneur de Saint-Vincent-du-Fort-du-Lay. Cette 
famille, l'une des plus anciennes du Poitou, a fourni beaucoup 
de chevaliers à l'ordre de Malte. Amédée de Béjarry était des- 
tiné à l'état ecclésiastique, et fit ses études à Saint-Sulpice 
de Paris. Resté en France, il figura de bonne heure parmi 
les Vendéens, ainsi que deux de ses frères. Ils formèrent avec 

« A Fougireg. 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC il3 

Verteuil, le 12 mars 1703, la première armée du centre dont 
le comman(iement fut donné quelques jours après à M. de 
Koyraiid, et se trouvèrent avec lui à la bataille de Luçon, du 
28 juin 1793. Dès cette époque, Amédée de Béjarry comman- 
dait une division, qui, peu après, aida Royrand à maintenir 
les forces que les républicains possédaient à Luçon, Niort et 
Fontenay. 

Amédée de Béjarry suivit la grande armée vendéenne au- 
delà de la Loire et fut un de ses chefs secondaires les plus 
marquants'. Il survécut à ses désastres, et se sauva en 
Bretagne. Il eut d'abord un commandement dans les environs 
de Rennes, et fut bientôt après envoyé dans le Morbihan. 
Mais, dès qu'il le put, il rentra dans son propre pays, où il 
devait être d'une plus grande utilité au parti royaliste. 

De retour en Vendée, Amédée de Béjarry fut apprécié 
à sa juste valeur par le général de Sapinaud, qui lui confia de 
suite le commandement d'une division, — celle qu'il con- 
duisait avant le passage de la Loire. Il montra dans ce com- 
mandement la plus grande intrépidité, et fut surtout utile 
dans les conseils. On l'envoya avec de Bruc pour négocier la 
paix de la Jaunais, et il s'y fit distinguer par son caractère 
conciliant. Cette mission, au surplus, avait surtout pour but 
d'observer; et aussi les envoyés n'avaient-ils que des 
pouvoirs restreints. Accompagnés de Bureau de la Batar- 
dière, à qui on doit en grande partie l'idée de ce rappro-, 
chement, ils ouvrirent, à Nantes, des conférences avec les 
délégués Conventionnels. Ces derniers exigeaient que le gou- 
vernement républicain fût explicitement reconnu par le 
général Gharette et tous ses officiers ; qu'il fut permis aux 
réfugiés patriotes de rentrer dans la Vendée ; que les émigrés 
admis dans l'armée vendéenne fussent renvoyés, et que les 
biens des nobles absents du Poitou fussent confisqués au 
profit de la République. En faisant ces conditions ils consen- 

' A la, mort de Iloyrand, il fut proclamé leur chef par ses camaradei, et mis 
hors de combat à la bataille du Mans. 



114 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

laient à ce qu'il n'y eût pour l'administration intérieure de 
la Vendée ni autorité municipale, ni districts, mais seulement 
une commission centrale chargée, sous leur surveillance 
directe et immédiate, de faire respecter la Convention et ses 
lois. Quant à l'armée royaliste, elle devait être réorganisée 
en garde territoriale à la solde de la République, sous le com- 
mandement de ses anciens chefs. Béjarry et de Bruc vinrent 
faire part de ces propositions aux généraux Charette et 
Sapinaud, et la paix de la JaunaiS;, commandée par l'état 
de l'armée, s'ensuivit bientôt. Le général Stolllet, non com- 
pris dans le traité, fit bientôt souscrire à son état-major 
l'arrêté de Jallais, du 2 mars 1795, dirigé contre ceux qui 
venaient de se soumettre à la Convention, et les deux chefs 
qui avaient facilité la négociation ne manquèrent pas d'être 
signalés comme traîtres à la bonne cause par les Angevins. 

La pacification ayant été signée, et pour la Vendée, et 
pour les royalistes de l'autre côté de la Loire, Amédée de 
Béjarry et le vicomte de Scépeaux furent envoyés à Paris 
auprès du comité de salut public, avec la mission de presser 
l'exécution du traité, et d'en prévenir les infractions. Ce 
n'était là que le prétexte apparent ; gagner du temps, con- 
naître l'esprit de Paris, rechercher les agents des princes et 
se concerter avec eux, tenter l'enlèvement de Louis XVII, 
alors détenu au Temple ; voilà quelles étaient leurs instruc- 
tions secrètes, ou plutôt le véritable motif de leur voyage. 
Mais la Convention s'en aperçut après un assez grand nombre 
de conférences, et on les engagea à retourner chez eux. 

Bientôt la guerre vendéenne recommença. Elle ne fut pas 
lieureuse, puisque les deux principaux chefs, Charette et 
Slofflet, succombèrent l'un après l'autre. Après cette époque, 
les frères Béjarry, voyant l'impossibilité de se défendre, et 
étant abandonnés par presque tous leurs soldats, mirent bas 
les armes. Ils furent arrêtés et mis en détention à Fontenay, 
avant que l'insurrection de 1799 se déclarât, ce qui les 
empêcha d'y prendre part. En mars 1814, l'insurrection 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANU 115 

s'organisa de nouveau, et les Béjarry, — notamment Ame- 
née, — devaient y jouer un rôle conforme à leurs anciens 
services. C'ctaitdans les lêLes de Pâques que la prise d'armes 

devail nvMJr lieu Mais les événements de Paris, qui 

rendaient ce nouvel efîort inutile, furent connus avant cette 
épociue. Amédée de Béjarry ci-ut cependant devoir, bientôt 
après, se montrer au roi et aux princes Français, comme l'un 
des' députés de la Vendée militaire, et il en fut accueilli 
comme un serviteur fidèle. 

Doué d'un caractère froid et d'un esprit très vif, Amédée de 
Béjarry se fit remarquer parmi les royalistes comme un 
excellent officier, et comme un bon négociateur. Il obtint 
comme récompense de ses loyaux services le brevet de colonel 
et la décoration de Saint-Louis. 

BÉJARRY (Auguste de), frère du précédent, prit les 
armes avec lui, dès les débuts de l'insurrection vendéenne, 
et figura d'abord dans les rangs de la première armée 
du centre , commandée par M. de Royrand . Il passa 
ensuile la Loire, et survécut aux malheurs de la grande 
armée royaliste. Revenu dans la Vendée, il commanda en 
second la division de son frère Amédée, qui faisait partie de 
l'armée de Sapinaud. Lors de la reprise d'armes qui suivit 
la paix de la Jaunais, il combattit de nouveau, et fut bientôt 
obligé de mettre bas les armes avec ses frères et plusieurs 
autres chefs. Il resta alors tranquille, reparut seul lors de 
l'insurrection de 1799, et finit par rester soumis jusqu'en 
1814. Il s'apprêlait à combattre de nouveau, lorsque la révolu- 
lion de Paris vint rendre la France à ses princes légitimes. 

Auguste de Béjarry signa l'adresse au roi de 1814, et figura 
plus tard dans la garde royale vendéenne*. 

* Fils de Charles-François de P^jarry qui figurait à l'assemblée de la no- 
blesse tenue à Poitiers en 178!) pour nommer des déput's aux Ktats jiénéraux, 
et de Marie-Françoise Paule de Ré^non dj Chaligny, Auguste de Péjarry, (ut 
un officier vendéen distingué. Il est mort en 1824, chevalier de Saint-Louis. 

Tome m. — Avril, Mai, Juin 1890. 8 



116 AUTOUR DU DRAPEAU HLANU 

Bl^JARRY DE PRONT[N, frër<- aîné des précodents, servit 
sou-^ son frère Vmôdée, comme commandant en second de 
division, «^t signa en 181 i, redresse au Roi. 

BKRNARD DE M '.RIONY (AuGUSTii-ETiENNE-GASPARo), né 
à Luçon, lo 2 novembre 1754, officier distingué, commanda 
avant la Révolution le parc d'arlillerie de Rochefort, et 
habitait ordinairement cti"z son parent, le marquis de Les- 
cure. auchâleau de Clisson'. C'était un très bel homme, d'une 
grande taille, d'une force prodigieuse, plein de bravoure et 
d'esprit. Il était bon etcomplaisantà l'excès, mais son extrême 
vivacité le faisait parfois sortir entièrement de âon caractère 
et ané mtissait ses bonnes qualités, de sorte que dans la 
Vendée il fui un des chefs les plus violents. Marigny avait 
environ quarante ans lorsque la Révolution éclata. Attaché 
à la fortune du marquis de Lescure, il le suivit à Paris en 1792 
dans l'intention d'émigrer;, et revint avec lui en Poitou après 
avoir échappé au 10 août. 

Détenu à Bressuireavec son parent et le marquis de Donis- 
san, par ordre de l'administration départementale des Deux- 
Sèvres, comme soupçonnés d'avoir fomenté la première ré- 
volte, il fut délivré par le comte de la Rochejacquelein, le 14 
mars 1793, se joignit à lui, et eut longtemps beaucoup de 
crédit dans l'armée vendéenne dont il commandait en chef 
l'artillerie. Dès le 5 mai, il contribua à la prise de Thouars et 
employa inutilement toute sa logique pour engager Quétineau, 
général républicain fait prisonnier, à se réunir aux Vendéens ; 
il concourut à la prise de Pontenay, et y signa une proclama- 
tion adressée aux Français. Après avoir grandement con- 
couru à la prise de la ville de Saumur.en dirigeant l'arLillerie 
et en envoyant soutenir par un gros de tirailleurs la cavalerie 
vendéenne que la mort de Dommaigné venait de décider à 
la retraite, il fut un des commissaires chargés de régler les 

' Officier des plus capables, c'est lui qui fit établir les jetées des Sables- 
d'Olonne. 



AUTOUIl I)L' UP.AI'EAU BLANC 117 

conditions de la capitulation du châtnau de Snumur ot fut 
pour cela envoyé en parlementaire ; il établit des moulins à 
poudre à Beaupréau et à Morlagne. Gedernier endroit devint 
aussi le dépôt de l'artillerie. 

A la seconde bataille de Lugon, il ne put sauver l'artillerie, 
((ui, presque toute, tomba au pouvoir du vainqueur et il fut, 
en cette circonstance, accusé mal à propos de lâcheté. On sait 
que ceux ({ui commandent des bandes indisciplinées, comme 
étaient la plupart des Vendéens, sont souvent dans l'impossi- 
bilité d'empêcher les déroutes. Plus malheureux encore à la 
troisième affaire livrée près de Luçon, Marigny se trompa de 
chemin, égara l'aile droite et n'arriva sur le champ de bataille 
qu'au moment de la déroute qu'il ne put empêcher. Cependant 
la grande armée vendéenne avait passé la Loire. Lors de sa 
réorganisation à Varades, où le marquis de la Rochejacque- 
lein fut nommé généralissime, Marigny conserva le comman- 
dement de l'artillerie, ayant sous lui pour officiers supérieurs 
Pérault, de la Ville de Beaugé, Grelier et Chesnier-Duchesne. 
Les royalistes avaient alors cinquante-quatre pièces de 
différents calibres, servies par cent quatre-vingts artilleurs, 
divisés en quatre compagnies. 

A la bataille de Laval, Marigny ordonna un feu à mitraille 
sur l'armée de Mayence qui, malgré l'intrépidité de ceux qui 
l'essuyèrent, fut très utile ; à Dol, il combattit à Tavant-garde 
et harcela les fuyards. Lorsque la grande armée se fut presque 
entièrement débandée, il figura parmi les débris réunis dans 
les environs de Blain, et prit part à l'effroyable bataille de 
Savenay où il se battit en désespéré, portant lui-même le 
premier drapeau de l'armée, brodé des mains de la marquise 
de Lescure. Entrevoyant que tout était perdu, il plaça deux 
pièces d'artillerie sur la route de Guérande, de manière à fa- 
voriser la retraite des Vendéens en arrêtant la marche des 
patriotes ; puis il se porta avec ses canons vers un petit bois, 
et tint encore longtemps pour donner aux siens la facilité de 
s'éparpiller. Il ne quitta lui-même la partie que quand il 



118 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

n'y eut plus rien à faire. Dans cette journée, six à sept mille 
royalistes eurent à combattre contre des forces infiniment 
supérieures, balancèrent longtemps le succès, et finirent par 
se faire presque tous tuer'. 

Bernard de Marigny échappa malgré tout à cette déroute 
et se tint caché dans la campagne. S'étant déguisé, il apprit 
le langage des paysans, s'adonna à leurs occupations et 
poussa l'audace jusqu'à aller en plein jour à Savenay, à 
Pont-Château et môme à Nantes. Il forma alors un plan pour 
mettre ce pays eu insurrection et la chose paraissait d'autant 
plus facile à exécuter que les habitants de cette contrée 
étaient très royalistes. Mais peut-être navaient-ils pas les 
qualités qui rendirent les Vendéens si éminemment propres 
à la guerre civile. Quoiqu'il en soit la tentative deM.de 
Marigny n'eut aucun succès. Ayant voulu surprendre Savenay 
pendant la nuit, il indiqua un rendez-vous où 600 bretons se 
rendirent, mais à des heures différentes, de sorte que le ras- 
semblement ne put se former. Ce projet, connu des patriotes, 
provoqua de nouvelles recherches, et le général royaliste 
voyant qu'il n'y avait plus rien à faire dans ces parages, tenta 
de repasser la Loire, ce qu''il exécuta heureusement. 

Revenu dans la Vendée peu après la mort du comte de la 
Rochejacquelein, Marigny prit le commandement de la 
seconde armée du centre, dite de la Gâtine, qu'avait formée 
son parent, le marquis de Lescure,et fixa son quartier général 
habituel à Cerizay, où il réunit cinq ou six mille soldats. De 
concert avec La Rochejacquelein et Stofflet, il s'opposa au 
général républicain Turreau, laissa prendre Tiffauges, où il 
n'avait mis que trois à quatre cents hommes, et concourut à 
l'invasion de Cholet. Quelque temps après, instruit que les 
républicains n'avaient que huit cents soldats et cent 
cinquante patriotes pour garnison à Morlagne, et point d'ar- 



* Un monument, récemment élevé à Savenay k l'aide de souscriptioos 
consacre cet h<^roique fait d'armes. 



AUTOUR DU DRAWIîAU BLANC 119 

tillerie, il forma le projet de s'en emparer. Pour parvenir à 
ce bul, il cerna la ville pendant plusieurs semaines, de 
telle sorte qu'elle ne communiquait plus avec les autres 
cantonnements républicains. A la fin de mars 1794, la gar- 
nison ayant besoin de fourrages, fît une sortie ; mais le convoi 
fut intercepté, et l'escorte taillée en pièces. Alors Bernard de 
Marigny parut avec quatre ou cinq mille hommes, et planta 
le drapeau sans tache en vue des anciens remparts de 
Mortagne qu'on avait réparés. Mais l'alarme était donnée en 
ville; les portes qui étaient murées furent occupées, et, les 
Vendéens sans artillerie, eurent recours à l'escalade qu'or- 
donna leur chef. Un feu soutenu et la perte d'un grand 
nombre des siens engagèrent Marigny à abandonner 
momentanément prise, en indiquant une nouvelle attaque 
pour le jour suivant. Pendant la nuit les républicains 
tinrent conseil, se décidèrent à abandonner la ville, et se 
dirigèrent en silence sur Nantes, en écartant quelques partis 
royalistes. Le lendemain, à la pointe du jour, lorsque le 
général vendéen voulut faire donner l'assaut, il apprit la 
retraite de l'ennemi. Déguisé en chaudronnier, et distingué 
seulement par deux croix, il pénétra dans la ville, enleva les 
magasins qu'il fit transporter à Gerizay, brûla le château et 
les portes de la ville, rasa les fortifications, et se retira un 
jour après à son quartier-général. 

Ce fut aussi vers cette époque, le 18 avril, qu'eut lieu le 
combat de Boismé, dont les détails sont à connaître. M. de 
Marigny commandait alors l'armée de Gerizay et avait 
opéré un rassemblement de quatre cent cinquante hommes 
au château de Glisson, commune de Boismé, lorsqu'il sut 
qu'un corps de quinze cents républicains se portait sur lui 
pour l'attaquer. Il fit en conséquence poster sa troupe 
dans le parc ou bois d'agrément de Glisson. Les républicains, 
qui savaient oîi Marigny s'était retranché, marchèrent sur 
lui. Un feu très vif les accueillit. La cavalerie chargea, mais 
inutilement, les Vendéens. Elle fut repoussée avec perte. 



120 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

Enfin les i-oyalistes mirent leurs ennemis en déroute, leur 
tuèrent sur le champ de bataille environ douze cents hommes 
et poursuivirent le petit reste des fuyards pendant quelques 
lieues, de manière que peu leur échappèrent. La cavalerie ré- 
publicaine étaittrès bien montée. Une soixantaine de chevaux 
restèrent vivants au pouvoir des Vendéens. Leur général, 
qui n'avait qu'un faible corps de troupes, et qui voyait que 
la cavalerie n'était point propre à défendre son pays, fit 
couper les jarrets des chevaux pris, pour empêcher ses sol- 
dats de les monter et de quitter son service pour devenir de 
simples pillards. 

Peu après, Bernard de Marigny eut quelques autres avan- 
tages, et se réunit à SLofflet pour attaquer l'adjudant-général 
Désirât, cantonné à Saint-Florent, qui fut repoussé dans ses 
retranchements. Ils battirent les républicains sur les hau- 
teurs de la Gaillandière, près Ghemillé. Deux attaques contre 
l'adjudant général Lapierre, ancien marchand de faïence, et 
appelé par dérision le géiiéral Pot-de-Chambre, lequel était 
posté à la Ghâtaigneraye, ne furent pas aussi heureuses, parce 
qu'il n'y eut point d'accord entre les deux chefs vendéens. 
Cette rivalité devint funeste à Marigny, ainsi qu'on va le voir. 

Cependant les républicains étaient dans l'inaction, et les 
généraux Charette et Stofflet ayant des vues secrètes, autres 
que celles de l'intérêt de leur parti, firent proposer à Bernard 
de Marigny un pacte fédératif pour la défense commune. 
L'entrevue fut fixée à Jallais ; là on arrêta que rien ne serait 
fait qu'avec le concours de toutes les armées ; tous les chefs 
signèrent le traité. Déjà la mort de Marigny avait été arrêtée 
dans des conférences secrètes entre Charette et Stofflet, aux- 
quelles Sapinaud, général de l'autre armée du centre, fut 
entièrement étranger. Extrêmement confiant, Marigny avait 
remis ses vivres aux préposés de Stofflet, et ses soldats en 
manquèrent, tandis que tous les autres en étaient abon- 
da nment pourvus. Bientôt les soldats de l'armée de Cerizay 
se plaignirent : leur chef se transporta aux magasins, et on 



AUTOUR DU DRAPEAU HLANG 121 

promit une égale distribution, ce qu'on ne fit pas. Alors les 
soldats de Marigny désertèrent pendant la nuit, et le géné- 
ral, sûr de leur affection monta à cheval pour les ramener. A 
peine Marigny fut-il parti, que Gharette convoqua un conseil 
de guerre, où, remplissant les fonctions du ministère public, 
il le fit condamner à mort comme traître à son Roi et à sa 
cause, sans même qu'il fut entendu. Stofflet se chargea de 
l'exécution. Marigny eut pu s'y soustraire, car il fut prévenu ; 
mais il ne put croire à un jugement aussi inique; ou plutôt 
il pensa qu'on ne voulait que lui ôter son commandement, 
intention qui lui paraissait d'autant plus probable qu'aupa- 
ravant on lui avait proposé de se contenter de la direction 
de l'artillerie sans avoir de territoire, et que Stofflet lui 
avait paru être de ses amis. Cependant étant malade, il se 
retira à la Grepelle, près de Cerizay, où il fut bientôt arrêté 
par des chasseurs de Slofflet, commandés par le capitaine 
Barbot. Plusieurs des officiers de ce général, et notamment 
MM. Soyer, Nicolas et Chalon, engagèrent leur chef, qui 
s'était rendu avec eux au châleau du Soulier, à ne pas se cou- 
vrir d un crime atroce en faisant fusiller M. de Marigny. 
Stofflet parut se rendre à ce conseil, et fit même partir 
l'illustre prisonnier pour Saint-Florent, où son procès,, 
disait-il, devait être révisé ; mais bitntôt, soit de son propre 
mouvement, soit sur l'avis de l'abbé Dernier, il envoya le 
capitaine Savary courir après M. de Marigny et son escorte. 
Savary l'ayant atleint très près dd lieu du départ, fit connaître 
à Barbot l'ordre qu'il lui portait de mettre à mort leur 
prisonnier. Aussitôt les chasseurs de l'escorte traînèrent 
leur victime dans le jardin, où ils le fusillèreut, sans même 
lui permettre de recevoir les secours de la religion. M. de 
Marigny n'ayant pu désarmer ses bourreaux, à qui il énu- 
méra inutilement ses services, mourut bravement et com- 
manda lui-même le feu qui mit un terme à sa vie*. 

* L'ex<'cuticn eut lieu à la Girardière, près Cerizay» le 14 juillet 1794. 



122 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

Cet assassinnt judicinirp, qu'un apologiste de Charette a 
eu cepondant la hardiesse de tenter de justifier, outra tous 
les bons royalistes, qui virent avec douleur disparaître un 
des plus fermes soutiens du trône. En etîet, Marigny était 
dévoué à sa cause au-delà de toute expression. Il avait en 
outre l'avantage de connaître parfaitement le pays. Il pouvait 
réunir une armée formidalile, formée de tous les débris de la 
grande armée, et il était considéré comme Ttiérilier néces- 
saire, le légitime et véritable successeur du généralissime 
La RochejacquL'lein. Aussi chaque jour, des officiers et des 
soldats des armées de Charette et de Stofflet venaient le 
joindre. Ces défections, quoique non convoitées, engagèrent 
ces deux chefs, ennemis auparavant, à se réunir, pour se dé- 
faire par un crime affreux d'un de leurs compagnons 
d'armes, d'un des premiers héros de la Vendée*. 

BERNARD (Jean-Charles-Elie) , de l'Hermenault , près 
Fontenay-le-Comte', était, à l'époque de l'insurrection ven- 
déenne, fermier-général de la terre de Puyguyon, commune 
de Gerizay, appartenant au marquis de Lescure. Il suivit son 
propriétaire et fit toute la guerre. Bernard de Marigny, dont 
il fut un des officiers d'état-major , l'appelait son cousin, 
parce qu'ils portaient le môme nom de famille, et avait en lui 
la plus grande confiance. Bernard de Puiguyon a survécu à 
la Restauration. 



' Dans la notice qu'il lui a consacrée (Généraux et chefs de la Vendée 
niilitaire), M. Arthur des Noulies cite un fait de l'existence de Marigny qui 
prouve l'intrépidité de son caractère. C'était après le désastre de Savenay, en 
février 1794 ; il voulut aller h Nantes et se présenta directement chez Carrier : 
« Citoyen, lui dit-il, en ouvrant sa vrste de pavsan et en montrant ses 
armes cachées, je suis Marigny, le rhef tJrs Vendéens, j'ai besoin dépasser 
quatre heures à Nantes et te préviens de veiller à ma sécurité ; je ne te de- 
mande pas ta parole,! u ii'en as pas ; mais si tu me fais ou me laisses arrêter, 
sache que ta mort précédera la mienne. » Carrier, p;ile d'effroi, promit tout 
et de fait Marigny put, quatre heures après, sortir paisiblement de la ville. 

» Né k Fontenav-le-Comte, le 15 mars 1752. 



AUTOUR UU DFiAl^EAU ULANC 123 

BESSAY (Paul, comte de), gentilhotime poitevin, d'une des 
branches de la maison de Lusignan, qui avait pris le nom de 
la terre de Bessay, près Luçori , qu'elle possédait, servit 
parmi les Vendéens, et fut aide-de-camp du général S;ipinaud. 
Il signa l'adresse présentée au Roi, à l'époque de la Restau- 
ration, par les officiers des armées vendéennes. 

BIRfi), gouverneur des deux jeunes Lemaignan de l'Ecorce, 
allait avec eux à toutes les batailles que livraient les Ven- 
déens. Ils étaient tous trois des volontaires déterminés. Ils 
furent pris et fusillés à Noirmoutiers par ordre du général 
Turreau. 

BOISY DE LANDEBAUDIÈRE', gentilhomme poitevin, 
ancien lieutenant de cavalerie, ami de d'Elbée, dont il a 
passé mal à propos pour le beau-frère. S'étant joint aux 
royalistes de la Vendée, il devint un de leurs généraux, 
commanda une de leurs divisions, et fut nommé, en juin 1793, 
membre du Conseil militaire de Farmée catholique et royale. 
En celte qualité, il signa, le 12 du même mois, la délibé- 
ration prise à Saumur, portant nomination deCathelineau au 
poste de généralissime. Il avait en outre le titre de lieu- 
tenant du roi dans le pays conquis, charge qu'il remplissait 
sous le marquis de Donissan, maréchal de camp. A la ba- 
taille de Vihiers, Boisy commanda la droite de l'armée, avec 
la Guérivière, et l'on sait quelle fut à cette affaire le succès 
des Vendéens. N'abandonnant point le généralissime d'Elbée, 
qu'il recevait souvent à son joli château de Landebaudière, 
près les Herbiers, il le suivit lorsqu'il se réfugia dans Tîle de 
Noirmoutiers. Pris avec lui en janvier 1794, il fut fusillé le 7, 
parles républicains, et mourut avec courage. 

BOUHIER (Joseph-Alexandre), s^' de Maubert, chef de 
division des gardes-côtes à Noirmoutiers, chevalier de 

' Pierre-Prosper Gouffipr, chevalier marquis de Boisy, seigneur de Lande- 
baudière, en Bas-Poitou, né au château de la Courtaiserie, en .Injou, le 
5 octobre 1750. 



1~4 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

Sainf-Louis, avait émigré en 1791. Après avoir fait la campa- 
gne de l'armée des princes, dans la3* compagnie de la noblesse 
du Poitou, il passa en Angleterre, d'où il revint chercher la 
mort en France. On retrouve, en effet, son nom sur le monu- 
ment élevé en 1825 à la mémoire des victimes du massacre 
de Quiberon'. 

BOUTAUD, de Nantes, mais ayant habité l'île de Noirmou- 
tiers, fut employé en Italie, dans les poudres et salpêtres et 
entra ensuite dans l'artillerie. En 1815, au retour de Bona- 
parte, il quitta son corps, se rendit à Noirmoutiers, passa en 
Angleterre, fut de là à Gand, puis retourna à Londres, pour 
s'embarquer avec l'expédition commandée par le marquis 
de la Rochejacquelein. Débarqué dans la Vendée, il fut très 
utile à son parti qui l'employa comme officier supérieur 
d'artillerie. Se trouvant à la fin de la campagne au quatrième 
corps, il fut chargé d'organiser et de commander des compa- 
gnies régulières qui formèrent le noyau de la légion des 
Deux-Sèvres. 

BOUTILLIER DES HOMELLES, de Mortagne, fut membre 
du Conseil supérieur des Vendéens à Châtillon-sur-Sèvre ; en 
cette qualité, il souscrivit le règlement général sur les biens 
dits nationaux, du 11 juillet 1793, l'ordonnance sur le même 
objet du 24 du dit mois, le règlement général du 2 août 
1793 sur les assignats républicains, et celui sur l'organisa- 
tion judiciaire du 1" août de la même année. 

BOUTILLIER DU RET AIL (Louis-Marie), ancien capitaine 
de cavalerie^ futund3s meilleursofficiers vendéens de l'armée 
du centre, de 1793 à 1796'. 

BRÉCHARD (Charles), fils d'un homme de loi des Sables- 
d■01onne^ joignit les Vendéens et fut employé d'abord comme 

' Beauchet-Filleau. Diciionyiaire des familles du Poitou. 
'Pap. de la famille de Sapinaud. 

' Fils du dernier sénéchal des La Trémouille, à Talmond, et de Marie- 
Louise Kamfrav, né aux Sables-d'Olonne, le 8 novembre 1/68. 



AUTOUR DU IJRAI'EAU HLANf: l::^;j 

commissaire civil. Lors de l'établissement du Conseil supé- 
rieur de Cliâlillon-sur-Sèvre, il eut diverses commissions et 
il les remplit très bien, ayant de l'esprit, des connaissances 
et de la facilité pour écrire et pour s'exprimer en public. Il 
suivit la grande armée au-delà de la Loire et ayant survécu à 
sa destruction, il alla rejoindre le comte de Puisaye, dont il 
devint bientôt le coopérafeur. Peu à près, dans une retraite, 
Brécliard abandonna son chef et rentra furtivement dans la 
Vendée, où il acheta le repos au prix de son opinion, prêchant 
partout la soumission aux lois de la Convention. Il fit même 
imprimer un écrit oij il faisait une espèce d'amende hono- 
rable à la République'. Bréchard se fixa dès lors à Fontenay- 
le-Comte oii il exerça les fonctions d'avocat. Cependant on 
doit ajouter en sa faveur qu il se montra royaliste dans les 
Cent-Jours. Ce retour lui valut une place de juge au tribunal 
de Fontenay, place que, du reste, il n'accepta pas. 

BRETESCHE (le marquis Jousséaume de la'!, seigneur de 
plusieurs terres importantes de la Vendée, servit comme 
officier à l'armée de Charette ; il faisait partie de la garde 
royale à cheval formée dans la Vendée, lors du passage 
du duc d'Angoulême en juillet 1814^ et en 1815 il joua un rôle 
important dans l'armée de Suzannet. 

BREVET, de la BrufTière, près Montaigu, cavalier vendéen, 
donna des preuves de courage presque sans exemple. Il fut 
un de ceux qui unirent leur fortune à celle de la fille Langevin 
et, lui cinquième, il mit en fuite cinquante républicains dans 
le bourg de Saint-Lézin. 

BRIN, doyen et curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre, fut en 
1793, membre du Conseil supérieur d'administration de l'ar- 
mée catholique et royale de la Vendée à Châtillon-sur-Sèvre. 

' Le citoyen Charles Bréchard, nncÀen commissaire du Conseil supérieur 
de la Vendée près les armées, rentré dans le sein de la patrie, à ses 
anciens compagnons d'armes. (Nantes, impr. Hérault (179.-)), in-8o, 7 p.^ 



126 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

Il signa par suite le règlement général et l'ordonnance sur 
les biens dits nationaux, des 11 et 24 juillet 1793, le règlement 
général du 2 août même année sur les assignats émis parla 
République et celui organique de l'ordre judiciaire dans la 
Vendée du i" dudit mois d'août. 

Après les affaires de Tiffauges et de Mortagne, où le corps 
des Vendéens commandé par le général de Bonchamp fut 
battu par Aubert-Dubayet, qui venait de recevoir sa desti- 
tution et qui, ainsi que Ganclaux, laissa son armée, aussitôt 
la victoire. L'armée de Mayence, lasse de se voir enlever ses 
généraux, fit des propositions pour passer au service des 
royalistes, ne mettant pour condition que l'assurance d'une 
solde régulière. Le chevalier des Essarts, qui avait reçu la 
proposition, dépêcha de suite un courrier à Ghâtillon pour en 
instruire l'intendant-général de l'armée. Beauvollier con- 
voqua immédiatement le Conseil supérieur et proposa de 
pourvoir aux fonds nécessaires, en convertissant en monnaie 
l'argenterie d'église trouvée à Fontenay-le-Comte. Cette pro- 
position, appuyée par plusieurs officiers, ne fut pas combattue 
par le curé de Saint-Laud. Le doyen de Saint-Laurent et le 
curé de Chollet, qui avaient été appelés extraordinairement 
au conseil, furent les seuls qui repoussèrent la proposition 
comme sacrilège. Dès lors ceux qui l'avaient appuyée crurent 
devoir se taire, de crainte que leur avis étant connu, il ne 
leur attira l'indignation des Vendéens. Cependant les vases 
sacrés, auxquels on ne voulut pas toucher, devinrent ensuite 
la proie des républicains et furent irrémédiablement perdus 
sans aucun profit pour le parti. 

M. Brin jouissait à l'armée d'une grande considération, due 
à ses éminentes vertus. Il avait beaucoup de zèle et aucune 
ambition. 

BROCHARD (Sébastien), capitaine de cavalerie de la divi- 
sion des Marais de Saint-Jean-de-Monts et de Bouin. 
Au premier signal de rassemblement contre la République, 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC * 127 

le 1" mars 1793, ses deux frères aînés abandonnèrent la 
maison paternelle et prirent les armes, l'un avec le général 
Charette, et l'autre avec le comte Dubois. Resté seul avec 
son père, Sébastien Brochard fut pris par les républicains et 
conduit, le 17 mars 1793, aux Sables d'Olonne, oîi il resta en- 
fermé jusqu'au 10 juin. A cette date, il put s'échapper et vint 
rejoindre au Perrier le commandant de cette paroisse, 
M. Dubois. Il était alors âgé de dix-sept ans. Le capitaine 
Dubois le prit en amitié et le garda à ses côtés jusqu'au mois 
de décembre. C'est alors que Brochard alla trouver dans le 
Bocage MM. Fortin et Nicollon des Abbayes, qui le firent 
nommer, à Saint-Fulgent, capitaine de cavalerie. 

La part glorieuse qu'il avait prise aux batailles de Mor- 
tagne, de Beaufou et de Saint-Fulgent méritait à coup sûr 
cet avancement. 

Un de ses frères mourut des suites de ses blessures, Tautre 
fut grièvement atteint. Son père dut quitter la vieille chau- 
mière familiale livrée aux flammes par les troupes de la Ré- 
publique. Quant à Sébastien Brochard, il se retira à Saint- 
Jean-de-Monts, où il épousa la fille d'un autre brave, victime 
de son dévouement à Dieu et au Roi'. 

BRUNET, capitaine de chasseurs vendéens à pied, natif 
du Boupère, où il exerça après la guerre la profession de 
notaire. Il signa^ en 1814, l'adresse au Roi et reprit les 
armeS;, en 1815. 

BUOR DE LA GOUPERIE (Alexandre), gentilhomme du 
Bas-Poitou ; servit dans les rangs vendéens, en 1799 et 1800, 
avec le grade de capitaine. En 1815, il devint major de la 
division de Luçon. 



» Cf. Chroniques du Bas-Poitou, 1886-1887, p. 140-143. 



128 • AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

BUOR DE VILLENEUVE, prit également part à l'insurrec- 
tion vendéenne et fut second aide de camp de Gharette. Son 
nom se trouve au bas de l'adresse faite au Roi par les chefs 
de la Vendée, au moment de !a Restauration'. 

La Funtenellk ue Vaudoré. 

A suivre). 



N. B. Depuis la publication des premières biograptiies vendéennes 
de M. de la Fontenelle de Vaudoré, nous avons eu la bonne fortune 
de rencontrer de nouveaux documents qui nous permettent de com- 
pléter, d'une très intéressante façon, l'article consacré à la famille 
Bascher. Nous nous empressons d'en faire part à nos lecteurs : 

BASGHER, (Joseph-Julien) né en 1762, à Nantes. 

Emigré en Allemagne au momeiit où la proscription frappait 
tous les hommes fidèles à leur Dieu et à leur Roi, il fit partie 
de l'armée des Princes, et servit comme fourrier dans le 
régiment formé des officiers de la marine. Après la retraite 
de Champagne, il passa en Angleterre oii son caractère et son 
dévouement ayant été appréciés des princes, il fut chargé par 
eux, de concert avec l'abbé Brumauld de Beauregard, plus 
tard évêque d'Orléans, et le comte de Kersabiec d'une mission 
auprès des généraux vendéens. Ce ne fut qu'après les plus 
grandes difficultés et un périlleux naufrage sur les côles de la 
Vendée qu'il y pénétra au moment des désastres deQuiberon. 

Depuis lors, jusqu'à la fin de la guerre de Vendée, Bascher 
servit comme officier supérieur dans le corps d'armée de 
Charette. 

Nommé par le Roi chevalier de Saint-Louis en 1814, il reçut 
en outre le brevet de colonel, et fit en 1815 avec ce grade la 

« Baor (Théodore), seigneur de La Voy, fils de M. Louis-Alexandre Buor, 
oé àFont«nay en 17G5, fut massacré à Laval au cours de la guerre. 



AUTOUR UU URAFEAU BLANC 129 

campagno des Gents-Jours, sous les ordres du comte de 
Suzannet(cinqBascherservaientàlafoisdanscettecampagne). 
En 1818, le Roi lui donna, pour lui et pour sa famille, des lettres 
de noblesse héréditaires et pour perpétuer le souvenir des 
grands services de tous ceux qui avaient glorieusement porté 
ce nom dans les temps difficiles;, ces lettres ajoutèrent à 
l'ancien écusson des Bascher ; « Une croix fleuronnée de 
sinople, chargée d'une épée d'or posée en pal. » 

En 1832, âgé de 72 ans, il apporte encore au service de sa 
cause sinon la vigueur de son bras, au moins le prestige de 
son nom. 

Son dévouement et celui de son fils sont signalés par le 
sanglant épisode rapporté dans les auteurs (Grétineau-Joly 
et abbé Deniau), où son fils perdit la vie. 

Son fils aîné avait été arrêté au début du soulèvement. 

Le colonel Bascher fut condamné lui-même par contumace 
aux galères à perpétuité. Pour se soustraire à cet arrêt, il se 
réfugia en Suisse, puis en Italie. Il rentra en France en 1836 
et mourut en 1841 à Nantes. 

BASCHER (Joseph), fils du précédent ; fit partie en 1815, 
comme son père, son frère et ses cousins, du corps de Suzan- 
net, et y servit avec distinction. 

Devenu sous la Restauration officier dans la garde royale, il 
prit part à l'expédition d'Espagne en 1823. Sa grande bra- 
.voure à la prise du Trocadéro 'ce fut lui qui y pénétra le pre- 
mier) lui valut de ses camarades et de ses contemporains un 
glorieux surnom : on l'appela jusqu'à la fin de sa vie : Bas- 
cher-Trocadéro. Il brisa son épée en 1830, et fut parmi les 
serviteurs dévoués qui voulurent suivre jusqu'à Cherbourg 
leur Roi détrôné. Il y eut là des scènes déchirantes qu'il ne 
pouvait raconter sans pleurer. Au moment de la séparation, à 
l'instant oii le capitaine du navire donnait aux marins 
les derniers ordres du liépart, un cri de : Vive le Roi ! entre- 
coupé de sanglots salua les nobles exilés, puis Bascher et ses 



130 AUTOUR DU DRAPKAU BLANC 

compagnons se partagèrent le drapeau blanc et en avalèrent 
les morceaux, dans la crainte qu'il ne fût profané. 

En 1832, toujours fidèle aux traditions de sa famille, il se 
disposait à se joindre en Vendée, à son père et à son frère 
lorsque le gouvernement, qui connaissait son inflaence le fit 
arrêter et le garda emprisonné plusieurs mois. 

BASGHER, (Charles), frère du précédent. 

Il fit, à peine âgé de 14 ans, la campagne de 1815 en qualité 
de volontaire. Constamment à l'avant garde, il se trouva à 
tous les combats et fut blessé d'une balle à la tête à celui de 
Roche-Servière, pi es du général de Suzannet frappé mortelle- 
ment dans cette affaire. 

En 1832, répondant au dernier effort fait en faveur de la 
cause royale, il vint prendre sa place dans les rassemblements 
de Maisdon. Surpris par les Rouges, dangereusement blessé 
d'abord, et, tombé entre leurs mains, il fut massacré par eux 
avec une férocité inouïe ; son cadavre fut mutilé, et les débris 
de sa tête dispersés sur le chemin. 

BASCHER (Pierre-Paul) avait couru de grands dangers 
dans sa mission, en 1814, auprès du duc d'Angoulême; 
elle lui fit grand honneur. Le prince le distingua d'une 
manière particulière et lui fit remettre une écharpe de soie 
blanche et verte portant brodée la date du 12 mars 1814. 

En 1815, commandant en second la cavalerie du corps de 
Suzannet, il prit une part très active à la campagne des Cent 
Jours, se battit dans les combats du Ponl-de-Salmon_, de 
Rocheservière. C'est dans ses bras que tomba le général de 
Suzannet frappé à mort dans celte affaire. 

La famille Bascher conserve précieusement, au milieu d'au- 
tres souvenirs glorieux, la balle qui priva de son chef le 
3» corps de l'armée royale. 

N. D. L. R, 



UN DOLMEN INÉDIT 



A XANTON-CHASSENON (VENDÉE) 



A cent mètres des rives ombreuses et poétiques de l'Autise 
dont les flots bleus se déroulent en capricieux 
méandres, entre des peupliers gigantesques, des 
saules à la tige tremblante et des noyers à laustère feuillage, 
en face du coquet moulin de Xanton, perdu dans un îlot de 
verdure, s'élève un dolmen de 25 mètres de surface reposant 
encore sur ses primilifs piliers. 

Si j'étais, poète et pêcheur j'essayerais de vous raconter 
dans la langue des dieux, comment le maître graveur M. de 
Rochebrune, dans une chasse au goujon et à la truite aperçut 
émergeant au-dessus du sol, cette immense table sous 
laquelle a dormi pendant des milliers d'années'peut-elre, un 
des chefs de ces vieux Aryens partis de l'Inde, cette antique 
contrée nommée jadis Lémurie, que INIichclct dans son 
admirable livre de V Humanité appelle « cette source vraie 
« des races, des idées et des langues de l'Europe moderne. » 

« Cette pierre parle « s'écrierait Louis Galles, mais sa 

langue primordiale qui nous l'apprendra ? les sa/ants de 

l'avenir peut-être ! Mais en attendant nous voulons voir, 
Tome m. — Avril, Mai, Juin 1890. 9 



132 UN DOLMEN INÉDIT . 

nous, dans sa situation particulière aux rives du petit fleuve, 
autre chose qu'un caprice du hasard*. 

Une race qui avait placé le pays de ses rêves, son paradis 
futur^ par de là les vagues bleues de l'Océan, ne pouvait choisir, 
pour un des siens, un site plus conforme à sa pensée que 
cette dernière halte sur le bord de ces eaux tranquilles qui 
devaient porter vers le pays de l'avenir l'âme du défunt. 

Ainsi encore aujourd'hui, sont hantés par cette même idée 
du voyage vers les terres inconnues, les Indiens du bord du 
Gange, confiant aux calmes vagues du fleuve sacré les restes 
de leurs chers défunts. 

Et en France, Garnac, le pays des mégalithes, cerné par 
l'immense rivière d'Etel, par le bras de mer de la Trinité, 
était la place idéale du lieu de repos de ceux qui attendaient 
le départ pour l'au-delà ! 

Mais avant d'effleurer davantage l'examen de ces redou- 
tables problèmes qui touchent à ce que l'homme a de plus 
sacré, nous allons donner une description aussi exacte que 
possible de ce dolmen dont divers dessins, notamment une 
magnifique eau-forte du maître, sont ci-annexés, pour rendre 
plus intelligible la monographie que nous en avons entreprise. 



§ 2. — Description du Dolmen, 

Ce mégalithe, situé dans un terrain appartenant à M. 
Sabouraud "propriétaire à Nieul-sur-l'Autise, à qui nous 
adressons ici nos plus sincères remerciements, pour la 
grande liberté qu'il nous a accordée de faire des fouilles, 
était connu dans la région sous le nom de Pierre Mouilleron 
ou Pierre qui vire. 



* Un dolmen que nous avons visité, le 29 mai, ;iu lieu dit la Pierre-Folle ou 
les Carns, commune de Thiré est exactement placé dans les mêmes conditions 
par rapport m h\ rivière la Smagne ? 



UN UOLMK:! INKUIT i3;i 

Cette pierre, d'après les bonnes gens, du pays venait chaque 
année se baigner dans l'Autise le matin de la Saint-Jean et la 
nuit de Nool. — Une vieille madrée nous racontait mêm(> 
sérieusement qu'avant « la grande Révolution » les mariés 
du jour venaient se frotter contre les rugosités du mégalithe 
pour demander au vieux celte qui repose sous la pierre des 
enfants digne de leur puissant aïeul. 

Une autre, renchérissant encore sur le tout, voyait dans les 
trous de la pierre les points d'attache de navires d'une époque 
tout à fait préhistorique! 

La table émergeait du sol sur environ quinze mètres ; dix 
étaient recouverts par les terres que l.i charrue avait peu à 
peu ramenées près du mégalithe, et qui formaient autour 
de sa périphérie des talus fortement inclinés sur l'horizon. 

Ce mégalithe est formé d'une roche connue en minéralogie 
sous le nom de poudingue ; son épaisseur moyenne est 
d'environ O^TO. Les molécules qui le composent sont forte- 
ment agrégées, et leur densité peut être évaluée à 2400 kilos 
par mètre cube, ce qui donne pour l'ensemble du bloc un 
poids de 42000 kilos. Il doit provenir des carrières de Cha- 
vagné situées à 8 kilomètres de distance, à la limite de la 
Vendée et des Deux-Sèvres. 

Sa surface extérieure, du côté du levant surtout, est cou- 
verte de circonférences presque tangentes de 1"40 de dia- 
mètre, et d'entailles profondes parfaitement caractérisées, 
qui semblent indiquer que pendant le moyen âge des essais 
ont dû être faits pour détacher de cette pierre gigantesque 
des meules de moulin. Plusieurs tubulures circulaires hori- 
zontales de 0'"02 de diamètre, environ sur 1 " de longueur, 
existent à la surface extérieure de la table, ainsi que deux 
grossières em^^reintes de pieds humains. Bien que des spé- 
cimens de ces dessins se rencontrent sur certains dolmens 
du nord de l'Angleterre et de l'Ecosse, nous nous refusons 
à y voir, dans le cas actuel surtout, des signes symboliques 
quelconques, non plus que des rigoles à sacrifices humains, 



134 UN IJOLMEN INÉDIT 

comme en l'a prétendu longtemps. Peut-être néanmoins 
peut-on voir dans le dessin de deux pieds, l'usage constant, 
paraît-il, en Orient, d'après Prisses d'Avesnes, de marquer 
sur le sable ou sur la pierre le contour des pieds de celui 
qui était venu visiter un tombeau. « Je suis venu ici, disait 
le voyageur, et j'ai rendu hommage ; et la preuve, c'est que 
voila la trace de mes pas, que baiseront plus tard mes des- 
cendants à venir. » 

L'intrados ou voûte de la table est l'unique côté tangible, 
et le seul qui fut visible autrefois: les dolmens étant presque 
toujours recouverts d'un tertre ou tumulus. Cet intrados 
porte en creux l'empreinte grossière, mais parfaitement 
caractérisée de la charrue primitive, ou hoyau, qu'on voit sur 
les monuments égyptiens. 

Cet outil qui fournit le pain, et qu'on trouve dans sa vraie 
forme en Océanie, en Chine, dans l'Inde, en Afrique enfin, 
ne pouvait manquer d'être considéré comme saint par tous' 
les peuples, et les Gallo-Romains en conservèrent le souvenir 
en inscrivant sur leurs stèles funéraires des charrues avec 
la formule sacrée : « Sub ascia dedicavit. » Ils en font la dédi- 
cace sous le signe de Vascia ou de Vhaschen qui veulent sim- 
plement dire charrue. 

Des fouilles exécutées avec précautions les 17 et 21 avril 
dernier en présence de MM. de Rochebrune et Valette, le 
distingué directeur de la Revue du Bas-Poitou, mirent à nu 
les anciens supports du dolmen : ceux du pourtour étaient 
renversés ou inclinés ; celui du centre était d'une verticalité 
parfaite, mais la table ayant éprouvé un léger déversement 
vers l'ouest, par suite de l'enlèvement des surfaces dont nous 
avons parlé plus haut, une partie seulement de l'arête était 
en contact avec la paroi inférieure. 

Une énorme pierre renversée bouchait jadis la chambre 
sépulcrale au levant. Cette chambre renfermait des osse- 
ments humains, des défenses de sangliers, un racloir en sileX;, 
des morceaux de fer, des fragments de vases de l'époque 



UN DOLMEN INÉDIT 135 

gauloiso ot de l'époque gallo-romaine, des morceaux de tuiles 
à rebords, une luile creuse de même date, presque intacte, 
placée au centre même du dolmen, et une clef avec spirale 
presque semblable à celle du quatrième siècle trouvée à Saint- 
Thomas^ dans le jardin de M. Lalande, et gravée dans Poitou- 
Vendée. 

A en juger par les dimensions du tibia et du fémur, les 
ossements devaient être ceux d'un homme de haute taille. 

Du côté de l'ouest, dans une autre chambre sépulcrale, les 
restes d'un repas des funérailles, la couche funèbre en 
pierres calcinées, des ossements humains brûlés, des char- 
bons de bois, mêlés à de l'argile cuite, nous donnèrent la 
certitude que l'inhumation ordinaire et l'incinération avaient 
été pratiquées par nos vénérables aïeux, à une époque bien 
éloignée, si l'on en croit les documents irrécusables que 
nous croyons devoir analyser pour l'intelligence plus grande 
de notre travail. 



^ ?>. — Antiquité des mégalitJies. 

Dans le monde entier, des falaises armoricaines aux rives 
du Pacifique, sur les monts de l'Oural et dans les plaines de 
la Sibérie, sur les bords du Gange et les plateaux de l'Ara- 
rat, les voyageurs rencontrent encore aujourd'hui ces monu- 
ments mégalithiques, qui n'ont aucun rapport avec la reli- 
gion des Druides, et qui, depuis un demi-siècle surtout, pas- 
sionnent le monde des chercheurs. 

Un certain nombre retracent le souvenir d'événements 
écoulés, tous excitent notre intérêt par Tantiquité qu'ils nous 
rappellent et les mystères qui les entourent. 

Si nous interrogeons Vlliade (chant XVIII) et YOdyssée 
(chant VIII) nous y lisons que l'assemblée des chefs, se réunit 
en séance solennelle sur des sièges en pierres rangées en 
cercle comme les cromlechs. 



136 UN DOLMEN INÉDIT 

Du temps d'Homère même, quelques-uns de ces monu- 
ments étaient déjà antiques et mystérieux. Ainsi aux fimé- 
railles, de Patrocle quand Nestor indique à son fils Antilochus 
le chemin pour la course des chars, il lui dit : « La route dont 
je te parle estdirecte et tu ne peux te tromper... De chaque 
côté à l'endroit oi^i le chemin se rétrécit, alors que tout ce qui 
l'entoure est plat, s'élèvent deux pierres blanches, placées 
là pour indiquer le tombeau de quelqu'un mort depuis long- 
temps, ou pour préserver le souvenir d'un événement ac- 
compli dans les âges écoulés Clliade XXIII). 

Hector frappé parla lance d'Achille est enterré sous un 
tertre tumulaire, composé de pierres et de terre. Son meur- 
trier édifie sur les restes de son ami Patrocle un tumulus de 
plus de 100 pieds de diamètre. 

Alexandre fait élever sur les restes de son favori Héphestion 
un tumulus qui lui coûte 1200 talents (5.812.500) et selon les 
plus anciens historiens, dont les récits ont été confirmés 
parles recherches des archéologues, l'élévation de collines 
sur les tombeaux se pratiquait anciennement chez les 
Scythes, les Grecs, les Etrusques, les Germains et d'autres 
peuples. 

Les Juifs eux-mêmes ont érigé des mégalithes^ la Genèse 
nous parle de Jacob dressant une pierre comme monument, 

— de Moïse élevant douze piliers de pierre sur le mont Sinaï. 

— L'Exode nous montre Absalon faisant élever pour lui- 
même, un pilier dans la vallée du Roi. « Je n'ai pas de fils 
pour garder mon souvenir et perpétuer ma mémoire » s'écrie- 
t-il, et il donne son nom à ce pilier qui s'appelle encore au- 
jourd'hui " le pilier d'Absalon. » 

§ IV. — Quelques 'mégalithes et surtout des dolmens sont 
postérieurs à l'ère chrétienne. 

La plupart des tumuli de l'Europe occidentale sont certai- 
nement préhistoriques, mais il en est quelques-uns cepen- 
dant dont la dato et l'oricine nous sont connus. 



UN DOLMEN INÉDIT . 137 

En 285 Locliaid, roi d'Irlande, est enterré sous un dolmen. 

Ossian dans son poème immortel s'écrie : « Place-moi^, 
Fingal, sous quelque pierre mémorable qui atteste la gloire 
de Calma Cathula, dresse une tombe sur la colline et place 
sur cette tombe une pierre grise où tu écriras : « Ici repose 
sous ce bloc dressé, le chef de la race de Dermud, et cette 
pierre dira mon nom aux siècles à venir : elle parlera aux 
années qui s'élèvent derrière les âges. » 

Les Sagas danoises nous disent aussi qu'au milieu du 
VHP siècle, Sigurd Ring ayant vaincu son oncle le roi Harald 
Hildeland à la bataille de Braavalla « lava le cadavre, le plaça 
sur le char de guerre de Harald et l'enterra dans un tumulus 
qu'il avait élevé dans ce but. » 

Le cheval de Harald fut sacrifié et enterré avec lui, ainsi 
que la selle, afin que Harald put se rendre aa Walhalla à 
cheval ou en voiture, comme il le préférerait. Puis Ring donna 
un grand festin après lequel il recommanda aux chefs présents 
de jeter leurs ornements et leurs armes dans le tumulus en 
l'honneur de Herald. Enfin le tumulus fut fermé avec soin. 

En 950, le roi Gorma et la reine Tyra sont inhumés sous 
des tumuli à Jellinge en Danemark; et en Angleterre, d'après 
le savant John Lubbock, la coutume d'enterrer sous ces 
monument ne fut décidément abandonnée que pendant 
le X* siècle. 

En France, malgré les Conciles d'Arles (452), Tours (567), 
Nantes (743), déclarant en substance « que les démons seuls 
stationnaient auprès des mégalithes » et que les adorations 
qu'on y faisait étaient impies au premier chef, il fallut en 789 
un capitulaire de Charlemagne daté d'Aix-la-Chapelle, or- 
donnant « d'abolir absolument l'usage qu'avaient conservé 
« quelques insensés d'aller allumer des chandelles et prati- 
« quer d'autres rites odieux près des arbres, des pierres et 
« des fontaines antiques » pour faire cesser les inhumations 
sous les dolmens. 

La tradition de la pierre droite élevée en souvenir d'un 



138 UN DOLMEN INÉDIT 

mort s"est conservée bien plus lard encore. A deux pas de 
Sainte-Anne d'Auray à l'endroit môme oîi périt en 1364, 
Charles de Blois. compétiteur de Jean de Montfort, devant 
l'abbaye de la Chartreuse fondée par le vainqueur sous le 
nom de « coIU'gialp de Saint-Michel-du- Champ » en souvenir 
de son triomphe, se voit au pied d'une croix restaurée der- 
nièrement un Icch. planté là le jour même de la bataille, à la 
place où l'on trouva parmi d'innombrables cadavres, le corps 
inanimé du prétendant. 

Au XIV* siècle, on élevait encore des menhirs en Basse- 
Bretagne. 

11 se trouve au milieu de la forêt de Paimpont en Bretagne, 
un cromlech avec dolmen, fontaine sacrée et le reste, et les 
libations qu'on y fait encore sont tellement respectées que le 
clergé catholique lui-même n'a pu les abolir^ et qu'en 1835, 
les habitants de Concoret (la vallée des fées) les accomplirent 
solennellement avec les cérémonies dont Robert Wace et 
Ghrestien de Troyes nous avaient gardé la mémoire. 



i^' V. — Les Dolmens sépultures . 

Les découvertes nombreuses faites depuis 25 ans dans 
toutes les parties du monde et en Bretagne notamment, par le 
distingué Louis Galles, ingénieur des ponts et chaussées, ont 
démontré que si quelques monuments mégalithiques ont été 
édifiés en commémoration de quelque événement remarqua- 
ble, comme par exemple le monticule élevé par les Dix mille, 
quand ils aperçurent la mer pour la première fois pendant 
leur célèbre retraite, les dolmens surtout n'étaient autre chose 
que des tombeaux, de simples ossuaires dressés parles peu- 
ples primitifs à la mémoire de leurs guerriers et de leurs 
ancêtres. Dans ces dolmens on déposait souvent les objels 
que le dofiinf avait lo plus nimés pendant sn vie: sps armes, 



UN DOLMEN INÉDIT IMO 

ses bijoux, son cheval de bataille, et aussi les aliments né- 
cessaires pour entreprendre le grand voyage. 

« Quand un grand homme mourait en Scandinavie, dit 
« Lubboch, déjà cité, on l'asseyait sur son siège favori, on étalait 
« devant lui de quoi boire et de quoi manger, on plaçait ses 
<> armes à ses côtés, on fermait sa maison et on en recouvrait 
« l'entrée avec de la terre, pour la rouvrir cependant quel- 
« quefois quand sa femme où. ses enfants allaient le rejoindre 
« dans la terre des Esprits ». 

Aujourd'hui encore, et c^est un fait remarquable, quelques- 
unes des tribus des régions montagneuses de l'Inde, notam- 
ment les Khasias, continuent à élever des dolmens pour l'in- 
humation de leurs chers morts, auxquels ils font des funé- 
railles qui par leur magnificence ont étonné les voyageurs. 

De temps en temps, comme aux premiers jours du bou- 
dhisme, ils invitent leurs âmes à prendre part au repas funè- 
bre Sraddha « Lève-toi ditBaratha dans le Rig-Veda, lève-toi 
« pourquoi dors-tu, me voici arrivé sur ton ordre. ... Pour- 
« quoi m'as-tu délaissé.... Yama permets que le trépassé 
« descende pour jouir des libations du matin et du soir » (du 
Cleuziou.) 

Et puis du reste le culte pour ceux qui ne sont plus ne 
remorite-t-il pas aux premiers âges de l'humanité ? « Le jour 
dit Ernest Feydeau dans son magnifique ouvrage intitulé : 
Histoire des usages funèbres, le jour où l'homme aida et 
secourut son semblable, il pleura sur sa dépouille mortelle et 
la respecta. » 

Lorsque le premier homme pressa sur son sein désolé 
l'image de sa compagne, il refusa longtemps de croire à 
l'éternelle impossibilité de son retour à la vie, longtemps il 
conserva l'espoir de réchauffer^ de ranimer ce corps inerte, 
mais enfin lorsque les signes expressifs de la décomposition 
lui apparurent, se refusant à l'idée djn néant, il creusa, aidé 
des siens, la dernière demeure de celle qu'il avait aimée, la 
tapissa de la mousse sèche du premier nid de leurs amours 
et y coucha celle qu'il espérait voir un jour se réveiller. 



140 UN DOLMEN INÉDIT 

De cette idée devait naître nécessairement la croyance à 
une résurrection future. 

Sur les monuments égytiens fait remarquer l'auteur des 
Premiers âges de Vhumanité, le grand sphinx plantant la vie 
dans la mort nous indique encore que la même pensée d'im- 
mortalité surhumaine a traversé le monde, et que le génie 
celtique, en écrivant, au cap Finistère, au milieu des tombes, 
cette belle devise: Merva del veva: mourir c'est vivre, était 
bien le père de celui qui inspira jadis les grands penseurs de' 
Thèbes et de Memphis. 

§ VI. — Des objets trouvés sous les dolmens. — De leur 

construction. 

Il est acquis aujourd'hui que beaucoup de chambres sépul- 
crales de dolmens ont été violées par les Gallo-Romains qui 
espéraient y trouver des objets précieux, bien que certains 
de ces tombeaux ne continssent aucune espèce d'objets, soit 
en pierre soit en métal : beaucoup ne renfermaient que des 
vases à aliments. 

On peut affirmer aussi que ces tumuli qui nécessitaient pour 
leur construction beaucoup de travail etde dépenses, n'étaient 
élevés qu'en l'honneur des riches et des grands, quoiqu'ils 
aient pu servir, et qu'ils aient sans doute servi de tombeaux 
pour les pauvres. 

Ces tumuli nous apprennent également que ces peuples 
inconnus avaient des chefs très obéis, dont la volonté despo- 
tique pouvait mettre en mouvement des milliers de bras 
pour leur bâtir ces tombeaux qu'ils entendaient habiter un 
jour. 

La coutume d'inhumer sous de vieux dolmens, coutume qui 
s'est perpétuée ainsi ^ue nous l'avons dit, jusqu'au X' siè- 
cle, a produit quelque confusion, parce que des objets de dates 
très différentes se sont rencontrés dans le même tombeau. 



UN DOLMEN INÉDIT 141 

Il a dû en être ainsi selon toute probabilité pour celui de Xan- 
ton, où se sont trouvés réunis des objets appartenant aux 
périodes comprises entre l'époque moustérienne, caractérisée 
par le racloir en silex, et l'époque gallo-romaine avec sa clef, 
ses tuiles -à rebords et ses vases. 

Quoi qu'il en soit, et en admettant que la présence du silex 
indiquât une sorte de déférence pour d'anciennes coutumes, 
il est certain pour nous que le signe de l'ascia gravé grossière- 
ment sous la paroi du dolmen est un sûr indice certain d'une 
très haute antiquité qu'il est impossible de déterminer même 
approximativement, non plus que le motif pour lequel a été 
construit ce monument. Mais il est hors de doute que les po- 
pulations qui ont érigé cet édifice étaient animées d'un désir 
d'immortaliser leur mémoire comparable à celui des Egyptiens. 

Le transport de ce mégalithe, comme celui de ses congé- 
nères, a dû coûter beaucoup de peines et de dépenses, et 
ces preuves de puissance sont constantes, de quelque temps 
qu'on veuille les supposer. 

Quelques auteurs ont nié la participation des Gaulois et des 
Celtes à l'érection des monuments mégalithiques. Or les Gau- 
lois et les Celtes n'étaient que les successeurs directs des 
Aryas, premiers architectes de ces monuments, et cette race 
tout entière mérite d'être appelée le peuple des dolmens. 

L'ère des dolmens a duré des siècles, puisqu'en Bretagne 
et dans l'Aveyron, certains d'entre eux sont sûrement con- 
temporains de l'âge de bronze et de la première apparition du 
fer, qui, d'après M. Bertrand, aurait été connu et utilisé dans 
le monde hellénique, 1400 ans avant notre ère: C'est ce qui 
explique qu'en plein âge de bronze on peut trouver acciden- 
tellement du fer dans quelques tombeaux, puisque d'aucuns 
prétendent aujourd'hui qu'en Orient l'art de travailler le fer 
est aussi ancien que l'art de travailler le bronze. Néanmoins 
en Scandinavie, et par suite de certains préjugés, les habitants 
se sont obstinés à exclure le fer de toutes leurs îles jusqu'a- 
près l'ère chrétienne, et les Egyptiens ne s'en sont jamais 
servi qu'à regret. 



142 UN DOLMEN INÉDIT 

Malgré tout, nous sommes encore à l'enfance de l'art, en 
fait d'études archéoiog-iques sur les dolmens et leur mode de 
construction. Ce n'est guère qu'à l'aide des peintures et des 
dessins tracés sur les monuments de l'antique Egypte, no- 
tamment à Berscheh, qu'on a pu, par hypothèse, reconstituer 
le système employé par les Aryens pour l'érection de ces 
monuments gigantesques à une époque où manquaient;, sans 
doute , les voies de communication faciles et les engins 
puissants dont dispose l'industrie moderne. Nous pensons 
être agréable au lecteur de la Revue du Bas-Poitou, en 
annexant à notre travail une autographie en petit d'un 
tableau de du Gleuziou intitulé : Construction d'un dolmen. 

Nous espérons aussi que notre modeste étude aidera à 
préserver d'un vandalisme sans nom les monuments méga- 
lithiques qui restent encore dans notre pays, et à faire aimer 
davantage notre chère Vendée qui, pour nous servir d'une 
expression du grand duc de Toscane « n'est encore pour 
beaucoup de Vendéens qu'une belle inconnue. » 

Fontenay-K-Comte. le 2 juin 1800. 

Louis Brochet. 





CHARTES 



CONCERNANT LA FONDATION 



DB 



NOTRE-DAME LA BLANCHE 



A. NOIRMOTTTIER 



Notre-Dame la Blanche , dont nous avons écrit 
récemment l'histoire', était un monastère de l'ordre 
de Gîteaux, filiation de Glairvaux, fondé en 1172, sur 
le Pilier [Insula de Pyllers, de Piglers, de Pilliario, par un 
essaim venu de Buzay, puis transféré, en 1201, dans la partie 
septentrionale de Noirmoutier {Hero itisula, Hero monaste- 
rium, et plus tard Nigrum monasterium). 

Son véritable nom, au point de vue ecclésiastique, était 
Notre-Dame de VIsle-Dieu [Bcata Maria de Insula Dei), mot 
qu'il ne faut pas confondre avec l'Ile-d'Yeu [Insula Oya 
ou de Oys). 

Le chartrier de Buzay est muet sur la première fondation 
de Notre-Dame de l'Isle-Dieu, sur le Pilier, le jourdes calendes 
de juillet 1172. On trouve, au contraire, les noms ou au moins 
les initiales de ses preiTiiers abbés dans diverses donations 
faites à la maison-mère et les relations entre les deux monas- 

* Etudes sur Noirmoutier : Notre-Dame de la Blanche (Monasteritim 
Beatx MarisB de Insula Dei), Luçon, impr. Bidenux, 1890, et Archives du 
diocèse de Luçon, môme année. 



144 CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 

tères restèrent intimes, pendant les deux siècles suivants. 
Le frère Heymeri, de l'Isle-Dieu, en Neir-Moustier [Cartul. de 
Buzay), céddiii, en 1334, aux moines de Buzay,xxv sols de cens 
sur les marais de Boismarde, en Prigny, et sur les vignes 
de Pornic, contre pareille somme, sur les prés de Saint- 
Sauveur, au Perrier, et la maison Galyot , à Beauvoir. En 
1365, Denis, abbé de Buzay, traversa la baie de Bourgneuf 
pour porter des secours et des conseils à Jean de Glermont, 
ruiné par suite de faits de guerre, et nous le voyons apposer 
son sceau et celui de son abbaye au bas d'un acte d'arrenle- 
ment fait par les moines de l'Isle-Dieu, auprès des sceaux de 
leur abbé et de leur monastère*. 

L'acte de fondation octroyé aux Cisterciens, par Pierre IV 
de la Garnache, après leur translation à Noirmoutier, est la 
première pièce que nous ayons à signaler. Il paraît impos- 
sible que d'autres donations n'aient pas été faites de cette 
époque à 1225, et il serait bon de les rechercher à Chel- 
tenham, en Angleterre, dans la bibliothèque de sir Thomas 
Phillips, devenue la propriété de sir T. F. Feuwich'. 

En dehors des manuscrits de dom Fonteneau conservés à 
la bibliothèque de Poitiers, nous avons puisé nos principaux 
renseignements dans les archives d'Antonin et de Ludovic 
Jaeobsen, contenant un certain nombre de pièces originales et 
d'anciens vidimus. Qu'ils veulent bien agréer tous les deux 
nos meilleurs remercîments. Nous les offrons aussi à S. de ja 
NicoUière, sans lequel nous n'aurions pu déchiffrer plusieurs 
pièces de difficile lecture. 

Le lecteur bienveillant nous pardonnera le nombre des 
chartes citées; toutes ont leur intérêt. Elles nous font assister, 
à plus de six cents ans de distance, à la manière, dont se fon- 
daient les abbayes, grâce à la libéralité des grands, aux dons 
des personnes pieuses et à la haute protection du Saint-Siège. 

.* Collection do M. Antonin Jaeobsen. 

» N» 7406. — N.-D. de lalBlanche de Noirmoutier, 1632. Parch. 
i 123 pages; 355 X 295'"'. 



DE NOTRE-DAME LA BLANCHE A NOIRMOUTIER 145 

Elles nousmontrentles précautions qu'il leurl'allail prendre, 
à cette époque d'arbitraire, pour ne pas être dépossédées de 
leurs legs et donations ; de là ces confirmations répétées. 
obtenues des seigneurs de divers degrés, les unes à prix d'ar- 
gent^ les autres gratuitement, [liberaliter, in puram eleemo- 
synain), pour le salut de l'âme des donateurs et de leurs 
parents. Puis ces vieux papiers font connaître un grand 
nombre de droits et de devoirs, qui nous paraîtraient de 
véritables exactions;, si, reportant les yeux sur notre temps, 
nous ne nous trouvions en face des lourdes charges écra- 
sant Id propriété, sous les noms d'impôt foncier, de droit de 
succession, de droits de mutation, et autres. Enfin, ils nous 
donnent les noms de nombreuses localités et ceux de fa- 
milles, dont les unes sont éteintes et les autres encore repré- 
sentées parmi nous. 



ACTE DE FONDATION 

Fondation et dotation de l'abbaye de d'Isle-Dieu, ou de la 
Blanche, dans l'île de Noirmoutier, par Pierre de la 
Garnache, héritier et seigneur de la Garnaghe {1205^]. 

L'original sauvé des mains des Hollandais en 1674, se 
trouvait aux archives de la Blanche, au moment de la Révo- 
lution. Il fut de nouveau préservé, en 1790, de la destruction 
parJ.G. Jacobsen; puis passa des mains de son fils, Alexandre, 
dans celles de B. Fillon. Après la mort de celui-ci, nous 
perdons sa trace. 

*La pièce est donnée d'après une charte confirmative de 1273, 
faisant partie de la collection de Lud. Jacobsen. Maurice de 

* Cette pièce a déjà été publiée avec traduction, par Françoii Piet (.W- 
moires laissés à mon fils, note 1) et par Jules Piet (Recherches topogra- 
phiques statistiques et historiques sur Noirmoutier), d'après le texte 
incomplet, donné par dom Lobineau [Hist. de Bretagne, t. ii p. 389). 



140 CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 

Belleville y rapporte en entier la lettre de Pierre de la Gar- 
nache et en confirme le contenu'. 

Nous aurons l'occasion de citer une traduction du XVIP 
siècle, intéressante, malgré ses lacunes, et que nous devons 
à l'extrême obligeance de Léon Brunschvicg*. 

• Ant. Jacobsen possède un cidimus de la lettre de Mauiùce de Belleville, 
fait en 1395. par Guillaume Marlet, ^'arde du sceel de la seigneurie de Noir- 
moutier, à la demande du frère Louis Pilait, procureur de l'ablaye de la 
Blanche. 

La partie la plus difficile à lire n'a pas été reproduite dans le ridimus. 
qui présente quelques variantes portant sur les noms propres, mais beau- 
coup moins nombreuses que celles offertes par la copie de dom Fonteneau 
{Mo.nusc. t. I, p. 343), et .surtout par celle de dom Lobineau. 

' Elle est siirnée par J. Bethuis, sergent royal, pour ridimus et C0}iie et a 
été collationnée à son original par G. Maublanc, notaire. 

A la suite du pillage de l'abbaye par les Hollandais, Joseph de U 
Trémoille retira du chartrier d'Apremont les titres lui permettant de 
retrouver ses droits comme abbé de la Blanche. Un procès étant survenu 
entre lui et les Noirmoutrins, au sujet de la rançon de l'ile, J. Bouhyer 
du Sableau, mandataire de ceux-ci, se fit donner les copies que nous a re- 
mises Brunschvicg. Une des pièces porte : « L'extraict sy dessus et des 
aultres parts contenant les papiers concernant quelques droicts de l'abbaye 
Blanche et du prieuré de Sainct-Filleberd de Noirmoutier, a esté par nous 
soubsignés. notaires dudit Noirmoutier, fidèlement collationné et vidimé sur 
son original estant en papier, et qu'avons trouvé sain et entier en son écri- 
ture et signet. Ce jourdhuy vingt et uniesme jour du mois de mai mil six 
cents quatrevints et un ; ce requérant noble Jehan, sieur du Sableau, dont acte 
Signé: Dl' Sableau-Boiihyer : Beillet, notaire ; J. Sortkst, notaire. » 






CHARTE DE FONDATION 



-é-^^ei»-j- 



EGO, Petrus de Gasnapia, hè- 
res et dominus Gasnapie, 
notum lacio omnibus pre- 
sentem cartam inspecturis, 
quod,ego,Deo et abbacie Insuie Dei, 
cysterciensis ordinis, quam in 
insula de Pyllers' primo funda- 
tam, propter difficultatem loci, 
in Hero yisula, divina inspirante 
gracia, transtuli, et ibidem in ho- 
nore Domini nostri Jhesu Christi 
et Béate Marie semper Virginis, 
genitricis ejusdem, et omnium 
Sanctorum, pro salute anime mee 
et parentum meorum in perpetuum 
lundavi. 

Dono et concedo tantum de 
nemore meo, in quo sita est», 
quantum durât a capella Béate 
Marie Magdalene^, dicte nemori 
proiima, usque in finem dicti 
nemoris inferius, cumtota riparia* 
maris sibi contigua et cum dicta 



JE, Pierre de la Garnache, 
héritier et seigneur de la 
Garnache, fais savoir à tous 
ceux qui la présente lettre 
verront, qu'inspiré par la grâce 
divine, j'ai, à cause de la difficulté 
du lieu, transféré l'abbaye de l'Isle 
Dieu, de l'ordre de Gitau-x, précé- 
demment fondée sur l'ile du Pilier, 
dans celle d'Héro, où je l'ai établie 
en l'honneur de N.-S. Jésus- 
Christ, de la bienheureuse Marie 
toujours vierge, sa mère, et de 
tous les saints, pour le salut de 
mon âme et de celle de mes parents. 

Je donne et concède, à titre de 
fondation perpétuelle à Dieu et à 
la dite abbaye la partie de mon 
bois dans laquelle elle est située, 
telle qu'elle s'étend de la cha- 
pelle de la bienheureuse Marie 
Magdeleine, touchant au dit bois 



* Dom Fonteneau écrit Piblers, par erreur de copiste. 

* La charte constate que l'abbaye était déjà transférée à Noirmoutier ; les 
Cisterciens avaient quitté le Pilier au mois de janvier 1200 (1201 n. s.). Voir 
N.-D. de la Blanche page 7. 

» Elle dessfiTait une léproserie, rappelée pareillement par le Pwi^s cie /a Borde, 
et qui, plus ancienne que l'abbaye, dépendait du prieuré bénédictin de Noir* 
moutier. Une pièce de 1758 dit qu'à cette époque elle était en ruines, depuii 
an temps immémorial. Des pans de murs existaient encore en 1806. Il n'en 
reste plus de vestiges, mais, au village de la Magdeleine, une pièce de terre cul- 
tivée en jardin porte encore le nom de la Chapelle. 

* La vieille traduction dit arée pour riparia. Les Barbàtrois appellent leur 
fflte la Grande-arée. 

Tome in. — Avril, Mai, Juin 1890. 10 



148 



CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 



insula de Pyllers, habendum in 
perpetuum et tenendum. 



Dono iteruni et concedo dicte 
abbatie, in perpetuum, totum usa- 
gium suum plenariumliabentium 
et capienduin, libère et expedite, 
per totam forestam meam de Gas- 
napie', ad edificia sua et omnia 
alia sibi necessaria facienda, sine 
dare, vel vendere aliquid de ipsa 
foresta. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbacie unam biroteam brande , 
sive bruerie, ad usum furni sui, 
singulis septimanis capiendam in 
perpetuum et habendam, in deser- 
tis, sive landis, Hero insuie, in 
quibus branda, sive brueria, ad 
usum furnorum castri Hero insuie 
capietur. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbatie in perpetuum totum, clau- 
dicium meum de Barbastre^ et 
totum claudicium meum de Hero 
insula, quod vocatur claudicium 
domine Gélose et terras que dicun- 
tur les Isleas, dicto claudicio 
proximas,necnon et totas retractas* 
maris, dictis claudicio et terris 
contiguas, prout longe lateque 
durare videntur. 



jusqu'à l'extrémité inférieure de 
ce bois, ainsi que tout le rivage de 
la mer, qui lui est contigu, avec 
l'île du Pilier, pour les avoir et 
tenir à perpétuité. 

Je donne encore et concède à 
ladite abbaye, à perpétuité, pleins 
pouvoirs de prendre librement et 
sans aucune formalité, dans toute 
ma forêt de la Garnache, le bois, 
dont elle a besoin pour ses édifices 
ou pour les autres qui pourraient 
lui être nécessaires, sans toutefois 
qu'elle puisse rien donner ou 
vendre de cette forêt. 

Je donne encore et concède à 
ladite abbaye, pour son four, 
une brouettée de brande, soit de 
bruyère,àprendre chaque semaine, 
à perpétuité, dans les lieux in- 
cultes, 01 landes, de l'île d'Héro, 
dans lesquels la brande, ou bruyère, 
est prise pour l'usage des fours du 
château de l'ile d'Héro. 

Je donne encore et concède à 
ladite abbaye, à perpétuité, tout 
mon clos de Barbâtre et tout mon 
clos de l'île d'Héro, appelé le clos 
de Madame Gélose et les terres 
dites les Isleaux, touchant au dit 
clos et tous les lais de mer attei- 
gnant aux dits clos et terres, telles 
qu'ils se poursuivent tant en lon- 
gueur qu'en largueur. 



' La forôt de la Gavnache couvrait une grande partie de la plaine com- 
prise entre la Garnache, Bois-de-Cené et Sallertaine. 

' La brande (Erica scoparia), ou bruyère à balais, est employée pour chauffer 
le» fours et construire des magasins. 

' Plus tard la Granye ou ferme de Barbûlre. 

* Retracte, retraits ou lais de mer. On dit de nos jours, retraictes ou retraites. 
La pièce de Brunschvicf:, traduit ce mot par sartière, de sart (Suœda fruc- 
ticosa), plante commune dans les terrains salés. 



DE NOTRE-DAME-LA-BLANCHE A NOinMOUTlER 



149 



In Montibus* vero, doito et con- 
cedo dicte abbacie, in perpetuum, 
totas retractas de la Besse, secus 
Oroez sitas. 

lionn iterum et concède dicte 
abbacie, in perpetuum, in insulade ■ 
Oys, viginti modios vinipuri, quod 
primo trahetur de cuvis meis in 
tempore vendemiarum, annis sin- 
gulis capiendos ; necnon et quin- 
decim libras annui redditus super 
terras de fo resta ejusdem insuie, ad 
culturam reductas, in perpetuum 
assignatas, etmolendinum adven- 
tum habendum in perpetuum in 
eadem insu a et tenendum. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbacie quadraginta libras annui 
redditus in terra mea acquirendas. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbacie. in perpetuum de liomini- 
bus meis : in Hero insula, Guiller- 
mum Haymkt, David Belle Amie', 
Guillexmum Pinchon et Aymeri- 
cum PiNcnoN*, fratrem ejus ; in 
Belveario*, Petrum Bechet, Oetu et 
Johannem de Maciieco, generum 
ejus. Gaufridum Le Mercer', Pe- 



Dansles Monts, je donne et con- 
cède à ladite abbaye, à perpétuité, 
tous les retraits de la Besse, près 
d'Orouet. 

Je donne encore et concède, à 
perpétuité, k ladite abbaye, dans 
l'ile d'Oys, vingt muids de vin pur, 
qui seront les premiers tirés de 
mes cuves, chaque année, à l'é- 
poque des vendanges; et, en outre, 
quinze livres de rente annuelle 
assise à perpétuité sur les terres 
de la forêt de la même île, actuel- 
lement en culture ; enfin, le mou- 
lin à vent de cette île, pour l'avoir 
et tenir à perpétuité. 

Je donne encore et concède à la 
dite abbaye quarante livres de re- 
venu annuel à prendre sur ma 
propre terre. 

Je donne encore et concède à la 
dite abbaye, à perpétuité, parmi 
mes hommes de l'île d'Héro, Guil- 
laume Haymet, David Belle Amis, 
Guillaume Pinchon, Aymeri Pui- 
CHON, son frère ; parmi ceux de 
Beauvoir, Pierre Bechkt, Oeth et 
Jean de Machecoul, son gendre , 
Godefroy Le Mercer , Pierre Le 



« Lisière de terrains et dunes comprise entre le marais et la mer, au sud de 
Beauvoir. Elle forme les paroisses de Saint-Jean, de Notre-Dame et de la Barre- 
des-Monts. 

' Depuis la Grange ou ferme abbatiale d'Orouet. Le bras de mer, appelé la 
Besse, n'est plus qu'à l'état de vestiges. De Sourdeval traduit Oroez par Nord- 
Ouest, ces lais de mer étant au N. 0. de l'ancien canal. 

' La partie nord de l'Ile d'Yeu porte le nom de Fouras, tandis que le S. 0. 
est appelé Creuzland ou pays de la Croix. 

* Dom Lobineau lisait Bebalne ; d'autres Beleame. 

* Ailleurs Pinçon et Pinçon. 

< Beauvoir-sur-Mer : Dellovisus, Belvearius, Belvedeir, Belveir, en patois 
Béavoir, à cause de la butte artificielle, située dans le jardin de la maison 
Dupleix et qui domine la petite ville. 

' D'après d'autres copies, Lo Mercer et Lemercier. 



150 



CHARTE CONCERNANT LA FONDATLON 



trum Le Mercer et Laurenoium Le 
MERCER,l"ratrem ejus; inGasnapia, 
Margaritam et R. Minet' ; in Oys, 
Petrum Aulay», et heredes om- 
nium supradictorum, cum omni- 
bus teneuris^ suis, per totam ter- 
ram meam, ab omnibus costumis* 
et serviciis omnimodis mihi debitis 
libères in perpetuum et immunes. 
Yolo in perpetuum et concedo 
dicte abbacie plenarium posse re- 
cipiendi in suos homines quos- 
cumque alienigenas ad terram 
meam venturos, et ipsos sub suc 
dominio et protectione habere, ab 
omnibus costumis et serviciis 
omnibus mihi debitis in tota terra 
mea omnino liberos et immunes. 



Dono iterum et concedo dicte 
abbacie, in perpetuum quidquid 
fratres dicte abbacie, aut homines 



MERCgR et Laurent Le Mercer, son 
fi'ère ; parmi ceux de la Garnache, 
Marguerite et R. Minet ; à l'ile 
d'Oys, Pierre Aulay. Tous les sus- 
dits ainsi que leurs héritiers et 
leurs teneures seront à l'avenir 
libres et dégagés de toutes les cou- 
tumes et services de toute nature 
m'étant dus par toute ma terre. 

.le veux à tout jamais et concède 
à la dite abbaye, à perpétuité, le 
plein pouvoir de recevoir au 
nombre de ses hommes les étran- 
gers quels qu'ils soient, qui, à l'a- 
venir, viendront s'établir sur ma 
terre, et de les conserver sous sa 
domination et protection, libres et 
exempts de tous les coutumes et 
services qui me sont dus dans 
toute ma terre. 

Je donne encore et concède à 
la dite abbaye, à perpétuité, tout 
ce que ses frères ou leurs hommes 



' Alias : R. Moisnel ; la vieille traduclion dit : Robert Minion poui' Mignon. 

^ Piet écrit Alais ; Dom Fonteneau Olay. 

3 Tenkork, teneura, tenura (Voir du CangeJ : Teneurs est appelée la manière, 
pourquoi les tenements (tenamenta) sont tenus du seigneur ; l'une des tenues 
est tenue du seigneur par hommaige, l'autre par parage, et l'autre par aumône 
(Charta Mattheœi de Marliaco, 1202). 

* Costuma. Consuetudo : prsBstatio , vel pensitatio, qux ex consuetudine 
prxstatur, cujus initium ignoratur. 'DuCange. U y avait à Noirmoutier des 
droits de cette origine sur l'exportation du blé et du sel. Pour cette dernière 
denrée, on les distinguait en grande et petite coutumes : la première avait pour 
base la quantité de sel exportée ; la seconde, correspondant au droit de planche, 
se percevait sur la durée du chargement — « Toutvaessel marchand forain doibt 
par grand coustume, sur toute charge de sel, XVI sols VI deniers, en laquelle 
grand coustume, le doïen de Saint-Philibert de Nermoustier prant sur la d. 
somme, Xll deniers ; et aussi à savoir que chacun vaesssel qui charge sel en la 
dite ysk, quelque numbre que poiet ledit vaessel, doibt pour chacune charge 
I denier de petite coustume, et, par chacun jour qu'il charge de sel, il doibt pour 
la mesure dudit sel IIII deniei's. Et à. laquelle petite coustume et mesure, .Tehan 
Goion (le gouverneur du château) prant la moitié et Monseigneur l'autre moitié. 
{Manusc. du commencement du XV" siècle communiqué par M. le duc de la 
Trémoille.) 



DE NOTRE-DAME-LA-BLANCHE A NOIRMOUTIER 



151 



sui, in toto mari ad dominium 
meum pertinente, piscaripoterunt, 
aut forsitan invenire. 

Dono iterum et concedo Deo et 
béate Marie et omnibus Sanctis et 
abbacie supradicte, habendum in 
perpetuum ettenendum,quodcum- 
quejus atque dominium habeo et 
habere possum et debco in rébus 
omnibus prenominatis dicte ab- 
bacie a me donatis, ut supra di- 
ctum est, et concessis. 

Preterea dono in perpetuum et 
confirme dicte abbacie feodum, 
quem nobilis domina, Agnes mater 
mea, cum una domo in Hero 
insula et mostonagio* suo de 
Boing eidem abbacie in perpetuum 
donavitmisericorditeretconcessit. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbacie, in perpetuum, et confirme 
quadraginta solides' annuireddi- 
tus super burgensiam^ Beren- 
GARii, militis, et tr\ginta solidos 



pourront pêcher, ou trouver par 
hasard, dans toute la mer dépen- 
dant de mon domaine. 

Je donne encore et concède à 
Dieu, à la bienheureuse Marie, à 
tous les Saints et à abbaye susdite, 
pour avoir et tenir à perpétuité, 
tous les droits dei suzeraineté que 
j'ai, puis et dois avoir sur toutes 
les choses précitées données et 
concédées par moi à ladite abbaye, 
comme il est dit ci-dessus. 

En outre, je donne et confirme 
à la dite abbaye, à perpétuité, le 
fiefque noble dame, AGNÈs,ma mère, 
a pieusement donné et concédé à 
perpétuité à la dite abbaye, une 
maison dans l'ile d'Héro , et son 
moutonnage de Boing. 

Je donne en outre et concède à 
la dite abbaye, à perpétuité, et je 
lui confirme quarante sous de 
rente annuelle sur la bourgesie du 
chevalier Berknoer, et trente sous 



* MosTONAoïuM, niotonagium : tribuium ex vervecibus, seu mutonibus. — 
Le droit de moutonnage consistait, à Noirmoutier, en une dime sur les brebis 
une sur seize; à. Bouin. en une dîme sur la laine et sur les agneaux nourris Jiors 
de la procession de Saint-Marc et autres lieux francs (la ville et le village 
d'Aunois). Il y avait aussi, à Bouin, un autre droit de moutonnage de six 
deniers par feu, au terme de la Pentecôte. (J. Piet : Nomenclature comparée 
des privilèges et devoirs seigneuriaux des îles de Noirmoutier, de Bouin 
et d'Yeu.) 

> La valeur du sou tournois de cette ("'poque était, d'après Wailly, de 1 fr. 01 ; 
celui de la livre, de .!0 fr. 20. Le sou pariais, au contraire, équivalait à 1 fr. 25 
et la livre parisis à 25 fr. 30. Il s'agit ici de sous et de livres tournois. 

' BuROENsiA, burgesia, burgagium, bourgesie: Burgaoidm, certum et anniium 
vectigal quod burgensis, aut burgi incola, pro domicis suis seu tenementis gux 
in burgo possidet, burgi domino prmstat Littleton. Redevance fixe et annuelle 
que tout bourgeois, ou habitant d'un bourg, doit au seigneur du dit boui'g, pour 
ce qu'il possède dans le bourg. Du Cange ajoute : Burgesia est idem quodbur- 
gagium, seu quod à burgensibus domino pensitatur. Il renvoie à la charte, de 
Pierre de la Garnache, Pro monasterio S. Maria! de Blancha et cite une charte 
de 1277, de Johannes de Castilione, comes Blesensis, dans laquelle il est dit : 

Ay donné en perpétuelle aumi'ne à l'abhaye des Nonains de N.-D. de Soissons 

à prendre sur mes bourgésies de Guyse, par la main de cely qui tens recepvraieg 
dites bourgésies. » 



152 



CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 



annui redditus super lurgensiam 
Pétri Gaut et Hayrois uxoris sue, 
decem so lidos annui redditus sup?r 
burgensiam Haurose*, quondam 
filie Pagam OciLi Lupi, et decem 
solidos annui redditus super bur- 
gensiam Moranti molendinarii, 
quos nobilis vir Guillermus de 
Cantamërula, et nobilis domina 
MAXEXDisuxor ejus, cumomnialio 
jure quodin dictis burgensiis ha- 
bebant, eidem abbacic donacione 
perpétua misericorditer conces- 
serunt. 

Donc iterum et concedo et con- 
firmo in perpetuum dicte abbacie 
quidquid juriset dominii domina 
Thorauda habebat in Campo-pe- 
troso, Masura et teneura Heu- 
donis Honrbure et rébus aliis in 
Hero insula sitis, quod dicta Tiio- 
rauda dicte abbacie donavit in per- 
petuam helemosinam et concessit. 

Dono iterum et concedo dicte 
abbacie in perpetuum et confirmo 
burgensiam Buchardi, militis, in 
Belveario sitam, quam Gaufridus 
BïRTAUT, miles et Bucharda, uxor 
ejus, quondam filia dicti Buchardi, 
dicte abbacie in perpetuum dona- 
verunt misericorditer et conces- 
sexunt. 

Dono iterum et concedo in per- 
petuum et confirmo Deo et béate 
Marie et omnil)US sanctis et ab- 
bacie supradicte, habcndum tota- 
liter et tenendum, quodcumque 
jus et dominium liabeo ethabere 
possum et debeo in rébus omnibus 



de revenu annuel sur la bourgesie 
de Pierre Gaut et d'HayroÏs, sa 
femme; plus dix sous de revenu an- 
nuel sur la bourgesie d'Haurose", 
fille de Payen Œil-db-Loup; plus 
dix sous de revenu annuel sur la 
bourgesie de Morant, le meunier, 
que noble homme Guillaume de 
Chantemerle et noble dame 
MAXENCE.sa femme, ont pieusement 
concédés à perpétuité àcette abbaye, 
avec tous les autres droits qu'ils 
avaientdans les mêmes bourgesies. 

Je donne également, concède et 
confirme, à perpétuité, à la dite 
abbaj^e tout ce qui appartenait à 
Madame Ihoraude en Champoi- 
roux, Mazure et la teneure d'Eudes 
Honreure, et dans les autres cho- 
ses, situées dans l'île d'Héro, que la 
dite dame a données et a concédées 
à la dite abbaye, en perpétuelle 
aumône. , 

Je donne encore, concède et 
confirme, à perpétuité, à la dite 
abbaye, la bourgesie du chevalier 
Bouchard, située en Beauvoir, que 
le chevalier Godefroy Bertaut et 
BoucHARDE sa femme, fille dudit 
Bouchard, ont pieusement donnée 
et concédée à perpétuité à la dite 
abbaye. 

Je donne encore, concède pour 
toujours et confirme à Oieu, à la 
bienheureuse Marie, à tous les 
saints et à l'abbaye susdite, pour 
avoir entièrement et tenir, tous 
droits et souveraineté que j'ai, 
puis ou dois avoir, dans toutes les 



' Sur le TJdemus d'Antonin Jacobsen on lit Jlamose, forme du mot Aimée • 
Dom P'ont«neau écrit Jlat/tois, pour Hayroïg ou Hérois. 



dh: notre-dame-la-blangiie a noirmoutter 



153 



prenominatis, dicte abbacieasupra- 
dictis donatis, ut supradictum est 
etconcessis;necnon et omnimodas 
rationabiles helemosinas à quibus- 
cumque aliis dicte abbaciefactas in 
tota terra raea, etdc cetero facion- 
das, gratas habeo in perpetuum, et 
quidquidjuris in ipsis habeo, dicte 
abbacie dono in perpetuum et 
confirme, nullam mihi inde juri- 
dictionem retinens, nec meis here- 
dibus in futuro. 



Quia vero gesta hominum longo 
processu temporis ab humana me- 
moria, que labilis est, labuntur de 
facili, nisi scripti memorie com- 
mendentur, ideo donaciones pre- 
missas presentis carte memorie 
commendo, ut perhennis earum, 
memoria habeatur, et dicte abbacie 
eamdem cartam sigilli mei muni- 
mine roboratam exhibeo, in per- 
petuum veritatis testimoninm et 
muninem. 

Actum anno ab Incarnatione 
Domini M« CC° quinto. 



choses sus-désignées, données et 
concédées, comme il a été dit, par 
les susnommés. J'ai de plus pour 
agréables, toutes les aumônes 
raisonnables, faites par quelque 
autre personne que ce soit à la 
dite abbaye, dans toute ma terre, 
ou devant êtrt^ faites plus tard, et 
j'abandonne et concède à, perpé- 
tuité à la dite abbaye, tous les 
droits que je puis avoir dans ces 
divers dons, ne faisant aucune 
réserve, ni pour moi, ni pour mes 
héritiers à l'avenir. 

Les actes des hommes, tombant 
facilement, à la longue, de leur mé- 
moire, à cause de sa fragilité, s'ils 
ne sont mis par écrit, je confie les 
donations ci-dessous à la présente 
lettre, pour en assurer le perpétuel 
souvenir, et je remets cette lettre 
à l'abbaye, en la munissant et cor- 
roborant de mon sceau, comme 
preuve et témoignage, à jamais, 
de la vérité. 



Fait l'an de l'Incarnation 
Seigneur rail deux cent cinq. 



du 



« Au bas de l'original, dit dom Fonteneau, pend un cordon 
de soye vertC;, plat et autrefois tressé. On y voit encore un 
reste de sceau de cire verte, dont on ne peut rien tirer pour 
le blason du seigneur de la Garnache ; l'écriture du titre, 
tient de celle du XIP siècle. » 

La traduction, que nous a communiquée Brunschvicg, 
donne au contraire les armes. « La donation ci-dessus, y 
est-il dit, est scellée de cire verte avec un lac de soye verte, 
auquel sceau, il y a d'un costé un léopart, et un chevallier 
de l'autre costé, les armoiries en yyiains : deux léoparts. » 



154 CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 

Deux léopards passant à gauche se voyaient sur l'écu des 
Bouchard, dont le nom plusieurs fois cité dans la charte, 
reparait, trois siècles plus tard, à Noirmoutier, avec Catherine 
de l'Ile Bouchard, dame de la Trémoille, portant de gueules à 
deux léopards passant d'or. 

L'histoire des sires de la Garnache et le passage de leur 
seig-neurie aux familles de Montaigu et de Belleville sopt 
loin d'être complètement, connus, malgré les recherches de 
Mourain de Sourdeval', et de Dugast-Matifeux. 

Quatre seigneurs du nom de Pierre se sont transmis la 
seigneurie au XII" siècle : Pierre I, fils de Goscelin, qui eut 
pour femme Amiote ; Pierre II, époux de Gélose ; Pierre III, 
dit Meschin, à cause de sa frêle santé, et enfin Pierre IV, 
Pétri Meschini et Agnetis fdius, qui, en 1201, fait comparaître 
comme ténioins de dons faits par lui à l'abbaye de Buzay, 
sa mère Agnès, son fils Pierre et son frère Chalon*. Tous 
les trois étaient morts en 1205, puisqu'on ne les retrouve pas 
dans l'acte de fondation de la Blanche. 

Que valait Pierre IV;,et quel cas faut-il faire de la lettre d'un 
seigneur anglais ; écrivant à Henri Plantagenet contre son fils 
Geoffroy, comte de Nantes, qui, dit-il, Petrum de Ganaspia, 
proditorem ut ique summum, adversiwi me sustentat^'l 

La situation était difficile pour les seigneurs du duché 
d'Aquitaine, pris entre leur suzerain direct, le roi d'An- 
gleterre, et le non moins puissant roi de France. 

En 1206, Philippe Auguste donnait ordre à Maurice de 
Craon d'occuper le château de la Garnache ; Pierre venait de 



* Notices sur les châteaux et seigneuries de la Garnache etde Beauvoir, 
Nantes, 18rjS. 

> Les autres t^'-moins de l'une de ces donations furent : Willemus Moran- 
dus, Willemus Farner, presbyter, Mauricius Chatuys, Guillermus Ros- 
celin, Joltatmes de Boscheau, Uaufridus de Besc/i, Gaufridus SocJieau, 
Willemus Archembaud et Andréas Vellach. Johannes da Boscheau ne doit-il 
pas se traduire par Jean de Rois de Cené (de Bosco cenato) ? 

ï Geoffroy le beau, fils du roi d'Angleterre, devenu plus tard duc de Bre- 
tagne par son mariage avec la duchesse Constance. 



DE NOTRE-DAME-LA-RLANCHE A MOUTIER 155 

mourir. Par suite do son décès, ses domaines passèrent 
dans la famille de Montaigu. 

Les legs de Pierre, malgré leur importance, ne furent con- 
sidérés par les moines que comme une restitution , les 
sires de la Garnache s'étant emparés des biens que les 
Bénédictins, successeurs de saint Filbert, avaient à Noir- 
moutier, et Pierre lui-même ayant commencé par dépouiller 
les ordres religieux d'une partie de ce que sa famille leur 
avait légué*. 

La première donation que nous ayons rencontrée, depuis 
la charte de fondation, est l'abandon, fait en l'an de grâce 
1225, par Garsirc de Raiz {Garsirius, dominns Radesiantm), 
de certains droits qu'il possédait dans l'île de Bouin. 

€ Notum facio, dit-il, quod ego dedi et concessi in eleemosina Deo 
et ahb((cie Insula Dei, pro soluté anime mee, pairis et malris mee, 
quidquid ego habebam et cupiebam in tenementis Johannis Geler, 
sacerdotis, apud Bugnium, tant in salinis et vineis, quam in terris 
domibus et etiam in rébus aliis, intègre, quiète et paci/îce, inperpe- 
tuum possidendum et tenendum. » 

Cette lettre {cartida) se trouve dans les manuscrits de 
dom Fonteneau, [tome 1 , p. 349.) Ant. Jacobsen en possède 
un vidimus de 1457, délivré par Guillaume Helya, netayre juré 
à la court de Vysle de Noirmoust.ier et garde du sccel estasbly 
aux coutraz, en dit ysle, pour très puissajit senteur, Monsei- 
gneur de la Trémoille. 

Garsire, deuxième du nom, fils d'Harscouet III, montra 
une certaine libéralité envers les moines de Buzay^ tandis 
qu'il n'accepta d'être le défenseur des religieuses du 
Ronceray d'Angers, établies aux Moutiers, que moyennant 
remise d'une partie de leurs biens*. 

« Dora Graux, dernier prieur de la Blanche, et dom Cousin ancien 
procureur de l'abbaye, ont affirmé à. F. Piet, que cela était pour eux d'une 
vérité incontestable. Il n'en était pas ainsi des dons d'Agnès, de G. de Clian- 
temerle et autres, cités dans le titre (Mémoires, p. 491). 

' Son fils Raoul II, n'ayant eu qu'une fille, Eustachie, la seigneurie de 
Raiz passa par elle aux Chabot. A partir de ce moment, les chartes de la 
Blanche, concernant Bouin, portent un sceau, offrant d'un côté la croix de 
Raiz, de l'autre les trois poissons, armes parlantes des Chabot. 



156 CHARTE CONCERNANT LA FONDATION 

Hugues de Thouars, seigneur de la Garnache, Marguerite, 
«a femme {Marguerita, Montis-acitti et Gasnapie domina et 
héros ; en 1239, elle ajoutait et Machecollii), et Olivier 
de Choché. ayant fait la môme renonciation que Garsire, 
Etienne, évêque de Nantes, confirma ces renonciations, par 
une lettre datée de la même année ; Bouin faisait alors partie 
du diocèse de Nantes. Dans cette lettre copiée par dom Fon- 
teneau (T. ip. 347), Jean Geler est désigné sous le titre de 
chapelain et -appelé Gerco ; dom Lobineau le nomme Eç/ebert. 

Cette lecture différente d'un même nom, due à des traduc- 
tions latines arbitraires et à des transcriptions fautives, se 
retrouve pour Olivier de Choché, appelé aussi de Coché;, 
Soché, Zoché et Souche. 

Souche, d'après de la Nicollière (Pierre tombale d'Olivier 
de Machecoid, à Vabbaye de Villeneuve,) est une terre de 
la commune de Saint-Aignan, où se voyait autrefois une 
forteresse féodale. Olivier de Choché qui en était le maître 
dès 1210, était sénéchal de Machecoul. En 1224, il héritait 
d'Eustachie de Port-Saint-Père avec Eudon, son frère, et 
Agnès, sa sœur, épouse d'un Guillaume Goulard, dont le 
nom, d'après l'abbé Durville, se trouve mentionné dans un 
compte de saint Louis. Olivier de Choché portait le titre de 
chevalier et seigneur de la Bénate, du fait de Pétronille, sa 
femme*. 

C'est par lui ou quelqu'un des siens, que fut fondé à Noir- 
moutier le bénéfice ou rectorie de la Bénate, dépendant de la 
paroisse de ce nom et dont le dernier titulaire fut messire 
AUiot. recteur de la Bénate*. 

' Dom Fonteneau et la plupart de ceux qui se sont occupés d'Olivier 
(le Choché le considèrent comme ayant épousé en dernières noces Catherine 
des Iiretesche et l'identifient avec Olivier de Cacho ou de Cazou, dont 
il lera parlé plus loin. C'est une erreur ; une charte des Blancs- 
Manteaux de Paris montre que Pétronille vivait, en 1238, au momer.t 
de la mort de Catherine. 

Une seconde famille de Choché eut pour chef, vers le milieu du Xlll» siècle, 
Olivier de Machecoul, filt de Pierre do Dreux et époux de Marquise delaBénate. 

> 11 se composait de 24 œillets de marais salants et de 75 ares de terre 
labourable. (.Jules Piêt. Recherches, p. 6b4). 

(A suivre). D' Viaud-Grand-Marais. 




(J|'Iiroiiiqufs ^uMatse^. 



VI 



LES PRISONNIERS SOUS LA TERREUR 



Hélas ! notre voie sera longue encore à parcourir; cepen- 
dant ne perdons paB courage; mais rappelons-r.ous les pa- 
roles favorites de ce philanthrope admirable que la mort nous 
a ravi récemment : « Allons doucement, parce que nous 
sommes pressés. » Dom Bosco. 

LA Société des Amis de la Liberté, après avoir établi son 
club dans l'église paroissiale, n'avait pu rester inactive. 
Le 30 mai 1793, sous prétexte de sûreté publique, elle 
vint dénoncer certains habitants encore innocents en appa- 
rence sans doute, mais dont l'avenir était déjà gros de 
suspicion. L'assemblée municipale était naturellement trop 
avide de popularité pour ne pas comprendre l'éloquence 
d'une pareille motion ; aussi s'empressa-t-elle de dresser au 
scrutin une liste de ces coupables éventuels au nombre de 19, 
qu'elle signala, à la prudence éclairée des administrateurs 
du District qui se hâtèrent, conformément à la loi du 4 mai, 
d'en ordonner l'incarcération. 



158 



CHRONIQUES SABLAISES 



Cette première liste de suspects se composa des citoyens : 

Fkvre, de Noirmoutier. Jeanne Bodard, 

Rons, de Coëx, et ses quatre fils ec- Richard, 

clésiastiques, Vkillon-Boismartin, 

Osmane Boismartin. Veuve Linyer, 

Dames Calisson, Femme Herbert, aîné, 

Dbloynks, Femme de Fèvrb, chapelier, 

Le curé de Palluau, Mère cI'Orillard, cabarelier. 
Sbrvantbau-Brunière et sa femme, 

Toutefois, après deux mois de réflexion, l'administration 
se demanda si par hasard elle n'aurait pas agi avec une 
regrettable précipitation, et, le3 août, elle se décida à rendre 
à la liberté quelques-uns d'entr'eux. Mais on avait dû déjà 
créer deux prisons supplémentaires. Au 7 nivôse (27 décembre 
1793), le chiffre des détenus s'élevait à 98, car les places 
devenues vacantes avaient été occupées sans retard. Voici 
les noms des détenus à ce moment : 



RiOD, père, 

GiVBS, 

Mercier, père, 

Mkrcier, fils, 

Baddri-Burcevib, 

Veuve Angély, mère. 

Cordon, 

Veuve Gaudin, 

Gaillard, 

LiBAUDIÈRE, 

BuoR, 

MiCHEAU, 

Mbrciread, 

Bl'.JtCHARD, 
BCFFBT, 

Roi, Taîné, 

CODILLARD, 

Femme Ldcet, 
Mbnamteau, d'Olonne, 
Pierre Mignbr, 



Martineau, 
Femme Merlet, 
NicOLLON, père, 
NiCOLLON, fille, 
Maimaud, 
Veuve Linyer, 
Deshommes, 
Grossetikrb, 
Femme Buor, 

MiCHBAU, 

Baudry, 

Veuve d'HcesTHEL, 

Marie, Julie et Marguerite Gaudin, 

sœurs. 
Catherine Bourgeois, 

POTHIER, 

Femme Mercier, 
Françoise Roy, 
Renaud, chef de brigade, 
Catherine Fruchard, 



CHRONIQUES SABLAISES 



159 



André Massonneau, 
Paluu, 
Rioc, fils aîné, 
Rioc, fils jeune, 
Menanteau, d'Angles, 
Pierre Palisson. 
Jean-Baptiste Cornièhe, 
Pierre Traîneau, 
Pierre Martillbt, 
Louis Babinot, 
Michei Barbier, 
Hébbrï, l'aîné. 
Femme Hébert, 
Angélt, fille. 
Anne Maignbau, 
Barbeau, 
Jacques Gbay, 
François Ruchaud, 
Rose et Marie Grollet, 
Pédbnbau, 
Femme Oidibb, 
Catherine Ménager, 
Marie Mbrson, 
Florence Naudin, 
Thérèse Bauhie», 
Thérèse Barellb, 
Louis Tessibr, 
Louise Naulbau, 
Mathurin Pelletier, 
Jantor et Benastibr. 
Jeanne Bodakd, 



Marie Blaisot, 
Veuve GivAUDEAu, 
Louise Blaisot, 
Benoîte Jannbt, 
Marie Morisson, 
Thérèse Dobion, 
Adélaïde Boctiron, 
Marie Mornet, 
Marguerite Pbrrochbau, 
Adélaïde Nobiron. 
Veuve Barbier, 
Derval, 
Badd, 
Tessibr, 

GuÉRINEAU, 

Marguerite Minier, 
Osmane Veillon, 
Emilie Rampillon, 
Jeanne Epaud, 
Marie Epaud, 
Catherine Petiot, 
Hélène Remaud, 
Madeleine Dugast, 
Marie Gréau, 
Veuve Lambert, 
Marie-Anne Huet, 
Gaudin, femme Deloynes, 
Henriette Deloynes, 
Marie Ridais, 
Jacques Tûrtereau. 



De plus, pendant cette période de la Terreur, nous trou- 
vons encore dans les prisons de Brouage la liste suivante 
de suspects de la Vendée ; i° Merland;, médecin, du district 
de Fontenay ; 2° Voyeu, meunier , du district des Sables ; 
3» Prouteau, laboureur des Sables ; 4" fille Ballon, de Talmont. 

Conformément à la loi du 28 brumaire précédent, et à 
l'instigation du Comité de surveillance révolutionnaire établi 
aux Sables par le représentant Fayau, le Conseil de la 



160 CHROiNIQUES SABLAISES 

Commune les divisa par séries. Les prisonniers suspects, 
disait la loi, devaient être nourris avec frugalité, les pauvres 
par les riches. On décida que les vingt-un premiers de la liste 
ci-dessus contribueraient pour une portion entière à l'ali- 
mentation de leurs compagnons d'infortune, et que les huit 
noms suivants ne paieraient qu'une demi portion de plus que 
la leur. Les portions furent fixées à une livre et demie de 
pain, et trois quarts de livre de viande;, ou l'équivalent en 
légumes ou en poisson. Le bois nécessaire à la cuisson des 
aliments fut fourni par le Comité des subsistances et payé 
par les prisonniers. Il y eut pour cet article une exception en 
faveur des détenus des communes des Sables, du Château 
d'Olonne et d'Olonne, qui furent autorisés à faire apporter le 
bois leur appartenant, mais qui durent fournir en même 
temps les ustensiles indispensables à la cuisson des aliments. 

Le boucher Bouhier et le boulanger Locquin furent 
désignés comme fournisseuj's de la viande et du pain. Le 
paiement s'en faisait à la fin de chaque décade. Quelques-uns 
des prisonniers refusant de contribuer à la nourriture des 
pauvres, on leur déclara que leurs meubles et immeubles 
allaient être saisis et vendus pour acquitter cette dépense. 
Le 8 nivôse (28 décembre 1793), M. Gazeaude la Boissière fut 
incarcéré de nouveau dans la prison de Rosnay. On le taxa à 
cinq portions, outre la sienne, pour a part des pauvres. Nous 
avons vu que deux prisons supplémentaires avaient du être 
créées, mais bientôt on reconnut les difficultés qu'entraînait 
la surveillance de ces deux maisons^, dont l'une était la maison 
de Rosnay et la seconde la maison Delange, occupée aujour- 
d'hui par le Café de Paris, rue de la Poissonnerie; alors on 
y substitua l'ancien couvent de Bon-Secours, sur lequel a été 
construite depuis la caserne des Douanes, et que l'on dut 
réparer immédiatement dans ce but. 

Mais les prisonniers abandonnés à une complète inactivité 
ne pouvaient en aucune façon fournir à la patrie la compen- 
sation qu'ils lui devaient pour leur entretien. Le Procureur 



CHRONIQUES SABLAiSES 161 

de la commune signala au Conseil celte regrettable incurie 
et demanda qu'elle fut prise en considération. Il proposa, en 
conséquence, d'employer aux travaux publics ceux des dé- 
tenus qui étaient valides ; et afin de les occuper en toute 
sécurité, il émit le désir de faire requérir les ouvriers tra- 
vaillant le fer, à l'exception des maréchaux ferrants, pour la 
fabrication de chaînes destinées à maintenir les travailleurs 
sous la surveillance d'une garde renouvelée chaque jour de 
travail, et à leur donner ainsi la facilité d'être avantageu- 
sement utilisés, sans inspirer de crainte d'évasion'. 

Les moulins à vent n'ayant pu suffire pour l'alimentation 
de la ville et de la garnison, surtout durant certaines pé- 
riodes de temps calme qui furent quelquefois très prolongées, 
on dut recourir aux moulins à bras, dont l'usage, pour les 
besoins de l'armée, fut confié au garde-magasin Richard. Ce 
genre de travail fut encore départi aux séries des détenus 
valides, et commença à fonctionner le 11 nivôse (31 dé- 
cembre 1793). Chaque jour, il fut fourni à cet effet un déta- 
chement de seize prisonniers d'entr'eux ;, confiés à la sur- 
veillance d'un gardien. Dix travaillaient sans repos, et les 
six autres les remplaçaient successivement. L'administration 
tarifait ainsi leur salaire : sur le nombre de quintaux de 
farine obtenus et soumis à une estimation réglementaire, se 
prélevaient d'abord les frais de nourriture, et le surplus du 
produit était ensuite partagé entre les travailleurs. 

Le calme atmosphérique, si e.xceptionnellement ininter- 
rompu, cessa enfin ; le vent, soufflant avec vigueur put faire 
tourner les moulins à pleines voiles ; toute inquiétude cessa 
donc pour la famine. Les moulins à bras furent aussitôt sup- 

* Avec quelle charmante vérité Pailleron a caractérisé cette époque ! 
« Un petit marmiton grandi, peut-être même retiré des affaires, devient con- 
« seiller municipal en province ; il est alors un personnage important et 
« fait ])artie des citoyens anonymes dénonçant les conspirations perma- 
« nentes de ceux affligés d'un titre nobiliaire ou d'une distinction à laquelle 
« ils n'atteindront jamais. Il sera toujours écouté; la bêtise humaine est si 
« docile !» 



162 CHRONIQUES SABLAlSEs 

primés; en réalité, ils n'avaient produit qu'un résultat bien 
minime. Les seize prisonniers attaciiés à leur service re- 
çurent un autre emploi, et furent occupés avec une grande 
hâte au nettoiement de l'horrible malpropreté des rues de 
la ville. 

Les districts de Ghallans et de la Roche-sur-Yon actuelle- 
ment pacifiés avaient reçu des garnisons importantes ; leurs 
administrateurs étaient rentrés dans leurs foyers et en 
avaient repris la direction. Sur l'initiative du Comité révo- 
lutionnaire, le Conseil de la commune les invita à faire 
retirer des Sables leurs prisonniers respectifs, ou à se munir 
à leurs frais, d'une maison spéciale pour les y maintenir. 
Jusqu'alors, ils avaient été concentrés dans une confusion 
absolue. Le Comité révolutionnaire comprenant combien ce 
désordre était affligeant, demanda au Conseil de les diviser 
en certaines catégories qui empêchassent cette fâcheuse 
promiscuité. Poussé et Pravacin chargés de ce soin, visi- 
tèrent les maisons de Rosnay et Delange, et donnèrent : 
1" le tableau des détenus par mesure de sûreté générale ; 
2» celui des accusés de vol, brigandage et autres crimes ; 
3" dans la prison de la Coupe ils rencontrèrent les enfants 
arrêtés avec leurs parents faits prisonniers dans les rangs 
ennemis. Une députation de la Société populaire appela l'at- 
tention du Conseil d'une manière spéciale sur cette troisième 
catégorie et demanda qu'il fut avisé sans retard aux me- 
sures à prendre à son égard. L'administration du district 
reçut communication de ces visites, et la municipalité hâta 
le plus possible les réparations projetées pour la maison 
de Bon-Secours. 

Nous avons dit combien les rues des Sables étaient mal- 
propres et quelle odeur infecte répandaient de tous côtés 
les fumiers que l'on y déposait. Comme le plus grand nombre 
n'avait pas même de pavage, les eaux ménagères mêlées aux 
eaux de pluie stagnaient sur la voie publique et y entre- 
tenaient une fange infecte et dangereuse. Le soleil ardent 



Cl 1 111 (MO L" lis sAni.Aisiis iCys 

du mois d(î mars augmentait encore les conditions d'une 
insaiub'ilé d'autant plus redoutable qu'une- épidémie cou- 
linuait à sévir depuis plusieurs mois sans se ralentir, b^nfin 
on s'ingénia à Irouver un remède, et voici celui auquel on 
eut recours. Chaque charrette ayant apporté de la campagne 
du Ijois ou des denrées pour la ville fut obligée à emporter 
sa charge del'umier. Mais bientôt les paysans refusèrent ce 
présent; alors l'administration du district, obligée d'inter- 
venir, mit en réquisition les bouviers des communcis voi- 
sines, et, afiu de les décider, la ville accorda à chacun d'eux 
une prime caractéristique de cette époque de malheur; ils 
reçurent en partant une livre et demie de pain ! 

Il était d'usage que les vidanges ne s'opéraient aux Sables 
que par certaines femmes qui en avaient la spécialité. Or, 
il advint qu'elles furent malades et incapables de se livrer à 
leur travail au moment où les latrines des prisons devaient 
ôtre vidées. Gomme chaque jour des prisonniers enchaînés 
étaient utilisés pour les travaux publics, le 25 ventôse (15 
mars 1794), l'agent national Achard fit au Conseil de la com- 
mune la motion suivante : « Vous vous occupâtes hier très 
« sérieusement des moyens de salubrité à l'air; mais un objet 
« de grande importance échappa à votre surveillance, et à la 
« mienne. Les latrines des maisons d'arrêt sont si pleines 
« qu'elles regorgent de toute part; je requiers donc que de 
« si<//(? vous donniez des ordres pour les faire nettoyer, et, 
« pour y parvenir, j e vous observe fsicj que les seules femmes 
« qui faisaient ce métier étant malades, vous n'avez de res- 
« sources que daris les brigands enchaînés. Si vous adoptez 
<< ce projet, qu'il est urgent de faire mettre à exécution, je 
« vais en prévenir le commandant de la place, afin que 
'< demain, à la parade, il commande une garde pour surveiller 
« les brigands. 

« Je vous observe en outre que plusieurs particuliers se 

o plaignent de ce qu'ils ne peuvent faire nettoyer leurs 

« latrines, je croirais donc qu'il serait convenable d'employer 
Tome m. — Avril, Mai, Juin 1890. 11 



164 CimOMQUES SABLAISES 

« les mêmes forçais à les nettoyer en leur accordant 
toulefois le même salaire que les particuliers eussent 
« donné aux femmes qui faisaient ce métier : pour lequel 
« salaire on prendrait un quart pour la garde qui accompa- 
« gneraitles forçats dans leurs travaux, et comme jusqu'à 
« ce jour on n'a employé que de larges bailles découvertes, je 
« désirerais que l'on fît faire des bailles moins larges et qui 
« fussent couvertes, pour empêcher les mauvaises exhalai- 
« sons que répandent nécessairement les transports des 
« ordures. » 

Le Conseil prenant en considération ce réquisitoire^ y donna 
son complet assentiment. 



Dans cet état lamentable de souffrances, les approvisionne- 
ments militaires devenantdeplus en plus rares, la troupe can- 
tonnée à Beauvoir et dépendant de la division des Sables fut 
sur le point de manquer complètement de subsistances. Les 
riches produits du district de Gtiallans devaient naturellement 
exciter la convoitise de l'armée. Aussi la commission admi- 
nistrative près les armées de l'Ouest, rassembla-t-elle tous 
les grains de la Grosnier pour les conduire aux Sables, sans 
se préoccuper du sort du district de Challans dont les habi- 
tants se virent, par ce fait, menacés de famine. L'adminis- 
tration du déparlement et le conseil du district se récrièrent 
sur cette mesure qu'ils déclarèrent aussi illégale que despo- 
tique, car le décret du 14 frimaire (4 décembre 1793) avait 
enlevé à cette commission tout pouvoir à cet égard. Défense 
fut donc faite à l'autorité militaire de persévérer dans ses 
agissements, et les navires chargés de grains à destination 
des Sables furent frappés d'embargo. 

La nouvelle de cette mesure produisit aux Sables la plus 



nilKONlQUES SAULAISES 1(35 

grande inquiétude. Aussitôt le comn:iandanl Dulour, l'ins- 
pecteur général des subsistances, Grandcourl, Duniansin, 
commissaire dé la Société populaire, et Debard, membre du 
comité des subsisLaiices, partirent pour Ghallans, où ils expo- 
sèrent avec véhémence devant le District, les effels inévi- 
tables d'une pareille rigueur. 

La sévérité de leurs reproches, certaines expressions d'é- 
goïsme, d'insouciance, d'ingratitude employées par les Sa- 
blais, blessèrent vivement les administrateurs qui refusèrent 
de modifier leur arrêté et le maintinrent avec entêtement. 

Le lendemain, un commissaire de l'Ile d'Yeu survint de- 
mandant de prélever pour son île dix tonneaux de blé qui 
lui furent refusés. 

Le 5 pluviôse (24 janvier 1794), deux commissaires des 
Sables vinrent faire enregistrer au district de Ghallans une 
délibération du Gomité de surveillance révolutionnaire des 
Sables, et l'arrêté suivant, daté de Rochefort, le 23 nivôse : 
" Nous : représentant du peuple, envoyé dans les départe- 
'< ments de la Gharente-Inférieure, de la Vendée, etc., con- 
« sidérant que les mesures révolutionnaires décrétées par 
« laGonvention nationale, peuvent seules sauver la chose 
a publique et, voulant, autant qu'il est en nous, les rendre 
« communes à toutes les parties de la république, autorisons 
« le Gomité de surveillance révolutionnaire établi aux Sables 
« à exercer provisoirement ses fonctions dans l'adminirtra- 
« lions du district de Ghallans. 

« Signé : Lequinio. « 

Gette contestation eut un long retentissement. Quelque 
fut la pénurie des communes du Marais, elles comprirent 
bientôt de quelle importance étaient les réclamations delà 
plajre des Sables. Aussitôt Saint-Gilles et Groix-de-Vie se 
créèrent des greniers d'abondance. Le 12 pluviôse (31 jaifvicr 
1794), l'administration leva l'embargo qui avait été mis sur 
un bâtiment chargé de seize tonueaux de blé à destination 



160 CHRONIQUES SABLAISES 

de la ville des Sables, espérant que ses habilanls lui sau- 
raient gré de cet acte fraternel. 
.'•f> Le 14 pluviôse (2 février 1794) la municipalité de Groix-de- 
^ Vie fit connaître au directoire (jue l'ofïicier commandant à 
Saint-Jean-de-Monts venait d'enlever 136 têtes de bétail, 
bœufs, vaches et taureaux qu'il lui envoyait en annonçant 
un second convoi. La conscience du directoire se souleva 
contre cet injustifiable brigandage, et il résolut d'en or- 
donner la restitution aux légitimes propriétaires. Mais deux 
jours après, le chef de la boucherie militaire des Sables, 
Mombeau, ayant réclamé des bœufs pour son service fut au- 
torisé à les prélever sur ce butin, ainsi que ce que réclamait 
l'approvisionnement de l'île de la Montagne, mais après 
équitable expertise et juste paiement. 

De part et d'autre la guerre se faisait sans pitié et sans 
merci. Pendant que les soldats emportaient au bout de leurs 
baïonnettes les enfants qu'ils trouvaient au berceau, ladmi- 
nistration du district donnait des nourrices à ceux qui leur 
avaient échappé. Les soldats ne S3 bornaient pas au pillage, 
ils fusillaient dans les champs les gens inoffensifs qui culti- 
vaient la terre. Dans beaucoup d'endroits les instruments 
aratoires étaient livrés aux flammes : d'autres cachés par 
leurs propriétaires qui avaient péri dans cette guerre atroce, 
étaient également perdus. Les plaintes si légitimes des cul- 
tivateurs et des administrations n'étaient accueillies quelque- 
fois par les généraux que par les plus grossières injures*. 

Le 22 frimaire an II (12 décembre 1793) Carrier écrivit de 
Nantes au général Haxo : 

• J'apprends à Vinstant, mon brave général, que des commis- 
saires du département de la Vendée veulent partager avec ceux du 
déparlement de la Loire-Inférieure les subsistances et fourrages 

qui se trouveront dans Bouin ou dans Noirmoutier . Il est bien 

« 

' Voyez Jei notes et dociimeiits pour servir à l'iùstoire du district d 
Challans par Constant Merl'uid, 1886. 



DFlIlONKjUl s SABLAISKS l'I? 

éto/inanl que la Vendée ose réclamer des subsistances, apri-s avoir 
déchiré la patrie par la guerre la plus sanglante, la plus cruelle ; 
il entre dans mes projets, et ce sont les ordres de la Convention natio- 
nale, d'enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout 
en un mot, dans ce maudit pays; de livrer aux flammes tous les 
bâtiments, d'en exterminer tous les habitants; car je vais inces- 
samment t'en faire passer l'ordre ; et ils voudraient encore affamer 
les patriotes après les avoir fait périr par milliers ! Opposes-toi de 
toutes tes forces à ce que la Vendée prenne ou garde un seul grain ; 
fais les délivrer aux commissaires du département séant à Nantes ; 
je t'en donne l'ordre le plus précis, le plus impéralif. Tu m'en ga- 
rantis dès ce moment, l'exécution ; en un mot, ne laisse rien dans 
ce pays de proscription. Que ces subsistances, denrées, fourrages, 
tout, absolument tout, se transportent à Nantes. 

Signé: Le représentant du peuple : Carrier. Pour copie conforme 
à l'original. Signé : Vauguelin, commissaire civil. » 

Docteur Marcel Petiteau. 
('A S7iwre K 



• Notes et Documenta pour servir à l'histoire du Dixirict de Challanr, de 
Julien Merland, p. '.ih, yii. 




UNE PAGE 



DE 



GENEALOGIE VENDÉENNE 



J;ii publié naguère, dans les Échos du BocaQe vendéen\ la 
rapide esquisse d'une personnalité bas-poitevine qui 
eut sous Henri IV une réelle célébrité. Je veux | crier 
(le ce Vincent Bouhier, seigneur de Beaumarchais et de 
maints autreslieux, qui eut l'insigne fortune de partager avec 
Sully, d'Aubigné et du Plessis-Mornay, l'honneur d'ôtre l'ami 
et le confident du Roi. 

Bouhier a fait souche, et comme l'heure est plus que 
jamais nux éludes généalogiques, il m'a semblé intéressant 
d'rn faire connaître la descendance. Descendance illustre, au 
sur plus, et qui mérilait à coup sûr de ne pas rester dans 
l'ombre, puisque nous y relevons le nom des la Trémoïlle,des 
Montmorency, des Noailles et des Bourbons eux-mêmes. 

Ces notes sont malheureusement bien sommaires; en 
revanche, je crois pouvoir en garantir, d'aprùs mon distingué 
collaborateur, M. II. de Boismarlin, de qui je les tiens, la plus 
complète exactitude. — Prises sur une pièce de la fin du 



♦ III« année N« 6 



UNE PAGE DE GÉNÉALOniR VENDJ^ENNE 169. 

ilècle dernier el intitulée : Extrait de bi Généaloqie des 
Boiihier, elles ont été complétées et rectifiées en tant que 
besoin, d'après VHistoire des granda officiers, du P. An- 
selme, et les notices données par ^Vi\ni-W\d.\s {Nobiliaire uni- 
versel.^. I, III el X) sur les la Trémoïlle et les Montmorency, 
notices dont la continuation pour la période moderne a été 
faite d'après VAnnuaire Aelsl-BoveX d'Hauterive. 

Vincent Bouhier avait épousé, le 12 juillet 1596', Lucrèce- 
Marie Hotman', fille de François Hotman, écuyer, seigneur 
de MotefontainC;, de Pailly et de Fontenay, conseiller d'état, 
trésorier de l'épargne, ambassadeur en Suisse et de Lucrèce 
Grangier. De ce mariage naquirent : 1" Lucrèce ; 2» Marie ; 
3" Françoise Bouhier mariée à François 011 ier, marquis de 
Nointel, conseiller d'État, trésorier général de l'ordinaire des 
guerres, ambassadeur. 



^¥f 



I» LUCRÈCE BOUHIER, fille aînée de Vincent, héritière du comté 
de Cliàteauvilain, épousa 1° le 13 mars 1610, Louis de la Trémoille, 
M'* de Noirmoutiers, vicomte de Thouars, baron de Châteauneuf 
et deSemblançay, Ss"" de la Roche Dire, de la Carte, de la Ferté-Milon, 

' Cette date donnt^e par la g^-néalogie des Bouhier parait suspecte : en effet, 
Lucrèce, fille aînée de Vincent épousa en 1610 Louis de la Trémoïlle. Elle 
aurait donc eu <i peine treize ans au moment de son mariage. Si elle n'eit 
pas absolument impossible, la chose semble du moins peu probable. 

' François Ilotman, lieau-père de Rouhier, mourut à Soleure en 1600. La 
charge de trésorier de l'épargne dont il était revêtu, passa à son gendre. — 
« Son fils aîné, Timoléon Ilotman, trésorier de France, épousa Marie de 
« Bouqueval, et leur postérité s'éteignit après s'être alliée aux familles de 
« Colbert, de Maohault et de Bréget Philippe Ilotman, frère cadet de Timo- 
« léon, continua la descendance, qui a contracté des alliances avec les Thé- 
« venin (de Tanlay?), les Pochon, les Jogues, lesBayetel de Boissy. Elle a donné 
« des maîtres d'hôtel du Roi, un capitaine au régiment de Normandie et un 
« autre au régiment de Chartres. Armes: énianché d'argent et de gueules de 
« six pièces » (Borel d'Hauterive, Annuaire de la Noblesse, 1870, p. 4o7). 



170 LNK PAGE 

etc., chevalier de l'ordre du Roi, conseiller d'Etat, capitaine de cin- 
quante hommes d'armes des ordonnances, nomma lieutenant du Roi 
au gouvernement de Haut et Has-Poitou, le 15 juin 1013, mort à 
Paris le •i4 septembre de la même année, et enterré en la chapelle 
de la Madeleine des Célestins de Paris — ; 2" on 1017, Nicolas de Lhos- 
pital, marquis de Vitry et d'Arc, maréchal de France, chevalier des 
ordres, lieutenant général au gouvernement de Brie, capitaine des 
gardes du corps, nommé gouverneur de Provence en 1632 ; et pour 
lequel le comté de Châteauvilain fut érigé en duché-pairie de Vitry 
(!614). Le maréchal de Vitry mourut à 03 ans, le 2<S septembre 1645. 
De son premier mariage, Lucrèce Bouhier avait eu pour enfants : 

A. Louis de la Trémoille, qui suit ; 

B. François, né posthume, mort le 27 novembre 1010. 

Il" Louis de la Trémoille, créé duc-pair de Noirmoutiers en mars 
10.")0, vicomte de Thouars, baron de Chàteauneuf et de Semblançay, etc, 
etc, né le 25 décembre 1012, maréchal de camp en 10)4:',, gouverneur 
de Charleville et du Mont-Olympe, mort à Châteauvilain, le 12 oc- 
tobre 1600; épousa en 10)40 Renée-Julie Aubery (de Vastan), fille 
unique de Jean Aubery, écuyer, seigneur de Tilleport, Conseiller 
d'Etat, maître des requêtes, et de Françoise Le Breton de Villandry. 
De cette alliance sont nés : 

A. Louis-Alexandre de la Trémoille, duc de Noirmoutiers, né 

en 1042, tué dans la guerre de Portugal contre les 
Espagnols, en mars 1667. 

B. .\ntoine-François de la Trémoille, duc de Noirmoutiers, et 

de Royan, (né aveugle), marié T en 1688 à Marguerite 
de La Grange-Trianon, veuve de Martin de Bermond, 
conseiller au Parlement de Paris, fille de Louis de La 
Grange-Trianon, écuyer, seigneur de Marconville, prési- 
dent aux requêtes du Parlement, et de Marguerite Mar- 
tineau;2"en 1700, à Marie Elisabeth Duret, fille de 
François Duret, écuyer, seigneur de Chevry et de Ville- 
neuve, président en la Chambre des Comptes de Paris, 
et de Marie-Elisabeth Bellier de Platbuisson. Aucun 
enfant ne provint de cette double union. 

C. Joseph-Emmanuel de la Trémoille, abbé de Lagny, de 

Sorrèze, de llaute-Combe en Savoie, de Grandselve, de 
.Saint Arnaud près de Tournay, et de Saint Etienne de 
Caen, auditeur de Rote à, Rome (1073.) créé cardinal du 



DK cknhalugip: vendéenne 171 

titr(> de la Trinité-du-Mftnt, (17 mai 1700), fommamleui- 
do l'ordre du saint Esprit (1708), évoque de Baveux, (Jan- 
vier ITl*;), archevêque de Cambrai, (avril delà même 
année), mort à Rome ('.) janvier 1720), 

I). E. Henry et Robert de la Trémoille, morts le premier au 
combat de Senef(ll août 1074), le second en 1070, en 
l'abbaye du .lard près Melun (il était muet). 

F. Ann«-Marie do la Trémoille, mariée 1" en 1051), à Adrien 
Biaise de Talleyraml. prince de Chalais, marquis d'Exci- 
deuil, mort à Mestre près Venise (1070); 2" en 1075, à 
Flavio Hercule Orsini ou des Ursins, duc de Bracciano 
et de Santo Gemini, grand d'Espagne de F* classe, che- 
valier des ordres du Roi. Elle fut caméra mayor ou 
première dame d'honneur de la Reine d'Espagne. Elle 
mourut à Rome, le 5 décembre 1722: c'est la célèbre 
princesse des Ursins. 

G Yolande-Julie de la Trémoille, dont l'article suit : 

iï. Louise-Angélique Je la Trémoille, mariée en 1082 à 
Antoine de la Rovere, duc de Lante et de Bomarse, 
prince de Belmare et de la Roche-Simibalde, chevalier 
des ordres du Roi, mort à Rome (5 mai 1710). Elle décéda 
elle-même à Paris, le 25 novembre 1000, 

K. Charlotte de la Trémoille, morte sans alliance. 

Yolande-Julie de la Trémoille-Noirmoutiers épousa, le 31 dé- 
cembre 1075, son cousin Fran(;!ois de la Trémoille, marquis de Royan, 
comte d'Olonne, grand sénéchal de Poitou, gouverneur de Poitiers, 
mort à Paris, le 12 juin U;oO. Elle mourut elle-même à Paris, le 10 
mai 1093, ayant eu quatre enfants, dont trois décédés en bas âge, et 
Marie-Anne do la Trémoille, la seule qui fit souche, comme il suit : 

IV" Marie-Anne de la Trémoille, marquise de Royan, comtesse 
d'Olonne, épousa, le (5 mars KV.iO, Paul Sigismond do Montmorency- 
Luxembourg, duc de Chàtillon, com|i de Luco, brigadier des armées 
du Roi, grand sénéchal de Poitou, mort i^n 1731, Elle décéda 
elle-même le 2 juillet 1708, laissant un fils, qui suit .• 

V°Cliarles-Paul-Sigismondde Montmorency-Luxembourg, duc 

de Chàtillon et de Boutteville, puis duc de Luxembourg, lieutenant- 
général des armées, gouverneur du Maine et du Perche, marié l", le 



172 UNE PAGE 

:'. juillet 171:'., à Annc-Catherine-Eloonore Le Tellior de Louvois- 
Rarbc'v.ieux ; 2° le 19 avril 1717, à Anne-Angélique de Harlus de Ver- 
tilly. lai^îsa de cette seconde union Charles-Anne-Sigismondqui suit : 

Vr Charles-Anne-Siglsmond de Montmorency-Luxembourg, 
duc de Chàtillon et d'ûlonne, maréchal de camp, épousa l°le22 octobre 
1 734, Marie -Etiennette de Bullion-Fervacques ; 2° le 2 juin 1753, Agnès 
Miotte de Ravannes, veuve de la Rochefoucauld, marquis de Bayer s ; 
3°, en décembre 17(32. Marie-Jeanne-Thérèse de Lespinay deMarteville, 
veuve de Joseph-Maurice-Annibal de Montmorency-Luxembourg, 
comte de Luce, lieutenant général. Le duc de Chàtillon mourut, le 
21 juillet 1777, laissant du premier lit : 

A. Anne-Charles-Sigismond, qui suit -, 

B. Anne-Paul-Emmanuel-Sigismond, prince de Luxembourg, 

né le 8 décembre 1742, maréchal de camp (1784), capitaine 
de la seconde compagnie des gardes du corps ; 

C. Bonne-Marie-Félicité deMontmorency, mariée le 23 janvier 

1754 à Armand Louis, marquis de Sérent-KerfiUy, 
maréchal de camp, gouverneur du due d'Angouléme. 

VIP Anne-Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, 

duc de Luxembourg, pair deFrance, premier baron chrétien, lieutenant 
général des armées du roi on 1784, épousa, leO avril 1771, Madeleine- 
Suzanne-Adélaïde de Voyer de Paulmy d'Argenson, (fille unique 
d'Antoine René, marquis d'Argenson, grand bailli de Touraine), 
dame grand-croix de l'ordre de Malte, et première dame du palais 
de la Reine en 1774. De ce mariage sont nés : 

A. Anne-Henry-René-Sigismond de Montmorency-Luxem- 

bourg, duc de Chàtillon, né 10 février 1772, marié à 
N. de Lannoy, et mort sans postérité. 

B. Cliarles-Emmanuel-Sigismond, duc de Luxembourg, né 

le 27 juin 1774. capitaine dc^s gardes du corps sous la 
Restauration, marié en 1847 à Caroline de Loyauté, mort 
sans postérité, le 5 mars 18(51 . 

C. Bonne-Charlotte-MariPAdelaïdo, qui suit: 

VIII" Bonne-Charlotte-Marie-Adélaïde de Montmorency- 
Luxembourg épousa, le 14 avril 1788, son parent Anne-Pierre-Adrien, 
prince de Montmorency, duc de Laval et de Fernando-Luiz, pair de 
France, grand d'Espagne, ambassadeur en Espagne sous la Restau- 
ration, mort le xjuin 1837. De ce mariage sont issues: 



DE GÉNÉALOGIE VENDÉENNE i7:i 

A. Cliai'lottede Montmorency-Laval, née en 17'.)9, mariée en 

1817 à Gustave de Lévis, marquis de Mirepoix, pair de 
France, dont T Guy, marié en 1844 à Marie-Josèphe- 
Hildegarde-Ghislaine, comtesse de Mérode ; 2" Sijrismond, 
marié en 184:? à Juliette de Grillon. 

B. Marguerite de Montmorency-Laval, née en 1811, mariée 

en 18:^9 à Aimé-Cliarles-Raoul, marquis de Couronnel, 
et mère, entre autres enfants, d'Emma-Charlotte-Cécile 
de Couronnel, qui épousa, le 29 mars 1855, Georges- 
Auguste do Barécourt de la Vallée, marquis de Pimodan 
(c'est le célèbre; (général Pimodan.) 

I bis. MARIE BOUHIER, dame de Beaumarchais, seconde fille 
de Vincent, épousa en 1011 Charles Coskaér, marquis de la Vieuville, 
baron de Nogent l'Artaud, Pavant, etc, chevalier des ordres, grand 
fauconnier de France, surintendant des finances, premier capitaine 
des gardes du corps, capitaine de cent hommes d'armes des ordon- 
nances, lieutenant général de Champagne et Rethelois, etc, etc, 
ministre d'état avant Richelieu, créé duc-pair de la Vieuville. en 
1642. De cette union sont issus : 

A. Charles, duc de la Vieuville, pair de France, chevalier des 
ordres, lieutenant général des armées du Roi, gouver- 
neur en \C <") du duc de Chartres (le Régent), marié le 25 
novembre 1049, à Françoise de Vienne, comtesse de 
Confolens, et père de : 1° René-François, ■/' Charles- 
Emmanuel, marié à Marie-Anne de Mythes de Ché- 
vrières de Sa'nt-Chamond, auteur des marquis de la 
Vieuville Saint-CIiamond. — René-François, marquis de 
la Vieuville, fils aine, né en 1052, gouverneur de Poitou, 
épousa 1» Anne-Lucie delà Motlie Houdancourt ; 2* en 
108'J, Marie de la Chaussée d'Eu ; et 3", le 20 avril 1710, 
Marie-Thérèse de Froullay. Il laissa pour enfants : du 
premier lit Louis, marquis de la Vieuville, filleul de 
Louis XIV et de la Dauphine, allié en 1722 à Marie-Ma- 
deleine Fouquet de Bellisle ; et Marie- Anne- Thérèse de 
la Vieuville, mariée à Hector de Fay, marquis de Latour- 
Maubourg ; — du second lit : Jean-Baptiste-René de la 
Vieuville, colonel d'infanterie, marié en 1710 à Anne- 
Charlotte deCreil ; et Marie-Madeleine de la Vieuville, 
mariée en 1711 à César de Baudém, marquis de Para- 
bère (c'est la fameuse Parahère, maîtresse du Régenta 



17 i UNE PAf;E 

H. Cliarles-Krançois de la Vieil villo, évéque Je Rennes, 

(lt;(j0-167('.). 
C. Lucrèce-Françoise, qui suit : 

ir Lucrèce-Françoise de la Vieuville épousa Ambroise-Fran- 
çois, duc de Bournonville, pair de France, maréchal de camp, gou- 
verneur de Paris, chevalier d'honneur de la Reine Marie-Thérèse, 
femme de Louis XIV. De cette alliance une fille unique qui suit : 

III" Marie-Françoise de Bournonville épousa en 1071 Anne- 
.lules, due de Noailles, pair et Maréchal de France, comte d'Aven, 
chevalier des ordres du Roi, capitaine de la première compagnie des 
gardes du corps, gouverneur et lieutenant-général de Cerdagne et 
Roussillon De cette union sont venus pour enfants : 
A Adrien-Maurice de Noailles, qui suit : 
H. Jules-Emmanuel de Noailles, marquis de Mouchy ; 

C. Marie-Christine de Noailles, mariée, le 13 avril 1087, à An- 

toine-Charles, duc de Gramont, pair et maréchal de France, 
prince deBidache, duc de Guiche, comte de Lesparre et 
de Louvigny, baron de Hagueneau, chevalier des ordres, 
d'oix sont issus les ducs de Gramont ; 

D. Marie-Charlotte de Noailles, mariée, le 20 novembre 1690, 

à Malo-Auguste, marquis de Coëtquen, comte de Com- 
bourg, brigadier des armées du Roi ; 

E. Lucie-Félicité de Noailles, mariée, le 30 janvier 1698, à 

Victor-Marie, comte d'Estrées, grand d'Espagne, maréchal 
et vice-amiral de France, vice-roi des possessions fran- 
çaises d'Amérique, gouverneur de Nantes, ministre 
d'Etat ; 

F. Marie-Thérèse de Noailles, alliée, le 10 juin 1098, à Charles 

de la Baume Le Blanc, marquis de la Vallière, maréchal 
de camp, gouverneur du Bourbonnais, commissaire 
général de la cavalerie ; 

G. Marie-Françoise de Noailles, mariée en 1703 à Henry- 

Emmanuel de Beaumanoir, marquis de Lavardin, lieu- 
tenant général de Bretagne ; 
H. Marie-Victoire-Sophie de Noailles, mariée, le 25 janvier 
1707. à Louis de Pardaillan-Montespan d'Antin. 

I"V" Adrien-Maurice de Noailles, duc de Noailles. pair et maré- 
chal de France, prince de l'oix. comte d'Ayen, grand d'Espagne, che- 



\)K (j:':NÉALni;ii'; \- 1: m ) i'; i; N N li 175 

vulier des ordres du Roi et ilo la Toison d'or, capitaine delà pre- 
mière ('oinpa;,Miio des gardes du corps, etc, etc, épousa, le 1.") avril 
ic.'.is, Françoise d'Aubigné, fille de Charles, comte d'Aubig^é, cheva- 
lier des ordres, gouverneur de Berry, et de Geneviève Piètre. De 
cette alliance sont issus entre autres enfants : 

A. Louis, duc de Noaillcs, pair et maréclial de France, auteur 
de la branche ainée des ducs de Noailles et d'Ayen ; 

H. Philippe de Noailles, duc de jMouchy, prince de Poix. 
grand d'Espajne, maréchal de France, auteur des 
Noailles-Mouchy ; 

C. Sophie de Noailles, qui suit: 

V° Sophie de Noailles épousa, en \'Si, Louis-Alexandre de Bour- 
bon, légitimé de France (tils de Louis XIV et de M'"* de Montespan), 
comte de Toulouse, duc de Penthièvre, de Damville et de Château- 
vilain, amiral de Fi-ance, lieutenant général des armées du Roi, che- 
valier de ses ordres et de la Toison d'or, gouverneur de Guyenne, 
puis de Bretagne. De ce mariage est né Louis-Jean-Marie, qui suit : 

vr Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, de Châ- 
teauvilain, d • Rambouillet, de Gisors et d'Aumale, prince d'Anet, 
comte d'Eu, amiral de France, gouverneur de Bretagne, s'allia, en 
1744 à Marie-Tliérèse-Félicité d'Este-Modène. — De ce mariage pro- 
vinrent : 

A. Alexandre-Louis de Bourbon, prince de Lamballe, mort 
en 1768, sans laisser de postérité de Marie-Thérèse- 
Louise de Savoie Carignan qu'il avait épousée en 1766. 
Cette princesse fut égorgée dans les massacres de sep- 



tembre 17 



(1 •> 



B. Louise-Marie-Adélaïde, qui suit : 

"VU" Louise Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre épousa en 
1760 Louis-Philippe-.lospph, duc d'Orléans, de Chartres, de Valois, 
de Nemours et de Montpensier, comte de Montargis, de Beaugency, 
"de Mortain, de Dourdan, de Beaujolais, etc, etc, etc, {Egalité) : elle 
fut mère de Louis-Philippe, marié, en 180'J, à Marie-Amélie de 
Bourbon, des Deux-Siciles. 



17(3 UNE l'AGË DE GÉNÉALOC.IE VKXDÉEN.NE 



Armoiries des gendres de Bouhier. 

La Tvémoille- Noirmoutiers : parti de deux traits et coupé 
d'un, qui fait six quartiers : en chef, au !*■• d'or, au chevron de 
gueules, accompagné de trois aiglettes d'azur, becquées et membrées 
du second, qui est de la Trémoille ; au 2 d'azur, à trois fleurs de 
lys d'or, au bâton de gueules péri en bande brochant, qui est de 
Bourbon ; au 3 fascé d'or et de sable, qui est de Coëtivy ; en 
pointe au 1" d'argent, à la guivre dazur tortillée en pal, cou- 
ronnée d'or, engoulant un enfant de gueules posé en fasce, qui 
est de Milan ; au 2 d or, à la croix de gueules chargée de cinq 
coquilles d'argent, et cantonnée de seize alérions d'azur, qui est de 
Montmorency-Laval ; au 3 d'azur, à trois fleurs de lys d'or et 
un lambel d'argent, qui est d'Orléans. 

Louis^ premier duc de ^^oirmoutiers adopta pour armes un parti 
de trois traits, coupé d'un, au 1 du chef de France, au 2 de Jéru- 
salem, au 3 d'Orléans ; au 4 de l'empire d'Allemagne ; au 1 de la 
pointe de Luxembourg, au 2 de Milan, au 3 de Laval, au 4 de Craon ; 
et sur le tout de la Trémoille. 

L'hospilal-Vitry : de gueules, au coq d'argent, becqué, membre, 
barbé et cresté d'or ; à l'écusson d'azur, chargé d'une fleur de lys 
d'or posé au franc canton. 

La Vieuville ; écartelé, aux 1 et 4 fascé d'or et d'azur de huit pièces, 
à trois annelets de gueules, rangés en chef et brochant sur les deux 
premières fasces, qui est de la Vieuville ; aux 2 et 3 d'hermine, au 
chef dentelé de gueules, qui est d'O ; et sur le tout d'argent, à 
sept feuilles de houx d'azur 3, 3, 1, qui est de Coskaër. 

Ollier de Xoinlel : d'or, au chevron de gueules chargé sur la cime 
d'un croissant réservé soutenu d'un besan d'argent, et accompagné 
de 3 grappes de raisin renversées de pourpre, pamprées de sinople ; 
à la bordure d'azur, semée de fleurs de lys d'or. 

Renk Vallette. 



^^ 




LE SYNODE DU POIRE-SUR-VIE 



4 AOUT 1795 



( Renseignements inédits ; 



-}Ot— 



Arépoque oh furent publiés « La Vie et les Mémoires de 
-lis' Brumauld de Beauregard, » ancien vicaire général du 
diocèse de Luçon, plus tard évéque d'Orléans, en 1842, on 
croj-ait que presque tous ses manuscrits avaient été détruits par 
lui ou perdus ; mais une circonstance fortuite permit de retrouver, 
bien des années après, des notes assez nombreuses qui n'étaient 
qu'égarées, et nous sommes heureux de procurer à la Revue du 
5a5-Poi7oM des renseignements que nous croyons inédits, sur les 
décisions prises par le clergé vendéen, dans une réunion qui eut 
lieu au Poiré-sur- Vie, le 4 août 1795. 

On lira avec intérêt une ordonnance du général deCharette, dont le 
quartier général était à ce moment-là à Belleville, par laquelle il 
règle le paiement d'une pension aux Religieuses établies dans les 
paroisses relevant de son commandement. 

Dans un avertissement placé en tète de la Vie de J/s"" de Beaure- 
gard, M. Emm. de Curzon, à l'obligeance duquel nous devons com- 
munication du travail qui suit, explique que beaucoup des manus- 



178 LE SYNUDE DE l>UlllÉ-SL"ll-VIE 

crits laissés par son grand oncle, ont été écrits à la sollicitation de 
personnes amies, et c'est assurément à des instances de ce ger.re 
que nous devons l'envoi, en Vendée, de V Histoire du Petit Saint- 
Cyr que M. Bitton a retrouvée chez un bouquiniste Fontenaisien, 
et qu'il a publiée dans un volume de la Société d'émulation (année 
1888). 

Pendant son séjour à Luçon, de ITTC) à 17'.»1, l'abbé de Beauregard 
s'était livré avec ardeur à l'étude des vieux documents alors très 
nombreux dans les archives du Chapitre et des différents couvents, 
et ses habiles et studieuses recherches lui permirent de composer 
une Histoire des èvêques de Lugon, qui est actuellement à la biblio- 
thèque de l'évêché. 

, Il est regrettable que ce manuscrit, auquel tous les auteurs qui 
ont écrit depuis sur ce même sujet ont fait de très larges emprunts, 
n'ait pas encore fait l'objet d'une publication spéciale. 

c 

DE liOUTTEI'AiiNON. 




LE SYNODE DU POIRE-SUR-VIE 



4 AOUT 1795 



APRÈS avoir subi une détention de trois mois à Fontenay, 
en 179'J;, l'abbé Jean Brumauld de Beauregard, cha- 
noine et vicaire général de Luçon, plus tard évêque 
d'Orléans, dut s'éloigner de ce diocèse et se réfugia dans les 
environs de Poitiers. Il y fut découvert au mois de janvier 
1793, et mis en demeure de se reconstituer prisonnier ou de 
se déporter Qiï Angleterre. Il opta pour ce dernier parti, espé- 
rant qu'il pourrait trouver de là, l'occasion de revenir exercer 
son zèle dans sa patrie. 

Cette occasion se présenta au moment où fut décidée l'ex- 
pédition de Quiberon. Au mois d'avril 1795, l'abbé de Beau- 
regard fut chargé de porter à Gharette, les instructions des 
chefs du parti royaliste et celles du premier ministre Pitt. 
Ce dernier attachait tant d'importance aux siennes, qu'il se 
rendit lui-même au bureau de la diligence, pour ne les re- 
mettre à son envoyé qu'au moment du départ et qu'il ne re- 
monta en voiture qu'après avoir vu partir la malle. 

Ce ne fut qu'après de longues et périlleuses péripéties, 
que l'abbé de Beauregard arriva, le 11 juillet 1795, à Belle- 
ville, quartier général de Gharette. Ge dernier aurait voulu 



Tome m. — Avril, Mai, Juin 1800. 



12 



A 



180 LK SYNODE DE POIRÉ-SUR VIE 

le retenir près de lui, mais l'cibbé de Beaureg..ird ne pouvait 
accepter celte proposition. « J'abjure maintenant^ lui dit-il, 
« la qualité d'envoyé politique. Je V'ux désormais prêcher 
« l'Evangile sans pren Ire part aux affaires publiques. J'ai 
« des ordonnances de mon évoque ; je les ferai connaître au 
« clergé, et j'adminislrci'.ii le diocèse avec l'abbé de Cliarette 
« de la Colinière, voire ciuisiu. » 

M''" de Mercy, évè pie d ' Luçon, avait pu sortir de Paris 
la surveille des massacres de Septembre; il s'était réfugié 
en Suisse. Les premiers succès de ! insurrection de Vendée 
lui ayant fait espérer la fin procliiiine de la Révolution, il 
avait envoyé de Miudrizii), le i" janvier 170i, une Instruc- 
tion pastorale destinée à tracer des règles de conduite, et le 
1" juin de la même année, une î.rt ire pastorale de M^' l'évêque 
de Litçon à son cb-rijé ji'Udi'.. pour le disposer à repren'Ire 
avec fruit, après le schisme, les fonctions du saint ministère. 
11 avait écrit, le 11 juin 171) l, à l'abbé de Beauregard, alors 
en Angleterre : <■ J'ai su tjut ce (jne votre zèle apos- 
« lolique vous a fait entreprendre : Je n'en ai point été sur- 
« pris, j'y ai applaudi. j"(Mi ai remercié Dieu et je ne cess5*de 
« lui demander de répandre sur vous et sur vos travaux 
« apostoliques, ses plus aboiiiianles bénédictions. Vous 
« paraissez dans l'ordre de la Providence^ devoir être mon 

« prédécesseur dans mondiocèse Vous vou-. approcherez 

« le plus que vous pourrez de mes instructions; mais je ne 
« trouverai pas mauvais qu'on s'en écarte quand la nécessité 
« ou un plus grand bien l'exigeront. » 

« Il lui écrivait encore de Ravenne, le20janvier 1702: « Vous 
M avez vu que je vous laisse la [tlénitude de mes pouvoirs 
<< pour gouverner et décider dii tout, provisoirement, dans 
" ce que je n'aurai pas prévu, et dans les changements que 
« les circonstances peuvent ajipurter môme dans ce que j'ai 
« voulu prévoir. " 

Telle était la nii-si-in cl tels étaient les |>ouv()irs de l'abbé 
de Beauregard. Son pi^-mier soin dut être de chercher un 



LK bY.NOUK DE 1>()I llK-SL' Il-VIK 181 

gila : il Le trouva dans la paroisse de Beaul'ou. L'église avait 
été brûlée ; il n'en restait qu'un coin dans une des chapelles. 
Le curé était vieux etcassé, ce fut une circonstance favorable, 
qui lui permit de dissimuler l'importance de sa mission;,sous 
le Litre modeste de vicaire du curé. Il s'astraignit à remplir 
exactement toutes les fonctions d'un simple vicaire. 

(( Je travaillais donc avec assez de fruit, dit-il, dans mon 
vicariat de Beaufou et dans toute cette partie du diocèse. 

« Quand tout fut bien établi, je crus devoir réunir en 
synode tout le clergé du diocèse de Luçon, pour y faire 
publier les ordonnances de Monseigneur de Mercy. Je fixai 
le lieu de la réunion dans la belle église de Poiré, non loin 
de laquelle se trouvait un château, dont les propriétaires 
avaient émigré. Je fis part de mon projet à Gharette; il 
m'offrit des rations pour les chevaux et un dîner vendéen pour 
les prêtres. Je fis les convocations et fixai le jour et l'heure. 

« Soixante prêtres se rendirent à cette cérémonie, qui 
avait attiré un grand concours de peuple. Je chantai la 
messe, je prêchai, puis nous nous rendîmes dans la grande 
salle du château. L'abbé de Gharette de la Golinière et moi 
prîmes nos places : je désignai un promoteur et un secré- 
taire ; et après avoir fait reconnaître la signature de M»' de 
Mercy par tout le synode, je fis lire ses ordonnances. On 
établit en tête du procès-verbal les noms de tous les 
assistants. • 

« Un des articles de ces ordonnances disposait que 
l'Evêque reconnaissait pour canonique tout ce qui avait été 
ordonné par ses délégués directs, ou par ceux qui l'avaient 
été en son nom ; mais qu'aussitôt que l'un de ses anciens 
grands vicaires serait arrivé dans le diocèse, tous les pou- 
voirs cesseraient, excepté ceux de ce grand vicaire. 

« Get article passa assez facilement, sauf l'opposition qu'y 
lit un religieux de la Ghancelade, prieur de Sainte-Marie de 
l'île de Ré, qui se récria beaucoup, ayant eu des pouvoirs 
directs dès 1792. Mais comme le synode déclara qu'on ne le 



\ 



182 LE SYNODE DE POIRÉ-SU U-VII': 

reconnaissait plus, il céda^ non sans mécontentement. Peu après 
il adopta un système de dissidence, qu'il a poussé jusqu'à la 
non admisssiondu Concordat. Il s'est fait depuiS;, le chef de ce 
parti, et il a placé son siège à Fontenay-le-Comte, où des 
femmes assez marquantes s'associèrent à son schisme. 

« Il fut fait plusieurs règlements, dont un portait que toutes 
les fonctions seraient gratuites ; que l'on pourrait seulement 
recevoir des fidèles des dons modérés. On pria Messieurs les 
Présidents du synode, de déclarer qu'on n'acceptait pas les 
contributions que Gharette avait fait offrir. 

u On régla rétendue de la juridiction de chaque ecclésias- 
tique, les présidents furent priés de recevoir le prix des 
dispenses et d'en former un fond pour les nécessités des 
prêtres et des églises. On rédigea les articles qui durent être 
remis à chacun de Messieurs les ecclésiastiques. « 



ARTICLES ARRETES. 



ï 



A L ASSEMBLEE DU CLERGE TENUE AU POIRE. 

Le 4 août 1705. 

Baptêmes. — On réhabilitera les baptêmes faits par les jureurs et 
intrus lorsqu'ils seront douteux, et ou pourra suppléer les cérémonies 
sans Saint Chrême. 

Messe. — On ne dira plus la messe sur deux corporaux. 

Mariages. — Les mariages faits par les intrus seront réhabilités 
selon les formes établies, ainsi que ceux faits devant la municipalité. 
On observera strictement, quant au mariage, l'usage établi par l'Eglise ; 
c'est à dire que les parties contractantes s'approcheront des sacrements 
4e pénitence et d'Eucharistie. 

Il a été arrêté qu'il sera fait des représentations au général en chef 
de la "Vendée, pour pourvoir à la subsistance et au besoia des Reli- 
gieuses nécessiteuses_, ainsi qu'à ceux des ecclésiastiques qui seraient 
dans le besoin. 



LE SYXODE DE POIRÉ-SUR-VIE 183 

Arrêté qu'il sera fait par Messieurs les curés, une liste des reli- 
gieuses qui seront dans leurs paroisses, laquelle sera envoyée à 
Messieurs les Vicaires Généraux. 

Arrêté qu'il sera fait des recherches au sujet des ornements, livres 
d'église, calices, et généralement tout ce qui sert au culte de la religion ; 
que rapport en sera fait aux Vicaires Généraux, afin qu'on puisse en 
distribuer dans les paroisses qui en manquent. 

Messieurs les Curés donneront un état des pauvres et autres néces- 
siteux qui seront dans leurs paroisses, afin que les Vicaires Généraux, 
de concert avec les Pasteurs, écrivent aux administrateurs pour avoir 
des secours en leur faveur. 

Arrêté que Messieurs les Curés donneront une liste des diacres et 
sous-diacres qui sont dans leurs paroisses, afin qu'il leur soit enjoint 
par les supérieurs ecclésiastiques, d'aider les prêtres dan s leurs fonctions ; 
particulièrement dans celle du catéchisme qu'ils feront sous l'inspection 
des Pasteurs. 

Arrêté que Messieurs les Curés feront passer à Messieurs les Vicaires 
Généraux, une liste de toutes les dispenses qu'ils ont accordées, en 
vertu du pouvoir qu'ils ont reçu pendant la persécution du Seigneur 
évêque, afin qu'il en soit tenu un registre exact, pour être mis sous les 
yeux du Prélat, lorsqu'il reparaîtra dans son diocèse. 

Fait et arrêté au Poiré le 4 août 1795. 

Listes de MM. les prêtres catholiques qui ty^availlent au 
Snint Ministère dayis les arrondissements des armées 
catholiques et royales des pays bas et du centre Diocèse 
de Luçon. 

1 . M. Doussin de Voyer, desservant du Bourg-sous-la-Roche. 

2. M. Ténèbres, curé de Croix-de-Vie, dans les marais de Soullans. 

3. M. Alexis Mailliet Ribet, curé de Saint-Hilaire le Doyen, diocèse 
de Poitiers, desservant des Essarts. 

4. M. Chabot, curé d'Aubigny. 

5. M. Robin, desservant d'Aizenay. 

6. M. Legouix, desservant de Sainte-Cécile. 

7. M. Blanchard curé de Belle Noue. 



18 i LE SYXODE DE POIRÉ-SUR-VIE 

8. M. Mor>^au curé de la Chaize-le-"Vicomte. 

9. M. Allain, prieur de Saint-André Gouledoie. 

10. M. Remaudet,. à Pont-de-Vie, paroisse du Poiré. 

11. M. Mady, curé de Saint-Denis la Chevasse. 

12. M. Renaud, curé de Chavagnes. 

13. M. Buet. desservant de la Merlatière. 

14. M. O'Brien, Irlandais, desservant de Boulogne. 

15. M. AudureaU; vicaire de Saint-Denis la Chevasse. 

16. M. Merland, curé de l'Aiguillon, desservant de Lairière, 

17. M. Guédon de la Poupardière, curé de la Rabatelière. 

18. M. Guillaudeau, chanoine de Montaigu, desservant les Brouzils. 

19. M. Amiaud, vicaire de Saint-Sulpice le Verdon, desservant de 
Mormaison. 

20. M. Barhedette, curé du Grand-Luc. 

21. M. Joussebert, curé de Beaufon. 

22. M. Moreau, curé du Poiré. 

23. M. Gillier, desservant de Legé. 

24. M. Sauvage, desservant de Saint-Christophe la Chartreuse. 
^5. M. Touret, desservant de Saint-Etienne-du-Bois. 

26. M. Guyard, prêtre à Chauché. 

27. M. Mitruay, curé de la Grotte. 

28. M. Hervouet, vicaire de Bouaimé. 

29. M. Huët, curé de Landevielle, à Luçon. 

30. M Voisin, curé de Landeronde. 

31. M. Gaboriau, desservant de Treize-Septiers. 

32. M. Veillard, desservant de Saint-Etienne-de-Corcoué. 

33. M. Duranceau, curé de Sainte-Foy. 

34. M. Le Breton, ancien vicaire de Verne, desservant de Saint- 
Michel-Mont-Mercure. 

35. M. de Laveau, curé de Chàteaumur. 

36. M. Serre, desservant de la Flocellière, missionnaire de Saint- 
Laurent. 

37. M. Paillar, desservant de Saint-Mars, aumônier des religieuses 
de Cholet, 

38. M. Bourcier, desservant d'Ardelay, curé des Moùtiers-sur-le-Lay, 

39. M. Bourcier, prieur de Mouchamps. 

40. M. Fumoleau, curé de Chavagnes-en-Pareds. 

41. M. Vrignaud, desservant du Boupère, vicaire de Cheffois. 



LE SYNODE DE POIRÉ-SUR- VIK l-^.") 

42. M. Macé, desservant de Saint-Paul en Pareds. 

43. M. Serillé, desservant au Chàtelier. 

44. M. le frère Julien, capucin i]p Machecoul, dosservant au Petit- 
Bourg des Herbiers. 

4."). M. Briiieau, desservant de Saint-Fulgent. 

46. M. Cornu, curé de la Barotière. 

47. M. Desplobin, curé de Pu ym au frai s, à Ghantonnay. 

48. M. Imbert, curé de la Ronde, pn-s la Châtaigneraie. 

49. M. Marion, curé de Saint-Jacques-de-Montaigu, à Saint-Georges 
paroisse de Beaurepaire. 

50. M. Anguis, curé de Beaulieu, desservant à la Meilleraye. 

51. M, Giraud, desservant à Landeronde, vicaire d'Olonne. 

52. M. Gauthier, desservant de la Boissière. 

53. M. Brcnnyat, desservant de Bazoges en Pailler^. 

54. M. Jagueneau, à la Guyonnière. 

55. M. de Gruchy, desservant à Venansault. 

.^6. M. de Charette de la Colinièe, vicaire général. 
37. M. J. Briimnnld de Beauregard, vicaire général du diocèse, 
faisant les fonctions de vicaire à Beaufou. 

On a vu que le synode avait refusé les contributions que 
Charette avait offert de lever pour l'entretien du Clergé, 
mais qu'il avait demandé qu'il fut pourvu à l'entretien des 
religieuses. Il fut donné satisfaction auv vœux du clergé 
Vendéen par l'ordonnance suivante : 

a Nous François Athanase Charette de !a Contrie, lieutenant-général 
des armées du Roy, général en chef de la Vendée. 

« Toujours animé du honheur public, nous nous sommes appliqué, 
dans la partie de notre commandement, àdiminnrr les horreurs de la 
guerre affreuse et sans exemple, que les ennemis de la Religion et 
du Trône nous ont livrée. Au milieu des combats nous n'avons 
p.is négligé de pourvoir à la police intérieure. Les individus de 
toutes les classes étant également l'objet de notre sollicitude, nous 
n'avons pas oublié les ordres religieux et généralement tous les ecclé- 
siast'que-i. Nous nous sommes particulièrement occupé de leur sort, 
par notre règlement du douze octobre de l'année dernière ; les circons- 
tancfs impérieuses où nous nous sommes trouvés, ne leur permettant 



18(5 LK SYNODE DU POIRÉ-SUU-VIK 

pas la libre jouissance des bénéfices et communautés dont ils avaient la 
possession avant les troubles, nous sommes venus à leur secours d'une 
autre manière, en les engageant par notre susdit règlement, à faire 
connaître leur état aux conseils respectifs de leur résidence, et en 
chargeant nos inspecteurs généraux de leur in liquer comment et où 
ils doivent recevoir leurs moyens de subsistance. Soit que, malgré la 
publicité donnée à notre règlement, ses dispositions ne soient pas 
venues à leur connaissance, soit que la continuation des troubles ait 
apporté obstacle à leur exécution, nous avons appris avec douleur qu'un 
très petit nombre seulement, s'était présenté et avait pris part aux 
secours que tous avaient également droit d'attendre D'un autre côté, 
considérant que la somme des secours accordés à chacun devenait insuf- 
fisante dans l'état actuel des choses, nous avons cru devoir statuer et 
ordonner ce qui suit relativement aux religieuses dont on nous a fourni 
la liste, sauf à régler ci-après, les traitements des curés et autres 
ecclésiastiques qui se trouvent actuellement dans les pays de notre 
commandement, ce que nous nous proposons de faire d'après les ren- 
seignements qui nous seront donnés par Messieurs les vicaires généraux. 

« Article {". — Il sera payé à chaque religieuse actuellement rési- 
dente dans le pays de notre commandement, de quelque Ordre qu'elle 
soit, une pension annuelle de mille livres, et à chaque sœur attachée 
audit ordre, celle de sept cents livres ; dont le tiers sera acquitté en 
bled, à raison de six livres le boisseau de froment du poids de quarante 
livres, et de quatre livres seize sols le seigle même mesure ; et en bois 
à feu, selon les besoins de chacune, au prix ordinaire. 

a Art 2. •— Les dites pensions commenceront à courir de ce jour, 
et seront payées par quartier et toujours d'avance, selon les simples 
quittances des religieuses et sœurs. 

€ Art. 3. — Autant que faire se pourra, ces pensions seront 
acq"itfes par le Conseil de la résidence des dits religieuses et sœurs, 
et en cas d'impossibilité, seront, sur leur réquisition, donné des ordres 
par les inspecteurs .«généraux ou particuliers aux conseils les plus 
prochains et en ayant les facultés , de faire les dits payements , 
qui ne pourront être retardés sous aucun autre prétexte. Mandons 
aux chefs de divisions, inspecteurs généraux ou particuliers, de tenir 
la main à l'exécution du présent, qui sera lu, publié et affiché partout 
où besoin sera. 



LK SYNODK DU P( )[UK-SUI'.-VIK 



187 



< Donné en notre quartier général de Belleville, le six septembre 
mil sept cent quatre-vingt-quinze, Tan premier du règne de Louis 
dix-huit. 



Signé : Le chevalier Gharette 



Veroionf.r, secrétaire. 



« Pour copie conforme à l'expédition que j'ai par devers moi. 
Baudry, inspecteur général. 

« Le soussigné certifié l'extrait ci-dessus conforme à l'expédition 
qui m'a été adressée par M. l'inspecteur général Baudry, à Pont-de- 
Vie, le 16 septembre 1795. 

Renaud, inspecteur. 




CORRESPONDANCE 



PAUL BAUDRY 



ET 



SON PREMIER PORTRAIT D'APRES NATURE 



Mon cher Directeur, 

Après vous avoir proposé ces deux ou trois pasessur les premières 
années de Paul Baudry, j'ai longtemps hésité avant de vous les 
envoyer. 

La superbe monographie, oii l'amitié îi pieusement recueilli tant 
de souvenirs intimes', aurait-elle donc négligé le moindre détail 
de quelque importance? Et n'est-il pas téméraire de ma part de 
songer a ajouter, même une ligne, à l'étude si pleine de délicatesse 
et d'émotion que \ous receviez dernièrement' ? La brillante carrière 
du Maître, les riches qualités de cette âme d'élite y revivent tout en- 
tières. Pourrais-je dire d'avantage et mieux? 

Paul Baudry, du reste, n'aimait pas qu'on s'occupât de lui et de 
ses débuts dans un art oii il allait s'élever si haut. Il trouvait que 
f les faits et gestes d'un artiste de sa sorte » n'étaient guère capables 
« d'intéresserbeaucoup ! Il n'avait commencé à exister légalement 
qu'au moment de son second prix de Rome ! » 

' Paul Baudry, sa vie et son œuvre, par Cu. F.phrussi, 1887. 

» Paul Baurlry, 7)ar A. Bonnin. [JRenie du Bas-Poitou, 2p année, 3' livr. 
pp. 221-241), 



|. PAUL BAUDRY 189 

Je me jjarderai bien de le contredire et d'accorder à ses œuvres 
d'élève ces « éloges maladroits » qu'il redoutait autant que les 
critiques injustes. 

Mais comme il mettait avi dessus de tout le culte du souvenir et de 
la reconnaissance, et que « parler du père Sartoris, c'était lui faire un 
grand plaisir, » il m'a semblé que, pour offrir à sa mémoire un 
hommage en parfaite harmonie avec ses nobles sentiments,.je n'avais 
qu'à rappeler, sans phrases, puisqu'il n'en dit rien lui-même, dans 
quelles conditions « il vit pour la première fois» son premier maître, 
et comment s'établirent entre ces deux âmes, si bien faites pour se 
comprendre, des relations dont Baudry ne parlait jamais sans être 
attendri. 

Par une belleaprès-midi d'hiver, en 1840, je crois, Antoine Sartoris, 
professeur de dessin au collège royal depuis quelques années, était 
installé, dans son atelier, en face d'un chevalet sur lequel se dres- 
sait une toile qui recevait ses dernières retouches. 

II venait de terminer une Assomption de la Vierge, qu'on lui avait 
commandée, et qui se voit encore aujourd'hui dans une des chapelles 
de l'église Saint-Louis, à La Roche-sur-Yon . 

En ce moment, le jeune Paul, à peine âgé de douze ans, apportait 
des sabots au client de son père. 

Il entre dans l'atelier. Dès qu'il se trouve devant le tableau « aux 
couleurs voyantes, » que le temps a bien ternies depuis lors, il 
s'arrête ébahi ; et comme frappé d'un enthousiasme qu'il ne peut 
maîtriser, il s'écrie : « Moi aussi, je veux le faire ; je ne veux pas 
d'autre métier que celui-là» Il renouvelait, à son insu, le mot 
fameux du Corrège. 

Ne sommes-nous pas ici en présence d'une vocation qui ne pourra 
souffrir de contrainte ? 

Sartoris fut très flatté, vous n'en doutez pas, d'avoir ainsi 
rencontré un admirateur, dont la sincérité n'avait rien de suspect. 

« L'excellent homme » ne devait pas non plus rester indifférent à 
cet élan du cœur. Il devina que, dans cet enfant à l'œil vif et plein 
d'ardeur, germait peut-être un talent qui ne cherchait qu'à se faire 
jour. 

Trop heureux, d'aider à lui frayer, qui sait ? la voie de la fortune et 
de la gloire, il se rendit aussitôt chez le père Baudry ; et bien que 
le brave sabotier eût rêvé pour son fils une autre destinée, celle de 
violoniste, il eut la sagesse d'écouter les conseils de la raison, et 
laissa son fils suivre l'étoile qu'il avait vue luire à l'horizon. 

Paul devint dont l'élèA-e favori de Sartoris, et, comme il avait à 



190 PAUL BAUDRY 

cœur de réussir, il déploya, dès les premiers jours, cette A'olontéde 
fer, cette énergie indomptable, dont il donna plus d'une preuve dans 
le cours de son existence, hélas ! trop brusquement brisée. 

Ses progrès furent rapides, et,dès qu'il sut tenir un crayon, il montra, 
quoi qu'il en dise, cette sûreté de coup d'œil et de main qui carac- 
térise ses esquisses et ses portraits. 

On sait que,sur les instances de son maître,sa ville natale lui alloua, 
en 1844, une pension qui lui permît de partir pour Paris où il pour- 
suivrait ses études. Il fut présenté, en arrivant, à l'atelier de Drol- 
ling, et le petit Vendéen, d'abord timide. et gauche, ne tarda pas à s'y 
faire une place à part. Ses camarades pressentaient déjà qu'il serait 
plus tard le grand Baudry. 

En face de la maison de Paul habitait un forgeron, le père 
Perrocheau, avec lequel sa famille était intimement liée. Les deux 
artisans se visitaient souvent, et, plus d'une fois, surtout à la veillée, 
au coin du feu. Paul avait été frappé de la physionomie expressivede 
son voisin. « Ah! Si je savais dessiner, s'était dit souvent le jeune 
Paul, avec quel plaisir je croquerais le profil du bonhomme! » 

C'était en effet un type à peindre, un type alors légendaire à 
Bourbon-Vendée, que ce petit homme court et trapu, d'une force 
herculéenne, à l'air futé dans sa placidité, spécimen accompli du 
Vendéen de la vieille roche, dont le front grisonnant était invariable- 
ment coiffé d'un gigantesque bonnet de coton. 

Un jour cependant, notre artiste en herbe se décide à tenter l'é- 
preuve. C'était, il est vrai, dans les premières vacances qu'il venait 
passer à Bourbon-Vendée, depuis qu'il avait quitté sa famille. 

Le père Perrocheau causait avec le père Baudry, dans la cour du 
sabotier et sur le seuil de son atelier. Paul était tranquille à côté 
d'eux, semblant prêter une oreille attentive à leur conversation, et 
les yeux fixés sur le forgeron, comme s'il buvait toutes ses paroles. 

Tout-à-coup, sans qu'on s'en aperçoive, il tire de sa poche un 
crayon Conté, et, sur un des auvents entr'ouverts, il trace, en deux 
tours de main, une esquisse des mieux réussies ; puis, enchanté 
de son ébauche, il va prendre un de ses pinceaux pour la complé- 
ter, et, s'esquivant sans bruit, fait signe à son frère aîné qui jouait 
dans la maison. Les deux espiègles se postent juste en face du 
portrait et attendent anxieux à la porte de la cour, savourant d'a- 
vance l'efTet qu'allait produire sur sa victime la « bonne farce » 
de Paul. 

Après avoir longuement discouru avec son ami, le père Perrocheau 
songe enfin à rentrer à son logis. Jugez de l'émotion qui bouleverse 



PAUL BAUDRY 101 

tout son être, lorsqu'en se retournant il se voit « pourtraict au na- 
turel. » Ses yeux lancent des éclairs, et de ses lèvres tremblantes 
s'échappent des monosyllabes à peine intelligibles. 

La ressemblance, il est vrai, était saisissante. C'était bien lui, 
Perrochcau, leforgeron ! Impossible de s'y méprendre : son gros nez 
bourgeonné, sa face rubiconde, et, comble du scandale ! son énorme 
couvre-chef dont la houppe flottait au vent, tout était rendu avec 
une délicatesse de touche dénotant une main déjà maîtresse d'elle- 
même. 

Il n'y a pas à en douter ! Le coupable, c'est ce vaurien de Paul, 
dont les poches sont toujours garnies de crayons noirs volés on ne 
sait où, et qui, malgré les semonces de son père, s'obstine à bar- 
bouiller les murailles. 

La rage du bonhomme, jusque-là concentrée, commençaità éclater 
en tonnerre d'imprécations, quand il découvre les deux frères, dont 
le sourire narquois le suivait, sans pitié, dans tous ses mouvements 

Il saisit alors un énorme gourdin, qui se trouvait à sa portée, et, le 
brandissant de son bras nerveux, il s'élance sur Paul, en criant d'une 
voix étranglée par la colère : « Polisson, je l'avais bien dit, tu ne 
feras jamais rien de bon. Et c'est pour cela que tu manges à Paris l'ar- 
gent que l'on dépense pour toi! » Mais les deux jeunes gens ont jugé 
prudemment qu'il vaut mieux ne point réclamer davantage l'appré- 
ciation du modèle ; ils ont soin de mettre une distance respectueuse 
entre eux et sa fureur, qu'ils provoquent encore de loin, les mi- 
sérables ! par leurs gestes irrévérencieux. 

Le père Perrocheau eut de la peine à se consoler de cette inso- 
lence, et resta deux mois sans reparaître chez le père Baudry. 

Quant à Paul, il retournait à Paris quelques semaines après, et, 
l'année suivante, « l'élève de Sartoris » entrait le second à l'école des 
Beaux-Arts. 

Mais désormais lii n'était plus à nous seuls. L'art français comptait 
une gloire de plus, et quelle gloire ! 

EuG. Louis. 

La Roche-sur- Yon, 18 février 1800. 



Tfï"^./ 



A PROPOS D'UN FER A CHEVAL MOYEN AGE 



Monsieur Le Directeur, 

Il y a bientôt deux ans à pareille époque, on faisait à Fontenay-le- 
Comte, rue Benjamin Fillon*,à la hauteur du Collège communal, des 
travaux de canalisation. Un ouvrier, au cours de sa journée, avait 
jeté en dehors de la tranchée un vieux fer à cheval rongé par la 
rouille et l'humidité. 

Le hasard m"ayant appelé dans ces parages, mes yeux furent atti- 
rés par cette vieille épave et je m'aperçus, en la ramassant pour 
l'étudier de plus près, que j'avais là un spécimen assez bien conservé 
et très reconnaissable d'un fer à cheval des premières années du 
moyen âge. 

En vous faisant part de cette trouvaille, vous m'avez prié de vous 
en faire le sujet d'une petite communication qui put intéresser vos 
lecteurs, ou tout au moins, fixer l'attention des chercheurs et des 
curieux, pour le cas où de nouvelles fouilles viendraient ultérieure- 
ment à être faites dans les mêmes couches de terrain, ou dans des 
régions circonvoisines. 

.J'avais, pensé pour bien faire saisir l'intérêt archéologique qui 
s'attachait à cette petite découverte toute vendéenne, à vous préparer 
une courte notice sur l'histoire de la maréchalerie moyen âge, mais 
cela m'eût entraîné trop loin et d'ailleurs votre public, composé 
d'hommes éclairés, n'a pas besoin de cette initiation. 

J'ai donc supprimé ces prolégomènes pour arriver droit au but. 



* La rue Benjamin Fillon où reposait à près d'un mètre au-dessous du niveau 
du soi actuel, ce vieux fer à cheval-, est un des tronçons de l'ancien Chemin 
Vert, vieux chemin celtique par où se faisait jadis tout le commerce de l'in- 
térieur des terres avec les trafiquants de la côte. Sans aucun doute ce fer 
presque neuf, très couvert, étampé au poinçon, garni de ses clous, rencontré 
là comme une grande partie des trouvailles analogues, devait appartenir à. 
ces chevaux de travail qui, vers les premiers temps de notre ère, sillonnaient 
cette voie et se rendaient attelés ou chargés de lourds fardeaux, de Fontenay- 
le-Comte sur les bords de la mer. D. 



A l'I'.OI'nS D UN FER A CHiCVAI. MOYEN AGE 



193 



Le fer à cheval ci-dessus reproduit, fer parfaitement conservé et dé- 
posé actuellement dans le musée d'antiquités de Monsieur de Roche- 
brune, marque une époque de transition entre les fers des derniers 
temps de la période gauloise et les premiers âges de l'époque franco- 
romaine 

Il a du être employé, sous notre climat et au milieu des populations 
laborieuses et industrieuses qui vivaient sur notre vieille terre de 
Vendée, pour utiliser les chevaux soit à l'attelage, soit au portage. — 
Ce n'est pas le iev léger, ondulé, d'importation orientale, comme les 
Gaulois nos aïeux l'avaient imaginé pour ferrer cette vaillante cava- 





i/ 




Icrie qui fit, conduite par eux, trembler le monde romain;— ce n'est 
pas non plus ce fer épais, plus correct dans ses formes, plus couvert, 
comme les preux et leurs fils en garnissaient les pieds de leurs che- 
vaux, pour aller guerroyer en Terre Sainte. — C'est une ferrure mixte, 
qui tient de l'un et de l'autre de ces deux types et qui, comme tous 
les arts liés au progrès des peuples en marche vers la civilisation, 
étaiten train, sije puis dire, de s'accommoder auxexigences des temps 
et de subir ses métamorphoses. 

Elle tient, en effet, de la ferrure gauloise ou celtique par sa légè- 
reté, son mode d'ajusture et d'étampure, — delà ferrure moyen âge 
proprement dite, par sa matière première, sa couverture et sa tour- 
nure, — des deux types enfin, par son clou dont la forme, dite en 
clé de violon, caractérise la fer/ure de ces époques lointaines. 

Ces quelques mots vous paraîtront peut-être bien succints en 
raison de l'importance de la matière-, malheureusement,une exposition 
plus détaillée m'obligerait à des développements qui ne seraient plus 
en rapport avec votre publication. Je m'en tiens donc à cette courte 
analyse, tout disposé à la rendre plus complète si quelqu'un de vos 
lecteurs témoignait le désir d'avoir plus d'éclaircissements. 

Capitaine D... 



SIC vos NON VOBIS 



LE PEINTRE-SCULPTEUR ELIE-JEAN DROUARD 



DANS un très consciencieux et très érudit article sur le sculp- 
teur Elle Drouard, mort à Fontenay le 24 juillet 1833*. 
M. Léo Desaivre, met au nombre des oeuvres exécutées par 
cet artiste la très belle chaire de N.-D. de Fontenay. 11 cite 
en note, à l'appui de cette affirmation, V Eglise de Notre-Dame de 
Fontenay page 76, par M. Félix Boncenne. 11 y a là, chez l'un et 
l'autre de ces auteurs, une erreur grave qu'il importe de rectifier ; 
car elle aurait comme résultat immédiat, pour tout homme qui sait 
voir, d'attribuer à cet artiste un talent qu'il était bien loin de pos- 
séder. La chaire dont nous parlons existait bien avant la révolution 
de 8'.) ; elle avait dû être exécutée dans les premières années du règne 
de Louis XVI, vers 1780, très probablement par les mêmes artistes 
qui ont ciselé d'une façon si magistrale les stalles de la cathédrale de 
Luçon ; peut-être, comme l'avance M. René Vallette=», serait-ce Pierre 
Couquaud auquel il faudrait restituer ce beau travail. A la suite de 
la révolution, dans les premières années du Consulat, à l'époque où 
Napoléon voulant pacifier les partis divisés rappela tous les exilés et 
rouvrit les églises au culte catholique, la chaire de N.-D. avait 
beaucoup souffert : les nez, les bras des statues, la torche du génie 
du mal, étaient ou brisés ou disparus ; il répara ces parties, mais il 
fut moins heureux pour les délicieuses guirlandes qui manquaient 
autour de la cuve de la chaire ; celles qu'il fit pour les rem- 
placer étaient si lourdes d'exécution qu'il fallut enlever celles qui 
ornaient l'escalier, pour les mettre à la place des siennes. Nous 

• Bulletin de la société de statistique, sciences lettres et arts du dépar- 
tement des Deux-Serres, n" 1 et 3 janvier-murs 1890, page -.82. 
' Paysages et monuments du Poitou art. F'ontenay-le-Comte. 



LE PEINTRE SCULPTEUR ELIE-JEAN DHOUARD 195 

possédons ces deux médiocres ^'uirlandes achetées à Drouard 
par notre aïeul maternel, M. de Vassé, alors maire de la ville de 
Fontenay, et de qui nous tenons ces divers détails. Au nombre des 
travaux médiocres exécutés par Drouard, il faut encore ajouter la 
restauration des statues qui décorent le portail monumental de la 
maison appartenant à M"» Pichard du Page, près l'église de Notre- 
Dame, et plusieurs statues très lourdes de style et trop trapues 
qui décoraient jadis la propriété de Brillac, entr'autres celles d'Hip- 
pomène et d'Atalante que nous nous rappelons parfaitement avoir 
encore vues, il y a une trentaine d'années, installées sur une longue 
pièce de gazon entourée de charmilles. Les débris du tombeau du 
colonel Robert subsistent aussi dans le cimetière de Notre-Dame. Le 
travail en est lourd, pâteux, sans aucun style. Nous n'avons jamais 
rencontré le moindre dessin de lui qui pût nous donner la certitude 
que cet artiste, inconnu de nos jours, ait pu avoir quelque mérite. 
M. Hanaël Jousseaume possède un certain nombre d'académies gra- 
vées par Demarteau et imprimées à la sanguine-, elles portent toutes 
la signature de Drouard et faisaient, sans aucun doute, partie des 
études qu'il mettait sous les yeux de ses élèves. 

Terre-Neuve, 28 juin 1890. 

0. DE ROCHEBRUNE. 




Tome m. — .\vril Mai, Juin 1890. 13 





mu 



CHRONIQUE 



LA Vendée au Salon. — C'est au Salon des Champs-Elysées 
que nos compatriotes, en fidèles observateurs des traditions 
avaient tous envoyé leurs œuvres. Ajoutons avec un légitime 
orgueil qu'elles y faisaient, comme les précédentes années, fort 
bonne figure. 

A la section de peinture , l'éminent collaborateur de cette 
Revue,. M. Lansyer, exposait daux tableaux : Une Vue de la Loire à 
Saumuff exquis paysage rendu de main de maître, et le Château de 
Loches, aile de Charles VII eu Cour d'Agnès Sorel, dans lequel nous 
avons retrouvé toute la précision de l'architecte consommé , en 
même temps que la richesse de coloris accoutumée du grand peintre 
vendéen. Puissent les succès remportés par ces deux toiles remar- 
quables atténuer les dernières douleurs qu'a laissées, chez notre 
illustre ami, une opiniâtre atteinte d'inlluenza ! 

Elle est également d'un de nos collaborateurs les plus appréciés, 
cette Vue de Fontenay-le-Comte, prise d'une Tour du Vieux Cîmteau. 
M. A. BoNNiN, l'auteur, est un enfant gâté de dame nature. Prose ou 
vers, peinture ou pastel, fusain ou crayon noir ; tout lui réussit. C'est 
à croire que toutes les fées se sont naguère donné rendez-vous 
autour de son berceau. 

Si nous quittons le paysage pour le portrait, nous trouvons dans 
la salle n" 10, le Portrait de ma mère., de M. Brillaud, de Cugand, 
toile remarquable par l'expression sincère de la physionomie, autant 
que par l'heureuse tonalité du coloris. Du même artiste, une étude 
d'un dessin également très correct : Femme plumant un poulet. 

Les deux sujets féminins traités par M. Tillier, du Boupèrc, ofl'rent 



CHRONIQUE 197 

un plus vivant intérêt. C'est tout d'abord une femme, au type orien- 
tal, mollement étendue sur un divan, une cigarette aux lèvres. De 
là son nom : Cigarette. Bonne composition, mais manquant un peu 
de couleur. Nous préférons le second tableau. Baigneuses, très 
agréable comme ensemble et tout à fait charmant comme pose. 

C'est encore une femme que nous présente M. Deliiumeau, des 
Moustiers, sous le titre de Manouma. Nous aurions tort de 
nous en plaindre, car le pinceau du maître a su donner à son sujet 
une grâce exquise et une heureuse harmonie. 

M. BiDAU, de la Roche-sur- Yon, nous transporte dans un autre 
domaine — celui des natures mortes. — Pour la fête à Bébé et le 
Matin sont deux toiles oii la simplicité domine. Est-ce à dire qu'elles 
soient sans mérite? Certes non. C'est si difficile de faire tout à la 
fois simple et bien. 

Dans la section de gravure, M. Alasonnière, de la Roche-sur- 
Yon, exposait deux eaux-fortes : VAumône, d'après Millet, et un 
Cavalier, d'après Meissonnier. Deux très jolis morceaux très finement 
exécutés, et dont ne sauraient se plaindre ni Millet ni Meissonnier. 

A la sculpture, nous retrouvons notre vaillant concitoyen, M. J. 
Robuchon, l'habile photographe des Paysages et Monuments du 
Poitou, qui a quitté une fois encore l'objectif pour l'ébauchoir. Ce 
n'est pas sans profit pour l'art, car ces deux nouveaux portraits- 
médaillons de bronze sont admirablement traités. 

L'architecture nous ramène en Vendée, où M. Libaudièue, de la 
Roche-sur-Yon, vient de restaurer la curieuse église romane de la 
Caillère. La façade nouvelle, dont il nous fait part, révèle chez lui 
un incontestable mérite d'architecte. Ce n'est pas la première fois 
que nous avons le plaisir de le constater. 

Les travaux de restauration, qui se poursuivent dans l'église de 
la Chaize-le-Vicomte, ont permis de découvrir sur les murs intérieurs 
de ce curieux édifice quelques traces d'une ancienne litre seigneu- 
riale, et notamment plusieurs écussons aux armes des Mornac, 
marquis de la Chaize-le-Vicomte, {de gueules au chêne d'argent sur- 
monté d'une /leur de lys d'or) et à celles des Le Roux de la Roche 
des Aubiers (gironné d'argent et de sable de pièces), grande famille de 
l'Anjou, à laquelle les Le Roux de la Corbinière, alliés des Mornac^ 
ont voulu se rattacher. 

Cette découverte a son intérêt, car les litres seigneui'iales sont 
peu nombreuses en Vendée. Il en existait naguère dans les églises 
de Nalliers et de St-Martin-des-Fontaines. Celle de La Chaize-le- 



198 CHRONIQUE 

Vicomte, au dire de M. de Gouttepagnon ne remonterait qu'à la fin 
du siècle dernier. 

Dans un champ de la commune de Sallertaine, on a trouvé, il y a 
quelques mois, une douzaine de couverts en argent portant deux 
écus accolés. 

Sur l'un d'eux se voient les armes de la famille du Tressay : 
D'argent à la fasce nouée de gueules, chargée de trois besants d'or; 
l'autre porte les armoiries de la lamille de Barleré ; Le sable à la 
faite de gueules, chargée d'une étoile d'argent et accompagnée de 
trois trèfles d'or posés 2 en chef et i en pointe. Avec ces deux mots : 
« A enquerre ». Ce qui laisse entendre que le graveur n'était pas 
certain de l'exactitude des armes reproduites. 

A la Roussière, commune de St-Hilaire-de-Voust, nouvelle décou- 
verte d'un souterrain-refuge. 

Dans son cours d'archéologie régionale à la faculté des lettres de 
Poitiers, M. Lièvre a examiné la question de l'origine des cendres 
de Nalliers. 

D'accord avec notre savant collaborateur, M. de Fleury, sur la 
solution principale du problème, il s'en écarte cependant sur un 
point. 11 croit aux usines de soude et de potasse, mais pour lui les 
cendres employées ne viennent pas des alentours. Elles sont le 
produit d'herbes marines incinérées sur place. 

Echos des ateliers Vendéens. 

M. 0. de Rochebrune est infatigable. Outre les planches qui 
illustrent cette livraison, et dont tous nos lecteurs apprécieront 
avec nous le grand mérite, l'éminent aquafortiste vendéen, en a 
gravé plusieurs autres qu'il a également la gracieuseté de nous ré- 
server. Citons notamment : Les pierres tombales de la Chapelle 
Thémer (XII* XIII* et XIV* siècles), les gentilhommières des Moulières 
de la Grand' Rhée et des Echardières et la chapelle de Notre-Dame de 
Coussaye. 

Il se dispose enfin à reproduire dans de plus grandes proportions 
le curieux château de la Rocheloucault (Charente^. xVous reparle- 
rons ultérieurement de ces planches, qui ajouteront certainement 
un fleuron nouveau à la couronne du maître graveur. 

Le pinceau de notre ami Bonnin ne cliôme pas davantage. En 
dehors de sa vue de Fontenay qui a eu les honneurs du salon, on 
lui doit un Portrait du général Digard. 

De lui également un tout récent et délicat pastel : le Portrait de 
if«« du G... 



CHRONIQUE 199 

Les autres arts ne sont pas en moindre estime dans notre ville. 
M. Arthur delà Voûte nous en donne une délicieuse preuve avec 
sa nouvelle romance : Comment l'amour vient (paroles d'A. Bonnin), 
qui a obtenu à Paris comme en province le plus légitime succès. 

Celui que vient également d'obtenir M. Alfred Rousse, directeur 
de la Chorale fontenainenne, n'est pas moins mérité. Les 15 et 
10 août prochains doit avoir lieu à Genève un grand concours inter- 
national d'orphéons et d'harmonies. A cette occasion, les choeurs 
imposés aux sociétés chorales, pour y être chantés, ont été mis au 
concours entre tous les compositeurs français et étrangers. 

Après examen des nombreux manuscrits envoyés ; on a choisi pour 
être imposé aux chorales des divisions supérieures le chœur que 
M. Rousse avait présenté (Le rat de ville et le rat des champs). Nous 
apprenons en même temps que l'auteur a été nommé, comme com- 
positeur français, membre du jury d'examen du concours. 

Toutes nos félicitations. 

L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres vient de proclamer 
les résultats du concours des Antiquités nationales de cette année. 

Trente-trois ouvrages, choisis parmi les plus importants publiés 
en 1889 sur l'histoire et l'archéologie de la France, avaient été admis 
à prendre part au concours. Trois médailles et six mentions hono- 
rables ont été décernées. Sur ces trois médailles deux ont été attri- 
buées aux ouvrages historiques d'intérêt général. Une seule a été 
accordée aux ouvrages d'intérêt régional, et nous avons le plaisir 
d'apprendre qu'elle a été obtenue par notre excellent collaborateur 
et ami, M. Berthelé, archiviste du département des Deux-Sèvres. 

M. Berthelé a été l'objet de cette haute et rare distinction pour 
son travail intitulé : Recherches pour servir à V Histoire des Arts en 
Poitou, qui lui avait déjà valu l'an dernier une des grandes médailles 
de la Société française d'Archéologie. 

Nous avons rendu compte en son temps de ce savant et intéres- 
sant volume, un des plus remarquables qui aient été publiés jusqu'ici 
sur les antiquités du Poitou, et dont l'éditeur, notre sympathique 
confrère de Melle, M. Ed. Lacuve, a fait une œuvre typographique 
de premier choix. 

Nous renouvelons à l'auteur et à l'éditeur nos plus sincères 
compliments. 

En défrichant le bois de Touchelay, à peu de distance de Savenay 
(Loire-Inférieure), des squelettes, des biscaïens et des balles ont été 
découverts. 



200 CHRONIQUE 

Les squelettes sont les restes des Vendéens qui périrent après une 
lutte héroïque, à la bataille de Savenay, le .-^4 décembre 1793. 

Dans le premier volume de nos Chroniques du Bas-Poitou, nous 
avons donné les noms d'un grand nombre de ces héros ignorés. 

Le Conseil municipal de Fontenay, dans sa séance du 6 juin 189(i, 
a nommé une Commission, dite des Archives, chargée « d'opérer un 
iriage des nombreux titres et écrits se trouvant à la mairie et un 
classement méthodique des documents intéressants, soit pour l'his- 
toire locale, soit à tout autre titre qui peuvent s'y trouver mêlés. » 

Trois des collaborateurs de cette Revue font partie de la Commis- 
sion : MM. de Rochebrune, Jousseaume et Brochet. 

Notre sympathique compatriote, M. Anatole Biré , avocat à la 
Cour d'appel de Paris, fils du distingué sénateur de la Vendée, a 
soutenu brillamment, en mai dernier, sa thèse pour le doctorat en 
droit. 

Sujets traités : Des Res sacrx , pour le Droit romain ; de La 
condition juridique des édifices religieux, pour le Droit français. 

Le ■^('i mai 18*J0, a eu lieu sous la présidence de M. Yves Guyot, 
ministre des travaux publics, l'inauguration du chemin de l'er de 
Fontenay-le-Comte au Breuil-Barret. 

Des études ont été commencées en mai dernier, pour la création 
d'un chemin de fer Decauville, de la gare de Challans à Beauvoir- 
sur-Mer et à î^oirmoutiers. 

Une calvacade historique a eu lieu à la Roche-sur-Yon, le 5 juin 
1890 ; sujet représenté : Ventrée du roi Louis XIII à la Roche, au 
retour de sa victorieuse campagne contre Soubise. 

Le 9 avril, la voûte de l'aile gauche de l'église d'Oulmes s'est 
écroulée sans accidents sur une surface de trente mètres carrés. 

Le concours régional qui s'est tenu à la Roche-sur-Yon au com- 
mencement de juin avait accordé une place aux travaux scolaires. 
Nous y avons remarqué plusieurs monographies d'histoire locale 
envoyées par des instituteurs de la Vendée, mais dans lesquelles 
l'érudition était trop souvent remplacée par les ardeurs de la polé- 
mique. 

La ville de Thouars était en procès avec son architecte M. Loué. 
Elle l'accusait de l'avoir, de propos délibéré entraînée dans des dé- 



CHRONIyUE :i01 

penses exagérées à roceasion do la construction de ses maisons 
d'écoles. 

Le conseil de préfecture des Deux-Sèvres, saisi de la contestation 
a condamné l'architecte à 58,()00 fr.de dommages-intérêts et à la 
restitution des honoraires p;ir lui indûment perçus. 

(1,0 Temps, 24 avril is'.io). 

De nombreuses ot intéressantes excursions ont été faites par les 
archéologues fontenaisiens depuis notre dernier fascicule. Signalons 
notamment celles de Xanton-Chassnenon, dont M. !.. Brochet rend 
compte dans le présent numéro, et celles de Maillé, Doix, Thiré, La 
Chapelle-Thémer, La Gai Hère, Notre-Dame-de-Coussaye, Les Mou- 
lières, la Grand'Rhée et les Buttes Coquillères de Saint-Michel-en- 
l'Herm, dont il sera ultérieurement parlé. 

M. l'abbé Robert du Botneau, archiprétre de Notre-Dame-de-Bon- 
Port, aux Sables-d'Olonne, vient de terminer la restauration inté- 
rieure de cette église. l.'œuvre tout entière est digne des plus grands 
éloges ; mais le ciboriiim de l'autel principal mérite une plus parti- 
culière mention. Nous comptons sur notre savant collaborateur 
sablais pour nous donner du nouvel édifice une description raisonnée. 

Echos du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne. 

Nos collaborateurs et amis, MM. Régis de l'Estourbeillon et Jos. 
Berthelé. dont l'érudition est toujours en éveil, ont fait à ce congrès 
plusieurs communications importantes. Le premier a notamment 
donné connaissance d'un curieux traité passé avec le peintre de Tax, 
pour la décoration du couvent des Gordeliers de Poitiers, en l.")8(). 
Le second a fait lire une magistrale étude archéologique, sur le 
donjon de Niort. 

Notre savant ami, M. le lieutenant Espérandieu a reçu la rosette 
d'officier de l'instruction publique , lors de ce même congrès. 
C'est un juste hommage rendu au labeur constant, et à l'érudition 
profonde de l'éminent épigraphiste Saint-Maixentais. 

Nos meilleures félicitations. 

Nous avons le regret de constater que la Commission des momi- 
ments historiques, malgré l'avis qui lui en avait été donné, a été im- 
puissante à protéger contre le vandalisme local la curieuse façade 
romane de l'église de Poussais, monument cependant classé. 



202 CHRONIQUE — NÉCROLOGFE 



Z93 A 



NÉCROLOGIE 



M 



ALBERT DE LA. BRIÈRE, fils de l'ancien receveur général de 
la Vendée, mort à Paris le 2 février 1890. Il prit part au 
siège de Paris, comme officier payeur du 35* régiment de 
Mobiles, et fut maire de Bièvres. 



M. l'abbé GUESDON (François-Louis-Célestin), prêtre habitué, 
décédé à Mouchamps, ii l'âge de 62 ans, le 14 mars 1890. 

Ancien professeur du collège des Eudistes de Rennes et de celui 
de Valognes. 

Le R. P. JOSEPH DENFS, missionnaire de la Compagnie de Marie, 
décédé à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le 19 mars 1890, à l'âge de 29 ans. 

« Doué d'une intelligence remarquable, dit la Semaine catholique 
de Luçon (N" du 29 mars), le P. Denis avait manifesté de bonne 
heure des goûts artistiques très prononcés. » 

M. FERDINAND GUYOT, ancien ingénieur en chef de la Vendée, 
chevalier de la Légion d'honneur, décédé à la Roche-sur-Yon, le 
3 avril 1890. 

M"' MARTINEAU (Radégonde-Batilde), 86 ans, propriétaire, veuve 
de M. Mathias Cougnaud, décédée le 11 avril 1890, à Fontenay-le- 
Comte. 

M. l'abbé JACQUES FAUCHERON, prêtre habitué à Fontenay, dé- 
cédé le 22 avril 1890. 

M. LOUIS CHADRNEAU, propriétaire à Saint-Benoit-sur-mer, dé- 
cédé le 26 avril 1890, dans sa 61* année. 

M. l'abbé MILCENT (Jean-Marie), curé de Saint-Paul-en-Pareds, 
décédé le 26 avril 1890, à l'âge de 5« ans. 

T 

M. l'abbé BIBARD, curé-doyen de Chantonnay, ancien aumônier 
des Mobiles de la Vendée en 1870-71, décédé le 29 avril 1890, des 
suites d'une maladie gagnée au chevet d'un mourant. 



CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 203 

A ses obsèques, qui ont eu lieu, deux jours après, au milieu «l'une 
foule énorme, deux discours ont été prononcés : l'un par M. le comte 
de Béjarry, sénateur, l'autre par M. le marquis de Lespinay. (Voir le 
Publicateur du 4 mai 1890). 

M. l'abbé GOUSSEAU, curé de Saint-Laurent-la-Salle, décédé le 
6 mai ISOO, à l'âge de 04 ans. 

M. DE NOMAISON (Jean-Baptiste), ingénieur, décédé à la Roche- 
sor-Yon, à l'âge de 58 ans (16-23 mai 1890). 

' "m. l'abbé AUGUSTE PAVAGEAU, ancien professeur à Richelieu et 
ancien curé de Xanton, décédé le 8 juin 1890, dans le diocèse de 
Versailles où il s'était retiré. 

M. GRAND (Pierre-Nicolas), libraire, décédé à Fontenay, à l'âge 
de 85 ans (6-12 juin). 

M. l'abbé ISLE de BEAUCHAÏNE, curé de Mormaisnn, décédé, à 
l'âge de 65 ans, le 9 juin 1890, 

M. JOSEPH DE MONT! de REZÉ. décédé à Nantes, fin juin 1890, à 
l'âge de 18 ans ; fils de M. Claude de Monti, notre excellent collègue 
et ami, auquel nous adressons nos plus cordiales condoléances. 

M. VEILLON deBOISMARTIN (Marie-Louis-Henri), élève de l'école 
des Chartes, décédé au Havre, à l'âge de 28 ans. 

Jeune homme de grand avenir, M. de Boismartin était le fils 
unique de notre distingué collaborateur et ami, qui depuis plusieurs 
années remplit au Havre les fonctions d'inspecteur des Douanes, et 
auquel nous renouvelons l'expression de notre douloureuse sympa- 
thie. 



'hï'. 



^-* CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 



BIBLIOGRAPHIE 



NOUS sommes bien en retard avec le Dictionnaire des Parle- 
mentaires Français, (Te notre collaborateur et ami M. Ed- 
frard Bourloton. Nous l'avions laissé à la 9« livraison. 
Nous le retrouvons aujourd'hui à la 40«. L'intérêt des no- 
tices peut seul rivaliser avec la rapidité de leur publication. Voici 
les nouveaux noms Vendéens relevés par nous dans ces trente der- 
niers fascicules qui, à l'égal de leurs devanciers sont pleins d'é- 
rudition : Bienvenu (Léon), député de ISTO à 1885 : Biré ("Alfred- 
Augustin), sénateur ; Biruteau des Burondières (Pierre-Calixte), 
député à l'Assemblée constituante de 1 789 ; 5o5ca^ cîe i2éa/.s (François- 
Léon, comte deMornac), député de 1827 à 1830; Bouhier de L'Ecluse 
(Robert Constant), représentant du peuple aux Assemblées consti- 
tuante et législative de 1848 et 1849, député au Corps législatif de 
1852 ; Bourgeois {Pâ.ul), député depuis 1871 ; Comte de Chabot du Parc 
(Augustin-Prudent;, député de 1827 à 18.')0; CAa/^neai^ (Jean-Louis), 
député au Conseil des Cinq Cents ; Chaigneau (Jean-Emile) fils du 
précédent, député do 1831, à 184G ; 67iam6oZ^e (François-Adolphe), 
député de 1838 à 1848; Chapelain (Vincent), député au Cotiseil des 
Cinq Cents ; Clemenceau [PïerrQ-Pa.\il), député au corps législatif de' 
l'an XIV à 1810; Clemenceau (Georges-Benjamin), député depuis 
1871 ; Cornulier de la Lande (Auguste, Comte de), sénateur de 1876 à 
1886 ; David (Jean-Pierre-Louis), député de 1821 à 1822 ; Dillon 
(Dominique), député en 1789 au Conseil des Cinq Cents, au Corps lé- 
gislatif ; Du CluiffauU (Jacques-Gabriel), député de 1830 à 1834 et de 
1835 à 1837 \Du Fougerais (Benjamin-François Ladouespe, baron^ 
député de 181 1 à 1818 ; Du Fougerais (Alfred-Xavier), représentant à 
l'Assemblée législative de 1849 ; Esgonnière de TJdbeuf (Philippe- 
René), député de 1818 à 1821 ; Farre (Anne-Louis-Henri, duc de la), 
député en 1789 et pair de France ; Fayau (Joseph-Pierre-Marie), 
conventionnel. 

M. Ernest Merson, directeur de V Union bretonne, vient de 
faire paraître chez Savine le premier volume des Confessions d'un 



CHRONIQUE — DIBLIOGRAPHIE 205 

journaliste. C'est l'histoiro au jour le jour de la longue carrière 
littéraire fournie par notre éminent compatriote, qui s'est trouvé 
pendant un derai-siècle môle à tous les grands événements de la 
politique. L'auteur est, en elTet, un des vétérans de la presse dépar- 
tementale. Il en est aussi l'un des représentants les plus justement 
considérés. C'est sulfisammentdire le mérite de ses Confessions. 

Ce volume a rempli de faits curieux et de piquantes révélations 
sera suivi d'une seconde partie qui paraîtra bientôt sous le titre: 
Confidences politiques. 

La Société artistique et littéraire de VOuest, fondée à Paris par 
notre très distingué compatriote M. Olivier Merson, a décidé la 
création d'une Revue mensuelle qui sous le titre l'Ouest artistique et 
littéraire servira d'organe à la nouvelle société. 

Deux fascicules pleins d'intérêt ont déjà paru. Nous souhaitons 
à ce nouveau confrère, longue vie et entière prospérité. (Rédaction : 
11, rue des Feuillantines : Administration : 47, quai des Grands- 
Augustins). 

V Annuaire de la Vendée, dont nous avons déjà parlé dans notre 
précédente livraison, vient de paraître. 

C'est un très complet et très consciencieux recueil, qui est appelé 
à rendre de très grands services au triple point de vue commercial, 
administratif et industriel, 

A y signaler, à notre point de vue, d'intéressantes et très exactes 
petites notices historiques et archéologiques sur chaque commune. 

Tous nos compliments aux auteurs, MM. Grit et Chaillou. 

Ainsi que nous en exprimions le vœu précédemment, notre savant 
collaborateur, M L. Brochet, a réuni en brochure (Fontenay, Baud, 
1890, in-8", 80 p.), les différents articles qu'il avait fait paraître dans 
V Avenir-Indicateur, sous le titre Fontenay dans le Passé. 

M. le docteur Viaud-Grand-Marais vient de donner une nouvelle 
édition de son très intéressant Guide du Yoyageur àNoirmouliers. 
(Nantes, Mellinet, 1890, ?>' édition avec carte et gravures). C'est assez 
dire le succès que cet ouvrage a obtenu auprès des touristes aussi 
bien que chez les érudits de notre région. 

De M. Ernest Lévèque : Recherches sur la famille Lévesque de 
Saint-Maixent et ses alliances (Saint-Maixent, Reversé, 1890, in-S"). 

Curieuse étude généalogique où il est incidemment question de 
nombreuses familles vendéennes . et notamment des familles 
Sabouraud, François du Temps et Vallette. 



206 CHT^ONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 

Dans la Gazette des Beavx-Arts (N° du 1" avril 1890) : La Chapelle 
funéraire de l'église de Bourneau (Vendée), par M. 0. de Rochebrune, 
(p 327-330), avec dessins dans le texte, par G. Girault, et héliogra- 
vure hors texte, par MM. Robuchon et P. Dujardin. 

De M. Ch. d'Availles : Notes biographiques sur le général 
d' Autichamp (1770-1859), d'après des documents inédits (1 vol. in-8°, 
cavalier de 192 p., orné d'un portrait du général d'Autichamp. 
d'après Emile Lasalle. — Clouzot-Niort, 1890). ' 

Le Clergé du Poitou en 1789, de MM. H. et P. Beauchet-Filleau, 
a paru ces jours-ci (Fontenay, Gouraud, 1890, grand in-8% 290 p.), 
avec une préface de M. l'abbé Largeault. 

Le 3« fascicule du Dictionnaire des familles du Poitou dont 
l'apparition avait été retardée par l'état de santé de M. Beauchet, 
père, va incessamment sortir de presse. 

De M. de la Marsonnière, président de la Société des Antiquaires 
de l'Ouest : 

r Notice nécrologique sur M. Beaussire (Biais 1889, in-8° 7 p. Ext. 
du Bulletin de la Société des Antiquaires de VOue-it, 4' trimestre 1889). 

2^ Les amitiés et les épreuves de Dom Fonteneau, d'après une cor- 
respondance inédite. (Poitiers-Biais, 1S90 in-8<' 56 p. — Ext du 
Bulletin de la Société des Antiquaires deVOuest, t. xir, année 1880). 

Sous le titre Une famille de héros sous la Terreur, M. René Vallette 
a publié une plaquette consacrée à la famille delà Bassetière (4 p. 
in-8'' ext. de la Revue histor ique de l'Ouest). 

Du même : Une excursion archéologique dans les cantons des VHer- 
menauld et Sainte- Hermine. (Fontenay, Gouraud 1890 in-8° 22 p. Ext. 
du journal La Vendée). 

De notre excellent confrère, Jos. Berthelé : Une fonte de cloches an 
temps jadis (Poitiers-Biais, 1890, in-8° 11 p. Ext. du Bulletin de la 
Société des Antiquaires de V Ouest, 4* trimestre. 1889). 

M. le lieutenant Jaguin, du 137* de ligne, prépare un historique de 
ce régiment actuellement en garnison à Fontenay-le-Gomte. 

De M. Eugène de Beaurepaire, une Notice biographique et littéraire 
sur Julien Travers, père de notre très sympathique collègue de la 
Société française d'archéologie. (Caen, Delesques, 1890). 

Sous le titre : Une découverte au pays Sablais, M. Jules Richard a 
publié dans r£'/027e de Za Vendée {'^'> du l*"" juin 1890) une note sur 



GIIRONinUE — BIBLIOGRAPHIE 207 

la découverte faite, il y a quelques années aux environs de Saint- 
Jean d'Orbestier, d'un bijou de l'époque mérovingienne, qui au dire 
de M. Fillon avait dû servir de sceau aux abbés de Saint-Jean. 

De M. l'abbé H. Bouuiî : Petites Fleurs de juin, nouveau choix de 
cantiques au Sacré-Cœur, (Paris, Haton, in-12, 88 p.)- 

Du même : Un nouveau cantique composé pour la fête du P. de 
Montfort : Le B. de Montfort protecteur de V enfance. 

M. Mayeux, des Sables d'Olonne vient d'éditer une jolie mélodie, 
Printania, dont les auteurs sont MM. Auguste Moreau, pour les 
paroles, et Paul Masquerier pour la musique. 

Dans V Etoile de la Vendée, continuation des Ephémérides Sa- 
blaises, par notre savant ami, M. le docteur Petiteau. 

De M. l'abhé J. de Martrin-Donos : Jehan de Harpedanne ou la 
prise de Fontenay par du GuesclinQJ octobre 1372), mélodrame his- 
torique en 3 actes et 7 tableaux, avec musique de M. PaulGrouanne, 
qui doit être joué pou^ la première fois sur le théâtre de l'Insti- 
tution Saint-Joseph de Fontenay, en juillet prochain. (Tours, Cattier, 
1890). 

Courrier des Paysages et monuments du Poitou : Dernières 
livraisons parues : (156 à 162) : Sainte-Hermine et VHermenauld. 
(Vendée) par M. René Vallette. 

Sous presse : Niort (Deux-Sèvres) par MM. Jos. Berthelé etEm. Es- 
pérandieu. 

Nous profitons de la circonstance pour rappeler que les différentes 
monographies de ce remarquable ouvrage se vendent séparément 
avec titres spéciaux et peuvent former sur chaque localité de très 
jolis albums qui se recommandent à l'attention des amateurs. 

Sommaire de V Annuaire de la Société dEmulation (1889) : L'Ile 
d'Elle deuxième et dernière partie par M. l'abbé Aug. Simoneau ; 
Histoire du républicain Joseph Jaudin, par A. Bitton ; Jean- 
Augustin Poëy-d' Avant et son cabinet d'antiquités, par A. Bitton ; 
Ao^e sur les anciens seigneurs d'Olonne, par un Sablais (H. de 
Boismartin) ; Les Juridictions Bas- Poitevines, par M. A. Bitton; 
Autour de deux autographes, par M. Eugène Louis. 

Sommaire des Echos du Bocage vendéen (VII* année n° 1 .) — Texte : 



208 CIIRONIQLE — BIBLIOORAIMIIE 

I. Le patriotisme chez les Fonienaisiennes en 93, par Edmond 
Valmy, (A. Bitton 1). 

II. Véglise S t- Jean- Baptiste de Montaigu, par Dugast-Matifeux. 

m. Etat général des ci-devant Eglises situées dans les communes 
de l'arrondissement du bureau d'enregistrement et domaines de 
Montaigu, par X. 

IV. Marguerite de Belleville, dame de Montaigu (suite et fin), par 
Louis Prével. 

V. Nicolas Rapin, poitevin, par Dugast-Matifeux. 

Gravures : L'ancienne église de s t-Jean- Baptiste de Montaigu, par 
Douillard. 

Au moment de mettre sous presse, nous recevons de M. Jules de 
Vorys, dont nous avons déjà eu l'occasion de louer ici le talent litté- 
raire, une étude humoristique intitulée Popular, et dédiée à notre 
excellent collaborateur et ami, A. Bonnin. Le volume en est déjà à 
sa 2^ édition. Nous buvons à la centième. 

Dans la Revue de l'Ouest, de Niort : (N»» des 3 et 5 juillet 1800), la 
Cloche de la chapelle de Notre-Dame-des-Flots, légende vendéenne 
par M. l'abbé Largeault. 

Les Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest (t. xii, an 
1880), contiennent une très savante étude de M. l'abbé Lacroix, du 
diocèse de Paris, intitulée : Richelieu à Luçon (p. 78-376). 

M. Tabbé Baraud, curé de la Caillera, fait paraître chez Téqui, 85, 
rue de Rennes, un ouvrage en 3 volumes in-l2 illustrés (prix : 9 fr.) 
qui ne peut manquer d'être favorablement accueilli du public lettré. 
Son titre : Chrétiens et hommes du XIX* siècle. 

On nous annonce comme devant paraître prochainement chez 
M. Gouraud, éditeur à P'ontenay: l'histoire en vers de Saint-Martin 
de Vertou, laissée par M. feu Gonet, curé-doyen de Saint-Gilles- 
sur-Vie. 

Le 2 juillet 1890, a paru le premier numéro de l'Indépendant de 
la Vendée, journ;i l de l'Appel au Peuple, bi-hebdomadaire (pet. in- 
folio. La Roche-sur-Yon, directeur-gérant M A. Pervier, imp. Servant). 

Le Directeur-Gérant : R. Vallette. 

Vannes. — Imprimerie Euokne LAFOLYK, M, place des Lices. 




AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 



Biographies inédites des Vendéens et des Chouans 

Par .M. de la Fontenelle de Vaudorô 

(suite).* 



CADI, de Saint-Laurent, un des premiers officiers de l'in- 
surrection vendéenne, se distingua dans plusieurs 
circonstances, notamment au combat du Pont-Barré, 
où il retint d'abord les républicains et aida ensuite à forcer le 
passage. Il ne se trouva pas à l'attaque d'Angers^ mais il 
alla y joindre la grande armée avec un renfort de cinq cents 
hommes. Dans une autre circonstance, s'éfant portéàla 
Roche-d'Araigné, près les Ponts-de-Cé, il mit en déroule un 
corps de troupes républicaines. 

Après les désastres d'Oulre-Loire, il devint officier supé- 
rieur et membre du conseil militaire de l'armée de Stofflet. 
En cette qualité, il signa la proclamation de Maulévrier (28 
janvier 1795) adressée aux républicains, Tarrêté de Jallais 
(2 mars) relatif à la pacification conclue à la Jaunaisavec les 
républicains par les armées de Gharette et de Sapinaud, la 
déclaration contraire relative à la paix et la proclamation de 
Névi (4 mai), organique du traite de Saint-Florent, en tout 
conforme à celui de la Jaunais. 

Tome m. — Juillet, Août, Septembre 1890. 14 



212 AUTOUR DU DRAPEAU RLANC 

Gadi était un des meilleurs officiers de l'armée de la Haute- 
Vendée. Il reprit le commandement de sa division, celle de 
Chemillé, en 1815^ et fut chargé le 28 mai, par le général 
d'Auticliamp, de pousser une forte reconnaissance surle Pont- 
Barré, pour occuper l'ennemi, le tenir en échec etlui masquer 
en même temps le mouvement que le reste du corps d"armée 
allait faire vers la côle. Il continua à rester en Anjou avec sa 
division pour garder les passages du Layon et le grand chemin 
d'Angers à Cholet, jusqu'à ce que l'expédition de Thouars 
ayant été définitivement arrêtée après un changement de ré- 
solution, ont lui eût enjoint de se rendre en toute diligence à 
Montaigu pour renforcer le 1" corps. La jonction eut lieu 
seulement à Clisson, après l'affaire de Rocheservière et, par 
conséquent trop tard. 

CADI, frère du précédent, figura aussi comme officier parmi 
les Vendéens,, passa la Loire, revint ensuite sur la rive droite 
du fleuve où il fut envoyé dans l'armée d'Anjou et Haut- 
Poitou. 

GAILLAUD (Charles), cultivateur et maréchal-taillandier^ 
se distingua par sa bravoure dans l'insurrection vendéenne 
et devint bientôt chef de la division de l'armée de Gharette 
dont le territoire se rapprochait le plus de Luçon, et qui avait 
primitivement été commandée par Baudry de Puyraveau et 
Arnault. Son cantonnement était ordinairement aux Geri- 
siers. Après une pointe du côté de Gerisay, la division 
Gaillaud, qui avait livré plusieurs combats dans ces parages, 
se trouvait presque coupée lorscfue le général Gharette vint en 
personne la dégager. 

Gaillaud se soumit à la République par une déclaration 
du 17 février 1795, organique delà pacification de la Jaunais. 
La paix entre les royalistes et les républicains ayant été 
rompue, il reprit les armes et se signala encore dans plusieurs 
afîaires, notamment en attaquant l'arrière-garde de la colonne 



AUTOUR DU DRAPEAU RLANC 213 

du général républicain Bonnaud, qui de Montaigu se dirigeait 
sur Bellevillo. Le combat eut lieu sur la route, en sortant 
des landes deSaint-Sulpice ; il fut sanglant — , mais insuffi- 
sant malgré tout pour arrêter la marclie des patriotes. 
Depuis, Gaillaud signa de confiance la demande faite à Gha- 
rette, après la rupture du traité de la Jaunais, d'une paix 
((ui semblait nécessaire au parti ; mais quand il apprit que 
les princes ordonnaient de reprendre les armes, il songea 
aussitôt à combattre. 

Ardemment dévoué à son chef, Gaillaud ne l'abandonna 
jamais, et ne se décida à mettre bas les armes qu'après sa 
mort. Alphonse de Beauchamp, dans la première édition 
de son Histoire de la r/uerre de la Vendée prétend qu'il fut 
tué à côté de Gharetto, le 21 février 1796 ; mais c'est une 
erreur que cet écrivain a du reste rectifiée depuis. Gail- 
laud a survécu à toutes les guerres de la Vendée et, en 181 i, 
il avait repris son poste. Après les événements de Paris, il 
fut choisi pour faire partie de la députation des officiers 
vendéens et fut parfaitement accueilli par le Roi qui le con- 
firma dans son grade de colonel, lui en promit le brevet et 
lui accorda bientôt après la croix de Saint-Louis. 

En 1815, Gaillaud fut un des premiers à reprendre les 
armes. Mais la présence des Napoléoniens à Bourbon-Vendée 
l'empêcha de lever sa division avant la bataille du Mont- 
Saint-Jean. Il se trouva néanmoins avec son état-major et 
quelques cavaliers aux différents engagements qui eurent 
lieu dans cette campagne. Ge fut lui notamment qui parvint 
à rallier les fuyards à la bataille d'Aizenay. 

Gaillaud fut un des chefs vendéens les plus distingués 
et un de ceux qui surent gagner le plus complètement la 
confiance des paysans. 

GARRIÈRE (Mathuhin-François-Auguste, dit Lhonorcy), 
avocat à Fontenay-le-Comte, se joignit aux royalistes dès le 
premier mouvement'insurrectionnel, et fut, lors de l'organi^ 



214 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

salion du Conseil supérieur d'administration de Ctiâtillon- 
sur-Sèvre^ nommé procureur général du roi près cette com- 
pagnie. Il signa en cette qualité tous les actes du conseil 
supérieur, et fut peut-être même le principal rédacteur du 
règlement relatif à l'organisation judiciaire, Carrière suivit 
la grande armée au-delà de la Loire. Fait prisonnier à la 
déroute du Mans, il fut condamné à mort par le tribunal cri- 
minel du département de la Sarthe (23 nivôse an II) et aussitôt 
après fusillé. Aussi brave qu'intelligent^ c'est lui qui, lors de 
la déroute de Châtillon-sur-Sèvre, se retrancha avec deux 
canons à peu de distance de la ville et arrêta ainsi pendant 
quelque temps la marche des républicains. 

CHABOT DU PARC-SOUBISE (Le, comte Constant-Joseph 
de) figura comme officier dans l'insurrection vendéenne del799, 
à l'armée du comte de Suzannet et devint, en 1815, chef de 
la division de Mouchamps qui faisait partie du corps ven- 
déen du Centre. 

CHABOT (Auguste-Prudent comte de), frère du précédent, 
servit dans la campagne de 1815, comme adjudant général 
de l'état-major du corps vendéen du général de Suzannet*. 

CHABOT (Alexandre DE ), frère des deux autres, fut em- 
ployé en 1815, comme major de la division de Mouchamps^. 

GHANTREAU DE LA JOUBERDERIE (Le chevalier Louis 
de) servait comme sous-lieutenant d'infanterie dans le ré- 
giment de Hainaut, lorsqu'éclata la Révolution. Il se joignit 
aux Vendéens, lors du premier mouvement insurrectionnel, 
devint l'un des chefs secondaires les plus marquants de la 

Il avait fait auparavant les campagnes de l'armée de Condé et avait été 
décoré de la croix de Saint-Louis. 

' 11 avait pris part à la campagne de Leipsig dans le régiment des gardes 
d'honneur. 

Les deux frères, Constant et Alexandre, furent décorés delà Légion d'iion- 
neui' après la campagne de 1815. 



AUTOUR DU DRAl^EAU BLANC lil5 

grande armée vendéenne et échappa à ses désastres d'Ontre- 
Loire. Il se jeta aussitôt parmi les ciiouans et, grâce à l'in- 
termédiaire du colonel Loroy, fut agréé auprès du comte de 
Puysaie. Il fut bientôt après chargé de Torg-nnisalion du 
pays qui s'étend au nord-ouest de Rennes jusqu'aux Gôtes- 
du-Nord. Ce fut lui qui se rendit auprès de Charles Boishardi 
et le détermina à reconnaître Puysaie pour chef. Celui-ci vint 
au quartier général de Chantreau, lorsqu'il voulut faire un 
voyage à Londres, et il y appelâtes principaux chefs de la 
Bretagne pour arrêter la conduite qu'ils devaient tenir en 
son absence. Cormartin qui était du nombre fut choisi par 
Puysaie comme major général. Chantreau et trois autres 
chefs de division lui furent adjoints. 

Le chevalier de Chantreau signa l'arrêté du Conseil mili- 
taire des armées de Bretagne du 3 janvier 1795, portant sus- 
pension d'armes, et la pacification de la Mabilais qui en fut 
le résultat. Il se réunit ensuite à l'armée de Charette. Aussitôt 
l'arrivée des Bourbons à Paris, il s'y rendit comme député 
de la ville de Luçon qu'il habitait. Il signa aussi l'adresse au 
Roi, en 1814, et fut même un de ceux qui la portèrent au pied 
du trône. Lors du passage du duc d'Angoulême dans la 
Vendée, il commandait la garde royale à pied. Enfin, en no- 
vembre 1814, il fut fait chevalier de St-Louis. 

CHASTKIGNER DU BERGERIOU (Le chevalier de), gen- 
tilhomme de Pontenay-le-Comte, ancien officier au régiment 
de la Reine, émigra, revint en France, et commanda un 
parti vendéen entre Niort et Pontenay, du côté de Coulonges. 
Il a signé l'adresse au Roi de 1814;, et, au mois de juin de la 
même année, il a figuré comme lieutenant dans la garde 
d'honneur à pied, formée à l'occasion du passage du duc 
d'Angoulême dans la Vendée. 

CHASTEIGNER (Fortuné de), neveu du précédent, servit 
comme officier vendéen pendant l'insurrection de 1799. Il 
signa aussi l'adresse des Vendéens au Roi, en 1814. 



'il6 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

CHIFFOLEAU, capitaine de cavalerie àTarmée de Gharelte, 
figurait en 1814 dans la garde royale à pied de Bourbon- 
Vendée. 

DAVID DE NOliOY, l'un des officiers les plus distingués 
de l'armée du Bas-Poitou et du pays de Retz, commandait 
d'abord la paroisse de Saint-Christophe du Ligneron, oii il 
habitait, et amena un renfort de deux cents hommes au 
général Charette, lors de sa première retraite sur la Gar- 
nache. Il arriva que ce détachement, apercevant le gros de 
l'armée, le prit pour un corps ennemi ; le chef eut bien 
de la peine à le rallier. Ayant fait sa reconnaissance, de 
Noroy retourna à son poste. 

Gel officier coopéra à la conquête de Noirmoutiers et fut, 
lors de la formation de Tétat-major de cette île, nommé 
commandant en chef des volontaires. Quand l'armée de la 
Basse-Vendée, qui se dirigeait sur l'Anjou, s'organisa à 
Pouzauges, de Noroy en fut nommé major général. A la 
brillante attaque de Legé, il reçut une balle dans la poitrine. 
Cette blessure l'empêcha longtemps de pouvoir faire cam- 
pagne et il fut remplacé dans son poste par le major en second, 
Hyacinthe de la Roberie. 

De Noroy a survécu à toutes les guerres^ et en 1814 il a 
signé l'adresse au Roi. 

DEHARGUES-LETIVAULT, fils du fermier général de la 
de la Joblière, commune de la Ronde, entre la Châtaigneraie 
et Bressuire, n'avait qu'une vingtaine d'années lorsque la 
guerre de la Vendée éclata. Pourvu d'une bonne éducation 
et possédant de la fortune, il acquit aisément de l'influence 
sur le peuple du pays qu'il habitait et joua dans l'insurrec- 
tion un rôle assez important. 11 prit part à l'attroupement 
qui se porta sur Bressuire, le 24 août 1702 et qui était com- 
mandé par Baudry d'Asson et Delouche. Cette insurrection 
ayant été apaisée dès son principe, Dehargues fut obligé de 



AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 211 

se cacher. Il se retira alors en Anjou auprès de la famille 
Cesbron, à laquelle il était allié. Il fut néanmoins arrêté à 
Ghalonnes, au commencement de mars 1793, par ordre du 
maire Vial, et après interrogatoire du juge de paix, il fut 
jeté en prison, comme prévenu d'espionage. Mais, lors de 
rentrée des Vendéens ta Ghalonnes (21 mars 1793), on s'em- 
pressa de lui rendre la liberté. 

Dehargues rentra alors dans son pays, et devint l'un des 
principaux officiers et même chef de division de l'armée de 
Royrand. Il suivit ce général lorsque, pour faire diversion à 
l'attaque de Nantes parles Vendéens, il se porta sur Ghan- 
tonnay et Luçon. Dehargues poursuivit même à outrance 
les troupes républicaines jusque dans les plaines qui envi- 
ronnent cette dernière ville et qui devaient finalement être 
témoin de la défaite de l'armée vendéenne. Il se retira alors 
dans le Bocage avec la plus grande partie de sa division et prit 
partà tous les événements qui précédèrent le passage delà 
Loire. Il fut à cetteépoque très-utile à son parti. Arrivédèsle 18 
octobre 1793, et l'un des premiers, à Varades avec des Essarts, 
le chevalier Duhoux et deux ou trois mille Vendéens, il con- 
tribua aux attaques qui facilitèrent le passage du fleuve. 
Cette avant-garde repoussa victorieusement les troupes 
républicaines commandées par l'adjudant général Tabary, à 
qui était confié le poste important d'Ingrandes. Le général 
Aulanier, qui se trouvait aux Ponts-de-Gé avec une portion 
des anciennes garnisons de Valenciennes et de Gondé, fit de 
vains efforts pour soutenir Tabary. Cette petite armée fut 
battue, perdit deux canons et fut repoussée jusqu'aux portes 
d'Angers. 

A l'attaque de Laval par les patriotes, Dehargues tourna 
l'ennemi avec sa colonne et l'attaqua par derrière, ce qui 
décida du succès de la journée. 

D'aussi beaux faits d'armes le firent nommer adjudant 
général et membre du Conseil militaire de la grande armée 
vendéenne. Aussi, depuis cette époque, vit-on Dehargues 



218 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

assistera toutes les délU^érations. Il signa notamment l'arrêté 
du 1" novembre 1793, rendu à Laval pour les bons et effets 
royaux et les sommations faites au commandant et aux 
officiers municipaux de Granvillo, le 2i du même mois de 
novembre. 

Enfin Dehargues était à son poste accoutumé, à l'avant- 
garde, lors de la marche de la grande armée sur Dol. Six 
mille hommes composaient ce premier corps que Wester- 
mann attaqua avec son intrépidité ordinaire et sans même 
avoir pris le soin de ranger ses soldats en ordre de bataille. 
Le feu nourri des Vendéens allait faire lâcher pied aux 
troupes républicaines, lorsque le général Marceau, à la tête 
d'une forte colonne, vint rétablir le combat. Mais les roya- 
listes ayant reçu eux-mêmes des renforts, l'action devint 
générale. G"est alors qu'un étrange phénomène vint fortui- 
tement surprendre les combattants. Il était huit heures du 
matin, quand le ciel s'obscurcit au point d'intercepter la vue 
à six pieds de distance. Cette obscurité fit rentrer les deux 
armées dans leurs positions respectives, et chacune d'elles 
prit les plus grandes précautions pour éviter une surprise. 
Les coups étaient portés au hasard et le moindre écart 
exposait les hommes à une mort certaine. Cette scène dura 
plus d'une demi-heure. Pendant ce temps, l'arrière-garde 
vendéenne terrorisée se réfugiait à Dol, tandis que l'avant- 
garde restait seule immobile en face de l'armée patriote tout 
entière. Quand l'obscurité eut été dissipée, les républicains, 
supérieurs en nombre, se portèrent sur le corps d'armée de 
Stofflet et le forcèrent de se retirer lui-même à Dol. La con- 
fusion la plus grande se mit alors dans les rangs vendéens. 
Dehargues avec quelques braves voulut rallier les fuyards ; 
les prêtres s'armèrent des signes extérieurs de la religion ; 
les femmes usèrent de leur ascendant pour rétablir le combat, 
et finalement tout changea de position. Mais Dehargues, en 
poursuivant des hussards républicains, fut emporté par son 
cheval qui vint s'abattre au milieu (les rangs ennemis. Re- 



AUTOUR DU DRAPEAU RLAN'C 219 

connu comme chef à son écharpe blanche, il fut entraîné 
immédiatement sur le derrière de l'armée républicaine et peu 
après il périssait à Rennes sur un échafaud, dernier témoin 
de son héroïque courag^c. 

Toute l'armée vendéenne, qui perdait en lui un de ses 
meilleurs officiers d"avant-garde, le regretta sincèrement. 

Db^LAUNAY, servit d'abord dans l'armée républicaine et 
fut fait prisonnier par le général de Sapinaud. Il se dit gen- 
tilhomme normand, prit d'abord du service dans l'armée du 
Centre et vint ensuite joindre Charette dont il capta la con- 
fiance. Delaunay ne tarda pas à jouer un rôle important et 
fut nommé commandant de la division des Sables d'Olonne. 
C'est à ce titre qu'il a sa place marquée dans la galerie des 
chefs vendéens. Il remplaça dans ce poste Joly qui avait pris 
la fuite et qui fut peu après mis à mort. Delaunay ne tarda 
pas à prouver qu'il était par ses qualités militaires digne de 
la haute situation à laquelle il avait été appelé et fut griè- 
vement blessé au combat de la Chambaudière. A l'attaque 
du camp de la Roulière, près Nantes, il commandait l'avant- 
garde vendéenne et déploya dans cette journée un rare 
courage. Peu après, lors de l'assaut du camp de Fréligné, 
une balle lui traversa la poitrine. 

Mais Delaunay ne se signala pas seulement par sa bravoure. 
D^un caractère bouillant et ambitieux, il s'adonna avec non 
moins d'ardeur aux intrigues. Profitant de l'inaction momen- 
tanée de Stofflet et de son armée, il fit tous efforts pour 
animer les royalistes de la Basse-Vendée contre ceux de 
l'Anjou. C'est à la suite de ces menées que les armées de 
Charette et de Sapinaud, réunies à Beaurepaire, prirent, 
le Gdécembre 179i, une délibération contre Stofflet portant 
annulation des arrêtés de Jallais, l'abrogation du serment 
prêté à cette occasion, la suppression de tout papier monnaie 
et des qualités prises par le général de l'armée d'Anjou et 
Haut-Poitou. 



220 AUTOUR DU DRÂUEAU BLANC 

Lors des premières démarches de Bureau de la Batardière 
pour la paix, Gharette avait préparé une expédition sur la 
Grève. Le général vendéen consentit à retenir les troupes qui 
n'étaient pas en mouvement, mais il laissa agir le surplus. 
Delaunay était du nombre de ces derniers, ainsi que de la 
Roberie, commandant de la cavalerie royaliste. Nourrissant 
depuis longtemps l'un contre l'autre une forte animosité, ils 
profitèrent de l'absence du chef pour se jeter à la face les 
injures les plus dures. Cette altercation retarda la marche du 
rassemblement qui se dirig-eait sur Beaulieu. Arrivé de nuit 
au poste de la Grève, Delaunay offrit la vie aux quatre cents 
chasseurs de Cassel qui occupaient les retranchements. Une 
décharge de mousqueterie fut leur seule réponse. Les roya- 
listes qui n'avaient pas reçu le signal du combat et qui s'at- 
tendaient, sur l'affirmation du général en second, de Couotus, 
à rencontrer un ennemi en détresse, furent surpris, se dis- 
persèrent et ne parvinrent à se rallier qu'à Beaulieu. 

Cependant les conférences pour la paix se continuaient 
avec succès et les conditions de l'entente commençaient à 
transpirer. CVst alors que plusieurs braves jurèrent qu'ils 
ne reconnaîtraient jamais la République et menacèrent de 
prendre les armes. Delaunay fut de ceux-là et quitta bientôt 
La Jaunais avec Savin et Lemoole pour aller porter dans le 
fond de la Vendée la nouvelle du honteux pacte qui se mé- 
ditait. Toutefois, il est juste de reconnaître qu'à côté de l'indi- 
gnation que pouvait légitimement éprouver Delaunay, il y 
avait également chez lui l'intention bien arrêtée de profiter de 
cette cause d'agitation et de trouble pour supplanter son gé- 
néral. Dans ce but, il n'hésita pas à le dépeindre comme un 
transfuge prêt à prendre le commandement d'une armée 
républicaine pour punir ses propres soldats s'ils restaient 
encore attachés à la cause royale. 

Ces déclamations prodiguées avec emphase produisirent de 
l'effet, et sur plusieurs points les Vendéens se crurent trahis, 
Gharette averti à temps quitta précipitamment le lieu dos 



AUTOUR UU DRAPKAU RLANC 'iVîl 

cont'érpnces et se rendit à Belleville. Il y rassembla ses 
officiers, leur fit part des conditions de la paix et de ses pro- 
jets ultérieurs, et parvint à apaiser la sédition. Les motifs 
vrais de Dolaunay furent alors d'autant mieux connus qu'il 
s'était offert de marcher à la tête des royalistes qui voulaient 
combattre. Le général Gharetto envoya des cavaliers pour 
l'arrêter au château de la Bouchère ; mais ils le manquèrent 
d'un instant et il parvint à se sauver au quartier général de 
l'armée d'Anjou avec ses meilleurs chevaux et ses trésors. 
Bien qu'ayant naguère signé et môme rédigé des actes fulmi- 
nants contre Stofflet^ il devint son plus enthousiaste partisan 
et pour preuve apposa sa signature au bas de l'arrêté de 
Jallais (2 mars 1795) pris par l'armée de la Haute-Vendée 
contre Charette, Sapinaud et leurs partisans. Il coopéra 
même au jugement portant peine de mort contre Prodhomme, 
divisionnaire duLoroux, qui venait d'adhérer au traité fait par 
Charette et de réunirsa division à l'armée de ce général. Puis 
Stofflet ayant songé lui-même à traiter avec la Convention, 
Delaunay, désormais attaché à ce chef et à ses opérations, 
signa la déclaration des officiers de l'armée d'Anjou et du 
Haut-Poitou, organique du traité de Saint-Florent, et la pro- 
clamation de Névi, du 4 mai 1795, adressée aux habitants des 
campagnes, à la suite de cette pacification. 

La destinée de Delaunay fut aussi malheureuse que celle 
du divisionnaire qu'il avait remplacé. Lorsque le marquis de 
Rivière eut réconcilié Charette et Stofflet, à la suite d'une 
entrevue au quartier général de l'armée du Centre, lepremier 
exigea de l'autre que Delaunay lui fut livré. Arrêté dans 
l'asile qui lui avait d'abord été accordé de bonne foi, pour être 
conduit à Charette, il parvint à se sauver. On le fit immédia- 
tement rechercher,etBossard, commandantde lacavaleriede 
l'armée du Centre, parvint h le découvrir et l'arrêta dans la 
commune de Saint-Malo. Delaunay fut traîné à Belleville 
chez le général de Couëtus, qui l'accueillit avec bonté. Mais 
Charette, instruit de son arrivée, donna avec vivacité l'ordre 
de le mettre à mort. 



222 AUTOUR DU DRAPEAU BLANC 

En vain Delaimay découvrit-il ses blessures; en vain 
essaya-t-il do rappeler sa bravoure et son dévouement à la 
cause sacrée de l'autel et du trône. Tout fut inutile. Un féroce 
allemand, charg-é des exécutions, le massacra en présence 
de M. de Couotus lui-même, qui n'eût ni la force, ni le 
pouvoir d'empêcher ce crime. 

L'origine de Delaunay fut toujours inconnue- Dans la force 
de l'âge, d'une taille avantageuse, ayant une figure ag-réable 
et beaucoup d'esprit, parlant et écrivant bien, brave au delà 
de toute expression ; il possédait, on le voit, les plus 
précieuses qualités, malheureusement atténuées par deux 
grands défauts : l'ambition et la cruauté. 

(A suivre). 

La I^ontenelle de Vaudoré. 



'&^' 



CARNET ÂRCHÉOLOGIOUE 



I. 



FXCURSION A MONTREUIL, DOIX ET MaILLÉ. 



NOTRE première halte a lieu àMontreuil. Nous avions 
vu, en effet, en passant devant la maison des 
Sœurs institutrices^ un écusson sculpté à l'extrados 
de la voussure d'une porte. Je le dessine : couronne 
de comte en chef, armoiries ovales accouplées, à gauche 
une tour fortifiée comme celle de Marie de la Tour d'Auvergne 
duchesse de la Trémoille, à droite un gland renversé, lam- 
brequins embrassant le tout. Eglise sans intérêt. Sur la place 
près l'église, le grand portail cintré, avec sa petite porte pour 
les piétons, de l'ancienne gentilhommière des Brunet. Au 
sommet de la cerçure du grand arc, on voit les restes d'un 
casque avec lambrequms surmontant un écu complètement 
fruste. 

Nous arrivons à Doix. Que dire de l'église ? L'architecte 
Lévêque a passé là; c'est du grec et du romain le plus abo- 
minable qui se puisse voir. Pour rafraîchir et ornementer la 
nudité des murs et des voûtes, on y a récemment plaqué et 
peint des pilastres encore plus grecs ou romains, et badi- 
geonné des fleurons en grisailles qui ont sans doute la pré- 



~'2Î CARNET ARCHÉOLOGIQUE 

lentioli de rappeler ceux des voussures de l'arc de Titus à 
Home ou de Saint-Remy de Provence. Sortons vite, ça fait 
mal aux yeux. 

Une demi-heure après, nous étions à Maillé, oîi les œuvres 
abominables du susdit architecte Lévesque devaient encore 
nous poursuivre. Tant qu'il a eu à édifier complètement des 
églises rurales, en adoptant le style classique de l'antiquité 
païenne, nous sommes obligés de mettre un frein à notre 
indignation archéologique, puisque cet homme^, en définitive, 
élevé sur le sol italien, n'avait jamais connu que le plein cintre 
etlesordres décrits etcompassésparVitruve.Mais qu'il vienne 
édifier sur la curieuse façade romane de Maillé un morceau du 
clocher de Mouzeuil (barbaro-gDthique) que l*on connaît, en 
assaisonnant le reste d'une rosaceenroue de charette flanquée 
de pilastres et arcatures pris au dôme de Pise. Oh ! alors, 
l'archéologue le plus à sang froid ne saurait y tenir ; il ne 
peut s'empêcher de maudire une pareille macédoine archi- 

m 

tecturalc. Au reste, l'intérieur n'a pas été ménagé. A Lévêque 
a succédé le plâtrier Montigny. Celui-ci, désireux de ren- 
chérir sur son devancier, a planté au fond du chevet, sur 
le maître-autel, une Assomption do la Vierge moulée en 
plâtre, et, pour arriver à produire un petit jour céleste sur la 
tête de sa grotesque statue et des chérubins boufiis envi- 
ronnants, il n'a rien trouvé de mieux que de percer le mur 
du chevet en y collant une sorte de guérite mal tournée. 
C'est par là que s'infuse le petit jour céleste. Nous sortons 
indignés, et afin d'oublier toutes ces déplorables restaura- 
tions, nous dirigeons nos pas vers l'ancien fort d'Oignon, où 
monsieur le maire veut obligeamment nous conduire. Toutes 
les constructions défensives ont complètement disparu; deux 
ou trois habitations privées remplacent aujourd'hui la de- 
meure où Agrippa d'Aubigué composa et fit imprimer son 
Histoire des histoires. Parfois la pelle du laboureur exhume 
quelques deniers du seizième siècle, quelque sceau de bulle 
pontificale, ou des débris de poteries vernissées. Pour notre 



CARNET ARCHÉOLOGIQUE 225 

part, nous conservons un joli poignard, dont la poignée et la 
lame portent les plus délicates niellures, échiquelées or et 
argent. Il y aurait pour messieurs les géologues une intéres- 
sante étude à l'aire sur ce petit mamelon calcaire d'à peu 
près 100 mètres de diamètre, sorti là en plein marais comme 
un champignon, et produit vraisemblablement par quelque 
éruption volcanique. En revenant à Maillé, M. le maire nous 
montre une pierre tumulaire du XI" siècle, avec entrelacs sur 
trois de ses faces. Dans une maison sise à côté, on conserve 
encore quelques-unes de ces poteries en terre blanche, 
trouvées il y a nombre d'années en si grande quantité dans 
un vieux cimetière traversé par la route ; ces poteries datent 
des X1V« et XV« siècles. 

Au retour , nous prenons la route de Maillezais. Les 
grandes ogives du transept de l'église abbatiale découpent 
leur silhouette ajourée sur l'horizon rougi par le soleil cou- 
chant. Aucune parole ne saurait décrire la poésie de ce 
spectacle. Ce qui nous enthousiasme beaucoup moins, c'est 
la déplorable restauration exécutée par M. Loué, architecte 
diocésain, à la charmante façade de l'église du bourg, devant 
laquelle nous passons en ce moment. Sans motif et sans 
raison, il a cru devoir assommer le pignon de cette façade d'un 
lourd clocher carré dont les colonnes et les moulures ne sont 
nullement à l'échelle du monument. J'ignore ce qu'il y a eu 
de billets de mille, engloutis dans cette inutile et pesante 
adjonction. Mais en revanche nous avons pu constater que 
l'intéressante abside avec ses absidioles insuffisamment 
étayées, menace ruine, ainsi que toutes les voûtes inté- 
rieures. La somme d'argent employée à édifier le clocher mal 
venu de la façade eût été mille fois mieux appliquée à la 
consolidation des absides. 



226 CARNET arciiéologiquf: 



II 



Fouilles a la chapelle paroissiale de N.-D. de Goussay 

ou COUSSAYE. 



Notre-Dame de Goussay était dans le principe l'église pa- 
roissiale du Poiré-de-Velluire. L'aspect extérieur et intérieur 
du monument est étrange. G'est un rectangle trapu à fronton 
bas, à voûte en berceau plein cintre ayant la forme d'un 
caveau funéraire. La bâtisse primitive ne portait aucun con- 
trefort ; au XIV' et XV* siècles, on en a établi six dans tout 
son pourtour^ afin de résister à la poussée des voûtes épaisses 
recouvrant la nef. Depuis quelquesjours.sur l'ordre de notre 
ardent archéologue, M. Brochet, plusieurs ouvriers dé- 
barrassaient le pavé des nombreux matériaux qui l'obs- 
truaient, de telle sorte que, lors de notre arrivée, qui eut lieu 
sur les onze heures, on avait mis au jour la marche bordée 
d'un tore sur laquelle était scellée la sainte table, ainsi que 
les premières assises de l'autel cubique en pierres de moyen 
appareil Les ouvriers avaient déjà trouvé dans les décombres, 
à ce même niveau, plusieurs doubles tournois de Louis XIII, 
une obole en argent d'Edouard III d'Angleterre, le père du 
Prince Noir, et une autre de Foulque, comte d'Angers. En 
continuant les fouilles sous l'ancien pavé du sanctuaire et 
même sous l'autel, In pioche des terrassiers exhuma beau- 
coup de squelettes d'enfants mêlés à une grande quantité de 
débris de verres du moyen âge et de briques et poteries 
gallo-romaines. 

Une seconde fouille exécutée le surlendemain obtint les 



CARNET AnCllÉOLOOIQUE 227 

mômes rùsultaLs; il sera nécessaire dy retourner encore, 
afin de s'assurer si toute la nef de la chapelle renferme la 
môme quyntitc fie sépultures d'enfants en bas âge'. 



III 

Excursion A Tiiiré kt a la Gaillère. 

Nous parlons à heures i/2 et suivons la charmante vallée 
qui s'étend depuis Sérigné jusqu'à l'ilermenault. En tra- 
versant les majestueuses allées plantées d'ormeaux de la 
belle terre de Claveau, nous voyons encore les traces du 
désastre causé par le cyclone du 22 janvier 1890 ; nombre de 
ces arbres énormes gisent couchés sur le sol par cette affreuse 
tourmente : nous nous arrêtons à la Ghapelle-Thémer, où 
nous examinons dans l'ancien cimetière de la commune les 
cinq pierres tumUlaires des sires de Bodet. La plus ancienne 
remonte au XIP siècle, les autres sont des XIH'= et 
XW" siècles. La croix du même cimetière, aujourd'hui en 
partie renversée, date également du XIV® siècle. Trois grandes 
figures de saints, d'un travail médiocre, entourent sa tige. 
L'église, ancienne chapelle du vieux château de Bodet, n'offre 
qu'un faible intérêt. Le pilier soutenant le clocher présente seul 
un accouplement de colonnes et des chapiteaux XIV° siècle 
d'un effet agréable. J'attire l'attention de mes collègues sur 
les vieux ormeaux du temps de Sully, dont les troncs 

* Les voûtes de l'église du Poiré, où nous entrons avant de regagner Foh- 
tenay, ont du être construites par les soins de Bertrand Barlot. On y voit îi 
chaque clef son écusson, de sable à trois croix pattées d'arf/ent, entouré 
du collier de l'ordre. 

Mentionnons aussi un petit vin claii'et du crû, que M. le maire garde re- 
ligieusement en bouteilles depuis :^0 ans, et qu'il veut bien nous offrir afin 
d'apaiser la soif inextinguible qu'excite en nous un soleil tropical. Pétillant 
et limpide, il rendrait des points au Grave le plus renommé. 

Tome ni. — Juillet, Août, Septembre 1890. 15 



228 CARNET ARCHÉOLOGIQUE 

décrépits entourent encore la place de l'église. Nous donnons 
ensuite un coup d'œil à la tour de Bodet, bâtie en 1620 ou 
1630, à quelques vieilles cheminées XV* siècle existant dans 
les vastes appartements habites par Duplessis-Mornay ; puis 
nous gagnons le Fougeroux, et en repartons immédiatement 
afin de constater la situation du dolmen de Thiré. Depuis 
que je ne l'avais vu, la chambre intérieure a été complètement 
vidée des pierrailles qui l'obstruaient ; l'entrée est à l'est; le 
fond est fermé par une pierre granitique de 5 mètres de lon- 
gueur sur 2 de hauteur ; la tablette de recouvrement n'existe 
plus, ainsi que plusieurs blocs des fermetures latérales. Nous 
apercevons de ce point élevé l'ancienne chapelle de l'h ôpital, 
située dans le bourg même de Thiré. Il y a une très 
grande analogie entre cette bâtisse et N.-D. de Goussay ; 
même plan par terre, même voûte en berceau. Ici nous 
sommes en plein XlIP siècle; une frise peinte, de la même 
époque, se distingue encore dans tout le pourtour de la nef; 
elle se compose de- feuillages courants et de rubans plissés. 
Comme àCoussay, l'édifice a été cerclé de contreforts aux XIV' 
et XV* siècles ; on y a monté une façade à cette dernière date. 

L'église paroissiale a bon aspect, comme monument rural : 
elle est à chevet plat, percé d'une grande baie ogivale à 
meneaux, aujourd'hui obstruée par un rétable Louis XV. 
Toutes ses travées sont voûtées. Sur l'autel, le XIII" siècle 
règne en maître ; ailleurs le XIV et le XV* s'épanouissent ; 
nous signalons une jolie crédence du XVl" siècle dans le bas 
côté de l'épître. On y voit également de beaux bénitiers en 
marbre rouge et un riche autel de même matière, qui, 
nous a-t-on dit, devait provenir de la chapelle du château de 
l'Hermenault. 

A onze heures 1/2, nous regagnons le Fougeroux où un 
plantureux déjeuner nous attend. A une heure, nous re- 
montons en voiture afin de gagner la Caillère, but prin- 
cipal de notre expédition archéologique. Nous avions hâte de 
nous rendre compte de l'aspect des restaurations exécutées 



CARNET ARCHÉOI.OGIQUK 250 

à co vieux monument des XI" et XIl" siècles par l'habile archi- 
tecte, M. Libaudière, sous l'inspirai ion de M. le curé du lien, 
adorateur passionné de son antique église. La façade, re- 
montée d'après son ancien type architectural, a très bon air. 
Ainsi que presque toutes les églises romanes de la contrée, 
le rez-de-chaussée se divise en trois sections perpendicu- 
laires, formées par les deux contreforts rectangulaires d'angle 
et deux fortes colonnes cantonnant la porte plein cintre dé- 
corée de trois archivoltes. Celle-ci est accompagnée, à droite 
et à gauche, d'arcatures dont la base des colonnes de 
support repose sur le tailloir prolongé des chapiteaux de 
la baie centrale. Ces arcalures, très étroites, correspondent 
aux bas côtés si rétrécis de l'intérieur. Une fenêtre égale- 
ment plein- cintre à double archivolte éclaire la nef. Le 
tailloir des colonnes de support de son archivolte se prolonge 
ef, forme cordon sur le chapiteau des grosses colonnes can- 
tonnant la porte d'entrée. Nous eussions désiré ce cordon 
placé plus bas, d'un profil plus fort, avec modillons, et servant 
pour ainsi dire d'appui à la fenêtre centrale, ainsi que cela a 
été exécuté par nos architectes bas-poitevins dans presque 
toutes les églises romanes de la contrée. L'entablemeiit des 
murs latéraux se profile en façade, découpant ainsi, avec le 
pignon de l'église, un fronton de temple antique ; le tympan 
en est occupé par une arcade trilobée qui ne nous semble 
pas conforme au type poitevin. Tous les modillons de la 
tour carrée élevée sur le transept eussent gagné en légèreté 
à être chanfreinés comme ceux des angles. A part ces légères 
critiques, tout l'ensemble du portail et des contreforts des 
murs de la nef est exécuté avec soin et présente un coup 
d'œil des plus satisfaisants. Les piles intérieures surtout, 
accostées de leurs quatre colonnes cylindriques , ont été 
reprises avec infiniment de soin et d'entente. Rien n'a été 
modifié dans les étranges petits bas-côtés dont le plan par 
terre et d'élévation est à peu près unique dans tous les 
édifices religieux de cette époque : l'architecte d'alors a 



230 . CARMiT ARCHÉOLOGIQUE 

sans doute été préoccupé de la pensée de trouver, à l'inté- 
rieur de l'édifice, une résistance sudisante à la poussée des 
maîtresses-voûtes en berceau de la nef, en faisant disparaître 
dans rég:lise elle-même ces contreforts, comme cela devait 
être pratiquée, deux siècles plus tard, dans la magnifique 
basilique d'Alby. En résumé, lorsque toutes les archivoltes 
du rez-de-chaussée de la façade de l'église de la Gaillère 
auront vu reproduire exactement la vieille ornementation de 
chacun de leurs claveaux, elles n'auront rien à envier à nos 
plus intéressantes bâtisses du XIP siècle. Pour ce faire, il 
importera de,mettre sous les yeux de l'ornemaniste, non pas 
un simple dessin plus ou moins exactement relevé, mais la 
vieille pierre elle-même sortie du ciseau de l'artiste roman, 
qui a pu s'appeler lui aussi Audebertus, car tout le rez-de- 
chaussée de la Gaillère rappelle la donnée architectonique 
de l'église de Poussais. 

Toutes nos félicitations à M. le curé et à l'intelligent archi- 
tecte qui ont su faire revivre, dans son ancienne splendeur, 
un des plus intéressants édifices de la contrée. 

Terre-Neuve. 25 juin 1890. 

0. DE ROCHEBRUNE. 





LES 



PÈLERINAGES k LA SAINTE VIERGE 



DANS LE DIOCESE DE LUCON 



NOTRE- IJ AME DE GARREAU 



A LA CHAPELLE-HERMIER. 



L'histoire vient d'en être écrite récemment. M. l'abbé 
Pontdevie, aumônier du lycée de la Roche-sur- Yon, en 
a étudié les origines, les légendes, l'histoire, les tris- 
tesses, les gloires, l'état présent. C'est assez dire combien cette 
étude semble complète et combien sûr est le guide que nous 
suivons. 

Près de la chapelle de Garreau, dans le lit de la petite 
rivière du Jaunay, une pierre, comme celle du Pas de la 
Vieir/e, non loin de Pitié, est l'objet cT'une sorte de culte, peut- 
être superstitieux, et se lie aux origines du pèlerinage. 
M. l'abbé Pondevie y voit un souvenir du culte de la prière, 
si fort en honneur chez les Celtes et les Gaulois: nous sommes 
loin de contredire à cet avis. La chapelle elle-même aurait 
remplacé un autel à Mercure, dont le nom se retrouve, dit- 
on, dans la désignation du bourg. 

Mais gardons-nous bien de décider la querelle récemment 
entamée sur ce point dans la Revue du Bas-Poitou, entre 



232 LES PÈLERINAGES A LA SAINTE VIERGE 

l'auteur et son savant contradicteur, M. l'abbc Boulin, vicaire 
de Saint-Etienne du Bois. Sans nous prononcer^ peut ôlre 
sommes-nous, à Notre-lJame de Garreau, devant un de ces 
sanctuaires si nombreux où le culte de Marie fut greffé, par 
la main des premiers apôtres du pays^ sur les superstitions 
païennes. 

Ici encore, la légende, cette forme gracieuse de l'histoire 
populaire^ n'a pas manqué d'embellir le sujet. Sur les bords 
du Jaunay la légende non-seulement fleurit, mais elle fait 
souche et s'épanouit en rameaux. On en compte ici jusqu'à 
trois. 

Voici la première : « Un jour, un religieux du prieuré de 
la Chapelle-Hermier priait sur les bords du Jaunay. Soudain, 
sur la pierre du ruisseau, il vit une lavandière qui blanchis- 
sait son linge. Cette lavandière^ environnée d'une lumière 
éclatante, n'était autre que la Vierge Marie, devant laquelle 
le religieux tomba à genoux, il s'empressa d'élever près de 
là la chapelle de Garreau. » 

Ecoutez la seconde : 

« Un chevalier du moyen âge, ou peut-être un chef gallo- 
romain, — la légende n'a nul souci des dates, — s'était at- 
tardé, le soir, dans un château ou une villa d'alentour. Lors- 
(|u'il airiva pour traverser le Jaunay, un orage en avait grossi 
les eaux qui coulaient tumultueuses et rapides. Notre cava- 
lier n'hésite point, et s'engage au milieu du torrent. Bientôt 
son cheval perd pied, et, quoi qu'il fasse, est entraîné à la 
dérive. Pour la première fois, l'homme de guerre a peur : 
la nuit est noire, i'eau profonde..., il va périr. En cet instant, 
il fait un vœu à la puissante Mère du Sauveur. Si sa main 
secourable le retire du danger, il s'engage à bâtir sur la 
rive une chapelle à son Auguste protectrice... Le vœu à 
peine formulé, une énorme pierre se détache du lit du Jau- 
nay, surnage sous les pieds du coursier, et, merveilleux ra- 
deau, transborde, sains et saufs sur la berge opposée, le 
seigneur et son palefroi. » 



DANS LE DIOCÈSE DE LUÇON 233 

Le chevalier, fidèle à son vœu, se hâta d'édiflor le sanc- 
tuaire de Notre-Dame de Garreau. 

Troisième légende : 

« Une enfant de dix ans gardait un jour son troupeau sur 
le bord du ruisseau. Hélas ! la pauvrette était bien affligée ; 
elle était sourde et muette de naissance. Soudain, sur une 
pierre, au milieu du Jaunay, une noble dame lui taisait signe 
d'approcher. Nouveau prodige : elle l'entend qui lui dit : 
« Enfant, veux-tu me donner le plus blanc de tes agneaux ? >> 
Autre merveille : la langue de la petite bergère tout à coup 
s'est déliée : 

— « Volontiers, belle Dame , répond-elle, si ma mère 
« y consent, je vous donnerai mon agneau. » Et l'enfant de 
courir vers sa mère à la villa de la Saunerie : « Maman, 
« s'écrie-t-elle, une belle dame, brillante comme les anges 
« du paradis, qui me demande le plus jeune et le plus blanc 
« de mes agneaux !. . . » 

Ravie, transportée de joie, la pauvre mère, à ce miracle 
de bonté, reconnaît la Consolatrice de ceux qui pleurent : — 
« Un agneau! répond-elle, chère fille, mais c'est toute notre 
« bergerie qu'il faut courir lui donner ! Eh^ où est-elle, la 
« belle dame ? » 

Emues, elles arrivent sur les bords du ruisseau... Au milieu 
du Jaunay, il n'y a plus qu'une froide pierre. La Dame avait 
disparu. » 

Gomme partout, la légende ici sertd'introduction à l'histoire. 

Le pèlerinage fut, dès l'origine, desservi par les prieurs 
de la Ghapelle-Hermier, membres dépendant de l'abbaye 
d'Angles, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- 
Augustin. On les y trouve, dès le commencement du 
quatorzième siècle, y exerçant leur ministère et se défendant 
contre les prétentions des curés de Martinet. Ceux-ci, plus 
voisins du sanctuaire, plus souvent appelés par les pèlerins 
isolés^ cherchèrent plus d'une fois, mais en vain, à s'établir 
gardiens de la chapelle. 



23 î LES PÈLERINAGES A LA SAINTE VIERGE 

Son isolement laissait aux protestants toute facilité de la 
piller. Ils n'y manquèrent pas et, après leur passage, la 
chapelle était dans le plus lamentable état. En 1646, une 
fondation de messes y est faite par Loyse Audry, en 
faveur des Gordeliers d'Olonne. La nef principale fut 
bâtie en 1657. En 1663, une demoiselle Marie de la Guérinière, 
donna trente livres pour aider François Morisson de La 
Bassetière à augmenter d'une nef la chapelle, déjà reconnue 
insuffisante. Ces agrandissements se firent avec les matériaux 
de l'ancienne chapelle, sur lesquels on reconnaît çà et là des 
lignes de l'architecture ogivale. 

Le dernier pèlerinage eut lieu les 7 et 8 septembre 1791. 
Peu après, le chapelain, M. l'abbé Brillaud, curé de la 
Chapelle-Hermier^ fut arrêté et conduit à Fontenay (août 
1792) et mourut en Espagne. 

L'église fut en partie briilée par les Bleus ; mais, dès les 
premières années de ce siècle, la famille Fruchaud s'empressa 
de la réparera ses frais. M. l'abbé Nicolleau, confesseur de 
la foi pendant la tourmente, revint alors d'Espagne et fut 
nommé curé de la Chapelle-Hermier. Son premier soin fut 
de rendre au pèlerinage son lustre d'autrefois. L'antique 
statue avait disparu : elle fut remplacée par une autre, 
modelée par M. de Raggis, ancien chirurgien de marine. Nous 
n'osons pas dire qu'il fut un grand artiste; mais il était, ce 
qui vaut mieux, un excellent chrétien. 

Aujourd'hui, le pèlerinage a retrouvé sa célébrité passée. 
La veille de la Nativité, des pèlerins s'y rendent de fort loin; 
de Challans, de Saint-Jean de Monts, des Sables, de la 
Roche. Plusieurs passent la nuit en prières. Le 24 mars 1889, 
quatre mille hommes du canton de Saint-Gilles s'y réunis- 
saient sous la pré-sidence de M. Simon, vicaire général^ pour 
implorer Notre-Dame de Garreau de protéger leurs vignes 
menacées. 



DANS LE DIOCftSE DE LUÇON 235 



NOTRE-DAME DE LA SALETTE. 

Ne quittons pas Notre-Dame de Garreau sans saluer Notre- 
Dame de la Salette, sur la paroisse voisine de Martinet. 
M. l'abbé Robert du Bolneau, archiprêtre des Sablesd'Olonne, 
bénissait, le 19 septembre 1888, trois belles bannières des- 
tinées à orner ce sanctuaire, fondé en 18G8 par mesdemoi- 
selles Himène de Fontevaux. 

NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE 

A LA GARNACHE. 

La Garnache, distante aujourd'hui de quatre lieues de 
rOcéan, en était encore très voisine au seizième siècle. 
L'église était ruinée quand, en 1711, le B. Montfort vint 
donner une mission dans cette paroisse. Avec la permission 
de l'évêque et des habitants, il la fit restaurer sur un plan 
qu'il donna lui-môme. Il plaça la Vierge sous une sorte de 
pavillon soutenu par deux anges ; autour de la niche ovale se 
déroulait un rosaire, et des rayons d'or et de flammes 
partaient de la pieuse image. 

A la Garnache, la dévotion à la Sainte Vierge se mêle 
donc au souvenir si populaire et si vénéré du Bienheureux 
Montfort. Cependant, nous écrit M. l'abbé Girard, curé de 
cette paroisse, les uns attribuent son érection au souvenir 
de Lépante ; d'autres supposent qu'elle fut primitivement 
une chapelle en l'honneur de saint Léonard ; une troisième 
tradition prétend qu'elle fut bâtie par des marins, sauvés du 
naufrage à la suite d'un vœu à l'Etoile des mers. 

En 1856, une épidémie de fièvre emporta en quelques jours 
quatorze jeunes mères ; une procession fut faite et le fléau 
s'arrêta. En 1873, le 2 février, vingt-cinq mille pèlerins se 
pressaient autour de Notre-Dame de la Victoire. Plus récem- 
ment, le 27 septembre 1888, trente mille Vendéens et Bretons 



23(5- LES PÈLERINAGES A LA SAINTE VIERGE 

assistaient à une messe solennelle, célébrée par Monseigneur 
de Nantes dans une prairie voisine de la Chapelle. Tous les 
députés et sénateurs de la Vendée avaient répondu à l'appel 
de leur évêque, M*"" Gatteau. 

NOTRE-DAME DE LA BROSSARDIÈRE 

A LA TARDIÈREf 

Le 15 août 1505, des protestants étaient réunis dans un 
oratoire que leur avait bâti Charles de la Forest, sei- 
gneur de Vaudoré, dans un petit village nommé la Bros- 
sardière, à un kilomètre de la Ghâtaig-neraie. Un détache- 
ment de la garnison de Rochefort, fort d'environ cinquante 
cavaliers, parcourait la contrée, dans le but de protéger les 
catholiques et de veiller à l'exécution des Edits. Ils se pré- 
sentent devant le petit temple de la Brossardière. Un protes- 
tant en sort et décharge sur la troupe un coup de son arque- 
buse. Les huguenots se précipitent au dehors, et les soldats, 
furieux au souvenir du massacre de tant d'innocents, de tant 
d'églises incendiées, s'élancent sur les religionnaires, en 
massacrent une trentaine, parmi lesquels deux catholiques et 
en blessent quelques autres ; le surplus se sauva, et notam- 
ment le ministre. 

Beaucoup plus tard, en 1632, les seigneurs de Vaudoré, re- 
venus oc à la religion de leurs grands-pères, » songèrent à 
effacer ces lugubres souvenirs. Sur les ruines du temple 
protestant, ils élevèrent une chapelle expiatoire. Peu à peu 
le peuple d'alentour y vint prier, des grâces nombreuses y 
furent obtenues aux pieds d'une image de la sainte Vierge, 
et c'est de la sorte, comme' de lui-même, que s'établit le pèle- 
rinage. Rome n'a point voulu y dresser « un monument au 
crime », comme le prétend l'auteur de V Histoire des protestants 
du Poitou, iT. 1", p. 249), mais, à plusieurs reprises, elle 
accorda les indulgences accoutumées à ceux de ces enfants 
qui visitent cette chapelle dans les octaves de l'Assomplion 
el de la Nativité. {• 



DANS LE DIOCÈSE DE LUÇON 237 

NOTRE-DAME D'ESPÉRANCE 

Autrefois de Bourgenet 

A Talmont. 

Le savant abbé Baudry, curé du Bernard, recueillit en 
1874, dans une petite notice, ce que la tradition et l'histoire 
ont pu sauver de ce pèlerinage ancien, récemment restauré. 

NotrerDame d'Espérance, plus connue sous le titre de 
Notre-Dame de Bourgenet, sur la paroisse de Saint-Hilaire 
de Talmont, au bord de l'Océan, était la chapelle d'un prieuré 
conventuel dépendant de l'abbaye de Maillezais, dont elle 
partagea "les vicissitudes. Espoir des marins en détresse, 
elle leur tendait son bras et sa protection. De là son nom. 

Quant à son origine, elle remonte au onzième siècle, sinon 
plus loin. 

Elle serait, d'après la légende, avec Orbestier et la Meille- 
raye, l'une des trois chapelles bâties par la reconnaissance 
de trois princesses qui échappèrent miraculeusement au 
naufrage. La construction primitive, la forme de la crypte, 
accusent nettement l'architecture romano-byzantine. 

Les bienfaiteurs de la chapelle et du prieuré furent les 
princes de Talmont, Guillaume, Savary et Raoul de Mauléon, 
auxquels succédèrent les seigneurs de Thouars, et enfin les 
ducs de la TrémoïUe. Le district des Sables vendit la chapelle 
le 23 juin 1791, et la statue fut jetée à la mer ; mais les flots, 
qui la ramenèrent au rivage, noyèrent peu après, par un 
temps calme, les deux marins coupables du sacrilège. Rendue 
à son sanctuaire, la vénérable statue disparut en 1814, et fut 
portée à l'hôpital des Sables^ gouverné par les Pilles de la 
Sagesse. Elle y resta quelque temps sans honneur; mais, à 
la suite d'une grâce obtenue, ces pieuses fillesdu Bienheureux 
Montfort lui bâtirent sur la plage , à l'extrémité sud du 
Remblai, une coquette chapelle uù Notre-Dame de Bour- 



238 LES PÈLERINAGES A LA SAINTE VIERGE 

genêt continue de recevoir l'hommage des marins,, sous le 
titre de Notre-Dame de Bonne-Espérance. 

Cependant l'antique chapelle et son pèlerinage semblaient 
pour toujours voués à l'oubli. De la chapelle primitive l'in- 
souciance ou la cupidité avaient fait une sorte de carrière, 
où chacun puisait à son gré. Mais en Vendée les ruines se 
relèvent toujours. Quand les murs eurent disparu sous 
l'herbe et qu'il ne resta plus que la crypte, à peine soup- 
çonnée, Dieu permit quun homme de cœur en devint pro- 
priétaire. 

M. le comte de Beaumont, aidé par le clergé de Saint- 
Hilaire de Talmont et le peuple d'alentour, prit l'initiative 
d'une restauration complète. Quelques semaines suffirent à 
déblayer les ruines, à restaurer la crypte et à bâtir une élé- 
gante chapelle. Le 25 août 1874, à l'appel de Ms"" Golet, évêque 
de Luçon, plus de dix mille Vendéens, et neuf paroisses en 
procession, vinrent célébrer cette résurrection inattendue. 

Si nous ne craignions de réveiller une douleur qui n'est 
pas endormie, nous parlerions du regret, mêlé à la joie des 
pèlerins, qui ne voient plus, dans sa chapelle rebâtie, l'an- 
tique statue de Notre-Dame de Bourgenet. . . 



NOTRE-DAME DE RECOUVRANCE 
A Saint-Gîlles-sur-Vie. 

Nous devons à la plume élégante qui a rédigé l'his- 
toire de Notre-Dame de Garreau. et qui nous a fourni tant 
d'autres renseignements sur les pèlerinages vendéens, les 
documents sur ce sanctuaire. « Gar j'ay, dit-il, avec le vieil 
annaliste poitevin Jean Bouchot, une particulière affection 
à parler des antiquités de la ville ou j'ay prins ma nativité. » 

Notre-Dame de Recouvrance est un vocable que nous ren- 
controns à Paris, à Orléans, en Bretagne, en Normandie et 
ailleurs. Mnrie, sous ce titre, fui honorée par les marins de 



DANS LE DIOCIOSE DE LUÇO\ 239 

Saint-uilles, dès la fin du treizième siècle, si, à df'- faut d'ar- 
chives disparues, on consulte ses vieilles murailles. Dès cette 
époque, les pêcheurs payaient un tribut volontaire à Notre- 
Dame de Recouvrance. Chaque bateau prélevait sur sa re- 
cette quelques pièces d'argent qu'on ofîrait à la chapejlc. 
Touchant usage que le « progrès » n'a pas fait disparaître ! 

Au quatorzième siècle, le pèlerinage était déjà en renom 
sur la côte vendéenne. Le 28 mars 1364, Jehan Bernard, de 
Saint-Jean de Monts, y fondait à perpétuité deux messes à 
célébrer le jour de la Conception-Notre-Dame. Diverses libé- 
ralités aidèrent, au seizième siècle, à la restauration de l'édi- 
fice, mais au printemps de 1574, Saint-Gilles fut pris par les 
huguenots, les prêtres chassés, le culte aboli, et la chapelle 
tomba en ruines. 

Elle ne put être réparée qu'en 1686. « On y plaça un autel 
neuf, dans ce mauvais goût théâtral qui sévissait alors dans 
toute sa laideur. La piété fut de tout temps fort ingénieuse. 
Quand on chauffait le four banal, la « quêteuse de la Vierge » 
recueillait dans sa jatte d'osier de petites poignées de pâte, 
et de toutes les offrandes réunies, elle préparait lo « pain de 
la Bonne-Dame. » Le dimanche suivant, ce pain était vendu, 
à la sortie de la messe, au profit de Recouvrance. 

Avec ce modeste tribut, avec le produit des troncs et di- 
verses aumôaes, un enfant du pays, Jacques Bethuys, reli- 
gieux Carme, entreprit, en 1701, une nouvelle restauration. 

Un arrière-neveu de ce Carme, le capitaine Bethuys-la- 
Bloire, natif aussi de Saint-Gilles, fut, en 1771, surpris par un 
cyclone dans la mer des Antilles. En un instant, son navire, 
la Marianne, est désemparé : « Nous coulons bas ! s'écrie le 
capitaine. Un vœu, enfants, tous un vœu à Notre-Dame ! » 
L'équipage pria, comme en de pareils moments les matelots 
savent prier. ..nA Dieu vat ! » crie aussitôt une autre voix... 
elle venait d'un oavire qui passait au large. Aussitôt, virant 
de bord, ce dernier vient recueillir les naufragés. Le tableau 
commémoratif de ce fait existe encore dans le sanctuaire. 



240 LES PÈLERINAGES A LA SAINTE VIERGj^ 

La chapelle de Recouvrance était dans un état prot'père, 
quand survint la Révolution. Saint-Gilles, qui avait acclamé 
89. subissait 93 : la chapelle, dépouillée, devint un corps de 
garde, puis une maison rl'arrèt. Enfin, privée de sa char- 
pente, dont les poutres avaient servi à chauffer les fours 
militaires, la pauvre chapelle fut adjugée, le 18 novembre 
1796, moyennant cent huit fi'ancs. 

Disons à la louange des habitants de Saint-Gilles que l'ac- 
quéreur était un étranger , qui , bravant l'indignation pu- 
blique, la démolit et prit les pierres pour clore son jardin ; 
ce jardin lui-môme n'était que la prairie de la cure, où s'élève 
aujourd'hui le commissariat de la marine. Consommant cette 
ruine, une route passa sur le sanctuaire disparu. 

Si le destructeur de la chapelle avait péri de. mort subite et 
misérable, tout espoir de résurrection semblait cependant 
pour jamais évanoui. Une croix de mission avait bien été 
plantée, en 1826, sur l'emplacement de la chapelle, des vœux 
timides avaient été exprimés, quand, tout à coup, on apprit à 
Saint-Gilles qu'un enfant du pays, Narcisse Pelletier, délaissé 
dans une île d'Australie et que sa pauvre mère croyait mort, 
revenait après dix-sept ans. Quelle fête ! On le conduisit en 
triomphe à l'église paroissiale, à cet autel de la sainte Vierge 
oîi la mère était venue tant de fois le réclamer, et, ce jour 
même, la population résolut de rebâtir la chapelle. 

L'année suivante, 1880, M^"" Catteau inaTigurait le nouveau 
sanctuaire, bâti dans l'établissement des Frères de Saint- 
Gabriel, et non loin de l'ancienne chapelle de Recouvrance 

NOTRE-DAME DE LA SAINTE FAMILLE DU GtlÊNE 

A LA RaBATELIÈRE 

C'est un pèlerinage récent. 

Le tronc d'un vieux chêne a été le premier autel ; puis une 
chapelle est venue se souder à ce sanctuaire rustique. 



DANS LE DIOCÈSE DE LUÇON 241 

La première pierre fut posée par M8' Poirier, évoque de 
Roseau (Antilles), et la chapelle bénite par M" Golet, au mois 
d'octobre 1874. 

Dans cette même paroisse, le zèle de M. le curé Hillairet et 
la bonne volonté des paroissiens, ont su transformer un 
coteaucouvert d'ajoncs en une petite montagne factice sur 
laquelle des sentiers, dessinés avec art, conduisent à N.-D. 
de laSalette. 

Trois groupes, comme au diocèse de Grenoble, représentent 
les phases de l'apparition. 

Le 23 septembre 1888, M. l'abbé de Suyrot bénissait la 
montagne nouvelle, les statues et les groupes. 

Et voici pour la catholique Vendée un pèlerinage de plus ! 

Aux Sables-d'Olonne, dans le vieux cloître du prieuré des 
Bénédictines de Sainte-Rad ego ride, transformé en petit sémi- 
naire, s'élève une remarquable statue de la sainte Vierge, 
due au ciseau de Barreme^ d'Angers, à laquelle on peut 
donner le titre de : 

NOTRE-DAME DU SCEPTRE. 

Un petit livre, intitulé : Le mois de Marie de la jeunesse 
chrétienne, par l'abbé Michaud, curé des Sables^ raconte à 
son sujet une touchante histoire que nous abrégeons. Par le 
commun suffrage des maîtres et des élèves, la Mère de Dieu 
avait été déclarée Reine du petit séminaire. Comme symbole 
de cette royauté d'élection, un sceptre d'or fut déposé dans 
les mains de la statue, et chaque classe, tous les ans, lui 
payait quelque léger tribut. 

Le 27 décembre 1835, un incendie éclatait au milieu de la 
nuit. Activées par le vent du nord, les flammes menacent 
bientôt de tout détruire. Les élèves s'échappent à grand'- 
peine. Le supérieur, M. l'abbé Dalin, s'en va droit à l'image 
de Marie, saisit le sceptre, et, le jetant dans l'endroit où le feu 



242 LES l'ÈLERlXAGES A LA SAINTE VIERGE 

est le plus dévorant : « Mère, s'écrie-t-il, c'est maintenant, 
qu'il convient de montrer que vous êtes notre Souveraine I » 

A l'itistaiit, le vent tombe et l'incendie s'arrête. Tandis que 
les pièces d'or et d'argenterie sont retrouvées en lingots, 
que le ter lui-même est tordu par les flammes, le sceptre, 
légèrement noirci, apparaît le lendemain au milieu des 
cendres encore brillantes. 

Replacé entre des mains qui surent si bien s'en servir, il 
est aujourd'Imi, ainsi que la statue, l'objet de la vénération 
et le but d'un pèlerinage. 



NOTRE-DAME DE LORETTE 

A LA FlOCELLLIÈRE. 

Sous le titre de Conte vrai du dix-septième siècle^ M. René 
ValletLe a narré la galante histoire de M"° Hamilton, 
surnommée, à la cour de Louis Xlil, la belle Ecossaise, et du 
marquis de la Flocellière, Jacques de Maillé-Brézé. Mariée 
in extremis, Elisabelh Hamilton ne jouit pas longtemps des 
bijoux, perles et diamants sans nombre que lui avait donnés 
son époux ; il les avait lui-même reçus de sa mère, Robinette 
Hamon, et des reines Marguerite de Valois et Marie de 
Médicis. 

Si riche qu'elle soit, une corbeille de mariée ne fait pas le 
bonheur, mais elle peut servir au rachat des fautes et aux 
bonnes œuvres. C'est ce qui eut lieu. Elisabeth mourut 
quelques jours après son mariage. Par son testament, du 
26 février 1617, elle laissait diamants, perles et bijoux, pour 
fonder un couvent de Carmes à la Flocellière, et une chapelle 
de N.-D. de Lorette, qui ne fut terminée qu'au bout de dix- 
huit ans. 

Vendu en 1702, le monastère fut détruit par Grignon et la 
chapelle brûlée. C'était une ruine, prête à disparaître en 1867, 



DANS LE DIOCÈSE DE LUÇON 243 

quand M. l'abbé Dalin, supérieur du petit séminaire des 
Sables, précédemment successeur à Saint-Laurent-sur-Sèvre 
du B. Montlort, l'ut nommé curé de la Fiocellière. La tendre 
piété d' cet homme de Dieu pour Marie lui inspira la pensée 
de rek'\er la chapelle et de ressusciter le pèlerinage. Il le fit, 
comme il savait faire toute chose, avec un goût exquis. 
Depuis vingt ans, la contrée garde le souvenir de la fête qui 
marqua l'inauguration du sanctuaire restauré , et les 
paroisses d'alentour y viennent en pèlerinage. 

NOTRE-DAMh: DES MARTYRS DE LA VENDÉE, 
A Saint-Etienne du Bois. 

Sous ce titre, la paroisse de Saint-Etipnne du Bois garde 
le souvenir, au hameau de la Tulivrière, d'un des plus 
saisissants épisodes de la « guerre des géants ». Lorsque le 
sanguinaire Turreau brûlait la Vendée et égorgeait sans 
merci ses habitants, M l'abbé Ténèbre, curé de Groix-de- 
Vie^ construisait lui-même cette chapelle, à la lueur des 
flammes qui consuxaient les églises de Légé et de Saint- 
Etienne. Ce pauvre sanctuaire,, bénit en secret par M. l'abbé 
de Beauregard, grand vicaire de Lucon, servit au saint 
prêtre d'église paroissiale. 11 y fut arrêté, après fructidor, au 
au soir d'une première communion nombreuse. Déporté à 
Cayenne, en compagnie de M. de Beauregard, le futur évêque 
d'Orléans, l'abbé Ténèbre revint et mourut, en 182.^, curé de 
Vairé. Un monument à la Sainte Vierge conserve de môme 
le souvenir d'un massacre de cette affreuse époque. 

Elevée à la hâte, la chapelle de la Tulivrière allait s'écrou- 
ler, quand, en 1835, les. habitants la remirent en état de 
recevoir la bénédiction solennelle que lui apporta, le 19 mai 
de l'année suivante. M»' Soyer, évêque de Luçon. L'un de 
ses successeurs, Me-^ Lecoq, y présidait un nombreux pèleri- 
nage au mois d'octobre 1875. 

ToME ni. — Juillet, Août, Septembre 1890. 16 



244 LES Pi:LERl.NAGE.-< A LA SAINTE VIERGE 

Aux Lues, paroisse dePuymaufrais, M. Amédée de Béjarry 
a érigé une statue de Notre-Dame de Lourdes. Ghavagnes 
en Paillers possède aussi dans l'enclos des religieuses Ursu- 
lines, et sous ce titre, une grotte qui attire les paroisses du 
voisinage. 

Terre des martyrs, ô Vendée! c'est dans ta foi sans doute, 
qu'il faut chercher le secret de tes héroïsmes. Mais les mille 
arceaux, dressés au bord de tes chemins pour rappeler la 
la Vierge Marie, les confréries en son honneur fondées dans 
presque toutes les paroisses par le Bienheureux Montfort, 
dont tu gardes le tombeau, le rosaire que récitaient tes 
enfants en allant au combat, le Sacré-Cœur qui décorait leur 
poitrine, toutes ces causes et d'autres encore ont suffi 
longtemps à entretenir ton indomptable énergie ! 

Puisses-tu demeurer toujours fidèle à un passé si plein de 
gloire* î 

Le R. I^. Ji::a.\-Emmanuel Drochon, 
des Auyustms de VAssomption. 



' Ces pages, gracieusement offertes en primeur à la Revue, sont extraites 
d'un très remarquable ouvrage illustré qui paraîtra en octobre prochain 
chez Pion et Nourrit, éditeurs à Pai-is, sous le titre : Histoire illustrée des 
pèlerinages français de la Très Sainte Vierge. L'ouvrage est orné de 350 
gravures et de vingt cartes indiquant par provinces et diocèses le nombre des 
pèlerinages et leur importance. Grand in-4o de i:JOÛ pages. Prix 20 fr. broché. 

Respectueux de la liberté de nos collabarateurs, nous laissons au R. P. 
Drochon toute la responsabilité des opinions émises au cours de cet article. 



^M 



LES SIÈGES 



|)K 



L'ABBAYE DE SAINT-MICHEL-EN-L'HERM 



15G8-1569 



ApiiKs avoir i-aiiiô de lo;iil eu comble les églises dd 
Fontenay (5 septembre 1568) et, pendant plusieurs 
jours, saccagé cette maltieureuse ville, les protestants 
vainqueurs poursuivaient en Bas-Poitou leurs exploits san- 
guinaires, pillant et brûlant sans pitié les monuments reli- 
gieux qui se trouvaient sur leur passage. La désolation était 
partout, dans lesvilles comme dans les campagnes, et l'évêque 
de Luçon lui-même se voyait contraint d'abandonner son 
palais épiscopal en cendres , après avoir lait transporter 
quatre pipes, remplies des papiers et des objets les plus 
précieux, dans l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm. Ce mo- 
nastère, qui était alors la place de sûreté des, catholiques de 
cette région et qui jusque-là semblait avoir échappé au 
vandalisme des protestants, allait bientôt partager le sort 
commun et tomber lui aussi sous leurs coups. 

Au dire de La Popelinière, un fort et une église auraient 
été élevés à Saint-Michel pendant l'occupation anglaise. 
Cette dernière, construite de façon à pouvoir supporter un 
siège, avait des dimensions considérables, 'ùa cloîtres y 



246 LES SIÈGES DE l'aMHAYE 

étaient attenants ainsi que les autres bâtiments destinés à 
l'usage des religieux. Le tout était entouré d'une muraille fort 
épaisse, percée de nombreuses meurtrières. Mais dans les 
derniers temps, on avait été obligé de la fortifier de bastions 
à angles saillants et d'un fossé très profond, afin d'opposer 
aux armes à feu une résistance plus grande*. Au milieu de 
celte enceinte se dressait une tour de plusieurs étages, domi- 
nant le pays et dans laquelle les religieux avaient amassé 
un grand nombre d'engins de défense. En prévision d'un 
siège prociiain, la puissante abbaye avait pris ses mesures 
et les bâtiments regorgeaient de provisions de toutes sortes. 
Mais en face du danger, les moines ne furent pas tous égale- 
ment courageux, et, dès les premières annonces du siège, la 
plupart d'entre eux se retirèrent à Angers ou dans des mai- 
sons amies. 

La défense de l'abbaye fut confiée par l'abbé au sacristain 
Chàteaupers, gentilhomme du pays, qui avait toute sa con- 
fiance. A l'instar du chanoine Ghàteauclers , le vaillant 
défenseur de Luron, Chàteaupers examine avec soin les 
murs d'enceinte, la tour et les bâtiments, veille à ce que 
chacun soit à son poste, encourage tout le monde par son 
exemple, et attend bravement les protestants qui s'ap- 
prochent sous la conduite de Pierre des Vilattes, seigneur de 
Champagne, de Jacques de Goulène, chevalier de Malle, et 
d'autres gentilshommes. L'armée ennemie formée d'une 
puissante cavalerie et de sept compagnies d'arquebusiers, 
vint prendre position devant les murs de l'abbaye, dans les 
premiers jours qui suivirent la prise de Fontenay. Du haut 
des murailles, les paysans renfermés dans le monastère les 
voyaient s'avancer dans le lointain, pillant et incendiant 
leurs chaumières et leur granges. Deux couleuvrines amenées 
de l'île de Ré vomissent la mitraille sur les assiégés, qui 

• Ces bastions au nombre de quatre, portaient à leur sommet un chemin 
(le ronde et d<;s échaui.'^uettes, dont les deux })rincipalei> rej^^ardaient Luçon 
ei le bourt^de baint-Micliel. 



DE SATXT-MICIIEL-KN-LHERM 2-47 

résistent énergiquoment aux attaques des protestants et les 
repoussent victorieusement après leur avoir tué cent vingt 
hommes. Donnant alors « Ip^ moynea à fou^i les diables n, 
Pierre des Vilattes fait enlever ^es blessés qui gisaient 
autour de la place et, se retirant hors de la portée des 
assiégés, prépare contre eux un vigoureux retour offensif. 
Un assaut donné à quelques jours de là ne fut pas plus 
heureux, malgré la trahison d'un moine, le capitaine Cham- 
pagnaCy qui, connaissant le point faible de la place, s'offrit d'y 
conduire 500 arquebusiers bien décidés à vaincre ou à mou- 
rir. Le succès était sur le point de couronner leur audace, 
lorsqu'un religieux, d'un coup d'arquebuse, atteignit mortel- 
lement à la tête le moine apostat, chef de l'expédition. 
Découragés par ce nouvel échec, les survivants battent en 
retraite : l'abbaye était une seconde fois sauvée. Mais l'heure 
marquée pour sa chute avait sonné ! 

Des émissaires de Pierre des Vilattes envoyés à La Rochelle 
en ramenèrent sous caution trois canons et sept compagnies, 
sous la haute drection du marquis de Goulène. Ils manœu- 
vrèrent tant et si bien qu'à la fin de l'année, le capitaine 
Lnqardo put de nouveau gagner le bourg après avoir rallié à 
lui tous les soldats qui en gardaient les entréeset les avenues. 
Afin de connaître parfaitement le terrain et assurer les ma- 
nœuvres de l'infanterie, Paravant avait envoyé ses cavaliers 
un peu dans toutes les directions. Mais Ghâteaupers« homme 
de tète et guerripr sons le froc » veillait, et en stratégiste con- 
sommé, il entreprend, contre un ennemi bien supérieur en 
nombre, une guerre de rues et d'embuscades : la parfaite 
connaissance qu'il avait des lieux lui donnait, du reste, un 
avantage considérable. Des maisons crénelées, des barricades 
élevées au coin des rues, les avenues du bourg avoisinant 
l'abbaye transformées en tranchées gabionnées avec soin, 
deviennent de redoutables forteresses derrière lesquelles les 
assiégés peuvent sans danger tuer presque à bout portant 
les cavaliers imprudemment engagés dans ce dédale de pièges 



2-i8 LKR SIKGKS DK l'aBRAYE 



e 



Mais l'avantape du UD'iibrc demeurait toujours aux protes- 
tants, qui, confiants dans leur succt^s, venaient de refuser aux 
moines la ueufralité. Ces derniers ayant demandé appui au 
comie de Lude^, gouverneur de la province, n'en avaient reçu 
qu'un secours insignifiant, cinquanle hommes et cent dix 
moines pris de remords, que le capitaine Vagitaf/ parYxni à 
grand'peine à jeter dans la place. Livrés à leurs propres 
forces et ne comptant plus <=ui' aucun secours étranger, les 
assiégés prennent alors le parti de rompre les écluses, inon- 
dant ainsi les environs, de sorto qu'il n'était plus possible de 
faire approcher ilu canon par terre. Les protestants en firent 
venir par mer. Vers la fi'i de décembre 1568, trois nouveaux 
canons et deux couleuvrines munis de leurs affûts sont em- 
barqués à La Rochelle à destination de Saint-Michel, sous la 
direclion âe Scipion Verr/ano., célèbre ingénieur italien, et de 
quelques canonniers anglais. Par suite des difficultés d'a- 
bordage, une des pièces de canon, qu'on voit encore au- 
jourd'hui dans le parc de M. l^eroux, resta envasée dans le 
Clienal-Vieiix, d'où on la retira après le siège. Quant aux 
autres, elles furent après des peines infinies hissées sur deux 
forts bateaux plats recouverts de gros madriers. A marée 
basse on inslalla sur les vases molles un plancher en bois, 
et de puissants attelages de bœufs amenèrent à Saint-Michel 
les pièces, qui furent immédiatement braquées sur l'avenue 
de Luçon contre la courtine et la grosse tour. 

Dès le commencement du nouveau siège, le capitaine La 
Couture fut tué : les protestants sommèrentalors les assiégés 
de se rendre, mais ceux-ci qui appelaient plaisamment 
les pièces de canon amenées contre eux « des pompes de 
navire, » accueillirent cette sommation par des rires et par 
des quolibets à l'adresse des huguenots, t'urieux, ces derniers 
se précipitent à leurs pièces et pendant cinf] jours entiers, 
du lundi 3 janvier au vendredi 7, ils battent sans relâche les 
murs de l'abbaye. Le vendredi soir enfin, la muraille située 
du côté de Luron offrait une brêehe, mais elle était tellement 



DE SAINT-MFC1IKL-EN-L*ERM 2-'é'.> 

étroite que les assiégés s'en émurent à peine. Deux soldats 
envoyés en reconnaissance déclarèrent que le pavé de l'égliso 
était si bas etles défenses si solides, qu'il était inutile de con- 
tinuer plus longtemps l'attaque de ce côté. Le capitaine 
Gransevillr ayant voulu sonder avec un fer de lance la pro- 
fondeur de la tranchée, fut tué sur le coup. 

Guidés par des traîtres qui leur affirmèrent que la mu- 
raille située du côté des cloîtres ne pourrait résister au 
canon, les assiégeants changèrent aussitôt leurs batteries. 
Prévenus de ce qui se passait^, les catholiques, de leur côté, se 
mirent à creuser, derrière la muraille qu'on voulait battre, un 
large et profond fossé. Des meurtrières percées dans le mur, 
les moinespouvaienttirersansgrand dangeretpresque à bout 
portant contre ceux qui oseraient tenter d'escalader la brèche. 
Et d'ailleurs qu'avait-on à craindre? Une vieille prophétie 
qu'on se répétait n'assurait-elle pas que la chapelle, bâtie 
sous l'invocation de saint Michel, était imprenable^ et que 
ceux qui voudraient y pénétrer de force tomberaient morts 
sur place « la face tournée devant derrière ? » Les deux in- 
succès des protestants ajoutaient encore à l'enthousiasme 
des paysans et des soldats ; mais malheureusement cet excès 
de confiance les perdit. Tandis que les assiégeants redou- 
blaient d'énergie pour s'emparer de la place, on négligea 
toute précaution, en même temps qu'une surveillance moins 
grande fut exercée. Le samedi 8 janvier, l'artillerie pour- 
suivant ses ravages avait tellement élargi la brèche, que 
dix hommes pouvaient s'y présenter de front. Le lendemain, 
dimanche, les canons cessent de tonner, et, à la voix de leurs 
chefs, les assiégeants s'élancent en colonnes serrées à l'assaut 
de la redoutable forteresse. Mais en arrivant sur la brèche, 
la première compagnie se trouve arrêtée par une muraille 
vivante : plutôt que de céder sous les coups des assaillants, 
les moines se font tuer surplace et forment de leurs corps 
un rempart derrière lequel combattent héroïquement les 
assiégés. Mais le nombre doit l'emporter : paysans et soldats 



250 LES SIÈOES DE l'aRRAYE 

reculentdevant ce flot qui les submerge. En vain Châteaupers 
prodigue prières et menaces : une panique indescriptible, 
un sauve-qiii-peut général annoncent que les protestants 
se sont enfin rendus maîtres de la place. Ivres d'un triomphe 
chèrement acheté, les vainqueurs égorgent sans pitié tous 
ceux qu'ils trouvent sur leur passage. Ni les supplications 
des vieillards et des femmes, ni les larmes des enfants ne 
les arrêtent dans leur sanguinaire besogne et bientôt les ga- 
leries, les caves, les citernes sont remplies de cadavres ; 
plus de 400 personnes trouvèrent la mort dans cet affreux 
massacre. Un misérable du nom de Forteau, par un raffine- 
ment de cruauté sauvage, réserva même plusieurs de ces 
malheureux pour avoir chaque jour le détestable plaisir d'en 
tuer un de sang-froid. Le butin fut immense, car, outre ses 
propres richesses, l'abbaye de Saint-Michel renfermait tout 
ce que l'évêché de Luçon, la noblesse et les principaux habi- 
tants du pays avaient de plus précieux'. Châteaupers qui avait 
réussi à s'échapper fut repris par les réformés. Pendant qu'on 
discutait les conditions de sa rançon, un soldat trouva par 
hasard des lettres destinées à certains amis etdans lesquelles 
étaient assez malmenés la plupart des chefs de l'armée hu- 



* Les vainqueurs ravirent aussi le trésor de l'abbaye, les vases sacrés, les 
ornements, les reliquaires et jusqu'aux cloches et aux plaques de cuivre des 
tomb 'S qui étaient situées dans l'église et dont quelques-unes remontaient 
à une très haute antiquité Ils. s'emparèrent également du collier de l'ordre, 
donné par Louis XI à saint Michel, à la suite d'un vœu fait par ce dernier 
lors d'une chasse au sanglier qui eut lieu le 23 décembre 1472 dans le bois 
de Maleboire près de Mortagn^-sur-Sèvre, où il était vpnu dnns le but de 
régler le mariage de Philippe de Commynes avec Hélène de Chambes, et dans 
laquelle il eût certainement perdu la vie, sans le courage de Nicolas Séguin, 
prieur claustral de Saint-Michel en-l'Herm, qui, après avoir voué le roi à 
saint Michel, tua d'un coup d'épieu, le sanglier blessé qui s'élançait sur lui, 
prêta, le mettre en pièces. En témoignage dp sa reconnaissance perpétuelle 
envers saint Michel, pour la visible protection qu'il venait d'accorder au 
royaume et à sa personne royale. Louis XI, outre le collier en or qu'il por- 
tait à son cou ce jour là, fit don à l'abbaye d'un relief d'albâtre, représentant 
l'archange à cheval, perçant d'un coup de lance un sanglier furieux, à côté 
d'un roi en prières. Ce magnifique relief, dû au ciseau du célèbre sculpteur 
tourangeau Michel Colombe, fut brisé dans le pillage. 



DE SAINT-MICIIEL-EN-L'IIERM 251 

gnenote. Peu s'en fallut que le vaillant défenseur de l'abbaye 
n'eût le sort commun : cejjendant, grâce à l'intervention du 
seigneur de Champagne, il lut envoyé comme prisonnier à 
La Rochelle où peu de temps après on le mit à mort. Forteau 
laissé à Saint-Michel après le siège, avec ordre de ruiner 
entièrement l'église et le monastère, exécuta la sentence 
d'extermination avec le plus grand acharnement. 

De cette immense et magnifique construction qui avait si 
longtemps servi de boulevard contre les Anglais ; de cette 
tour d'où la vigie signalait l'ennemi aux habitants de la 3Ôte : 
de ces titres qui assuraient aux communes rurales du pays 
la possession de droits importants dans le marais, il ne resta 
plus rien. Des ruines gigantesques demeurèrent pendant de 
longues années comme les témoins attristés de ce siège san- 
glant dont les traces subsistaient encore en 1611, ainsi que 
l'atteste l'extrait suivant d'une enquête faite à cette époque 
sur le pillage et la destruction de l'abbaye royale de Saint- 
Michel-en-l'Herm. 

« Du lunli deuxième jour de mai 1011, à neuf heures du 
« matin, au parquet et auditoire de Luçon, par Abraham 
<< (iastaud, sieur du Vignaud, assesseur criminel au siège 
« royal de Fontenay-le-Comte, ouïs les témoins que Pierre 
« lies Villattes, sieur de Champagne, de la R. P. R., avec 
<' nombre de soldats d'infanterie et de cavalerie de la R. P.R. 
" allèrent mettre le siège devant la dite abbaye, laquelle ils 
« forcèrent après avoir fait brèche au mois de janvier 1509, 
« mirent à mort ceux qui étaient dedans, butinèrent ce 
« qui y avait été réfugié par les voisins, et l'ayant démolie 
« et désertée entièrement, n'y laissèrent que les ruines, 

lesquelles s'y voient encore à présent que la 

« dite église et abbaye furent assiégées par ceux de la dite 
« religion, conduits par le sieur Fortereau nommé capitaine 
«c et le dit feu des Villattes et Poullain qui forcèrent la dite 
« place à coups de canons qui avaient été emmenés de La 
^ Rochelle sous la caution, comme il ouï dire, et que tout ce 



•J'/J T.KS SIKOER DE LARRAYE DE SAINT-MICHEL-EN-L'HERM 

« qui fut trouvé dedans, soit de ce qui appartenait aux 
<i liabitants du dit bourg que d'autres endroits, fut ravi et 
« emporté par les soldats et les gens de guerre de la dite 

• religion que ladite abbaye était forte et lieu de 

« retraite pour les catholiques, et qu'elle fut assiégée par les 
« capitaines Forteau, Verreau, Poullain avec le feu sieur de 
« Champagne et par eux prise et forcée, et après avoir dé- 
«< moli l'église et la dite abbaye, ils ont emporté ce qui était 

a dedans que le dit feu sieur de Champagne était un 

« des assiégeants et que môme sans des responsion les 
«< habitants de La Rochelle baillèrent du canon pour battre 
9 la dite abbaye qui fut prise un jour des Rois*. Deux 
« témoins attestèrent ce dernier fait. Déposition de Jean 
« Aymond, sieur de la Petitière, paroisse d'Azenai qu'en l'an 
'< 1569 le feu sieur de Champagne, avec plusieurs autres, 
•c sous le commandement de Valdune, lieutenant de M. de la 
« Rochefoucauld, serait venu investir l'abbaye de Saint- 
ce Michel, laquelle fut forcée à coups de canon et prise par 
« assaut, et tuèrent ce qu'ils rencontrèrent d'abord, prirent 
« et pillèrent tout ce qu'ils trouvèrent. 
« Fait au lieu noble de la Petitière'. » 

Fontenay-le-Comte, septembre 1890. 

Louis Brochet. 



* D'après le chroniqueur du Langon qui vivait en lôOg, les protestants n 
seraient entrés dans l'abbaye que le dimanche 9 janvier. 
' Extrait des manuscrits di' Dom Fonteneau, vol. 14. 




I 




LA l'OriTE L0I1I:e de LAI3UAYE DE LA BLANCHE^ 
A NOIRMOUTIEU. 



(Kxl. ..les I*i.iijsrtrcs et yiounnintls iJh l'oiOjU). 



CHARTES 

CONCERNANT LA FONDATION 



DE 



NOTRE-DAME LA BLANCHE 



A NOIRMOUTIER 



(Suite*.) 



Don fait par Hue les II, de Thouars, avant son élévation 

A LA DIGNITÉ DE VICOMTE DE ThOUARS, DE VINGT SEXTIERS 
DE FROMENT A PRENDRE SUR SON FROMENTAGE d'AiRVAULt'. 
(1229). 

UNivERSisChristifidelibuspre- 
sens scriptum inspectu- 
ris, Hugo vicomes Thoarcii, 
salutem in Domino. 
Noverit universitas vestra quod 
donacionem quam de viginti 
sextariis frumenti super fru- 
mentagio nostro de Aurea valle, 
ad mensuram ejusdem ville, an- 
nuatim, in perpetuum capien- 



ATOus les fidèles chrétiens, 
qui verront cet écrit, 
Hugues vicomte deThouars, 
salut en Xotre-Seigneur. 
Sachez tous qu'avant notre élé- 
vation au titre de vicomte, nous 
avions donné à Dieu et à l'abbaye 
de l'Ile Dieu, pour le salut de 
notre âme et celui de nos pa- 
rents, vingt sextiers-' de fro- 



' Voir la dernière livraison. 

• Airvaiiit ou Oirvault dans les Deux-Sèvres, doit son origine à une église 
fondée à la fin du X^ siècle par Aldéarde d'Aulnay, épouse d'Hébert II, vicomte 
de Thouars. 

^ Sexiier, actuellement sétier, raesui'e de grains de six boisseaux et variant 
suivant les localités comme le boisseau lui-même. 



254 



CHARTES DE NOTRE-DAME-LA-RLANCIIE 



dis, propter salutem anime nos- 
tre et parentum nostrorum , 
ante tempus vii-omitatus nos- 
tri, Deo et abhacie Insuie Dei 
fecimus, nos, adepti viconiitatum, 
jure hereditario , continofentem 
gratam liabemus et firmam in 
perpetuum et presenti cartula 
sigilli nostri munimine roborata 
confirmamus, volentes maxime et 
districte precipientes, ut semel in 
anno, in perpetuum, infra quin- 
decim dies proximos post festam 
omnium sanctorum, predicti fru- 
mentagii nostri roceptores, visis 
litteris abbatis predicte abbatie 
super hoc dirigendis, mandate 
ipsius, predicta vigenti frumenti 
seitaria, expedite et absque mora, 
non expectatoalionostro mandate, 
intègre et fideliter persolvant. 

Datura anno gracie M" CC° XX" 
nono. 



ment , sur notre fromentage 
d'Airvault, mesure de cette ville 
à prendre annuellement et per- 
pétuellement. Ayant été investi 
du vicomte par droit hérédi- 
taire, nous avons pour agréable 
et faite à tout jamais la dite dona- 
tion, et nous la corroborons et con- 
firmons en y appliquant notre 
sceau, notre volonté et notre in- 
tention absolues étant que chaque 
année et à perpétuité, sous les 
quinze jours qui suivent la fête de 
tous les saints, les receveurs de 
notre susdit fromentage, à la vue 
des lettres de l'abbé de la susdite 
abbaye et sur son commandement, 
lui paient intégralement et fidè- 
lement les susdits vingt sextiers 
de froment, sans formalité, ni 
retard et sans attendre d'autre 
ordre de notre part. 
Donné l'an de grâce 1229. 



. Cette donation lut confirméR, en 12i6, par un autre vicomte 
de Thouars du nom d'Aimery [IJamericua) et qui appelle Hugues 
son oncle palernul [patruus mpAis). Hugues, le signataire de la 
charte, est nommé Hugues l par les uns, et Hugues H par 
les autres, tant le droit de viage* ou de succession collatérale 
rend embrouillée la liste des seigneurs de Thouars. C'était le 
troisième fils de Guillaume et d'Aimée de Lusignan et le frère 
d'Aimery VH et de Guy, devenu duc de Bretagne par son 
mariage avec la duchesse Constance. Hugues était seigneur 



* Le droit de viage ou de retour qui régissait les seigneuries situées entre la 
Dire et la Sèvre Nantaise, faisait succéder viagèrement les frères aux frères 
suivant la coutume musulmane, au lieu des fils, qui ne reprenaient leurs 
droite qu'à la mort de leurs oncles. 



A NOIRMOUTIER 



255 



de Villiers et fut le premier époux de Marguerite de Morilaigu, 
dame de la Garnache. Il avait rendu hommage, en 1226, à Suint- 
Louis pour sa vicomte, à la mort de son frère Aimery. 

Si, comme nous le croyons, le seigneur qui confirme la dona- 
tion est bien Aimery VIII, fils de Guy 1" et d'Aaliz de Mauléon, 
et époux de Marie de Lusignan, il n'était pas le neveu, mais 
le petit-neveu de Hugues. Celui-ci eut un neveu du nom d'Aimery, 
époux de Béatrix de Machecoul et seigneur de Machecoul et de la 
lioche-sur-Yon, mais nous ne le voyons à aucune époque porter 
le titre de vicomte de Thouars. 



Donation a l'abbaye de l'IsIc-Dieu par Etienne Cagalon et 
SA femme, avec approbation et augmentation par Hilaire 
Cacalon, prêtre, leur fils (1231). 



Universis Christi fidelibus pre- 
sens scriptum inspecturis, Hila- 
rius Cacalo, humilis presbiter, sa- 
lutem in Domino. Noverit uni- 
versitas vestra quod omnia tene- 
menta que Stepbanus Cacalo , 
quondam pater meus, et Dex Laus- 
saut, quondam mater mea, uxor 
ejus, adquisicionis titulo parta, 
possedebant, hec videlicet, vineam 
que vocatur Chevillere, et bossel- 
latam' deNoha, et bossellatam dau 
Maicpas, et bossellatam de Pirau- 



A tous les fidèles chrétiens qui 
liront le présent écrit, Hilaire Ca- 
calon, humble prêtre, salut en 
Notre-Seigneur. Sachez tous, que 
je reconnais que tous les tène- 
ments que feu mon père, Etienne 
Cacalon , et feue ma mère, Dex Laus- 
saut, son épouse, possédaientàtitre 
d'acquêt, soit la vigne, appelée 
ChevillèreAdi, boisselée de la Nouhe, 
la boisselée de Maupas, la bois- 
selée de Piraudière, les Plantes^ 
la vigne appelée le Jomeau, au Bot, 



deria, et Planctas", et vineam que la vigne de i'Espau , la terre de 



* Boisselée, mesure agraire de 11 ares 50. Elle est un peu plus étendue à 
Barbàtre et dans les mauvaises terres, et donne, suivant la nature du sol, 
un boisseau, soit 80 litres, de revenu annuel, de froment, de seigle ou d'orge, 
au propriétaire, les impôts étant à la charge de celui-ci. Il reste à l'amodiateur 
ou colon, environ deux autres boisseaux pour son travail et la semence. 

* Plancte ou Plantx, ici nom propre ; il signifiait un lieu planté ou ayant 
été planté de vignes ou d'arbres fruitiers, actuellement plaiitis; en vieux 
français, planteis. 



250 



CHARTES DE NOIRE-DAME-LA-BLANCIIE 



vocatur le Jomeau, au Bout et vi- 
neam de Lespau, et terram de Les- 
2KIU, et domumque est juxta her- 
beriagium' del'uncti Guillelmi Ai- 
raut, et totum berbei'iagium quod 
est juxta murum, et vineam de 
FoilecCor, prout matrem meam su- 
pradictam, pro salute anime sue et 
patrisjneisupradictijDèoetabbatie 
de Insula Dei ea legasse recolo, et 
me conflteor concessisseeidem alj- 
batie post mortem meam, immé- 
diate . absque diminucione vel 
alienacione aliqua, incommutabi- 
liter iterum concedo imperpetuum 
possidenda. Xecnon et quinque 
solidos census supervineam meam 
de Lerbaudere, et quinque solidos 
census super vineam dau Noer, et 
quinque solidos census super vi- 
neam de \du Piraudere et super tre- 
decim sulcos RaginaldiAuboyn, et 
très solidos census super vineam 
Mocet, supradicte abbatie sicut 
matri mee placuit et inde me petiit, 
post mortem meam annuatim as- 
signo imperpetuum persolvendos. 
Ut autem hoc flrmum et stabile 
imperpetuum perseveret, J.Boaut, 
tune temporis decani Asianensis, 
et Pétri Burelli» tune temporis per- 
sone» ecclesie de Hero Insula, si- 
gillis présentera feci paginam ro- 
borari, in testimonium veritatis. 
Actum anno gracie m ce xxx i. 



Lespau, la maison qui touche à 
l'hébergementde défunt Guillaume 
Airaud, tout l'hébergement qui est 
près du mur et la vigne de Foile 
d'u)\ ont été données par ma sus- 
dite mère, à Dieu et à l'abbaye de 
risle Dieu, pour le salut de mon 
àme et celui de mes père et mère, 
et que je confesse avoir concédé le 
tout à cette abbaye, devant lui être 
délivré immédiatement après ma 
mort, sans aucune diminution ou 
aliénation. Toutes ces choses, je 
les lui donne de nouveau , d'une 
manière absolue, pour être possé- 
dées à perpétuité. J'assignede plus, 
comme ma mère l'a désiré et me l'a 
demandé, à la susdite abbaye, cinq 
sous de rente sur ma vigne de 
ÏErbaicdère, cinq sous de rente 
sur la vigne du Noyer, cinq sous 
de rente sur la vigne de la Pirau- 
dère et sur les treize sillons de 
Reginald Auboyn, et trois sous de 
rente sur la vigne Mocet, devant 
être payés chaque année après 
ma mort. 

Et afin que cela soit fermement 
établi à tout jamais, j'ai fait appo- 
ser àJ. Boaut, actuellement doyen 
d'Aizenay, et à Pierre Bureau, curé 
de l'ile d'Héro, leurs sceaux sur la 
présente page en témoignage de la 
vérité . 

L'an de grâce 1:^31. 



* IIeri!Euia(jii;m, héhergement, du Cange dit : sive diversorium (hôtcdlerie.) 
Ce mot dans nos chartes est synonyme de loyis et signifie une habitation 
d'une certaine importance. 

* Burellus pour Bureau. 

* Persona; la traduction exacte fuivuii 'personnage. On désigne parce mot 
un ecclésiastique ayant droit au chu;ur et au chapitre, 11 se donne au prin- 
cipal prêtre d'une église ou d'une chapelle et spécialement au curé. 



A NOIRMOUTIER 



257 



Les sceaux manquent, comme dans la plupart des autres 
chartes. 

Le doyenne d'Aizenay s'étendait de Bois-de-Cené à St-Gilles,et 
Noirmoutier en dépendait. Nous verrons dans les pièces sui- 
vantes les doyens d'Aizenay aj^ir comme notaires ecclésias- 
tiques , pour affirmer les donations faites par des femmes. 
Leurs pouvoirs étaient très étendus, propter pauperes qui iwii 
possunt ire Pictavis. 

Les tènements de Maupas et des Plantes, dans le quartier 
de l'Herbaudière, ont conservé leurs noms ; il en est de même 
de la Noiihe. La Piraiidière, située près de la Blanche et non 
loin de la Porte- Piraud, est devenue les Plnaudières ; les 
Chevillières , les Clieriillières. Erbaudère est encore la pro- 
nonciation locale de l'Herbaudière. L'Epau se trouve au N. 0. 
de la ville, non loin de la Frelette, qui est peut-être la Foilc d'or, 
à moins qu'où y doive voir la Follette, ou Feuillette, située à 
l'Epine, en face de Monplaisir. 

Le village du Bot ou du Bout, ainsi nommé parce qu'il forme le 
bout de l'île du côté du sud, recule d'année en année devant 
l'envahissement de la mer et des sables. 



Bulle de Grégoire ly mettant l'abbaye de l'Isle-Dieu sous 

LA PROTECTION DU SALNT SiÈGE ET CONFIRMANT TOUS LES 
BIENS QUI LUI ONT ÉTÉ DONNÉS OU POURRONT LUI ETRE 

DONNÉS A l'avenir (1235)*. 

Gregorius Episcopus.servus ser- Grégoire, évêque, serviteur des 
vorum Dei, dilectis flliis abbati serviteurs de Dieu, à nos chers fils 
de Insula Dei, ejusque fratribus l'abbé de l'IsIe-Dieu et ses frères 

* N'ayant pas eu sous les yeux l'original nous donnons le texte d'après dom 
Fonteneau (t. i, p. oâ3), après avoir fait collationner sur le manuscrit de la 
bibliothèque de Poitiers, la copie provenant de la collection d'Impost. Le 
texte contient certainement des erreurs de transcription. Nous nous sommes 
bornés a rectifier les mots Piblers, Emerbaudi et Maumoliaria, et à les 
remplacer par Piliers Errebaudi, et MaiitioUaru. 



258 



CHARTES DE NOTRE-DAME-LA BLA.NCilt: 



uim presentibus quam futuris re- 
gulurem vitam professis in per- 
petuum, suluteui et Apostolicam 
bened"ctiitnem. 

Religiosam vitain eligentibus 
Apostolicum convenit adesse pre- 
sidium, ne forte cujuslibet teme- 
rijatis incursus, aut eos a propo- 
sito revocet, autrobur(quodabsit!) 
sacre reliyionis infringat. 



Ea propter, dilecti in Domino 
filii, vestris justis postulationibus 
ciementer annuimus et monaste- 
riuni sancte genitricis et virginis 
Marie de Insula Dei, in que divino 
mancipati estis obsequio , sub 
beati Pétri et nostra protectione 
suscepimus et presentis scripti 
privilégie communimus. 



Imprimis siquidem statuentes,ut 
ordo monasticus, qui secundum 
Deum et beati Benedicti regulam 
atque institutionem Cistercien- 
sium fratrum, à vobis, anteconci- 
lium générale susceptum, in eo- 
dem loco institutus esse dinosci- 
tur, perpetuis ibidem temporibus, 
inviolabiliter observetur. 



tant présents que futurs qui ont 
fait ou feront profession de la vie 
régulière à perpétuité, salut et 
bénédiction apostolique. 

Il convient que la puissance 
Apostolique vienne en aide à ceux 
qui embrassent la vie religieuse, 
de peur qu'une entreprise témé- 
raire ne les détourne de leur 
vocation, ou (ce qu'à Dieu ne 
plaise !) n'affaiblisse la vigueur de 
la sainte observance. 

C'est pourquoi, chers fils dans 
le Seigneur, accédant volontiers 
à vos justes demandes, nous pre- 
nons sous la protection de saint 
Pierre et la nôtre, le monastère 
de l'Isle-Dieu, érigé sous le 
vocable de la sainte Mère et 
Vierge Marie, dans lequel vous 
avez été consacrés au service 
divin, et le confirmons par les 
privilèges énoncés dans les pré- 
sentes lettres. 

Tout d'abord nous ordonnons 
que la discipline monastique, qui 
selon Dieu, la règle de saint Benoit 
et les constitutions des pères de 
Citeaux est reconnue comme a- 
yant été adoptée par vous dans 
ce lieu, avant le concile général, 
y soit à perpétuité, inviolablement 
observée, aux temps à venir. 



Preterea quascumque posses- 
siones, quecumque bona, idem mo- 
nasterium impresentiarum juste 
ac canonice possidet, aut in futu- 
rum, concessione Pontificum , !ar- 
gitione Regum vel Principum, 
oblatione fidelium, seu aliis justis 
modis, prestante Domino, poterit 



En outre nous ordonnons que 
les possessions et biens de toutes 
sortes que le monastère possède 
actuellement, justement et cano- 
niqueraent, et ceux qu'à l'avenir 
il pourra tenir, des concessions 
des Pontifes , des largesses des 
Rois et des Princes et de la gêné- 







f f^a»tf *^**»^^^»t 



LA PORTE AUX I.loNS DE L AlîliAYE UE EA lîLAN'^IIE , 

A Ndll'.MOUÏIEl'.. 



O'-xt des Paysoijcs cl Monuments Ou PoUou). 



A NOIRMOUTIER 



259 



adipisci. Arma voijis, vestrisque 
successoribus et illibaU periiia- 
neanta; in quibus liée propriis 
duximus exprimenda vocabulis : 

Locum ;pjum in quo prefatum 
monasterium situm est, cum 
omnibus pertinentiis suis ; — Gran- 
giam de Barbas tria cum omnibus 
pertinentiis suis ; — Grangiam de 
Oro/«ï;,superBcssam, cum omnibus 
pertinentiis suis; — quidquiil 
habetis in nemorejuxta basilicam 
béate Marie Magdalene, cum tota 
ripa maris et aliis pertinentiis 
suis ; — piscariam et quidquid 
habetis in insula, que Piliers vul- 
gariter appeliatur, cum possessio- 
nibus que dicuntur Claudicium 
Errebaudi, cum decirais et aliis 
pertinentiis suis ; — totum usagium 
quod habetis in foresta Ganaspie 
ad usum furni vestri ; — quidquid 
habetis in castre de Hero insula ; — 
viginti modios puri vini, tempore 
vindemiarum, quos habetis in Oys 
et CGC solidosusualesannuatimin 
terris de foresta olim Fetri Gas- 
napie ; — molendinum in Insula de 
Hero; — jus et possessiones in 
Belveario; — que habetis ex con- 
cessione nobilis mulieris Agne- 
tis, in Hero insula ; — quidquid 
habetis ex concessione nobilis 
mulieris Thoraude, in Heroinsula, 
scilicet in Mazura et in Campo pe- 
troso; — iuinuum redditum cen- 
sualem XXXX solidorum usua- 
lis monete in burgesiam Beren- 
garii militis ; — X solides usualis 
monete super burgesiam Pagani 
Oculi-Lupi; — X solidos usualis 
Tome m. — Juillet, Août, 



rosité des fidèles , ou acquérir , 
par la grâce de Dieu, de toute autre 
manière légitime , vous soient 
conservés, à vous et à vos suc- 
cesseurs, en ferme et tranquille 
propriété. Au nombre de ces biens 
nous avons jugé à propos de men- 
tionner les suivants en termes ex- 
près : le lieu même où est situé le 
monastèi^e avec tout ce qui en dé- 
pend ; — la ferme de Barbàlre avec 
toutes ses dépendances;— la ferme 
d'Orowe^, sur la Besse, avec toutes 
ses dépendances, — tout ce que 
vous avez dans le bois proche la 
basilique de Sainte-Marie-Made- 
leine avec tout le rivage de la mer 
et autres dépendances ; — la 
pèche et tout ce qui vous appar- 
tient dans l'île, du Pilier, ainsi 
que le terrain dit le clos ù!Er- 
rebaud, avec les dimes et ce qui 
en dépend ; — tout l'usage que 
vous avez dans la foret de la Gar- 
nache pour le chauffage de votre 
four; — tout ce qui \ous appar- 
tient dans le château de l'ile 
d'Héro ; — vingt muids devin pur 
â percevoir, au temps des ven- 
danges, dans l'ile d'Oys, et trois 
cents sous à prendre annuelle- 
mentsur l'ancienne forêt de Pierre 
de la Garnache ; — le moulin de 
l'ile d'IIéro ; — vos droits et pos- 
sessions en Beauvoir; — ce que 
vous avez reçu en donation de 
noble dame Agnès, dans l'ile d'Héro; 
— tout ce que vous possédez par la 

concession de noble dame Thoraude 

dans l'ile d'Héro, en Mazïire et 
Cliainpoiroux ; — une rente an- 

SEi'TEMBRE 1890 17 



260 



CHARTES DE NOTRE-DAME-LA-BLANCHE 



monete super burgesiam Morandi 
molendinarii et XXX solides u- 
sualis monete super burgesiam 
Pétri Gaut et Hayrois uxoris sue ; 

— annuum redditum XX sextario- 
rum frumenti in frumentario Au- 
ree vallis ad mensuram ejusdem 
ville; — possessiones quas habetis 
in Bugnio ;— decimam et quidquid 
habetis in retracta et passa et in 
retracta Dai^n; —quidquid habetis 
in terra ad montem Trespassant ; 

— medietatemCtewt^icù' Berenga- 
rii ; — XXX solidos usualis monete 
super salinas in maresio quod di- 
citur Raolere; — jus quod habe- 
tis in rivagio navium ad portum 
Belvearii ; — XX solidos usualis 
monete super quindena Gasnapie; 

— decimam molendini de Rie,quod 
vocatur Taveau; — quidquid juris 
habetis in maresio deMauviolaria, 

— XXXX areas salinarum de For- 
teria; — terras et possessiones 
de la^awo^ere;— quarterium vinee, 
juxta vivarium de capite nemoris 
abbacie vestre, et quidquid juris 
habetis ibidem ; — domos in Bel- 
veario et in Burgo novo ; — plan- 
tam de Maupas, et XXX quinque 
solidos censualis monete in terra 
de la Baralère ; — XX areas salina 
rum in Bugnio; — annuum reddi- 
tum VI librarum usualis monete 
super maresio de Laubertère ; — 
annuum redditum LX solidorum 
usualis monete \\\ Bugnio, super 
maresio do /'atme^Mre. — LXX soli- 
dos usualis monete in maresio de 
Bugnio ; — CG areas salinarum 
prope molendinum Gélose ; — Ma- 



nuelle de quarante sous de mon- 
naie courante sur la burgesie du 
chevalier Bérenger ; — dix sous de 
monnaie courante sur la burgesie 
de Payen Œil-de-Loup ; — dix sous 
de monnaie courante sur la bur- 
gesie de Morand le meunier, et 
trente sous de monnaie courante 
sur la burgesie de Pierre Gaut et 
d'Hayrois son épouse ; — une re- 
devance annuelle de vingt sextiers 
de froment sur le fromentage d'Air- 
vault (mesure de cette ville) ; — 
toutes les possessions qui vous 
appartiennent à Bouin ; — la dîme 
et tout ce que à quoi vous avez 
droit sur les retraites et les passes 
et en particulier sur les retraites 
de Loin ; — tout le terrain que 
vous possédez aux pieds du mont 
Trépassant ; — la moitié du clos 
Bérenger ; — trente sous de mon- 
naie courante sur les salines du 
marais dit Raolêre ; — les droits 
d'amarre sur les navires qui 
abordent au port de Beauvoir ; — 
vingt sous de monnaie courante 
sur la quintaine de la Garnache ; 

— la dîme du moulin de Rié, ap- 
pelé le moulin Taveau ; — tous 
les droits que vous avez sur le 
marais de Maicvioltière et qua- 
rante aires de salines en Portière ; 

— les terres et possessions de la 
Bassolière ; — le droit de quart sur 
les vignes situées, près du vivier, 
en tête du bois de votre abbaye, et 
tout ce que vous avez de droit en 
ce lieu ; — des maisons à Beauvoir 
et à Bourgneuf; — le plantis de 
Maupas ; — trente-cinq sous dé 



A -NOIRMOUTIER 



261 



resium noviaii propè montent qui 
dicitur Angeler* ; — LXXX areas 
salinariini novas,qiias, olim.vobis, 
Maurieius Volier cicricus contulit, 
intuitu pietatis : — cum pratis, 
vineis, terris, nemoribus, usuagiis 
et pascuis in bosco et piano, in 
aquis et molendinis , in viis et 
semitis et omnibus aliis libertati- 
bus et immunitatibus suis. 



Sive laborum vestrorum depos- 
sessionibus, quehabetis,ante conci- 
lium memoratnm, ac etiam nova- 
lium, que propriis manibus aut 
sumptibus colitis (de quibus nova- 
libus aliquis hactenus non perce- 
pit) ; sive de hortis, virgultis et pis- 
cationibus vestris, de nutrimentis 
animalium vestrum,nullus a vobis 
décimas exigere et extorquere 
présumât. 



monnaie courante sur la terre de 
laDaralère; — quatre-vingts aires 
de salines à Bouin ; — une rente 
annuelle de six livres de monnaie 
courante sur le marais de Lauber- 
tlère ; — une rente annuelle de 
soixante sous de monnaie cou- 
rante sur le marais àQPaimesure, 
à Bouin ; — soixante-dix sous de 
monnaie courante sur le marais 
de Bouin ; — deux cents aires de 
salines près le moulin Gélose ; — 
le Marais-neuf près du mont 
Angeler ; — quatre-vingts aires 
de salines nouvelles, que vous a 
autrefois données, par esprit de 
piété, le clerc Maurice Voher ; — 
avec les prés, vignes, terres, bois, 
usages et pacages dans le bocage 
et dans la plaine, droits sur les 
rivières, moulins, routes, sentiers, 
et toutes les libertés et immunités 
qu'ils comportent. 

Que nul ne prétende exiger de 
vous ou vous extorquer les 
dimes, soit des récoltes prove- 
nant de biens possédés par vous 
avant le concile ci-dessus men- 
tionné, soit des novales^ cultivées 
de vos mains ou à vos frais (no- 
vales sur lesquelles jusqu'à présent 
personne n'a rien perçu) ; soit de 
vos jardins, plantations, pèches et 
(le la nourriture de vos bestiaux. 



* Plusieurs noms de lieux ne se retrouvent pas, ayant été sans doute mal trans- 
cris. Mons est employé pour dune. Le mons Trépassant a donné par corrup- 
tion, Tressant, puis Tresson'; le mons Angeles est inconnu. Ma:iuve est 
devenu Marais Zureau, en passant par il/a-ureuM. 

* NovALES, terres nouvellement défrichées. 



262 



CHARTES DE NUTRE-DAMK-LA-ULAXCHE 



Liceat quoque vobis clericos 
vel laicos liberos et absolûtes, e 
seculo fugiontes, ad conversionem 
recipere , et eos absque contra- 
dictione aliqua retinere. 

Prohibemus insuper ut nuUi 
fratrum vestrorum, post factam in 
monasterio vestro professionem, 
fas sit, sine abbatis sui licencia, de 
eodem loco discedere ; discedentem 
vero absque communium littera- 
rum vestrarum cautione, nullus 
audeat retinere. Quod si quis reti- 
nere forte presumpserit, licitum 
sit vobis, in ipsos, monachos vel 
conversos, re^^ularem sententiam 
promulgare. 

lilud districtius inhibentes ne 
terras, seu quodiibet beneflcium 
monasterio vestro collatum, liceat 
alicui personnaliter dari , sive 
aliomodo alienari absque consentu 
totius capituli vel maioris aut sa- 
nioris partis ipsius, si que vero 
donaciones vel alienaciones aliter 
quam dictum est facta fueriiit, eas 
irritas esse censemus. 



Adhec etiam prohibemus ne ali- 
quismonachus,siveconversus,sub 
professione vestre domus adstric- 
tus, sine consensu et licencia ab- 
batis et maioris partis vestri ca- 
pituli, pro aliquo fidejubeat, vel 
ab aliquo pecuniam mutuo acci- 
piat, ultrasummam capituli vestri 
providentia constitutam, nisiprop- 
ter manilestam vestre domus uti- 



Qu'il vous soit permis de rece- 
voir comme convers les clercs 
ou laïcs, absous et libres de tout 
engagement, qui fuient le siècle, 
et de les garder sans que personne 
puisse s'y opposer. 

En outre, nous défendons à tout 
frère après sa profession dans le 
monastère, de le quitter sans la 
permission de son abbé, mais s'il 
en sort sans avoir en garantie vos 
lettres testimoniales, que nul n'ose 
lui donner asile. Dans le cas où 
quelqu'un aurait la témérité de le 
faire, nous vous permettons de 
promulguer une sentence régu- 
lière, môme contre des moines 
ou des convers. 

Nous vous défendons stricte- 
ment de donner des terres ou 
tout autre bénéfice appartenant 
à votre monastère, à quelqu'un 
en particulier, ou de les aliéner 
de quelque manière que ce soit, 
sans le consentement de tout 
le chapitre, ou de sa majeure 
ou plus saine partie ; si quelques 
donations ou aliénations étaient 
faites autrement qu'il vient 
d'être dit , nous les déclarons 
nulles. 

Nous défendons de même à tout 
moine ou convers, attaché à votre 
maison par sa profession de se 
porter caution sans le consen- 
tement et la permission de l'abbé 
et de la majeure partie de votre 
chapitre, ou encore d'emprun- 
ter au-delà de la somme fixée 
dans les délibérations capitulaires, 
si ce n'est pour l'utilité manifeste 



A NOIRMOUTIKR 



268 



litatom. Quod si facere forte pre- 
sumsorit, non tenoatur conventus 
pro his aliquatenns respondere. 

Licitura pretorca sit vobis in 
causis propriis, sive civilem, sive 
criminalem contineant questio- 
nem, fratrura vestrorum testimo- 
niis uti, no, pro defeotu testium, 
jus vestrum in aliquo valeat 
deperire. 

Insuper auctoritate Apostolica 
inhibemus , ne ullus episcopus, 
vel alia quolibet persona, ad sino- 
dos vel conventus forenses vos 
ire, vel judicio seculari de vestra 
propria substantia, vel possessio- 
nibus vestris, subjacere compellat; 
nec ad domos vestras causa or- 
dinis celebrandi, causas tractandi, 
vel conventus aliquos publicos 
convocandi, venire présumât, nec 
reg'ularem abbatis vestri electio- 
nem impediat, aut de instituendo 
vel reraovendo eo, qui protempore 
fuerit, contra statuta Cistercien- 
sis ordinis, se aliquatenus intro- 
mittat. 

Si vero Episcopus, in cu.jus paro- 
chia domus vestra fundata est, 
cum humilitate ac devotione qua 
convenit requisitus, substitutum 
abbatem benedicere et alia que 
ad officium episcopale pertinent, 
vobis conferre renuerit, licitum 
sit eidem abbati, si tamen sacerdos 
fuerit, proprios novicios benedi- 
cere aliaque que ad officium suura 
pertinent, exercere, et vobis omnia 
ab alio episcopo percipere, que a 



de votre maison. S'il avait l'impru- 
dence d'agir autrement, la com- 
munauté ne serait en aucune fa- 
çon tenue d'en répondre. 

Nous vous autorisons en outre 
dans vos procès, soit en matière 
civile, soit en criminelle, de pro- 
duire en Justice le témoignage de 
vos frères, de peur que par défaut 
de témoins votre droit ne vienne 
à dépérir. 

De plus, de par notre autorité 
Apostolique, nous défendons atout 
évêque ou tout autre personnage 
de vous forcer à vous rendre à 
des synodes ou des réunions ju- 
diciaires, à vous soumettre au 
juge séculier dans les causes qui 
concernent vos biens ou vos pos- 
sessions, et encore de pénétrer 
dans vos maisons pour con- 
férer les ordres, juger des pro- 
cès, ou pour y tenir des réunions 
publiques ; d'empêcher l'élec- 
tion régulière de votre ab- 
bé, ou de s'ingérer d'une façon 
quelconque contre les règles de 
Citeaux, dans son instition ou 
sa révocation. 

Que si révoque dans le diocèse 
duquel a été fondée votre maison, 
requis avec respect et humilité, 
comme il convient, se refuse à 
bénir l'abbé nouvellement élu et à 
remplir les autres offices qui re- 
lèvent de la charge episcopale, nous 
autorisons ledit abbé, pourvu qu'il 
soit prêtre, à bénir ses propres 
novices et à exercer les autres 
(onctions de sa charge, et nous 
vous permettons à vous-mêmes 



264 



CHARTES DE NOTRE-DAME-LA-RLANCIIE 



vesti'o fiierint indebite denegata, 
illud adjicientes, ut in rooipieiidis 
professionibus que a bonedictis 
vel bencdicendis abbatibus exhi- 
bentur ; ea sint episcopi forma et 
expressione contenti, que ab ori- 
gine ordinis noscitur instituta, 
ut scilicet abbates ipsi, salvo or- 
dine suo, opiscopo profiter! de- 
beant, et contra statuta ordinis 
sui nullam professionnem facefe 
compollantur. 



Pro consecrationibus vero alta- 
riuni vel eeclesiarum, sivo pro 
oleo sancto, vel quolibet cclesias- 
tico sacramento, nuUus à vobis sub 
obtentu consuetudinis vel alio mo- 
do quicquam audeat extorquere; 
sed hec omnià gratis vobis epis- 
copus diocesanus impendat. Alio- 
quin liceat vobis quemcumquo 
malueritis catholicum adiré antis- 
titem gratiara et communionem 
Apostolice sedis habentem, qui 
nostra fretus auctoritate, vobis 
quod postulatur impendat. Quodsi 
sedes diocesani episcopi forte 
vacaverit, intérim omnia eccle- 
siastica sacramenta àvicinis epis- 
copis accipere libère et absque 
contradictione possitis, sic tamon 
ut ex hoc in posterum proprio 
episcopo nullum prejudicium 
generetur. 



Quia vero interdum proprii 
episcopi copiam non liabetis, si 
quem episcopuni i^omane sedis, 



de recevoir d'un autre évoque 
tout ce que le vôtre vous aura 
injustement refusé, ajoutant que, 
dans la prestation des serments 
qui sont prononcés par les abbés 
bénits ou à bénir , les évêques 
doivent se contenter des formules 
et expressions reconnues comme 
instituées dès l'origine de l'ordre, 
en sorte que les abbés fassent pro- 
fession selon les règles de leur 
ordre et ne soient forcés d'émettre 
aucune profession contraire à 
leurs statuts. 

Pour la consécration des autels 
ou des églises, pour les saintes 
huiles, et pour l'administration 
des sacrements, que personne 
sous prétexte de coutume ou à 
quelque autre titre n'ose rien 
exiger de vous, mais que l'évéque 
diocésain vous accorde tout cela 
gratuitement. Dans le cas con- 
traire, nous vous autorisons à vous 
adresser à tout évêque catholique 
de votre choix, en grâce et com- 
munion avec le siège Apostolique, 
qui muni de notre autorité vous 
accordera ce que vous lui deman- 
derez. Durant la vàcance du siège 
diocésain, vous pourrez dans l'in- 
térim recourir pour tous les sacre- 
ments aux évêques voisins libre- 
ment et sans qu'on puisse s'y 
opposer, sans toutefois qu'il en 
résulte pour l'avenir aucun préju- 
dice pour des droits de l'évoque 
diocésain. 

Comme il arrive parfois que 
vous n'ayez point à votre dis- 
position" votre propre évêque, 



A XOIIVMOUTIER 



265 



ut diximus, gratiam et communio- 
nem habentem et de quo plenam 
notitiam habcatis, pcr vos tran- 
sira contigerit, abeobenedictiones 
vasorum, vestium et consecratio- 
nes altarium et ordinationes mo- 
nachorum, auctoritate Apostolice 
sedis recipere valeatis. 



Porro si episcopi vel alii eccle- 
siarum rectores in monasterium 
vestrum, vel personas inibi cons- 
titutas, suspensionis, excommu- 
nicationis vel interdicti sententias 
promulgaverint , sive etiam m 
mercenarios vestros, pro eo quod 
décimas, sicut dictum est, non 
persolveritis, sive aliqua occasione 
eorum, que ab Apostolica benigni- 
tate vobis indulta sunt, sive be- 
nefactores vestros pro eo quod 
aliqua bénéficia vel obsequia ex 
charitate prestiterint, vel ad labo- 
randumadjuverint, inillis diebus 
in quibus vos laboratis et alii fe- 
riantur, eamdem sententiam pro- 
tulerint, ipsam tanquam contra 
Sedis Apostolice indulta prolatam, 
decernimus irritandam née littere 
ille firmitatem habeant, quas tacito 
nomine Cisterciensis ordinis, et 
contra indulta Apostolicorum pri- 
vilegiorum constiterit impetrari» 



Preterea cura commune inter- 
dictum terre fuerit, liceat vobis 
nihilominus in vestro monasterio, 
exclusis excomraunicatis et inter- 
dictis, divina officia celebrare. 



si dans ce cas quelque autre évoque, 
en grâce et communion avec le 
siège de Rome comme il a été dit et 
parfaitement connu de vous, vient 
à passer par vos domaines, nous 
vous autorisons, de par notre auto- 
Apostolique, à le choisir pour bé- 
nir les vases sacrés et les vête- 
ments, consacrer les autels et or- 
donner les moines. 

Si des évêques, ou autres rec- 
teurs des diocèses, promulguent 
contrev otre monastère, quelques- 
uns un de ses membres ou même 
contre vos serviteurs, des sentences 
de suspense, d'excommunication, 
ou d'interdit, soit parce que les 
dîmes, selon qu'il a été arrêté, 
n'ont point été payées par vous, 
soit à raison des privilèges qui 
vous ont été concédés par la bien- 
veillance Apostolique, ou encore 
contre vos bienfaiteurs parce qu'ils 
vous ont procuré quelque bien, ou 
rendu par charité quelque service, 
ou vous ont aidé dans vos travaux 
les jours qui sont ouvriers pour 
vous et fériés pour les autres, 
nous déclarons ces sentences nulles 
comme contraires aux induits 
du Siège Apostolique, et sans 
valeur les lettres obtenues su- 
brepticement en taisant le nom de 
l'ordre de Citeaux et contraires aux 
privilèges accordés par les mêmes 
induits. 

En outre si un interdit général 
était étendu à tout le pays, nous 
vous permettons néanmoins de cé- 
lébrer les offices divins dans votre 
monastère, après 6n avoir exclu 
les excommuniés et les interdits. 



2m 



CHARTES DK NOTRE-DAME-LA-BLANCHE 



Paci quoque et tranquillitati ves- 
trfi, paterna in posteruiu sollici- 
tudine providere volentes, uueto- 
ritate Apostolica prohibemus, ne, 
in(ra clausuras locorum seu .cran- 
giarum vestrarum,nullus rapinam 
seu 1 urtum facere,ignem apponere, 
sanguinem fundere, hominem te- 
nore, capere vel interfu-ere, seu, 
violentiam audeat exercera. 

Preterea omnes libertates et im- 
munitates a predecessoribus nos- 
tris Romanis Pontiflcibus ordini 
vestro concessas,necnon libertates 
et exemptiones secularium exactio- 
niim à Regibus et Principibiis vel 
aliis fidelibus vobis rationabiliter 
indiiltas, auctoritate Apostolica 
confirmamus, et presentis scripti 
privilcgio communimus. Decorni- 
mus ergo ut nulli omnino liomi- 
nura liceat prefatum monaste- 
riumtemere perturbare, aut pos- 
sessiones au ferre, vel ablatas re- 
tinore, minuere, seu quibuslibet 
vexationibus fatigare. Sed omnia 
intégra conserventur, eorum pro 
quorum gubernatione ac susten- 
tatione concessa sunt, usibus om- 
nimodis profectura. 



Salva Sedis Apostolice autori- 
tate et, in predictis decimis, mode- 
ratione Concilii generalis, si qua 
igitur, etc. 

Datum Perusii per manum ma- 
gistri Guillelmi , sancte Romane 
Ecclesie vicecancellarii, sexto idus 
Augusti, indictione octava, Incar- 
nacinnis Dorainice, anno MCCXXX 



Voulant aussi dans notre solli- 
citude paternelle assurer votre 
paix et tranquillité, de par notre 
autorité Apostolique, nous défen- 
dons dans votre clôture et vos 
fermes de commettre quelque vol 
ou rapine, de mettre le feu, de 
répandre le sang, de saisir, arrêter 
et tuer, soit d'exercer quelque 
violence. 

En outre nous confirmons par 
notre autorité Apostolique et cor- 
roborons par le privilège du pré- 
sent écrit toutes les libertés et 
immunités concédées à votre ordre 
par nos prédécesseurs les Pontifes 
Romains ainsi que toutes les li- 
bertés et exemptions de chnrges 
séculières qui vous ont été raison- 
nablement accordées par les rois, 
les princes et autres fidèles. Ainsi 
donc, nous défendons à qui que ce 
soit de troubler témérairement 
votre monastère, de lui enlever ses 
possessions ou de les détenir une 
fois enlevées, de les amoindrir ou 
de les endommager en quelque 
manière. Que tous ces biens soient 
conservés intégralement et soient 
employés à l'usage de ceux qui 
en ont reçu la concession pour leur 
entretien et subsistance. 

Sauf l'autorité du Siège Apos- 
tolique et décrets du Concile gé- 
néral au sujet des dîmes susdites. 
Si donc etc. 

Donné à Pérouse par le minis- 
tère de Maitre Guillaume, vice- 
chancelier de la sainte Eglise Ro- 
maine, le six des ides d'août; in- 
duction 8», année de l'Incarnation 











"^ry^ 



GillîMINHIî l)i: I. AIîliATIAI.t: !)!•: LA MLANCIIE, 
A NOIli.MOlIÏIKR. 



(!v\f. lies l'aii!<(i(]':.'i ri yfonninenls du l'oilou] 



A NOIRMOUTIER 



267 



quinto, pontificatus vero domini de N. S. 1235, du Pontificat du 
Gregorii pape noni. annonono. seigneur le Pape Grégoire VllII, 

la neuvième. 

Six cardinaux, dit dom Fonleneaii, ont souscrit la bulle à la- 
quelle est attaché un sceau de plomb, pendant à un lac de soie 
rougeet jaune. D'un côté du sceau se voient les têtes des apôtres 
saint Pierre et saint Paul, de l'autre, les mois ; Grpgorius VlIIl 
P. P. et la devise : Sigmnnin bonum fac meciim, Domine. 

Le concile général, dont il est parlé, avait été convoqué à 
Rome ; il ne put avoir lieu par suite de l'opposition de Fré- 
déric II, qui défendit aux évoques italiens et allemands de s'y 
rendre et fit arrêter les prélats français*. L'empereur ne perdit 
rien pour attendre et le concile s'étant réuni à Lyon en 1245, 
il y fut excommunié. 

Le pape peu sûr à cette époque des évoques, que leurs biens 
temporels et leur genre d'élection livraient à la merci du pouvoir 
civil, voulut créer à l'Église des auxiliaires dévoués en favorisant 
le développement des nouveaux ordres monastiques. De là les 
nombreux et importants privilèges qu'il leur accorda. 

Le droit d'asile valut à l'abbaye, dans la suite des siècles, la 
confiscation temporaire d'une partie de ses biens par Olivier de 
Glisson, à la poursuite de son meurtrier, Pierre de Graon. 

L'exemption des dîmes arrêta l'interdit lancé, vers 1520, par 
Ladislas du Pau, évêque de Luçon, contre i'abbé Bacconais, qui 
refusait de les payer. 

En 1759, un autre évêque de Luçon, Gauthier d'Ancysc, se 



» La détention des prélats français ne fut pas le longue durée. L^ plus 
grand homme d'Etat pt le plus juste qui aitgouverné la France.LouislX, écrivit fi 
l'Empereur allemand : « Nous regardons la détention de nos prélats comme une 
injure et la Majesté royale perdrait sa considération, si nous pouvions nous taire 
dans un cas semblable. ..Que votre Puissance impériale pourvoie àcette occurence ; 
qu'elle pèse dans son jugement ce que nous venons de dire, et qu'elle ne se 
borne pas îi alléguer sa volonté ou la force dont elle dispose, car le royaume 
de France n'est pas si affaibli qu'il se soumettra à être déchiré par ses éperons. » 
Devant cette lettre de saint Louis, l'Empereur comprit qu'il n'avait qu'à 
s'exécuter et le fit immédiatement. 



26<S CHARTES DE NOTRE-DAME-LA-BLANCHE 

voyant fermer la porte du monastère placé, par la bulle en 
deiiors de sa juridiction, ne putrcformer les g-raves abus qu'il 
savait s'être introduits parmi les moines, qu'en menaçant 
des tiers d'excommunication*. 

Ce qui était autrefois une force pour les religieux devint 
pour eux une cause de faiblesse, quand ils s'éloignèrent de 
leur règle primitive et surtout lorsque l'abbaye tomba en com- 
mande. Les évoques de Luçon et de Nantes peu favorables à 
la Blanche, détournèrent leurs diocésains d'y entrer. Les prieurs 
se virent dans l'obligation de recruter leur personnel un peu 
partout et les choix laissèrent souvent à désirer. 

Il n'en était pas ainsi au XIIP siècle. 

Par une nouvelle bulle, Grégoire IX défendit aux évoques de 
se servir des Cisterciens pour prononcer des lettres d'excom- 
munication ou d'interdit , les mettant ainsi en dehors des 
luttes d'une époque, où les armes spirituelles étaient fréquem- 
ment employées. 

D"" Viaud-Grand-Marais. 

(A suivre.) 



' Notre-Dame de la Blanche, p. 11, 10 et 24. 










UNE POIGNEE DE DOCUMENTS 



SUR 



L'ABBAYE DE LA GRAINETIERE 



L'histoire de l'abbaye de la Grainetière est à écrire : 
plusieurs notices ont été consacrées à ce célèbre mo- 
nastère du Bas-Poitou, mais toutes restent incomplètes 
ou entachées d'erreurs; la date de la fondation, notamment, 
n'a point été fixée d'une façon certaine. 

Aux chroniqueurs futurs, qui auraient le goût et les loisirs 
nécessaires à une étude de ce genre, je dois indiquer une 
source de documents d'un intérêt réel, que le hasard vient de 
mettre au jour : vieux parchemins qui dormaient depuis la 
Révolution sous une vénérable couche de poussière et que 
M. Maymaud, des Herbiers, a découverts, classés, et nous a 
communiqués aimablement pour les lecteurs de la très inté- 
ressante Revue du Bas-Poitou. 

Ces documents sont au nombre de 144 : cinquante sont 
écrits en latin et vont de 1100 à 1403 ; quatre-vingt-quatorze 
sont écrits en français, le plus ancien date de 1318 et le plus 
récent de 1755. 

Quelques-unes des pièces citées par Dom Fonteneau font 
partie de la collection, mais en très petit nombre. 

La pièce de l'an 1100 suffit à rectifier, dans une certaine 



270 UNE POIOXÉK DE DOCUMENTS 

mesure, les erreurs relatives à la date de In fondation de 
l'abbaye. 

M. de Montbail faisait remonter cette fondation à 1106, tout 
en ajoutant que la donation consentie par Jucaël, seigneur 
des Herbiers, constituait une confirmation de dons « faits 
par son père et autres de sa famille » 

Thibaudeau et plusieurs auteurs ont donné la date de 1130 ; 
cette date est également donnée par les textes de Gallia c/iris- 
tiana, dont voici un extrait : « Hic locus beato? Marifo sacer 
« primam débet originem Gisleberto de Casa, qui hune con- 
« cessit Guillelmo de Goncampo, primo abbati Fontis-Dulcis 
« circà li 30, secundam Gaufredo, abbati secundo, qui in ipso 
t loco ordinis S. Benedicti fundavit abbatiam. » 

M. Isidore Massé, l'auteur d'une très fantaisiste Vendée 
poétique et pittoresque, a adopté la même date : « Louis Le 
c Gros règne depuis deux ans sur la France, et c'est au 
« printemps de l'an 1 i 30. Ce Guillaume est abbé de Fontaine- 
« Douce (Fons dulcis). Il trouve ce vallon isolé favorable à la 
« méditation, le demande à Gilbert de la Chaise, propriétaire 
« de ces lieux, l'obtient et bâtit une chapelle qu'il consacre à 
tt la Vierg-e. Bienfôt quelques disciples se joignent au saint 
« anachorète, et lacharrue, déchirant cette terre vierge encore, 
« trace des sillons que bientôt ont couvert des moissons telle- 
a ment abondantes, que l'endroit en reçoit le nom de Grana- 
« ter'ia, c'est-à-dire, terre des grains. » 

La date de 1130 est également affirmée dans le Pou'dlé de 
l'évêché de Luçon, par M. Aillery. 

Enfin, M. Dugast-Matifeux, dans les Echos du bocage 
vendéen (deuxième livraison de l'année 1885), dit, avec une 
circonspection que l'on ne saurait trop louer : " L'abbaye de 
Notre-Dame de la Grainetière, ordre de Saint-Benoît, située 
sur la paroisse d'Ardelay, près des Herbiers, fut fondée 
avant l'an 1 1 ')0 » 

L'abbaye de la Grainetière existait avant 1100, puisqu'à. 
cette époque il lui était fait une donation de 45 sols de rente 



SUR l'ahbaye de la grainetière 271 

sur lu terre de Marigiié, par Godelroid, lils d'AH'red, pour 
le repos derâmed'Ozengarde, autrefois épouse de Guillaume 
Juquel. 

On peut croire que la Grainetière dut sa fondation, comme 
beaucoup de monastères et d'églises, à la terreur qu'inspirait 
l'approche de l'an mille... timor fecit, a ditlevieux Lucrèce. 

Voici le sommaire des pièces latines dont il est question : 

/ 100. — Donation par Godefroid, fils d'Alfred, de 45 sols 
de rente, sur la terre de Marigné, pour le repos de l'âme 
d'Ozengarde, sa fille, autrefois épouse de Guillaume Juquel. 

Cette donation est confirmée par deux autres pièces, l'une 
de 1100, l'autre de 1212. 

1159. — Donation par Gautier de la Réorlhe et ses fils, 
Godefroid, Philippe, Aimery et Maurice, de la terre de la 
Galetière : cette donation faite dans l'église de Mouchamp, 
au chœur, devant l'autel, le sixième jour des ides de dé- 
cembre. 

1201. — Donation par Guillaume, seigneur de Mauléon, 
pourle repos de son âme et de celle de son épouse, Catherine 
fille de Maurice, seigneur de Montaigu, des vignes dites de 
Bram, plantées par son vassal Brotteau (Brottellus)^ et de 
toutes ses autres vignes dans le même fief. 

Deux pièces. 

1220. — Donation par David Ameluns de sa terre de la 
Lozeverse, au tènement du Monsirom. 

1233. — Traité entre Pierre Caillaud (Cailléas;, seigneur de 
la Gaillère et de Saint-Médard, au sujet d'une dîme sur la 
terre de la Masure, au tènement de laPartenère. 

1230. — Donation par Rodolphe Normand^ chapelain, et 
Jean Normand, son frère, d'un quartier de seigle, payable 
à l'Assomption, sur la terre de la Gautrie. 

1241.— Donation par Etienne Tessier,du bourg de Chassay, 
sur la terre de la Mothe. 



272 UNE POIGNÉE DE DOCUMENTS 

1245. — Acte d'affranchissement par Aimery, seigneur 
d'Argenton. 

1262. — Donation par Antius de Bazoges, homme d'armes, 
et Godefroid Chotard, valet, de dix sols sur la Pipardière, 
trois sols sur la Limousinière , d'une dîme sur la Gaillon- 
nière et sur l'étang de Bois-Bernard. 

1272. — Donation par Guillaume Forestier des Herbiers 
(de Arberas, aliàs de Herberas), sur l'Oucheronde, le Prégras 
et la Ribesihonnière. 

1275. Donation par Chaigneau (Ghaonéas) et sa femme de 
neuf setiers de seigle. 

1280. — Lettre contenant donation des gerbes et terrages 
dus en la paroisse de la Gaubretiùre, par Guillaume Estour- 
neau (Estornéas), des paroissiens de la Gaubrelière et Pé- 
Ironille, fille de Réginald Thébaud. 

1289. Donation par Josselin, doyen deMontaigu, de dix sols 
de rentes sur la Tartaudière. 

1293. — Don fait à l'abbaye de la Grainetière par Aimery 
Drochin, seigneur de Saint-Fulgent, de deux setiers de 
seigle sur la Gastoulière, paroisse de Saint-Fulgent. 

1295. — Arrentement de plusieurs terres pour cinq 
boisseaux de seigle par Jean Pillos et sa femme, de 
Vendrennes. 

1298. — Gonstitution de six livres de rente sur le moulin 
de la Bretellière, et sur tous les biens de Jean Le Gros, 
valet, et Catherine, sa femme, paroissiens de Bournezeau, 
lesdits biens sis à Tiffauges et à Sigournais. 

1310. — Donation sur un pré. 

1314. — Gonstitution d'une rente sur les Gabardières, 
paroisse de Saint-I^hilbert de Pontcharrault. 

1319. — Testament de Titius Focher, de Saint-Paul, cons- 
tituant cinq livres de rente à l'abbaye de la Grainetière et 



SUR L'AUrSÂYE UE LA f.RAlNETIl^RE 273 

plusieurs autres dons. — En annotation, on lit cette re- 
marque : « qui ne se paient point. » 

1320. — Titre de quatre boisseau.x: de seigle, à la Talon- 
nière et sur l'essart de la Chaillière, par Jean Ghallaus. 

1321. — Donation de dix-huit deniers de rente sur une 
maison du Boupôre par Guillaume Bordin et son fils. 

1326. — Donation par Guillaume Gaillaud (Gailléas) et sa 
femme, paroissiens de Saint-Médard de la Réorlhe, d'une 
rente de sept livres et dix sols. 

1328. — Donation faite par Tabari de biens meubles et 
immeubles. 
Deux pièces. 

1328. — Echange aux abbés et religieux de quatre journaux 
de vigne, situés dans le fief de la Cour, dépendant de la 
maison de la Brétellière et de trois mines de seigle de rente 
à prendre avec Etienne Chérézeau sur le Puy-Belliard. 

1335. — Arrentement de biens sis en la paroisse du Boupère 
par Jean Redux et sa femme Pétronille. 

1336. — Titre de quatre livres et deux chapons sur, le Petit- 
Chassay. 

1337. — Donation de la métairie de la Goutancinière^ par 
Jean, seigneur de la Rhaudis, valet, et une autre personne. 

1338. — Donation de cinq setiers de seigle sur le moulin 
Bourdin. 

1341. — Donation de cinq setiers de seigle par Thomas 
Soulard^ Jacques Charrier et leurs fils, paroissiens de Sainte- 
Florence. 

1365. — Reconnaissance de trois mines de seigle dues sur 
la petite Belottière, paroisse de Saint-Mars-la-Réorthe. 

1367. — Donation de la Barillière, paroisse d'Ardelay, par 
Jean Barrée. 



274 UNE POIGNÉE DE DOCUMENTS 

1370. — Donation de la prée Jourdain, par Jean Simpche- 
teau et sa femme. 

1371. — Titres de un sol et deux boisseaux de seigle que 
doit Jean Pourtau. 

Cinq pièces. 

1372. — Constitution de renies sur le fief Goyaux, paroisse 
de Moucliamp, par Jean Hurlant, Jean Joannaul, et leurs 
femmes. 

137 i. - Fondation de la messe de la Pitanccrie, tous les 
lundis de chaque semaine, par frère Jean, abbé de la Grai- 
netière. 

1375. — Arrentemenl d'une maison au Boupère pour dix 
sols de rente à Pierre Arnault, à sa femme, et à leurs héritiers. 

1397. — Don d'un setier de seigle sur les terres et près de 
la Livrenière, paroisse des Herbiers. 

1403. — Titre d'un setier de seigle sur le domaine de frère 
Pierre Georget, aux Landes-Génusson. 
Plus trois pièces sans date : 

1. — Donation par Guillaume de GhanLemerle de dix-sept 
sols de rente, payables sur ses domaines de Mouchamp. 

2. — Donation parChotardde Mortagne, Béatrix sa femme 
et ses fils, Astérius, Pierre et Guillaume, du pré dit Guioret, 
en présence de Judicaël, Aimery de la Roche, et Girard 
Poirier. 

3. — Donation par Rodolphe de Mauléon et Guillaume, son 
frère, de dix sols de rente payables à la Pentecôte de chaque 
année, pour acheter du poisson à Saint-Michel en l'Herm. 
Celte donation faite pour la rédemption des âmes des dona- 
teurs et de leurs parents. 

Voici la traduction de cette dernière pièce : 



SUR L'AB ÎAYE DE LA GR^-INETIÈRE 275 

« On fait savoir nux personnes pr.^scntes et à venir que 
« moi, Rodolphe de Mauiéon, el moi, Guillaume, son frère, 
a nous donnons au Seigneur et aux moines do Sainte-Marie 
« de la Graineti()re, po.ir acheter du poisson à Saint-Michel 
en l'Herm^ dix sols qui devront être versés à la Pentecôte, 
« pour la rédemption de nos âmes et de celles de nos parents. 
« Ce don a été fait chez les moines de Saint-Hilaire de Fon- 
« tenay aux mains de Guillaume, abbé de ce lieu, et les té- 
« moins sont^ savoir : Jean, abbé de Mouzeuil, et Guillaume, 
t abbé de Trizay*, Etienne, Guillaume Bérard de Fontenay et 
« les hommes d'armes Guillaume de Bealoc(?), Pierre Gérald 
« de Saint-Michel, Jean de Nesmy, et Rodolphe de Forges. » 

La donation de llOOestainsi conçue : 

« Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, moi, Godefroid, 
« fils d'Alfred, à tous les fils de notre sainte mère l'Eglise qui 
« liront ou entendront cette charte, je fais savoir que, comme 
« noble homme Aimery, fils d'Alfred mon oncle, avait donné 
« au Seigneur et aux frères de la Grainetière, entre les mains 
(I de l'abbé Jean, la terre de Marigné et ses héritages avec tous 
« leurs tènemenls, à perpétuité, pour l'âme d'Ozengarde, sa 
« fille, autrefois épouse de Guillaume Juquel ; moi, en échange 
« de ces héritages que je ne voulais pas retenir injustement, 
« j'ai assigné aux dits frères de la Grainetière quarante 
« cinq sols sur la terre de Marigné, à prendre sur les revenus 
« et produits, qui seront payés, à l'Assomption de la bien- 
« heureuse Marie, tous les ans, de la main de Jean Fréfille, 
« qui est vassal de la dite terre. S'il arrivait que ladite terre 
« piit être ravagée par quelque accident que ce fût, de telle 
« sorte que les susdits quarante cinq sols ne pourraient 

' Dans une monographie qu'il a donnée sur les Herbiers, ;i l'occasion du 
Concours régional de la Roche-sur- Yon, M. Brunet, instituteur, a traduit 
les mots « abbas de Triazio », par « abbé de Triaize ». 11 n'y eut jamais 
d abbaye à Triaize, et, par suite, jamais d'abbé ; mais une simple ferme re- 
levant du monastère de Luçon. Cette traduction constitue une erreur 
historique qu'un véritable érudit eût certainemeùt évitée. 

Tome m. — Juillet, Août, Septembre 1890. 18 



27(» UNE POIONKE DE DOCUMENTS 

« être payés sur lesiY'venus et produits, j'ai assigné les mêmes 
« quarante cinq sols aux. susdits frères sur toute ma terre de 
« Ghafaut ; et si le vassal ou le seigneur de la dite terre cesse 
« de payer cette rente soit par négligence, soit par oubli, soit 
« par malice, après qu'il aura été mis en demeure, qu'il soit 
« permis à l'abbé de mettre ma terre sous l'interdit le plus 
« tibsolu jusqu'à ce que le bénéfice ait été payé aux susdits 
« frères. J'ai concédé antérieurement ce don entre les 
« mains du susdit abbé Jean et entre les mains do maître 
« Arnault, alors archiprêtre d'Alpide* en présence de 
« maître Guitton , alors doyen de Saint-Laurent. Gela fut 
« fait à Saiiit-IIilaire le Vouhis, dans la maison des moines^ 
h en présence de Jean, moine de Saint-Jean, Gautier, in- 
« tendant de la Grainetière, Pierre Verius, Amicus et Ré- 
« ginald Nicole, hommes d'armes, Amicus étant préposé, 
« Durand Arcelin, Jean Ménard et Jean Préfille, laïques, et 
« beaucoup d'autres Ensuite, Guitton, fils d'Alfred, confirma 
« celte donation à la Vineuse, et investit l'abbé susnommé 
« en ma présence, devant les témoins Jean, moine de 
a Saint-Jean, Gautier, intendant de la Grainetière, Briant 
« de Montaign, Guitton, seigneur de la Motto, Amicus de 
« Ghauché, hommes d'armes, Rufinellus, alors sénéchal de 
« la Roche-sur-Yon et beaucoup d'autres. Et pour la plus 
« grande autorité de cette charte, je l'ai revêtue de mon sceau. » 

Quant aux titres français, ils ont trait à des procès, do- 
nations, fermages, contestations, jugements rendus, etc. etc.; 
on trouve souvent répétées, dans les baux et actes d'adminis- 
tration des domaines de l'abbaye, de vives plaintes sur 
l'abandon des terres , tant à cause des injures des guerres 
que des surtaxes des tailles, et ainsi les biens sont sans aucun 
profit ni revenu à ladite abbaye, tant par faute de répara- 
tions qu'autrement, desquelles se font si grand frais, que le 

* Afjiiffy — Peut être une corruption du mot « Alperii », Aupan'tls, 
aujourd'hui l'arafs. 



SUR l'abbaye de la gralnetière 277 

prix des fermes y est entièrement consumé, môme insuClisant 
pour y satisfaire. » 

L'un des actes, celui du 13 juillet 1<)36, porte arrentement 
à la famille Brejeon des métairies des Gabardières, paroisse 
de Saint-Philbert du Pont-Gliarrault, moyennant un certain 
nombre de produits et obligations, et notamment le charroi 
de deux tonneaux de vin à aller quérir à Luçon. 

Ce vin a à aller quérir à Luçon » devait provenir sans doute 
du Bordelais ou tout au moins de la Saintonge, et jouir d'une 
saveur plus apostolique que le petit vin blanc du bocage 
vendéen. 

Frère Jean des Entommeures avait-il passé par la Grai- 
netière? 

L. Chappot de la Chanonie, 
Avocat et fjubliciste. 




^^^.^ 



ÉCRIN POETIQUE 



FARANDOLE 



~J0«— 



Le temps s'envole ; 
Les ans, trop courts. 
A tour de rôle 
Suivent le cours 
Qui les emporte, 
Longue cohorte, 
Dans le néant 
Toujours béant, 
Où tout se noie 
Malheur ou joie ; 
Ou le i)assé. 
Sans fin ni trêve, 

Est entassé 

Et se fait rêve. 

Le jour qui vient 

Ne garde rien 

Du jour qui sombre, 

Enseveli 

Dans la pénombre 

Du grand oubli. 

Le temps qui marche 

A si grands pas 

Toujours arraclie 

Et ne rend pas 

A notre vie 

L'heure ravie. 



FARANDOLE 

Rien ne renaît : 
Sourire ou peine, 
Amour ou liaine, 
Tout disparaît. 
La Farandole 
Macabre et lolle 
Du temps qui luit, 
Toujours poursuit 
Sa ronde noire ; 
Tout se réduit. 
Même la gloire, 
Au souvenir 
D'abord vivace. 
Puis qui s'efface 
Dans l'avenir. 



279 



A. lioN.M.V. 



JOURNAL 

D'UN FONTENAISIEN 



PENDANT LA RÉVOLUTION 



1791' 



25 juillet. — La m"^' décide l'ouverture à la circulation, 
pour la Saint-Michel suivante, des deux anciens chemins 
existant avant la clôture de la ville ; l'un descendant du Puy 
t'aint-Martin et allant à la prairie ; l'autre passant entre la 
maison occupée par la tour du couvent des Capucins et le 
clos de Jarnigande et servant, en partie, de cimetière aux 
protestants. 

27 juillet. — La m'" interdit aux religieuses de Saint-Fran- 
çois, de Notre-Dame, de l'Union-Ghrétienne, de l'Hôpital-Gé- 
néral et de l'Hôtel-Dieu, de laisser dire, dans les chapelles et 
oratoires de leurs maisons, d'autres messes que celles de 
leurs aumôniers. La môme interdiction est faite aux Laza- 
ristes àTégard des prêtres réfractaires. Les portes extérieures 
des dites chapelles devront, en outre, être fermées jusqu'à ce 
que les religieuses aient pour aumôniers des prêtres consti- 
tutionnels et que les Lazaristes aient prêté serment. 

' Voir la livraison de Juin 18IJ0. 



JOURNAL d'un FONTENAISIEN PENDANT LA RÉVOLUTION 281 

29 juillet. — Gensonné et Gallois, commissaires civils 
chargés d'étudier les causes des troubles de la Vendée, 
arrivent à Fontenay à quatre heures du soir. Ils descendent 
à l'auberge de la Coupe d'or, place du Marché-aux-Porches. 
Ils y reçoivent la visite de la m"^' et des autres corps admi- 
nistratifs. 

30 juil'et. — A deux heures du soir, les membres du 
direct^" de dép', du district et de la m'^ se réunissent à l'hôtel 
du dép' avec les commissaires. On y décide que les prêtres 
réfractaires pourront dire la messe dans les églises parois- 
siales et dans l'oratoire du collège, et que les autres églises 
seront fermées. 

Trois compagnies du 84* régiment d'infanterie arrivent 
aux Sables. 

Le détachement du 16" régiment de cavalerie, cantonné aux 
Sables, retourne à Fontenay. 

1" août. — Un décret enjoint aux Français absents du 
royaume, à rentrer dans le délai d'un mois. 

Le district de Ghallans mande à calui des Sables l'arrivée, 
à l'Aiguillon-sur-Vie, de dix individus ayant participé aux 
troubles de la Proutière, pris, le 29 juillet, sur un bâtiment à 
Noirmoutier. 

2 août. — Les prisonniers arrivent aux Sables. C'étaient 
les sieurs Baudryde la Hurcerie, Charles Gazeau, Masson de 
la Renaudière, Duhomme dit d'Archiais, (les deux frères) 
Nicollon des Abbayes ; Théodore Gazeau ; L.-B. Robin des 
Burondières, vicaire de la Boissière des Landes ; Marie- 
Dézirée Gazeau ; Gabriel Masson. 

3 août. — Les commissaires civils, accompagnés de Du- 
mouriez, se rendent à Luçon. Ils se présentent à l'Hôtel de 
Ville et déposent leurs commissions sur le bureau. 

4 août. — On s'occupe de la formation des corps de gardes 
nationales, destinés à la défense des frontières. 



282 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

5 août. — Pierre Asselin, exécuteur des sentences crimi- 
nelles, demande au district que le traitement de 1,800 livres 
qui lui était fait par le comte d'Artois, ci-devant apanagiste 
de Poitou, lui soit continué. 

Gensonné et Gallois arrivent aux Sables. A midi, le direc- 
toire du district va leur rendre visite. 

Sur les trois heures, les commissaires sont arrivés au 
directoire, où se réunissent successivement les maires, 
officiers municipaux et procureurs des communes du district. 
Ils prennent de chacun d'eux les renseignements relatifs aux 
troubles, ainsi que les moyens de les apaiser. A sept heures, 
la séance est levée, et les commissaires engagent les muni- 
cipalités à rédiger leurs pétitions par écrit. 

6 août. — A dix heures du matin, Gensonné et Gallais se 
présentent au directoire des Sables et remettent sur le bureau 
les commissions à eux délivrées. Us se renseignent sur les 
troubles de la Proutière, ses causes et ses conséquences, et 
observent qu'il importe, pour le bien de la chose, de s'occuper 
incessamment de la suppression des curés et de la circons- 
cription paroissiale. Us se retirent à une heure et demie' 
du soir. 

9 août. — Le 2" bataillon du 60" régiment d'infanterie, 
venant de la Rochelle, passe à Luçon, se rendant aux Sables. 
Une compagnie y reste cantonnée pour remplacer celle du 
25« régiment (ci-devant Poitou). Le reste du bataillon, com- 
mandé par Rambaud, se rend auxSables pour y tenir garnison. 

12 août. — Le l*"" bataillon et cinq compagnies du 2' du 
84* régiment d'infanterie, passent à Luçon et se rendent dans 
l'île d'Oléron. Le 2" bataillon est cantonné à Challans, Ma- 
checoul, Ghàtillun et le Croisic. 

A 9 heures du matin, une compagnie du G0« de ligne part 
des Sables pour la Roche-sur-Yon et une autre pour Luçon- 

14 août. — L^3S commissaires civils quittent les Sables 
pour se rendre à la Roche-sur-Yon. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 283 

17 août. — Gensonné et Gallois retournent à Fontenay où 
ils séjournent jusqu'au 3 septembre. 

18 août. — Caisse patriotique. — Dans une assemblée du 
Gonseil-g-énéral de la commune, le maire expose que la disette 
de plus en plus grande de numéraire rendant les tran- 
sactions de plus en plus difficiles, il devenait urgent d'y 
obvier en posant les bases d'une caisse patriotii|ue, pour 
l'échange des assignats contre des coupons, représentés par 
des bons municipaux de diverses valeurs. 

Le Conseil-général approuve la mesure et décide la création 
d'une caisse patriotique au capital de 15,000 livres susceptible, 
au besoin, d'un accroissement de 5^,000 livres. La m'é s'engage à 
fournir 21,000 billets et une caisse fermant àdeux clés pour les 
renfermer; 4,000 seront rouges et porteront : « Bon pour deux 
livres » ; 7,000 seront bleus, avec la mention « Bon pour vingt 
sois » ; 10,000 seront blancs et porteront « Bon pour dix sols. » 
Au-dessus de la valeur de chacun d'eux seront les mots 
Caisse patriotique, et en légende , aux quatre côtés du 
billet : Délibération du conseil-général de la commune de 
Fontenay-le-Comte, du 18 août 1791. Chacun d'eux portera 
un numéro d'ordre et les signatures des sieurs//, de Bessé, 
Garos et Vinet, commissaires nommés à cet eiïet. Au dos 
seront les armes de la ville, et au pied la signature de Moreau, 
maire. Ces bons de caisse devront être, jusqu'à épuisement, 
échangés au pair contre des assignats de 5, 50, 60, 70, 80, 90 et 
100 livres. L'ouverture de lacaisseaura lieu le 29 août suivant. 

20 août. — On publie un décret de l'Assemblée Nat'"" relatif 
aux traitements et faveurs à accorder aux fonctions relatives 
au service divin dans les églises des ci-devant chapitres 
séculiers ou réguliers. 

22 août. — Un autre décret taxe à une triple imposition 
les biens des émigrés restés à l'étranger. 



284 JOURNAL d'un fontenaisien 

23 août. — La m'^du château d'Olonne mande au district 
que le dimanche, 21 août, il y a éclaté une émeute, et qu'elle 
a été troublée dans ses fonctions à l'instigation des abbés 
Boitel et Gourdin, curé et vicaire des Sables. Le district arrête 
que Dardel et Degounor, deux de ses membres, accompagnés 
de trois cavaliers se transporteront sur les lieux pour y prendre 
telles mesures jugées nécessaires. 

25 août. — Gensonné et Gallois invitent l'accusateur pu- 
blic du tribunal des Sables-d'Glonne à hâter la procédure 
dirigée contre les fauteurs de l'insurrection d'Olonne. 

26 août. — L'Assemblée nationale décrète que les meubles 
et ustensiles de cuivre et de bronze existant dans les com- 
munautés, églises et paroisses supprimées, et susceptibles 
d'être employées à l'alliage du métal des cloches, seront en- 
voyés aux hôtels des monnaies les plus voisins, ou autres 
lieux destinés à la fabrication des flans. 

27 août. — Gensonné informe Gallot, député à l'Assem- 
blée nationale, des progrès de la contre-révolution en Vendée. 

29 août. — Goupilleau(de Montaigu), parti de cette ville le 
27, arrive à Fontenay à 7 h. du soir, pour preudre part aux 
élections des députés à l'Assemblée législative. Il descend à 
la Coupe, où il rencontre le général Dumouriez et Gensonné. 

30 août. — Les électeurs delà Vendée se réunissent,à 10 h., 
du matin, dans l'église des Cordeliers, pour la nomination 
des députés à l'Assemblée législative et le renouvellement 
des administrateurs du département. Les commissaires sont 
élus ; les pouvoirs vérifiés. Goupilleau (de M.), est élu prési- 
dent à la majorité absolue des suffrages. 

— Un escadron du 16* régiment de dragons, caserne à An- 
cenis (Loire-Inférieure), vient tenir garnison à Fontenay, sur 
la demande de Dumouriez, en remplacement du 16' régiment 
de cavalerie (Royal-Lorraine), parti depuis le 20 août pré- 
cédent. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 285 

Dumoiiriez donne l'ordre au capitaine Lagarde de se rendre, 
avec 50 cavaliers, à La Châtaigneraie, pour de là se diriger 
sur l'Absie, à l'eiïet d'y surveiller les agitateurs. 

31 août. — Goupilleau (de M.) prononce un discours d'ou- 
verture en prenant possession du fauteuil de la présidence. 
Au 3» tour de scrutin, Guichet (Jacques-Charles), ancien no- 
taire au Breuil-Barret, est élu secrétaire. La séance est 
levée à sept heures du soir. 

1" septembre. — Le Directoire de département requiert la 
mié de faire délivrer 320 cartouches à l'officier commandant 
le détachement du 11* régiment (ci-devant Royal-Roussillon] 
qui doit se transporter, le lendemain, aux environs de la 
Châtaigneraie, menacée d'un soulèvement. 

Dans la soirée, la m'^ se rend, sur les 4 heures du soir, à 
l'église des Cordeliers, où se trouvait réunie l'assemblée élec- 
torale. S'approchant du bureau, le maire a pris la parole et a 
témoigné au président, au nom de la commune, la sa- 
tisfaction qu'elle éprouvait de la voir réunie dans ses 
murs, se félicitant d'avance du choix que les électeurs 
allaient faire, pour remplir le vœu de la loi. Goupilleau, après 
quelques paroles de remerciements au discours du maire, 
a invité la m"' à assister à la séance. 

Au 1*'' tour de scrutin, Goupilleau (de M.) a été élu pre- 
mier député à l'Assemblée législative par 15G voix sur 299 
votants. 25 billets sont annulés pour défaut de désignation 
suffisante entre son frère et lui. 

2 septembre. — L'assemblée électorale continue ses opé- 
rations. MomssoN* (Gharles-Louis-François-Gabriel) , est élu 
deuxième député. 

« Né en Bretagne en 1740, avocat da Poitou, administrateur du directoire 
de département en juillet 1790, député à la Législative, puis -à la Convention, 
membre du Conseil des Cinq-Cents, juge de la Cour d'apoel de Poitiers 
en 1797, puis conseiller à la Cour impériale de Bourges, où il mourut en 181G 



28(3 JOURNAL d'un fontenaisien 

Dumoiiriez dirige un détachement de 30 cavaliers sur Saint- 
Laurent-sur-Sèvre, pour y surveiller les agissements des mis- 
sionnaires, et informe les administrateurs de la Loire-Infé- 
rieure de son départ pour Châtillon~sur-Sèvre. 

3 septembre. — Maignen', François, administrateur du 
district de la Châtaigneraie, est élu député au 3* tour de 
scrutin. Dans la soirée, l'abbé Musset' (Joseph-Mathurin), 
curé de Falleron, passe également au 3" tour. Dumouriez, 
Gensonné et Gallois partent pour Ghâtillon-sur-Sèvre, afin 
d'y surveiller les agissements des prêtres réfractaires. 

4 septembre. — Gaudin (Joseph-Marie-Jacques-François), 
maire des Sables, est élu député au 3* tour. Dans la soirée, 
TuiÉRioT^ (Alexis), administrateur du département, est éga- 
lement nommé au 3* tour. 

5 septembre. — Dans la matinée, Giraud de Saint- Vincent 
(Etienne), juge de paix à Fontenay, passe au 3^ tour. Dans 
la soirée, Gauuin (Jacques), vicaire-général constitutionnel 
de la cathédrale de Luçon_, est élu huitième et dernier député. 

6-7 septembre. — Les électeurs élisent comme suppléants 
à l'Assemblée : Jousson", Pierre , administrateur du dis- 
trict de Challans ; Mercier - Durocher\ André -Charles - 

* Ils étaient deux frères, François et Pierre, tous deux membres du dis- 
trict de la Châtaigneraie. François mourut le 3 juin 1796, étant membre du 
Conseil des Anciens. 

* Né en Bretagne en IT'iO, curé de Falleron à la dévolution, député à la 
Législative puis à la Convention, membre du Conseil des Anciens, adminis- 
trateur de la Loterie, commissaire du Directoire en Piémont, préfet de la 
Creuse en 1800, membre du Corps législatif en 1802, réfugié en 1816 en Bel- 
gique où il mourut en lsx'8. 

» Administrateur du département en juin 1790, député à la Législative en 
1791, puis juge du tribunal de Montaigu, décapité à Fontenay le l^'- dé- 
cembre 1793, comme chef de rebelles. 

* Jousson devint ensuite volontaire des chasseurs de la Vendée et fut tué 
par les rebelles à Aizenay, le 2 octobre 1793. 

* Auteur d'importants mémoires sur les Geurres de la Vendée, né à la 
Rochelle le 9 novembre \~rj'i, mort à Fontenay le 20 avril 181C. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 287 

François, avocat, et Boulanfjer, Martin-Louis-Joseph, juge 
de paix de Mareuil. 

7 septembre. — Gensonné et Gallois arrivent de Saint-Lau- 
rent-sur-Sèvre, et annoncent que lys troubles sont apaisés. 

8 septembre. — L'assemblée électorale continue ses opé- 
ralions : lialaon, François-Marie, suppléant du tribunal du 
district, est élu président du tribunal criminel à la majorité 
relative des suffrages; Diipiiy, Pierre-Claude, est maintenu 
accusateur public ; Goupilleau, Jean-François, député sor- 
tant; est élu greffier au 3« tour. 

Les hauts-jurés sont ensuite désignés. Ce furent BiaiUe- 
Germon et Bouron, ex-constituants. 

Dans la soirée, tous les députés et suppléants élus se réu- 
nissent dans un banquet, et se donnent rendez-vous pour le 
jeudi, 22 septembre, à l'hôtel Henri IV à Nantes, afin d'y 
prendre, dès le lendemain, la route de Paris. 

9-1 i septembre. — On procède au renouvellement des 
membres de l'administration départementale. 
Les nouveaux membres élus sont : 

Rodrigue (F. A.), évêque constitutionnel ; 

Pervitiqiiière {^. M. S.), ex-constituant ; 
^Girard de Villars (Charles- Jacques-Etienne), président de 
la Société populaire. 

Gmttofi* (Jacques-Aimé-Emery), capitaine des canonniers 
de St-Gilles. 

Gauly (Jean-Baptiste), juge de paix de Mouchamps ; 

* Né à Saint-Ciille.s-sur-Vie le 27 juin 1750, nommé le 24 avril 90, comman- 
dant en chef du corps des volontaires nationaux, le 8 décembre 91, lieutenant 
colonel du bataillon de la Vendée, le 13 février 93, lieutenant de irendarmerie 
nationale du département, le 18 avril 94, président de la commission mili- 
taire des Sables, maire de Saint-Gilles le 13 décembre 1800, mort à la Ro- 
chelle sous la Restauration, auteur d'un opuscule en vers intitulé : Poésies 
très fugitites. Fontenay-le-Comle 1787, Cochon de Chambonneau, pet. in-S" 
de 79 pp. Il fut longtemps collaborateur des Affiches du Poitou. 



288 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

Boulanrjer (\l. L. D.), juge de paix de Mareuil ; 
Regain (René-Simon-Célestin), juge de paix des Sables ; 
Bouquet, (Pierre), médecin à Luçon ; 
Gallot, (Jean-Gabriel)^ médecin, ex-constituant; 
Dejiogent, (Philbert-Aimé), juge de p.iix des Moutiers-les- 
Mauxfaits. 

Vinet, (Charles), notaire à Pontenay. 

Moulins, (Isidoire-Elie), delà Vineuse, ex-officier de marine. 

Fillon, (Pierre-Jean) l'aîné, notaire ; 

Mercier-Durocher (A. Gh. F.) avocat ; 

Fayau, le jeune (Pierre-Joseph-Marie), de Rocheservière. 

CaillaiiU (Jean-Baptiste-Aimé), avocat au Tablier ; 

Esnard, (René) homme de loi à Pontenay. 

Clemenceau, (Pierre-Paul), médecin. 

12 septembre. —Le directoire du district de Pontenay invite 
les municipalités de son ressort à lui adresser les soumissions, 
présentées par les soldats auxiliaires et volontaires natio- 
naux, selon les instructions du directoire du département. 

15 seplembre. — L'Assemblée nationale décrète que le 
sceau de l'Etat portera désormais en légende : la nation, la 
LOI, LE ROI, et que celui portant la loi, le roi sera brisé. 

18 septembre. — Des réjouissances publiques ont lieu à l'oc- 
casion de l'acceptation de la Constitution par le Roi. Dumouriez 
y fait parade d'une fausse popularité en dansant des faran- 
doles avec des femmes du peuple. La municipalité dépense 
à cette occasion 389 livres sept sols, six deniers. 

19 septembre. — Les membres du Directoire du district 
des Sables ayant tous, pour divers motifs, donné leur démis- 
sion, on procède à leur remplacement. Sont élus : 

Bouhier, vice-président ; 

Robert et Biret, membres ; 

Gourdin et Sourouille, adjoints ; 

Mercereau, substitut du procureur-général-syndic. 



PENDANT LA UÉVOLLTION 289 

23 septembre. — Les dragons d'Orléans, casernes à Fon- 
tenay, se révoltent contre leurs officiers, suspectés de vouloir 
émie"rer. 

24 septembre. — Le déparlement requiert Dumouriez de 
diriger, des Sables sur Saint-Gilles, un détachement de 
trente hommes. 

26 septembre. — A 9 heures du matin, le baron de Lé- 
zardière sort de la prison des Sables, avec ses compagnons 
de captivité, à l'occasion de l'amnistie prononcée par l'As- 
semblée constituante. 

30 septembre. — L'Assemblée nationale clôture sa session. 

1" octobre. — L'Assemblée législative entre en séance. 
Elle se trouve composée de 745 membres, dont 400 avocats 
ou magistrats, 70 ecclésiastiques, 70 hommes de lettres et 
205 propriétaires. 

2 octobre. — Une fête publique à lieu à l'occasion de la pro- 
clamation de laConstitution.DeSàOheuresdu matin, et à plu- 
sieurs reprises dans la journée, le carillon des cloches et les 
salves d'artillerie annoncent lacérémonie. A 1 heure et demie, 
le Conseil-général de la commune se réunit à l'Hôtel de Ville, 
et en part à 2 heures, précédé des tambours et gagés de ville. 
Il se transporte successivement devant l'église Notre-Dame, 
au carrefour Saint-Nicolas, et y fait donner lecture, par le 
secrétaire-greffier, de l'acte constitutionnel. Revenant ensuite 
à la mairie, il se dirige, escorté par un piquet de 50 gardes 
nationales, sur !a place Royale, oii une salve d'artillerie 
annonce son arrivée. Il gravit alors les degrés de l'amphi- 
théâtre qui s'y trouve élevé, et y reçoit, en présence d'une 
foule immense, les corps administratifs et judiciaires, qui 
s'y sont successivement rendus. En face, se rangent, à droite 
la troupe de ligne, et à gauche, la garde nationale. 

S'avançant ensuite sur le devant de l'estrade, le maire fait 
connaître à la foule le motif de la solennité, fait ressortir 



200 JOURNAL d"un fontenaisien: 

pour le peu|3le les avantages de la Révolution et de la nou- 
velle Constitution, rattachement que l'on doit porter à la 
Royauté, et la conduite à tenir par suite de l'acceptation de 
la Constitution. Son discours est suivi de la lecture de l'acte, 
qui est accueillie aux cris de uvive la Constitution! vive le 
Roi! •> Après cette cérémonie, les autorités sont descendues 
du théâtre et se sont dispersées, pendant qu'un détachement 
reconduisait la m'é à l'Hôtel de Ville. 

A 7 h. 1/2 du soir, l'amphithéâtre a été illuminé, ainsi qu'un 
transparent, placé sur le devant et portant cette inscription : 

FRANÇOIS, PLUS DE TYR.\N, VIVE A JAMAIS LE ROI, 
POUR LE BONHEUR DE TOUS, IL RÈGNE PAR LA LOI. 

A 9 h. a été terminée l'illumination générale des arbres 
de la place et du monument. 

Trois transparents de deux pieds de haut recouvraient les 
trois côtés d'une pyramide, élevée pour former le bouquet 
de fin. 

Sur le premier, on lisait : 

« 

VIVE LA NATION, LA LOI, LE ROI. 

A droite se trouvait une couronne civique, à gauche;, une 
épée, surmontée du bonnet de la liberté. 
Sur le second : 

QUOI, LIBRES D'OPINIONS 
SANS VIVRE DANS L'UNION ! 

Sur le troisième : 

OUBLIONS TOUT LE PASSÉ, 
LOUIS LE VEUT, C'EST ASSEZ ! 

L'illumination de la ville, dit le procès-verbal de la fôte, 
ne présentait pas un moins beau spectacle que la place 
Royale. Celles des hôtels du dépS du district et de plusieurs 



IMCNDANT LA RÉVOLUTION 201 

maisons parliculii'res étaicril liahilonionL agencées. Depuis 
le (iéparl dos anloi^itôs, jusqu'à deux liouros du malin, des 
ménciriers, |)lac(''s sur des estrades, y oui lai l cxéculer fies 
danses, et la populatimi s'esf. retirée en ne cessant de mani- 
fester sa satisfaction et son contentement, sans troubler un 
seul instant la tranquillilé. Celle fêle avait coûté 281 livres 
à la municipalité. 

5 octobre. — Le rapport de (lensonné el de Gallois sur la 
siluation morale et iiolilioue du |)ays, est lu à l'Assemblée 
Législative : celle-ci se déclare satisfaite de leur conduite. 

8 octobre. — F^'Assemldéo d-'-cide (pi'il sera envoyé des 
troupes en Vendée et en IJrelagne. 

24 octobre. — La m'''' alloue Or. livres, à titre de gralifica- 
tion, au s'"Périot (Pierre), conducteur des travauxdcs routes, 
pour le devis du plan des casernes de la ville. 

3 novembre. — Goupilloau (de Pontcnay) esl noninu'.au 
club des llei'binrs, président de la Société ambulaiile des 
Anihdr In Coiis/z/iff/nn de la Vendée. 

8 novsmbra. — Lasserre, commissaire des guerres, chargé 
du classement des places de l'Ouest, prend possession des 
casernes de la ville. 

L'Assemblée met, sous le séquestre, les biens des princes 
émigrés et condamne à mort, ceux rassemblés aux fron- 
tières, qui nu rentreront pas (m France avant le l"" janvier 1792. 

11 novembre. — La m"' l'ail notifier à tous ceux qui 
jouissent de parties des anciens forts, fortifications, murs, 
fossés, douves, remparis, portes, terrains vagues, gués et 
rivages de la ville, la, vente qui lui en a été faile le 17 juin 
précédent, et les somme de produire les titre^ en vcrlu des- 
quels ils jouissent desdits immeubles. 

(A suirrr. ) A. I'htton. 

ToMii m. — Juillet. Août, Septembre 1800. 10 



LE LIVRE D'OR DE LUÇON 



L'exemple donné par M. René Vallette a suggéré à M, L. Ballereau 
la pensée de réunir en quelques feuillets la biographie des hommes 
célèbres ou des savants qui ont laissé une trace dans l'histoire de 
sa ville natale. Nous sommes heureux d'olfrir à nos lecteurs la pri- 
meur de quelques-unes de ces biographies qui ont le grand mérite de 
faire revivre des noms illustres, trop oubliés de nos contemporains. 

N. D. L. R. 



Gehmain GOLOT. La famille Golot, originaire de Luçon, 
fournit plusieurs chirurgiens célèbres. Germain fit des études 
spéciales sur la maladie de la pierre, dont on n'avait pas 
jusqu'alors, en France, ose faire l'extraction, bien que cette 
opération fut pratiquée en Italie et en Allemagne. Ses pre- 
mières expériences eurent pour sujets des cadavres; puis, 
sûr de lui-môme, il demanda au roi Louis XI de commuer 
la peine de mort, auquel un archer de Bagnolet, atteint de 
la pierre était condamné, en celle de l'opération. Le roi, 
ayant accédé à cette prière, Golot exécuta la taille avec une 
habileté merveilleuse. L'archer en fut quitte à bon compte ; 
quinze jours après^, il était sur pied et parfaitement guéri. 

Laurent GOLOT fut également un opérateur très habile. 
Il habitait la petite ville de Fresnel, en Ghampagne, quand 
Octavian de Vièle, chirurgien de la ville de Rome, se lia avec 
lui. Octavian, de retour à Rome, Laurent Golot vint s'établir 
à Paris (1550). II était alors le seul capable de faire l'opéra- 
tion de la taille, et le roi créa pour lui une chaire spéciale de 
chirurgie dans sa maison. 



LE LIVRE DOR DE LUÇON 203 

La réputation dé Laurent Golot a été consacrée par le 
médocin Rolfintius et par Ambroise Paré. 

PiiiLn^PE GOLOT, pelit-fils du précédent, avait perfec- 
tionné l'art de ses ancôtres. Praticien consommé et jouissant 
à juste titre d'un grand renom de savoir, il était fort re- 
cherché et ne parvenait qu'à grand'peine à secourir ses 
malades. Le cardinal Ghigi l'avait à maintes reprises prié de 
le venir visiter à Bologne, faute de temps, il ne put se 
rendre au désir de l'Eminence et dut rester à Paris. 

Philippe avait beaucoup simplifié la manière d'opérer la 
taille mise en pratique par son aïeul Germain Golot. Après 
une vie très laborieuse il vint mourir dans son pays, àLuçon, 
à l'âge de 63 ans (1656). 

Il laissait un fils nommé Philippe comme lui et comme lui 
aussi médecin lithotomiste, qui fut le père de François Golot. 

François GOLOT, de même que son père et ses ancêtres, 
s'était appliqué dès son enfance à l'étude de lithotritie, et, 
à leur exemple, il avait gardé pour lui la pratique de son art, 
se gardant bien de la divulguer. Aucun reproche ne peut 
toutefois lui être fait ; car il soignait les pauvres avec un 
grand dévouement et obtenait, à THôtel-Dieu en particulier, 
des cures extraordinaires. 

Il ne voulut pas mourir sans léguera ses concitoyens au 
ouvrage utile et réclamé des chirurgiens de son époque : il 
\)ub['icii[e Traité de r Opération de la taille, avec des observa- 
tions sur la formation de la pierre et la suppression d'urine. 
Paris 1717in-12. 

Son désintéressement, en publiant les secrets de son art, 
pourrait bien être contesté, si Ion s'armait de ce qu'il dit 
dans l'ouvrage précité, à savoir que « les chirurgiens » delà 
Charité et de l'Hôtel-Dieu qui y gagnaient la maîtrise s'ins- 
truisaient en nous surprenant; ils firent secrètcmentquelques 
ouvertures aux planchers, entreles deux solives, directement 
au-dessus de la chaire oij l'on plaçait les malades, pour y 
être taillés. » 



2yi LE LIVRE d"0R DE LUÇON 

Jacques GOUPIL, né n Luçon d'une famille alliée à Ti- 
ragncaii, fil à Poitiers de très brillantes études et devint le 
précepteur de plusieurs gentilliommcs de la Saintonge aux- 
quels il enseigna les belles lettres et diverses lang-ues. Il prit 
à Paris, le bonnet de docteur en médecine sous le décanat de 
Jacques Houllier. 

Jacques Sylvius, qui occupait la chaire de médecine au 
collège royal, étant mort, Henri II nomma Goupil pour le 
remplacer (155r)). Il avait fait des études approfondies sur la 
langue grecque et se rendit célèbre par la publication d'ob- 
servations sur certains auteurs tels que Dioscoride et 
Alexandre Tallien. Il mourut en 15G8, laissant inachevée une 
lecture sur les œuvres d'Hippocrate. 

On a de lui : 

Phasis libellus de peaLihnlia ex Syrorum linfjua in grœ- 
cam translatus, additis s'mml in eumdem castigationihus 
(LutelicT ne fait pas partie du titre de l'ouvrage ce mot est 
mis là en place de Parisiis^ lieu de l'édition 1518, " in-folio, 
avec les 12 livres d'Alexandre Tallien), 

Annotationes et scholia in Ambrosii Lconis Nolani, vcrsio- 
npm lihrorum Joannis nrtnarii. Parisiis, loiS in-8". — Ultra- 
jccti, 1G70, in-8». 

Acluarii Joannis, /ilii Zarharbo, de aclionibtis et affectibus 
spiritus animalis. {PàTi'sW^ 1457 in-8', en grec, avec les ou- 
vrages de Jacques Sylvius). 

Scholiani Pauli /Eginete, libros vu de remedica. Pedacius 
Dioscorides de materia medica additis castigationibus. 

Robert UK SALNOVE, fils de François de Salnove, 
écuyer sieur de la Mongio et des Fossés de Luçon, et de 
Marie Ilesnier, naauit à Luçon vers la fin du X'VP siècle. 
Son père était sénéchal de Luçon, conseiller et écuyer delà 
duchesse de Bar et maître des requêtes en son hôtel. 

11 fit d'abord partie de la maison de Henri IV en qualité de 
page et ftassa, en celte môme qualité, près du roi Louis XIII. 



LK LIVRE d'or DR LUÇON 295 

Ces deux princes lui prodig-uèreiit leur amitié et leurs faveurs. 
Sur la recommandai ioii de Louis XIII, Christine de France le 
fit écuyer en 1019 et peu après, Victor-Amédée l"" le nomma 
gentilhomme de la chambre et le retint en Piémont pendant 
18 années. Après la mort de Victor-Amédée, Salnove revint 
à la cour de Louis XIII qui le nomma conseiller et lieutenant 
do Louveterie. 

La passion pour la chasse à laquelle il se livrait avec ar- 
deur lui acquit lui yrand renom et une expérience dont il 
profita pour composer un livre fort estimé, intitulé : La 
Vé7ierie royale. Robert de Salnove y combat vivement les 
théories de du Fouilloux et nous apprend que ce fut Louis XI 11 
qui, le premier, se servit de chiens courants pour la chasse 
au renard. 

Salnove mourut vers l'année 1070. 

BALLEREAU (Léon), architecte de la ville de Luçon, pré- 
sident de la Société des architectes de la Vendée, membre 
de la Société centrale des architectes, correspondant du 
ministère de l'Instruction publi(iue, des Cultes et des Beaux- 
Arts ; inspecteur de la Société Française d'Archéologie, 
membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest, secrétaire- 
adjoint de la Société d'Emulation de la Vendée, naquit à 
Fontenay-le-Gomte, au mois de février 1823. 

Elève de M. Aloll, architecte du gouvernement, sous 
l'habile direction duquel il était resté à Paris pendant dix 
années, il avait acquis une connaissance profonde de son 
art difficile et un talent de dessinateur bien connu. Ses 
œuvres sont marquées au coin d'un caractère original qui 
les feront reconnaître au premier aspect. 

Archéologue distingué, les absorbantes occupations que lui 
créait sa profession furent un obstacle constant à ses travaux 
sur l'histoire des monuments. Il ne publia que peu de choses; 
Mais il contribua pour une large part dans l'œuvre de M. l'abbé 
F. Bauilrv, curé du Bernard. 



296 LE LIVRE d"0R DE LUÇON 

Il nous est resté de lui ces quelques brochures : 

Une croix reliquaire du XI" siècle ; Notice sur le clocher de 
V église primitive de Saint-Pierre ce Tal mont {Vendée), lue en 
Sorbonne, le 10 avril 1873 ; Notice sur le portail de r église de 
saint Nicolas de Brem, lue en Sorbonne, le 10 avril 1874 ; 
Notice sur une épingle romaine en bronze. 

La ville de Luçon lui doit la reconstitution de ses armes 
qui lut l'objet d'ane étude remarquable. 

11 mourut à Niort le 16 septembre 1877. 

L. Ballereau. 




LES ARTISTES DU POITOU 

A L'EXPOSITION DE DINAN 



GRACE au concours éclairé dp la municipalité de Dinan,quin'a 
pas hésité à faire tous les sacrifices pécuniaires voulus, grâce 
surtout au dévouement bien connu et à la compétence du 
critique d'art, M. Olivier Merson, la Société artistique et 
littéraire de l'Ouest dont le siège est à Paris, a ouvert dans la 
ville de Dinan une exposition des Beaux-Arts, qui a duré du 15 
août au 1.") septembre dernier. Cette exposition a obtenu un succès 
des plus vifs et ce n'est que justice. Organisée, dans une des 
villes les plus pittoresques de la Bretagne, dans un site superbe, 
que chaque année visitent en foule les baigneurs des côtes bre- 
tonnes, cette exposition renfermait des œuvres signées des plus 
grands maîtres modernes ; mais on pouvait en outre j' admirer des 
toiles dues au pinceau des artistes les plus appréciés des quatre 
provinces du Maine, de la Bretagne, de l'Anjou et du Poitou. 

Nous signalerons tout particulièrement celles de M. Luc-Olivier 
Merson, le célèbre auteur de la Fuite en Egypte, Landelle, Luminais 
Maignan et Guillon. M. Lansyer (de Bouin), l'éminent paysagiste 
vendéen, collaborateur de la Revue du Bas-Poitou, ancien vice- 
président de la Société, avait exposé des aquarelles qui attiraient 
tous les regards. Parmi les autres artistes originaires du Poitou, on 
trouvait encore M Bidau (de la Roche-sur-Yon), dont les peintures 
décoratives ont été très remarquées, MM. Brouillet, Boisson, et 
Magne, dont les envois témoignaient de réelles qualités. M. Perrault, 
un artiste qui ne compte plus ses succès, avait envoyé aussi un très 
beau panneau. Enfin M, Robuchon, que Grand Père et Grand Mère 
et un Paysan vendéen signalaient à l'attention des visiteurs, avait 
voulu mettre à la portée de tous les splendides ouvrages illustrés de 
photographies gravées, qu'il a publiés sur le Poitou. On ne saurait 
non plus passer sous silence l'œuvre exposée par M. Thibaudeau. 

En dernier lieu, mentionnons parmi les œuvres d'artistes déoédés, 
l'aquarelle à la gouache de Piette de Montfoucault. 

Cette rapide énumération montre que le Poitou était dignement 
représenté à l'exposition de Dinan, dont nous sommes heureux de 
constater ici la pleine réussite. 

D"" Marcel Baudouin. 







JARD 



Tni-TK !;i, côte entre les Sal)les et l'anse de l'Aiguillon 
est (Jigne d'attirar le touriste, et par ses curiosités 
naturelles et par les souvenirs tiistoriquos qui ja- 
lonnent son parcours. Ce sont les falaises de Tanchet, du 
Puits d'Enfer, de Saint-Jean, de la baie pittoresque du Ga- 
yola, de la Mine ; toute cette rive taillée dans des terrains 
secondaires, qui s'étend jiis(|u';uix masses rocheuses delà 
Tranche, puis les plaines sans lin du Marais. Ce sont les 
mines de l'abbaye de Saint-Jean d'Orbestiers et leurs bois de 
cliènes verts, les tombeaux mérovingiens dn Cayola, la 
Salle-le-Hoi, qui rappelle la mémoire de Richard Gœur-de- 
Lion, Notre-Dame de IJourgenet, l'ancien monastère du 
Veillon sur l'embouchure du Payré, la vieille abbaye deLiou- 
Dieu-en-Jard ; le souvenir de l'antique église de la Tranche, 
i|ni vit se célébi'L'r, on iOGO, le mar'iagc de Savai'y de Mauléon, 



cl que les lluls l'OCOuvrenL mahiLiMianl (J(3 leui's ondes lim- 
pides ; Saint-Michel en l'IIerm, son église, son couvent, etc. 
Quelle merveilleuse excursion dans le présent, dans le 
passé ! Quelle occasion de rapporter les innombrables lé- 
gendes, les Lradilions de chacun de ces heux ! Malheureu- 
seirent, il faut se borner, et nous ne parlerons aujourd hui 
que de la commune de Jard. 



Le village de Jard est appuyé aux plantations de pins et 
aux dunes de la côte. De ses douze cents habitants, presque 
tous livrés à l'agriculture et à la pêche, bien peu se doutent 
qu'ils vivent sur un des points les plus anciennement habités 
et les plus importants de la contrée. 

Sans remonter à ITige de pierre, qui a semé sur ces champs 
des vestiges irrécusables, nous noterons que Jard était un 
élablissement gaulois qui tirait son nom de sa position au 
couchant (?) {Err ou lard, occident, en gaélique). 

La période gallo-romaine y est signalée par des débris 
romains, des vases du Haut-Empire, la sépulture d'un 
légionnaire romain découverte en 1878 par M. 0. de Roche- 
brune; par les traces de voies antiques, par la tradi- 
tion si connue d'une ville engloutie sous les sables ( Be- 
lesbal, territoii-e enire Jard et Saint-Vincent-sur-Jard). 
Certains archéologues, et nous nous garderons de les contre- 
dire, placenta Jard, dans le petit golfe formé par le Payré, 
l'énigmatique Portus Secor de Ptolémée et de Marcien 
dont les savants s'imaginent retrouver l'emplacement à plu- 
sieurs endroits de la côte vendéenne. 

Le moyen âge, malgré de grandes obscurités, apporte 
cependant des documents positifs. On sait qu'en 732, les 



300 JARD 

religieuses de Sainte-Croix de Poitiers, fuyant l'invasion 
arabe d'Abdérame, se réfugièrent avec les reliques de sainte 
Radegonde, dans une vîUa de Jard, alors entouré de 
vasîes bois. 

Sous cette époque mérovingienne, on y battit monnaie, 
ainsi du reste que sous la domination romaine. Plus tard, 
des chartes nous apprennent l'existence en 1070 du seigneur 
Bozon de la Bavière; en 1093, d'un baron du prince de 
Talmont, Léevin Mescliain^ etc. La Bavière, la Léevinière, 
aujourd'tiui la Vinière, sont maintenant des fermes. L'église 
de la fin du XI* siècle, visiblement plus vaste jadis, l'abbaye 
du XIIP siècle de Lieu-Bieu en Jard, témoignent encore de 
l'importance de la localité. 



L'église, dédiée à sainte Radegonde, présente quelques 
parties remarquables. Mais ce qui frappe le plus le visiteur, 
c'est le grand tableau qu'elle renferme. 

On nomme ce tableau, le tableau du Rosaire ou de la 
Prise de la Rochelle. Bans le haut, la sainte Vierge et l'Enfant 
Jésus, entourés d'anges, distribuent des rosaires aux prin- 
cipaux personnages de l'époque agenouillés en bas : le roi, 
le dauphin, Richelieu, le pape. . . . Bans le fond, on aperçoit 
la ville de la Rochelle en flammes. Autour de ces motifs sont 
représentés les 15 mystères du rosnire, et en dessous,, des 
anges retirent avec le rosaire les âmes du purgatoire. 

Cette curieuse composition, datée de 1628, est assez dé- 
gradée. Mais, plus que les ravages du temps, les retouches 
sont à redouter pour elle! 

Le clocher de l'église auquel on accède par un petit esca- 
lier en spirale, renferme quatre énormes bombes et deux 



JARD '301 

boulets, souvenirs dont le gratifièrent, probablement dans 
les guerres de l'Empire, les vaisseaux anglais. 

Aux croisillons et aux encadrements des ouvertures sont 
gravées assez grossièrement un grand nombre d'inscrip- 
tions dans le genre de celles-ci : —E. Biroii i621 .^E A 1620. 
— Mourain 1777. — 

L'abbaye de Lieu-Dieu en Jard, de l'ordre des Prémontrés, 
fut l'ondée sous l'invocation de la sainte Vierge par Richard- 
Cœur-de-Iiion en 1196. La charte de fondation porte : 

Diploma Hicardi, Aar/lUe régis fondatoris Loci-[)pi in .fardo 

1196 

Datum.... IV die novembrin npnd Tallemundtim, anno octavo 
nostri rcgjïi. 

En note, constatation de la protection du roi de France 
Philippe VI : Extat in chartorio Loci-Dei diploma Philippi 
régis Franciœ, qui abbatiam patrocinio mo tuetur, mense 
februario MCCCXXXU. 

Dans la liste des abbés, de 1208 à la Révolution, il est dit : 

Locus Dei iti Jardo ordinis Prœmonstrensis * fundala 

jacet liichardus, Anglorum rex, seu pofitis itistauravit ut 
liquet ex orir/inali fabula donationis • 

Au XVI" siècle, les protestants détruisirent l'abbaye de 
Lieu-Dieu. 

< Le 2 avril 1568, un conseil ayant été tenu à Nantes 
sous la présidence de l'évêque de Luçon, pour connaître 
des vexations des protestants, l'abbé Jean de Malins y dé- 
clara que le 31 mars de cette même année, le couvent et 
l'église de .Tard avaient été saccagés et brûlés presque entiè- 
rement, ainsi que le château de la Grange, demeure ordinaire 
de l'abbé, et la métairie de la Châtaigneraie qui faisait la 
meilleure partie du revenu de l'abbaye. » [Pouillé de l'évêché 
de ÏAiçon). 

Le monastère eut beaucoup de peine à se relever, et 
encore il ne recouvra pas sa grandeur première. Aujourd'hui 
les ruines de ses vastes bâtiments sont converties en ferme, 



:m 



.lARl) 



de môme que le château de la Grange dont il reste dinsigni- 
llants vestiges. 

Une description de Lieu-Dieu nous entraînerait trop loin. 
Nous ne pouvons qne recommander au curieux, aux chercheur, 
de visiter ses immenses celliers voûtés dont des débris 
d'enduit peint laissent apparaître le léopard d'Angleterre, 
sa chapelle ogivale, ses salles, ses escaliers, ses tourelles, 
ses douves. 



Nos lecteurs trouveront peut-ôtre que pour l'histoire, nous 
négligeons le côté lég-endaire. C'est que Jard était peu fertile 
en traditions ou que, doté de l'esprit pratique, positil" mo- 
derne, il a oublié ces récits d'antan, parfois si pleins de 
poésie et d'enseignements moraux, 

La seule lég-ende que nous ayons pu recueillir se rapporte 
à la construction d'une chapelle dédiée à sainte Anne. 

Cette petite chapelle, placée dans le bourg, presque à son 
extrémité ouest, ne présente, en tant que monument, rien de 
curieux. Sur une pierre placée au dessus du portail est gra- 
vée la date de lGr)2, probablement de l'achèvement complet 
de l'édifice. 

Parmi les tableaux qui l'o.nent intérieurement, deux 
méritent une mention ponr leur ancienneté, leur étrangeté. 

L'un, sur aulel, représente sainte Anne tendant l'Enfant 
Jésus à la sainte Vierge qui se recule comme frappée d'éton- 
nement. Sainte Anne étant morte avant la naissance du 
Christ, cette scène semblerait une sorte de vision, de pré- 
diction de l'Annonciation. 

L'autre tableau montre, sur un tombeau ou aulel, une sainte 
Annevisibleàmi-corps.Dechaquecôtése voient des tombeaux, 
d'où sortent des mains levées vers le ciel, et surmontés, l'un 



.lARD 303 

d'un vase funéraire, l'aulrc d'une sainte ou de la sainte Vierge 
avec un enfant et une croix. Au dessus, planent trois tôtes 
d'anges ; en dessous, apparaissent trois saints. 

Par des actes notariés en date du 22 aoiit 1650, des habi- 
tants de Jard s'engagent à subvenir aux frais de construc- 
tion et d'entretien de la chapelle et donnent hypothèques 
sur leurs biens, avec approbation de Pierre, évêq je de Lu- 
çon et du secrétaire M?"" Brochard. 

La bénédiction de la chapelle a eu lieu le 2i août 1650 par 
« nous, Aymé Dupleix, prêtre, bachelier en théologie de 
rUniversilé de Paris , recteur de Notre-Dame de Bon-Port 
des Sables et doyen de Talmont •, l'abbé Godard étant curé 
de la paroisse de Jard (1617-1661). L'érection de cette cha- 
pelle avait été décidée à la suite d'un événement miraculeux. 



Sous les premières années du règne de Louis XIV, vivait 
à Jard une petite fille infirme nommée Anne. Sises membres 
paralysés la rendaient un ol)jet de pitié, son intelligence, sa 
douceur, la faisaient aimer de tous. Jamais, en vovant les 
fillettes de son âge jouer, danser ou aller joyeusement à la 
pêche sur la côte, jamais la comparaison entre son état et 
celui des autres ne lui avait inspiré un sentiment d'envie, 
de colère. Tout au plus, un regret se glissait-il timidement 
dans son àme et couvrait parfois son joli et pâle visage d'une 
ombre de tristesse. Vite alors, elle se reprochait cette im- 
pression comme une otTense envers la divine miséricorde 
de Dieu et elle se réfugiait dans la prière, la prière sainte, 
seule force des faibles , seul soutien des malheureux, 
seule consolation des affligés. Elle pensait à sa première 
communion, à laquelle la préparait le curé;, à sa bienheu- 
reuse Patronne, et le calme, la gaîté lui revenaient. 



304 JARD 

Ses parents, humbles cultivateurs, obligés de quitter la 
maison pour travailler aux champs, portaient leur fille, 
chaque fois que le temps était beau, au pied d'une barge. Là, 
assise contre le foin, elle se distrayait à voir passer les habi- 
tants du bourg, à répondre d'un sourire à leur bonjour 
amical. Mais son grand amusement était de parcourir des 
yeux ces espaces où son pied ne pouvait la mener. 

Entre les magnifiques ormes qui couvraient alors cette 
partie de la campagne, elle apercevait la plaine verdoyante, 
les bois qui enveloppaient de leurs rameaux centenaires la 
Grange, demeure des puissants abbés de Lieu-Dieu et l'an- 
tique abbaye. Devant elle, s'étendaient les dunes cachant 
rOcéan, dont la voix éternelle s'élevait derrière ce rempart, 
tantôt terrible et menaçante, tantôt douce et harmonieuse. 
Ces mélodies emplissaient l'air, berçaient la contemplation 
mélancolique de l'enfant qui oubliant ses souffrances, son 
immobilité, croyait errer, légère comme l'oiseau, dans 
l'infini. 

Un soir de ces brûlantes journées de la fin de juillet où 
tout se tait dans la nature, où la nappe argentée de la mer 
paraît une immense plaine de marbre, la fillette, fatiguée par 
la chaleur, perdue dans une de ses songeries habituelles, 
s'assoupit en murmurant une prière à sa patronne. 

Tout à coupelle se réveilla brusquement. On l'avaitappelée. 
Pourtant, elle ne vit personne. Seul, un rayon de soUmI. 
trouant l'épais feuillage des arbres, se projetait sur le sol 
en ardent cercle dor. 

— Anne, Anne, répéta une voix mystérieuse. 

Et, en môme temps, devant l'enfant surprise, mais non 
effrayée, se montra au milieu du rayon, une Dame d'un 
aspect vénérable, majestueux. Ses vêtements brillaient d'un 
éclat surnaturel, une auréole céleste entourait son visage 
imposant qui souriait avec bonté. 

— Je suis ta patronne, mère de la Très Sainte 'Vierge 
Marie. Dis à tes parenis de prévenir M. le curé que je veux 
avoir une chapelle à cette place. 



JARD 305 

En achevant ces mots, sainte Anne disparut, laissant la 
petite fille dans une picise extase. 

Ses parents ne firent que rire au récit de cette apparition, 
et croyant à un rêve, ils continuèrent leurs travaux sans 
s'en préoccuper davantage. 

Mais sainte Anne se montra de nouveau. 

— Puisque tes parents n'ont pas fait ma commissiorf, dit- 
elle, je te charge de ce soin, ma fille, et, je récompenserai ta 
confiance en moi. 

Prenant par la main la fillette, qui sentit une force in- 
connue pénétrer son être, elle l'amena jusqu'à la porte de la 
cure et s'évanouit dans les airs. 

Anne était guérie ! 

G. Henri Colins. 




CORRESPONDANCE 



Luron, le 1890. 

Monsieur i.e Directktk et Ami, 

N'afez-vous pas, ainsi que moi, remarqué celait assez anormal, 
à savoir que les artistes vendéens vivent à peu près dans l'isolem'nt. 
Us seconnaissent par groupes restreints, mais ne songent guère à se^ 
coaliser pour lutter contre l'indifférence de leurs compatriotes Ils 
demeurent donc souvent obscurs, même et surtout dans leur pays. 
Quelques noms p. us en vue ont réussi à percer le voile du désin- 
téressement qui a envahi la région ; on le doit aux succès des 
œuvres signées de ces noms, œuvres méritoires au premier cliel' 
puisqu'elles ont été conçues, exécutées dans une contrée éloignée de 
tout centre artistique ; on le doit aussi aux publications que certains 
savants se sont efforcés de produire et de répandre. Nous devons 
citer en première ligne votre « Reçue du Bas-Poitou » qui a rendu 
de grands servie -ss à toutes les brandies des Beaux-Arts en contri- 
buant à populariser ces noms et les personnalités auxquelles ils se 
rattaciient, en publiant les titres de leurs œuvres, en décrivant ces 
dernières les accompagnant de notices explicatives destinées à les 
faire connaître ; son devancier l'Annuaire de la Vendée ne doit pas, 
non plus, être oublié, car il a longtemps été le seul bulletin artis- 
tique de la Vendée. 

Mais liien que les publications périodiques offrent des avantages 
considérables à plus d'un point de vue, je demeure conVaincu que 
rien ne vaut les associations. Que de talents devraient se faire jour, 
avec l'aide puissante de la confraternité ; les œuvres produites res- 
tent cachées, et les timides, lesdiscrets, les honteux pourrais-je dire 
se tiennent à l'écart. Quels fruits ne retireraient-ils pas tous cepen- 
dant, les artistes grands et petits, de visites bien organisées aux 
collections publiques ou privées, aux monuments, aux sites pitto- 
resques ; de conférences sur telle ou telle partie de l'art. In ou plu- 
sieurs membres de l'association peuvent être chargés d'étudier, dans 
leurs localités tel monument dans sa forme, son style, son histoire ; 
do recueillir des indications précieuses sur les œuvres contenues 
dans les musées et même chez les particuliers, qui généralement 
se font un plaisir d'ouvrir toutes grandes les portes de leurs 
demeures. Je connais ainsi des trésors, ignorés de la plupart, auprès 



CORRESPONDANCE ;5(j7 

desquels tout le monde poui-tant aurait un accès facile ; la majeure 
partie des collectionneurs sont gens fort aimables et, pour ma part, 
j'ai toujours et partout reçu le plus cliarmaiit accueil toutes les lois 
qu'il m'a pris désir de pénétrer chez eux. 

Et pour ceux dont les occupations seraient un obstacle à la fré- 
quentation assidue aux travaux de la Société, tout aussi bien que 
pour les dévoués, les ardents, les passionnés quand môme qui ne 
manquent jamais une séance, quelles ressources ne retiraient-ils 
pas des comptes-rendus de ces travaux, des relations de ces con- 
lérences. 

Je vois aussi en rove un projet qui me hante dès longten.ps déjà 
et dont la réalisation concourrait éminemment à relever le niveau 
de l'art dans notre Bas-Poitou, je veux parler d'un Salon régional 
annuel ou bis-annuel oh les œuvres des Peintres, Architectes, Sculp- 
teurs, Graveurs, Dessinateurs seraient exposées, oii seraient peut- 
être organisées des auditions musicales, oii seraient distribuées des 
récompenses. 

Ai-je dit une sottise ? 

Des ressources ? on les trouvera aisément ! Par des cotisations ; 
par la vente possible des bulletins et comptes rendus, par le paiement 
des entrées au Salon, auditions, séances etc. par des donations à peu 
près certaines, des legs assurés !. . 

Les membres de l'association seront nombreux ; on peut appeler 
artistes non-seulement les seuls professants, mais aussi ceux capa- 
bles d'une bonne critique et nous en connaissons. 

Des pensées exprimées ci-dessus, je conclus qu'il y a quelque chose 
à faire, quelque parti à tirer de l'union bien entendue des artis- 
tes Vendéens, et mon vœu le plus cher serait exaucé si quel- 
ques personnalités influentes, que tous nous connaissons et qu'il est 
superflu de nommer, pcenaiSnt à cœur cette tâche peu difficile do 
fonder la Société des Artistes Vendéens. 

Veuillez recevoir. Monsieur le Directeur et Ami, l'expression de 
mes sentiments respectueux et dévoués. 

L. BALLEREAU, architecte. 

N. I). L R. Vidée émise par notre distingué correspondant "st fort 
louable et mérite de faire son chemin. Nous nous y associons de tout 
cœur et ferons tous nos efforts pour en aider la réalisation. Nous 
devons, du reste, ajouter que la « Société artistique et littéraire de 
VOuesty » a déjà faH un pas dans le même sens en organisant^ cet 
été à Dinan, une exposition artistique régionale. 

Tome m. — Juillet, Août, Septembre iSOO. 20 



CHRONIQUE 



-«?S^: 



LE vent est au préhistorique. 
M. René Valielte, dans une récente exploration faite aux environs 
de Pouzauges, vient d'y découvrir plusieurs monuments celtiques 
inédits : au bois des Ecluses, près Pouzauges et à la Petite-Métairie, 
commune de la Pommeraie, deux demi-dolmens ; dans la lande de la 
Grande-Barre, même commune, un menhir et les trois supports d'un 
dolmen. 11 a également rencontré à la Bédelinière une hache en granit. 
Ajoutons, à ce propos, qu'un triumvirat vient de se former pour recons- 
tituer la carte mégalithique de l'arrondissement de Fontenay. 11 est 
composé de MM. A. Bitton, L. Brochet et René Yallette. 

La ville de Poitiers se dispose à élever l'an prochain un monument à 
Jeanne d'Arc et à organiser de grandes fûtes ù l'occasion de son inau-- 
guration. 

Si la capitale du llaut-Poitou a des raisons particulières pour consa- 
crer le souvenir du séjour de la grande héroïne française dans ses murs, 
nous avons également, nous autres Bas-Poitevins, de tout spéciaux mo- 
tifs pour nous associer à cette œuvre patriotique. 

C'est, en effet, chez l'un de nos compatriotes, Jehan Rabateau, de Fon- 
tenay, et alors avocat-général près le parlement de Poitiers, que fut logée 
Jeanne d'Arc. 

Nous applaudissons donc de tout cœur au projet de nos voisins, et nous 
promettons d'apporter à sa réalisation notre plus dévoué concours. 

Le 27 juillet dernier, notre Directeur réunissait en un banquet servi 
sous les charmilles de son cas tel de Beauregard, près Mouilleron-en- 
Pareds, les principaux collaborateurs de la Eevue du lias-Poitou. 

La fête, agrémentée de poé-ie et de musique, a été empreinte de la 



CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 309 

• plus franche cordialité et de tous points réussie. Plusieurs feuilles en ont 
rendu un compte tout à la fois aimable et spirituel. Citons notamment : 
La Revue de l'Ouest, le Mellois, la lievue Poitevine et Saintonyeaise, le 
Gaulois et le G il Blas. 

Aux uns et aux autres nous sommes chargé d'adresser le plus cordial 
merci. 

Notre spirituel confrère du Gil Blas, Edme Paz, a fait représenter, ce 
printemps, au Cercle de la Pressp à Paris, une saynète en vers, à rimes 
très riches, intitulée : En rentrant du Cercle. Cette say èt3 a été aussi 
donnée au Cercle central des Lettres et des Arts, le 29 avril 1890. Dans 
les deux circonstances, l'œuvre de notre compatriote a été très applaudie. 

La revue jouée avec un égal succès cet été à Trouville — Le tout Paris 
à Trouville — a de même été écrite par M. Edme Paz, en collaboration 
avec M. J. de Hyce. 

M. le docteur Marcel Baudouin, notre très distingué compatriote, qui 
avait été Relégué par le Ministre de l'Instruction publique pour repré- 
senter la France au Congrès international de médecine tenu récemment à 
Berlin, est revenu de sa mission, le carnet plein de précieuses notes de 
voyage dont il fera un jour part aux lecteurs de la Revue. 

L'aimable maestro vendéen, M. Arthur de la Yoùte, qui était 
cet été en villégiature à Evian-les-Bains, a fait exécuter, par l'orchestre 
du casino de cette station, plusieurs de ses œuvres musicales inédites. 

Ces auditions ont valu à l'habile compositeur les plus complets succès, 
consécration nouvelle de son réel talent. 

La nouvelle église de la Bruftière a été bénite, le 4 septembre 189U, 
par Son Eminence le cardinal Richard, archevêque de Paris, 

Ce monument élevé d'après les plans de M. l'architecte Ménard, a, 
selon le Publicateur de la Vendée (n" du 7 septembre), grand air dans son 
style romano-bysantin. 

On annonce qu'un groupe de royalistes a entrepris de faire élever une 
statue à Cathelineau, le Saint de r Anjou, au Pin-en-Mauges, près de 
Beaupreau, à l'endroit même où eut lieu le premier soulèvement roya- 
liste, sous la conduite de l'héroïque Vendéen. 

* 

Par arrêté ministériel du 11 courant, M. Filuzeau, architecte de la ville 
de Fontenay-le-Comte, est nommé aux fonctions d'inspecteur des édifices 
diocésains de Luron, en remplacement de M. Loué. 

ÎS^ous souhaitons qu'entre les mains du nouveau titulaire, les anciens 
monuments religieux de la Vendée soient plus archéologiquement traités 
qu'ils ne l'étaient du temps de son devancier. 



310 CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 

Le <.< méloJrame historique » de MM. l'abbé de Martrin-Donos et 
G rouanne, Jehan de Harpedanne on la prise de Fonlenay par Du Guesclin, 
a été représenté avec le plus grand succès sur la petite sc'.'ne de l'ins- 
titution Saint-Joseph de Fontenay, en juillet dernier. Livret, décors et 
e.xécution ont été très goûtés. 

Des carreaux vernissés analogues à ceux qui font partie de la Oollec- 
tion de M. Zénob de Bagneux, et provenant sans doute, comme ces 
derniers, de l'ancienne fabrique de la Pellissonnière, ont été trouvés, il y 
a quelque temps, dans la commune de Monsireigne. 

Ils sont aujourd'hui en la possession de MM. Querqui. Nous espérons 
en donner un jour une reproduction gravée. 

Une bénédiction de cloches a eu lieu, le 7 septembre 1800, à la Bois- 
sinre de Montaigu Le nouveau « chantre de bronze » sorti des ateliers 
de M. Astier, de Nantes, porte les inscriptions suivantes : << Née en 4821 , 
trépassée le S novembre 1888, je suis ressuscitée le 7 septembre 1890 par la 
bénédiction de Mz^ Clovis Calleau, cvrquede iuçon. Mon parrain, M. Vabhé 
Isidore Petit, chanoine honoraire, et ma marraine ^7"^ Philomène Darbaud, 
"m'ont nommée : Ilose-Pliilomène-Marie-lsidorine. » 

Notre très cher collègue et ami, M. Henri-Daniel Lacombe, est depuis 
quelques semaines l'heureux père d'un charmant bébé. Nous lui en 
faisons nos bien sincères compliments, et dans l'espoir qu'au vingtième 
siècle, il sera, à l'image de son auteur, un des plus fervents adeptes de la 
Revue du Bas Poitou nous donnons au jeune poupon les plus fraternelles 
accolades. 






GIIRONIQUE — NÉCROLOGIE 311 



NÉCROLOGIE 



M 



. l'abbé DENIEAU, curé du VoMe, auteur de Vllistoire de la 
Vendée niililaire, décédé le l'J juillet 1800. 
M. VICTOR-AUGTÎSTE LOUÉ, architecte, inspecteur des 
travaux diocésains de Luçon, officier d'académie, décédé le 30 juillet 
1890, à l'âge de 54 ans. 

Bien que dessinateur habile et excellent praticien, M. Loué, sous le 
fallacieux prétexte de les restaurer, a mis à mal de nombreux édifices re- 
ligieux vendéens. Puisse Dieu ne lui pas en tenir aussi grande rigueur 
que les archéologues 1 

Mi'« MAGDELEINE PANNIER, df cédée ù Fontenay-le- Comte, le 
7 août 1890, dans sa 97» année. 

Née pendant les jours sang lants de la Terreur, M"e Pannier avait 
l'esorit plein des souvenirs de ce tte néfaste époque. 

Elle possédait un curieux musée mystique, des papiers de famille assez 
intéressants et deux très jolis émaux religieux de Limoges. 

Le R. P. VAILLANT, missionnaire de la Compagnie de Marie, décédé 
le 13 août 1890, à Saint-Laurent-sur-Sèvre. 

M. le chanoine GANDOLIN, décédé le 21 août 1890. à l'âge de 
70 ans. 

« En dehors des heures qu'il consacrait à la prière, dit la Semaine 
Catholique de Luçon, sa vie était studieuse et occupée. » Il fut pendant 
un an environ chargé de la rédaction de la Semaine, et publia (chez 
Gouraud, Fontenay), trois ouvrages de propagande : La vie populaire de 
Noire-Seigneur Jésus -Christ , la Vie de la très sainte Vierge Marie et 
l'histoire de VEglise naissante. 

M">« HENRIETTE de MAYNARD , comtesse de LÉZARDIÈRE, 
décédée le 23 août 1890, au château de Badiole. 
Ses obsèques ont eu lieu à Luçon le 27 août. 

M. HENRI i.s PUIBERNEAU, chevalier de la Légion d'honneur, 
décédé le 13 septembre 1890, à l'âge de quatre-vingts ans, en son châ- 
teau de Buchignon, près Fougère. 



3i2 CIIRONImUE — NÉCROLOGIE 

M, de Puiberneau, dit le Publicaleur de laVendée (n" du 17 septembre 
1890), était un des hommes les plus distingués et a été un des person- 
nages les plus considérables de notre pays. 

le souvenir des services qu'il a rendus, comme grand propriétaire, 
pénétré des devoirs de sa situation, membre des œuvres agricoles, maire 
de Fougère, conseiller général pendant de longues années, député à l'As- 
semblée nationale en 1871 et 1875, lui survit malgré la retraite où il a 
voulu passer ses dernières années, se bornant à administrer paternelle- 
ment sa commune, dont il a généreusement réédiûé l'église, et à rjpandre 
autour de lui des bienfaits. 

A ses obsèques, qui ont eu lieu le 10 septembre, deux discours ont été 
prononcés par MM. Biré, sénateur, et Bourgeois, député. 

M. Félix DE LA GRANDIÈRE, conseiller général de la Vendée, 
décédé à Rocheservière à l'âge de 70 ans. 

P. S. Nous avons commis dans la nécrologie du précédent fascicule, 
en annonçant la mort de M. de Boismartin, une erreur que nous nous 
empressons de rectifier. 

C'est notre distingué collaborateur et ami lui-même, et non son père, 
que la mort vient de frapper si prématurément. Nous n'en sommes que 
plus douloureusement atteint, et nous profitons de la circonstance pour 
renouveler à la famille de Boismartin l'expression de nos respectueuses 
condoléances. 



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r.tiRONinuE — lîinLiooRAi'iliR 313 



BIBLIOGRAPHIE 



Dans les premiers mois de l'année prochaine, doit paraître chez 
Pion un tiès intére&sant ouvrage. — Les Mémoires mililaires et 
politiques du général Tercier — qui est appelé à faire sensation. 
L'auteur de ces Mémoires, après avoir fait les campagnes d'Amérique 
et d'émigration, et pris part à l'expédition de Quiberon, joua un rôle 
important clans les guerres de la Chouannerie, où il commanda en 
second sous Rochecolte et le général de Bourmont. 

Notre très distingué compatriote et ami, M. Louis Chappot de laCha- 
nonie, qui doit en faire la publication, a bien voulu nous promettre pour 
notre fascicule de décembre prochain, la primeur de quelques-uns des 
meilleurs chapitres de ce curieux manuscrit. 

Des Anciens arlistes et artisans poitevins ou ayant travaillé en Poitou, 
cités par notre excellent confière, Jos. Berthslé, dans le n" de la Uevue 
Poitevine du 15 août 1800, nous retenons les noms suivants qui 
appartiennent au Bas-Poitou : 

Savary, moina de Saint-Michel-en-l'Herm, architecte du prieuré de 
Bellenoue (Vendée), au Xl^ siècle ; Jean Pilerin, clerc de Luçon, chantre 
de la chapelle pontificale à Rome, au XV^ siècle ; Pierre de la Noulx, des 
Herbiers, scribe et miniaturiste du XV« sièc'e ; Le R. P. Benjamin de 
^am^ -Pierre, auteur des plans du couvent des Carmes, étal)ii à la Flo- 
celUère, en 1640; Paul Bernard ei Nicolas Habert, constructeurs de l'é- 
glise de Notre-Dame de Bon-Port aux Sables-d'Olonne, en 1646. 

Sous la signature beaucoup trop modeste de Harry, notre excellent 
collaborateur et ami, H. Colins, a fiit paraître, cet été, (Mayeux, éditeur, 
Sables-d'Olonne), un nouveau Guide aux Sables-d'Olonne cl aux environs, 
où nous retrouvons, à côté du style merveilleusement délicat que chacun 
lui sait, une érudition du meilleur aloi. 

Cet élégant petit volume est accompagné de jolies illustrations de 
M. Lanoë. 



314 r.imoNinuE — bibliograpiIiE 

Les poètes et compositeurs fontenaisiens ont une intarissable verve. 
Nous en trouvons la preuve dans : Le Bouquet, de M. Arthur de la 
Voûte, et dans Matinée d'avril, de M. Alfred Rousse : deux nouvelles et 
exquises mélodies, dont les paroles sont dues à notre excellent confrère, 
A. Bonnin. (Chatot, éditeur, l'aris, l'J, rue des Petits-Champs). 

M. L. Brochet prépare une notice sur Saint-Michel en Vllerm. Cette 
étude, comme toutes celles de notre érudit collaborateur, sera certaine- 
ment accueillie avec faveur par le public lettré. 

Le R. P. Guesdon, de Pouzauges, qui a séjourné en Cochinchine et au 
Cambodge pendant quinze ans, va incessamment publier Une excursion 
au Cambodge et au centre de V Indo-Chine, — volume de 3 à 400 pages, 
accompagné de gravures, d'après des photographies prises par l'auteur 
lui-même. 

M. Olivier de Gourcufl prépare pour la Bibliothèque à dix centimes 
d'Henri Gautier, un pendant à son petii volume des Poètes bretons, et 
cela, sous le titre : Les poêles poitevins contemporains. 

La Revue poitevine, a publié sous la signature de M. C, Puichaud un 
intéressant article sur La petite église de Courlay et le musce des dissidents. 

Le musée dont il s'agit est celui formé par un menuisier de Fontenay, 
Jean Aubin, qui après avoir quitté sa ville natale alla se fixer à la 
Plinelicre. 

11 existe encore à Fontenay, entre les mains du sieur Perraudeau des 
ornements, statues et autres objets sacrés ayant servi au culte dissident 

En préparation : un magniGque ouvrage illustré sur la chasse à travers 
les âges. Texte, par M. le comte de Chabot, du Parc-Soubise. Dessins 
par M. Raoul Ga'gnard. 

Notre excellent confière et ami, M. Henri Bourgeois, avocat à la 
Roche-sur- Yon, offre gracieusement aux abonnés de la Revue satiès 
curieuse brochure: Nos frères les animaux. Il suffit pour se la procurer 
d'envoyer à l'auteur avec la bande de la Revue un timbre de quinze cen- 
times pour l'alfranchissement. 

Sous le titre Fédération poitevine et vendéenne de 1790, Le Libéral de 
la Vendée (no'des '.] et 5 septembre 1890), a reproduit un article paru dans 
la République française sons la signature de M. Cliassin, qui était l'année 
dernière en Vendée, chargé d'une mission officielle à l'etlet de recueillir 
des documents authentiques sur la période révolutionnaire. 

Le troisième fascicule du Dictionnaire des Familles du Poitou (nouvelle 
édition tièi augmentée), va être incessamment distribué. 



CHRONIQUE — BIBLIOORAPHIK 315 

De M. A, E^itton : Fiefs et Justices du Bas-Poituu (La Roche sur- Yon) 
Servant, 1890, in-8°, 110 p. — Extrait de l'annuaire de la Société d'Emu- 
lation de- la Vendée , (année 1889). 

Dans le Publicateur de la Vendée, (n* du 18 juillet 1890), sous le titre 
Une excursion archéologique : conipte rendu de la brochure de M. Reni 
Vallette [Une excursion archéologique dans les cantons du l'IJermenault et 
de Sainte- Hermine). 

VEloile de la Vendée {n" du 24 juillet 1890) a publié sous le titre : les 
Prisonniers Sablais sous la Terreur, un extrait des dernières chroniques 
sablaises de notre savant collaborateur M. le docteur Petiteau. 

De M. le chanoine Auber, historiographe ilu diocèse de Poitiers : His- 
toire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou, t. vu. (Fontenay, 
Gouraud, 1890, in-8», 537 p.) 

Ce volume comprend toute l'histoire de notre région, depuis 994 jus- 
qu'à 1110. 

La Semaine catholique de Luçon, (n" du 9 août 1890) a publié un inté- 
ressant article sur le Ciborium Renaissance de Téglise des Sables. 

8ous presse, chez Gouraud, imprimeur- éditeur à Fontenay : Le liin 
d'or de Luçon. par M. L. Ballereau, architecte. 

Dans le dernier numéro de la Revue Poitevine (15 septembre 1890) : Le 
3* printemps de hi Revue du Bas-Poitou (compte rendu non signé, par 
Jos. Berthelé). 

Dans le Mellois du 3 août 1890 : Une fi'te à Beauregard, — compte 
rendu de la même réunion par E. Lacuve 

Dans le journal La Vendée, ^continuation des Promenades historiques à 
travers Fontenayle-Comte. 

De M. le lieutenant Jaguin : V Historique du 137' régiment d'infanterie 
(Fontenay, Gouraud, 1890, in-8° 170 p.). 

De notre savant compatriote le docteur Marcel Baudouin : Hystéropexie 
abdominale antérieure et opérations sus-pubiennes dans les rétrodévialiont 
de Vutérus (Paris, bureaux du Progrès médical, 1890, in-8"* 4l4 p. av. pi.). 

De M. Aristide Bellet : Premiers coups d'ailes, poésies, Fontenay, Gou- 
raud, 1890 in-8° 36 p. 

De noire compatriote, M. Aug. Barrau, VJle-aux-Moines (Léon Vanier, 
éditeur, Paris), 



31(3 CrtRONIQUK — HIRIJOGRAPHIK 

.V. UelarueBeawaarchais contre M. Dancher de Beaumarchais Plaidoirie 
de M' Cléry. (Nantes, Vincent Forestet Emile Grimaud, 1890, in-8', 20 p.). 

De M. Jos. Berthelé : Le Donjon de Niort et son origine anglaise. (Niort) 
bureaux de la Revue Poitevine, 1890, grand in-S**, 20 p. avec plan). 

M. Garran de Balzan, des Chi\tellier3, a eu la gracieuseté de nous 
adresser, par l'intermédiaire de M'"" X. Barbier de Montault, plusieurs 
anciens documents vendéens inédits dont nous ferons profiter un jour ou 
l'autre les lecteurs de la Revue. 

R. DE Thivër^w. 




Lr hirccteur-GéraiU : R. Vallktte. 



Vit.iiiM. — ImiH-imfrie Eugène LAFOLYE, 2. place des Lice». 



ly A ul.. 




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2) OUJON.DE.LA. RoCHE- P (J S A-Y' ^ 



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LA ROCHEPOSAY' 

NOTES D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE 



I. — LÉGi^ISE 

L'ÉGLISE a été en partie reconstruite aux XIV« et 
XV' siècles, remplaçant, sans aucun doute, une cha- 
pelle beaucoup plus ancienne dont le clocher subsiste 
encore, et qui, par le style de ses contreforts et de ses ouver- 
tures plein cintre formées d'archivoltes à voussoirs égaux 
et cunéiformes avec moulures étoilées, appartient sans con- 
teste aux premières années du XII" siècle. La nef intérieure 
de gauche contient plusieurs enfeux, probablement consa- 
crés à l'antique famille des de Ghasteigner, dont les derniers 
descendants viennent de sauver d'une ruine imminente le 
vieux donjon féodal de leurs ancêtres. — Les arcatures de 
cesenfeux sont en plein cintre et ornées dans leurs archivoltes 
de feuilles de fraisiers, chicorées, etc., très habilement 
modelées ; leur facture remarquable rappelle la superbe 
arcature de Bourneau, du côté de l'épître, dans une arcade 

* Bien que La Rocheposay appartienne anjourd'hui au département de 
la Vienne, on aurait tort de croire que son histoire est étrangère à celle du 
Bas-Poitou. Depuis le XV" siècle, en effet, cette seigneurie appartint aux 
de Ghasteigner, ancienne et puissante maison, dont l'origine est intimement 
liée à celle de la petite ville vendéenne delà Châtaigneraie. 

• N. D. L. R. 

Tome iv. — Octobre, Novembre, Décembre 1890. 21 



3ii> LA ROGHEPOSAY 

aveugle, nous avons retrouvé l'ancien marbre funéraire du 
célèbre évoque de Poitiers' ; mais cette énorme plaque de 
marbre noir, de 16 centimètres d'épaisseur, a été parfaitement 
restaurée et remise en place; les brisures ont été remasti- 
quées avec soin, le tout repoli, et les lettres rafraîchies 
comme dorure. Nous avons gravé l'épitaphe de l'évêqueLouis 
Ghasteigner, ce qal nous dispense de la transcrire ici. (Voir 
planche II J. 

En nous rendant au donjon, nuus ctierctions en vain la 
curieuse enseigne d'hôtellerie que nous y avions vue l'an 
passé au-dessus d'une fenêtre da XV* siècle ouverte sur 
l'angle arrondi d'une maison de la même époque. Bien nous 
en a pris de la dessiner alors, ce qui nous permet de mettre 
sa curieuse légende sous les yeux de nos lecteurs^. 



II. — Le uonjon. 

UNE portion seulement de l'ancienne enceinte féodale 
du château subsiste encore, vers l'ouest; mais elle est 
en partie détruite et enclavée dans des bâtisses beau- 
coup plus modernes. Tout le reste a disparu pour faire place 
à des rues étroites et tortueuses circulant sur l'emplacement 
jadis occupé par les tours, courtines et lieux d'habitation de 
l'imposante forteresse. Le donjon seul, s'élevant aujourd'hui 
presqu'au centre d'un petit jardin, est complètement con- 
servé. Il a été construit sur un plan carré de 14 mètres en- 
viron sur chaque face y compris la saillie des contreforts. Il 
est buté sur chaque partie plane par des piles robustes d'un 
mètre de saillie, avec empâtement à mi-hauteur et à leur base ; 

• 11 y aurait une intéressante étude à faire sur ces vieilles enseignes dont 
chaque jour qui s'écoule emporte les rarissimes débris. 

> L'enfeu où se trouve la plaque funéraire d; l'évêque était autrefois en 
style ogival, avec petits pinacles bordant les ouvertures de la baie. Un des 
anciens curés de la Kocheposay, ayant reçu une somme d'argent pour orner 
cette chapelle, ne trouve rien de mieu^ que de fiiire raser toutes les sculp- 
tures et moulures qui dépassèrent le niveau de la muraille et de faire cintrer 
In voiHe avpc du pl.îtrf ! 



LA UOCHKPOSAY 319 

le tuul en moyen appareil de tuffeau à assises presque régu- 
lières de 28 à 30 centimètres. J'ai compté 78 assises jusqu'au 
sommet des mâchicoulis, ce qui donne une hauteur moyenne 
de 17 mètres d'élévation au corps principal, qui seul appar- 
tient à la construction primitive. La portion carrée bâtie en 
retraite et couverte en ardoise nous a semblé complètement 
moderne. La couronne de mâchicoulis est en partie détruite 
par la gelée et le salpêtre; ce système défensif est, du reste, 
beaucoup plus moderne que les murs du donjon, il a dû 
remplacer au XIV* siècle les hourts en bois qui, en temps 
de guerre, s'installaient toujours aux sommets des donjons 
datant des XP et XIP siècles. Nous n'hésitons pas à faire re> 
monter à cette dernière date celui de la Rocheposay; peut 
être même les premiers étages de la base, où se voient 
encore sur la face nord des moulures chanfreinées, peuvent- 
ils dater de l'an mille. 

Il existe encore sur cette même façade, au deuxième étage, 
une ouverture plein cintre à archivolte, composée de clavaux 
cunéiformes ; plus bas^ chaque travée placée entre les 
contreforts présente un arceau plein cintre sans relief, 
inscrivant chacun une meurtrière barlongue. L'ouverture 
carrée placée au-dessus n'a aucun caractère précis ; elle 
a dû être ouverte récemment;, ainsi que la baie cintrée 
donnant accès, au rez-de-chaussée, dans une salle voûtée 
en berceau avec grand appareil. Dans le principe, on ne 
devait pénétrer dans cette salle que par l'intérieur du 
donjon. La véritable porte s'ouvre à l'est ^ au rez-de- 
chaussée de la tour; sur la droite, se trouve un escalier 
étroit, montant par une pente droite et raide, dans l'épais- 
seur de la muraille qui est de 2 mètres 70 centimètres, à une 
vaste pièce* également voûtée en berceau, mais de moyen 
appareil. Au sommet de la voûte, on voit encore une forte 
dalle carrée qui s'enlevait à l'aide d'un anneau en fer, afin de 
livrer passage, par l'orifice qu'elle recouvrait, aux munitions 
de guerre que les assiégés faisaient ainsi parvenir rapidement 

' Cette 11 environ 8 très sur 10 de côté. 



320 LA ROCHKl'OSAY 

à la plate-forme supérieure du donjon*. Les propriétaires 
actuels ont eu soin de faire réparer tous les emmarchements 
ruinés, et de rejointoyer avec soin les fissures du dallage su- 
périeur par où la pluie s'infiltrait dans les maçonneries. Deux 
étages existaient encore au-dessus de la salle voûtée du pre- 
mier. Ces étages étaient fermés par un grillage de poutres 
et solives, car il ne subsiste aucune trace d'arrachements de 
voûtes dans les murs ; tandis que les trous des lambourdes 
s'y remarquent dans tout le pourtour. De la terrasse supé- 
rieure on jouit d'une vue très étendue et très pittoresque sur 
l'immense vallée où coulent la Creuse et la Gartempe 
qui vient y mêler ses eaux un peu avant le pont suspendu. 
On suit de l'œil avec plaisir leurs capricieux méandres, 
ombragés de hauts peupliers, jusqu'à ce qu'ils se perdent 
dans les collines bleuâtres qui masquent la Touraine. Nous 
adressons avec plaisir nos félicitations aux intelligents pro- 
priétaires de cette antique forteresse, désormais à l'abri des 
injures du temps et de celles des hommes bien plus dange- 
reuses encore'. Tout près de là, sur la droite, subsiste encore, 
de l'autre côté de la rue, un vieux logis avec tour à pans qui 
a dû, au XW siècle, faire partie des bâtiments compris dans 
l'enceinte du château'. Plus loin, sur la route de la Roche- 
posay à Coussay-les-Bois, on trouve encore la vieille porte 
d'entrée de l'enceinte urbaine, flanquée de deux tours avec 
couronne de mâchicoulis ; nous y avons vu jadis le lion pas- 
sant des de Chasteigner sculpté sur un écu inscrit dans un 
trèfle quadrilobé.Nous craignons fort de voir prochainement 



* Viollet-le-Duc eu décrivant dans son Dictionnaire d'architecture le 
donjon de Coucy, a dessiné une planche remarquable qui explique parfai- 
tement l'utilité de ces ouvertures que l'on trouve toujours au sommet des 
voûtes des donjons du moyen âge. 

' Ces travaux de conservation dus principalement à l'initiative de M. le 
comte Alexis de ChasteiL^ner, ont été dirigés par M. Lavergne, agent- 
voyer de l'arrondissement et architecte de la ville de Civray. —N. D. L. R. 

' Au XVII* siècle, Chàtillon adonné de ce château une vue à peu près 
complète. Mais toutes ces planches sont si mal dessinées et gravées, qu'il est 
fort difficile à, un œil même très exercé' de pouvoir reconstituer l'aspect gé- 
néral de cettp importante bâtisse militaire. 



LA ROCHKPOSAY 321 

cette curieuse porte disparaître, sous prétexte que le passage 
n'est pas assez large pour la libre circulation des voitures. 
* C'est ainsi que la plupart des villes n'hésitent pas à en- 
lever ces vieux souvenirs du passé, sans songer qu'elles 
écartent ainsi de leur enceinte les pas des touristes, amants 
passionnés de ces antiques débris. 

Terre-NeuTP, 27 novembre isnO. 

U. DE ROCHEBRUNE. 



m. — L?]s Seigneurs. 



COMME complément de la savante monographie ar- 
chéologique de M. 0. de Rochebrune, M, le comte 
Alexis de Ghasteigner, de l'Académie nationale des 
sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, et descendant 
direct des derniers seigneurs de la Rocheposay, a bien voulu 
nous autoriser, avec une parfaite bonne grâce à laquelle nous 
nous plaisons à rendre hommage, à reproduire ici les très 
intéressantes notes historiques qu'il a réunies en vue d'une 
étude plus approfondie sur cette curieuse et pittoresque petite 

ville. 

N. D. L. R. 

La Rocheposay faisait partie de l'archiprêtré de Ghâtellerault, de la 
baronnie de Preuilly en Touraine, et de l'élection de Loches, généralité de 
Tours. 

Il y avait un prieuré sous le titre de Saint-Barthélcmy, dépendant, comme 
la cure de Notre-Dame, de l'abbaye de Preuilly. Cette petite ville entourée de 
murs, était le siège d'une chatellenie relevant anciennement de la baronnie 
d'Angle, et, depuis le XIV» siècle, de la baronnie de Preuilly. Il reste une 
tour carrée de l'ancien château seigneurial. On y suivait la coutume de 
Touraine modifiée par une coutume locale relative aux biens des aubains et 
des intestats. 



322 LA ROCHEPOSAY 

La Rocheposay fut désignée, suivant les époqaes, de diverses façons. — 
Ecclesia Santa Maria de Rupe, 1099 {Bulle d'Urbain If pour Vabhayede 
Preuilly.) — Râpes de Poizay. 1137 {Cart. de Noyers p. S40 ) — Rocha de 
Pûuzai, 1208 (Cart. de la Merci-Dieu.) — La Roche de Pozay, 1295 [Ahh. 
de la Merci-Dieu.) — Castellania de Rocha Pozay, 1302 (Fonteneau t. v p. 
441). — La Roche de Pozé, 1311 (A bb. de la Merci-Dieu.) etc., etc*. i 

Dans deux pièces, pa? citéîs jusqu'ici, du XIV-^ siècle, il est fait mention 
de la Rocheposay. 

La première est une convention passé} entre le roi Jean, et Edouard III, 
à la date du 24 octobre 1360. L'^-roi d'Angleterre y rappelle Us articles du 
traité de Brétigny, par lesquels il est convenu que les rois de France et 
d'Angleterre se restitueront réciproquement certains pays et certaines 
places. En vertu d'une convention nouvelle, le roi d'Angleterre restituera 
avant la Chandeleur prochaine (1 360) les places retenues par lui ou les siens . 

« Item, en Touragne : Lisle-Bouchart, la Rouche de Pousay,.... ' » 

Il s'agit dans la seconde, des Commissions délivrées par Edouard III pour 
l'exécution de la convention de Calais — (28 octobre 1360.) 

Le roi d'Angleterre charge le sire de Pommiers, ainsi que Bérard, 

et Arnaud d'Albret, de faire restituer au Roi de France les places retenues 
par les Anglais : en Berry, Bourbonnais, Auvergne, Maçonnais, Lyonnais, 

otTouraine. « en Tourayne la Roucht de Pousey occupiez puys 

et contre lez trêves* » 



I, — Le premier Seigneur connu de la Rocheposay semble être Effroy, 
b" de Preuilly, qui jeta en 1001 les fondements de l'abbaye de Preuilly, où il 
fut enterré en 1008. Il avait épousé, Béatrix d'Issoudun. 

Puis viennent successivement : 

II, — Geoffroy I", dit le Martel, apparaît vers 1030. Il avait épousé 
Almonde. 

' Dictionnaire Topographique du département de la Vienne, par Redet 
p. 3C1. 

* Archives Municipales de Bordeaux, tome i»"", livre des Bouillons, p. 75, 
et 78. 

* Archives municipales de Bordeaux, tome le', livre des Bouillons : p. 107 
à 109. 



LA ROCFIEPOSAY 323 

ni. — Geoffroy II, s"" de Preuilly ot de la Roclieposay, trésorier de 
Saint-Martin de Tours On possède plusieurs chartes de lui datées de 1047, 
une autre pièce datée de 1063 II avait épousé Ameline de Blois. 

IV. — Geoffisoy III, dit le Jourdain, b"" de Preuilly,';'" de Vendôme, 
par son mariage avec l'héritière de cette maison, s"" de la Rocheposay, etc. 
En expiation de ses fautes. GeofTroy III entreprit un pèlerinage en Terre- 
Sainte. Il fut tué à la bataille de Rames, en Palestine, le 26 mai 1 103 . 

V. — EsctiivARD F"", b"° de Preuilly, et s" delà Rocheposay. Foulques le 
Réchin lui déclara la guerre en 1109, vint le b.oquer dans son château de 
Preuilly, mais fut contraint de se retirer, après quelques jours d-i siège. On 
ignore la date de sa mort ; il est cité dans des actes de 1115. 

VI. — Pierre V, dit de Montrabel {de Monterabis), b"° de Preuilly, s" de 
la Rocheposay, se trouvait en 1115 à la bataille de Séez. Il fonda, en 1116, 
l'abbaye de la Merci-Dieu, fondation à laquelle son père Rschivard participa. 

VII. — Pierre II, h°" de Preuilly et seigneur de la Rocheposay, s'opposa 
courageusement à l'invasion des anglais en Touraine, en 1173. Il délivra 
plusieurs chartes en faveur de l'abbaye de la Merci-Dieu. une. entre autres, 
portant création d'une rente de 30 sous angevins, à prendre sur les péages 
des ponts et gué de la Rocheposay, en 120i. Il mourut vers la fin de cette 
année. Il avait épousé Aenor de Mauléon. 

VIII. — EscHivARD II, b°°de Preuilly et sï"" de la Rocheposay, qui mourut 
vers 1217 à son retour d'un pèlerinage à Jérusalem. 

IX. — Geoffroy IV, b^^nde Preuilly, à qui le roi Louis VIII confia, en 1 223 , 
le gouvernement du château du Bouchet, en Brenne. Est-ce lui qui fut 
sS'de la Rocheposay ou son second frère, Gosbert, que Carré de Busserolle 
qualifie aussi s*"" le la Rocheposay ? 

X. — EscHivARD III, b"" de Preuilly et s"" de la Rocheposay, (fils de 
Geoffroy IV), fut convoqué au ban du roi, à Chinon, en 1242. Il rendit 
hommage, en 1260, à Hugues, évéque de Poitiers, de la châtellenie delà 
Rocheposay. Il mourut en 1265. Il avait épousé en secondes noces : Alis, 
dame de Peroy, veuve de Ph. Patri. 

XI. — Geoffroy V, b°n de Preuilly, s»"" de la Rocheposay, fit son testa- 
ment en 1285, et mourut peu après. 

XII. — EscHtVARD IV, b°" de Preuilly, s^"" de la Rocheposay, Il mourut en 
1320 ; il avait épousé Marguetie Turpin de Crissé 

XIII. — EsGHiVARo V, b"" de Preuilly, ss"" de la Rocheposay, reçut du 
roi de France, en I3il, le titrede chivalier-banneret. Il refusa, en 1345, de 
rendre hommage de la Rocheposay à l'évéque de Poitiers, et déclara ne 



324 LA ROCHEPOSAY 

relever que du Roi seul. Ce refus donna lieu à un grand procès qui n'eut de 
solution que longtemps après. 

XIV. — EscHiVARD VI. b"" de Preuilly et se"" de la Rocheposay, refusa, 
comme son père, de rendre hommage de ce dernier fief aux évêques de 
Poitiers. Ce différend se termina par une ordonnance royale de 1354, qui 
donna gain de cause au ss'' de Preuilly et décida que la Rocheposay relè- 
verait dorénavant de la Couronne. Il épousa en 3" noces, Sarrasine de Prie 
de Buzançais. Il mourut en 1407, et sa femme en 1426. Tous les deux 
furent inhumés à la Merci-Dieu'. 

XV. — Geoffroy Chasteigner, chevalier, s*"" de Saint-Gçorges-de-Rexe, 
de la Salle-d'Aistré, de la Rochefaton, fils d'Hélie Chasteigner II et de 
Philippe de la Rochefaton, né vers 1382, mort en 1424, épousa en 1410 
Louise de Preuilly, dame de la Rocheposay, et d'Andonville en Beauce, 
Fille d'Eschivard VI, et de Sarrasine de Prie. Louise se remaria en 1432 à 
Louis Bonenfant ; elle plaidait au Parlement avec son second mari en 1434, 
contre Pierre Frottier et sa femme Marguerite de Preuilly (nièce de Louise) 
pour la possesion des ch""" et chatellenie de la Rocheposay. Mais ils 
transigèrent à ce sujet le 26 juin 1441. Elle a, dans cet accord, la qualité 
de dame de la Rocheposay. « Le 30 septembre 1471, à sa requête, il fut 
fait information contre Prégent Frottier, &" de Preuilly, (son petit-neveu), 
qui, avec 50 hommes de la Tour de la Rocheposay, était venule 19 novembre 
précédent briser ses coffres, et lui enlever toutes ses richesses, en argent, 
joyaux et meubles notables ; action qu'il avait exécutée, muni de certain 
mandement du Roi, par lequel Sa Majesté lui avait accordé la garde de la 
ville et du château de la Rocheposay et qu'il avait obtenu, sous le faux 
prétexte, que les enfants de Pierre Chasteigner, fiis aîné de Louise de 
Preuilly, étaient passés au service du duc de Guyenne, frère du Roi, tandis 
qu'ils avaient toujours bien et loyalement servi Sa Majesté, sans prendre 
ni tenir autre parti que le sien. Aussi y eut-il décret de la Cour du 
Parlement, pour appréhender au corps Prégent Frottier, avec 5 ou 6 de ses 
plus notables complices, et faire saisir tous leurs biens. Mais Prégent ayant 
tait évoquer le procès au Grand-Conseil du Roi, par la faveur qu'il avait 
auprès de Charles d'Anjou, C^« de Guise, il y fut cependant ordonné que la 
Rocheposay serait remise entre les mains de Louise de Preuilly et de se? 
enfants, et que, pour les biens qu'elle avait perdus, elle en serait crue sur 
son serment. Louise mourut le 25 février 1474, et fut inhumée en l'abbaye 
de la Merci-Dieu. 

» Recherches historiques sur Vancienne Baronnie de Preuilly, première 
baronnie de Touraine, par J. X. Carré de BusseroUe. — Mémoires de la 
Société archéologique de Touraine, tome IV, p. 210. 



LA ROCHEPOSAY 325 

XVI. — Pierre Chasteigner, chevalier, s"" de la Rocheposay, de Saint- 
Georges de Rexe, du Lindois (dans l'Angoumois), de la Salle d'Aistré, de la 
Rochefaton, etc. Il n'avait pas 14 ans le 2 septembre 1432. alors que parsen- 
tence rendue en la justice de Niort, il fut, ainsi que ses frères, mis sous la 
tutelle d'Héliot Chasteigner, leuroncle. Il rendit deux aveux en 1471; l'un de 
son hôtel du Lindois, à Charles, s"" ie Montberon, l'autre aux c**^ du Maine, 
comme b°" de Saint-Maixent, pour sa terre et sg""'* de Châteautison et son 
fief de Marchais, à cause ds Jeanne de Varèze, sa femme, qu'il avait épousée 
par contrat du 20 mars 1443. Elle était fille de Jean de Varèze, chevalier, 
s' de Châteautison, et de Jeanne de Chasteigner, dame de la Melleraye. 
Jeanne de Varèze fit un second t«stament, le 23 octobre 1501, à la Roche- 
posay où elle mourut, et fut enterrée dans l'église de ce lieu. 

XVII. — Guy Chasteigner, chevalier, se"" de la Rocheposay, de S*- 
Georges-de-Reçe, du Lindois, etc., chambellan des rois Louis XI et 
Charles VIIL il fit aveu en 1475 à la c'^"'" d'Angoulême pour les terres qu'il 
tenait d'elle, à cause de sa baronnie de Montberon. Il mourut au Lindois 
avant le 5 mai 1507, et fut enterré devant le grand autel de l'église parois- 
siale du Lindois. Il avait épousé, par contrat du 14 février 1480, Madeleine 
du Puy, fille de Louis du Puy, se' du Couldray-Monin, en Berry, et de Ca- 
therine de Prie de Buzançais ; elle survécut à son mari de 1 3 ou 14 ans et fut 
inhumée en l'église de la Rochefaton. Godefroy Chasteigner, 5* fils de Guy 
Chasteigner et de Madeleine du Puy, euten partage, entre autres terres, celle 
du Lindois, qui était dans la famille depuis 150 ans environ. Ses descen- 
dants continuèrent la branche du Lindois, unie à celle de la Rocheposay, 
sous le nom de Chasteigner de la Rocheposay seigneurs et b°°* du Lindois, 
ainsi que le prouvent les documents que nous avons en mains. 

XVIII — Jean Chasteigner, III« du nom, (l^"" fils des précédents) né en 
1491, s^' de la Rocheposay, de S'-Georges-de-Rexe, delà Rochefaton, etc. 
bon de Preuilly en partie. (Il fut mis en possession de cette partie de la baronnie 
de Preuilly par un arrêt du Parlement en date du 29 avril 1544.) Chevalier 
de l'ordre de S'-Michel, qu'il reçut des mains de Claude Gouffier, Grand- 
Ecuyer de France, en l'église de la Rocheposay, chambellan et conseiller 
des rois François 1®"" et Henri II, leur maitre-d'hôtel ordinaire, gentil- 
homme de la Chambre, il fit en 1547 l'office de maître des cérémonies aux 
obsèques de François l*"". Il mourut à Touffou, le l*"" juin 1568, et fut enterré 
en l'église de la Rocheposay. Son épi*aphe fut faite par le fameux Scaliger. 
Il eut des charges honorables, et servit avec zèle et glorieusement les rois 
Louis XII, François 1*'', et Henri II. Il avait épousé, par contrat du 20 juin 
1519, Claude de Monléon. dame de Touffou, d'Abain, etc., fille de Louis de 
Monléon et de Sibille Chappron ; elle mourut le 8 juillet 1564, et eut sa 
sépulture dans l'église de la Rocheposay, 



32G LA ROCHEPOSAY 

XIX. — François Ghasteigner, le 6^ enfant des précédents, S8' de la 
Rocheposay, de Touffou, et Talmont b°° de Preuilly en partie, chevalier de 
l'ordre du Roi, conseiller-maître d'hôtel et gentilhomme de la chambre des 
rois Charles IX ei Henri III, gouverneur de Provence, etc. Né à ToufTou 
le '2i avril 1532. Il accompagna en Pologne Henri de France, duc d'Anjou. 
Il mourut en 1579, et fut inhumé en l'abbaye de la Merci-Dieu. Louis Ghas- 
teigner, ss'' d'Abain, son frère, lui fit laire un tombeau avec épitaphe p<jr 
Scaliger, Jean Boiceau, avocat à Poitiers, lui fit aussi une épitaphe en vers 
français. Il épousa en 1566 Louise de Laval, baronne de la Faigne, 
fille unique de Louis de Laval et de Léonore de Gastillio. 

XX. — Il n'eurent qu'un fils, — René Ghasteig.ner, s»'' de la Rocheposay 
etdeTouffon, 1)°" de Preuilly, qui mourut, âgé de 13 ans, pendant que le 
roi Henri IV assiégeait Chartres en 1591 -, il fut inhumé à la Merci-Dieu, 
près de son père. — Ce fut son oncle, Louis Ghasteigner, s^"" d'Abain, qui 
hérita de lui. ^ 

XXI. — Louis Ghasteigner, s"" d'Abain, de la Rocheposa^ , etc., b"" de 
Preuilly, chevalier dns ordres du Roi, conseiller en ses conseils privé et 
d'Etat, capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur 
et lieutenant-général de la Haute et Basse-Marche, naquit au château de la 
Rocheposay le 15 février 1535. Il eut de très nombreuses chargf's, civiles 
et militaires ; il fut, entre autres, envoyé par Henri III pour aller en son 
nom rendre l'obédience filiale, à cause de son avènement à la couronne de 
France, au pape Grégoire XIII et demeura 5 ans à Rome comme ambassa- 
deur ordinaire de France auprès de Sa Sainteté. Il prit une large part aux 
troubles et combats occasionnés par la Ligue, principalement en Poitou et en 
Limousin, et tint toujours pour le parti du Roi. Il mourut à Moulins en 1595, 
et fut inhumé à la Rocheposay, -- cérémonie que présida l'évêque de Poitiers. 
Son épitaphe fut composée pa» J. Scaliger (qui fut assez longtemps précep- 
teur de ses fils.) Il avait épousé, par contrat du 15 janvier 1567, Claude du 
Puy, sa parente, fille de Georges du Puy, chevalier, se-- du Goudray, et de 
Jeanne Raffin ; elle mourut en 1622 et fut enterrée dans l'église de Dissais. 

Un (le leurs fils, Henri-Louis Ghasteigner, fut évèque de Poitiers de 1611 
à 1650. Il fut inhumé dans l'église de la Rocheposay, où l'on voit encore 
son tombeau. 

XXII. — Jean Ghasteigner, IV", ss»- de la Rocheposay, d'Abain, etc., 
b°' de Preuilly, maréchal de camp des armées du Roi, succéda à son père, 
romme gouverneur et lieutenant-général pour le Roi dans la Haute et 
Basse-Marche. Il prit, lui aussi, une large part aux combats contre la Ligue 
et contre les protestants. Il épousa, en 1605, Diane de Fonsèque, fille de 
Charles de Fonsèque, b'" de Surgères, et d'Ester Chabot. 



LA ROCHEPOSAY 327 

XXIII. — Charles Chasteigner, m" de la Rocheposay, néen 16H, suivit, 
comme tous les siens, la profession des armes. Il fut député par les gentils- 
hommes du Poitou à l'Assemblée générale des Etats tenue à Tours en 1651. 
Il avait épousé, en 1640, Charlotte Joussorand, fille de Philippe Jousserand, 
chevalier, s"" de Londigny, et d'Anne d'Escoubleau. — Deux fils qui naquirent 
de ce mariage moururent jeunes, et il ne resta qu'une fille, qui fit passer, 
par son mariage, la terre de la Rocheposay dans la famille Ysoré de Pleu- 
martin, qui la possède encore. 

XXIV. — Ct\br[elle Chasteigner, dame de la Rocheposay, fut mariée, par 
contrat de décembre 1662, à René Ysoré, III* du nom, m" de Pleumartîn, 
lieutenant pour le Roi en Touraine et Poitou ; fils de Georges Ysoré, 
M'» d'Ervault et de Pleumartin, et de Marie de RoucheroUes. 

« Ce fut un seigneur très savant : il écrivit contre le calvinisme trois 
volumes de controverses, qui se voyaient autrefois au trésor du château «le 
Pleumartin. A cette époque, s'il faut en croire le père Jacob', la bibliothèque 
de ce château était l'une des plus remarquables de France. On y avait 
transporté les richesses et les objets précieux rassemblés par Louis Chas- 
teigner d'Abain au château de la Rocheposay. Ces richesses avaient été 
classées et inventoriées par Joseph Scaliger, précepteur des enfants de Louis 
Chasteigner, qui habita quelque temps, à ce titre, le château de la Roche- 
posay. (Extrait des Arch. du Château de Pleumartin*). » 

XXV. — Georges Ysoré Ile, m'' de Pleumartin, sS' de la Rocheposay, 
épousa en 1683 Geneviève Rolland. Il mourut en 1699. 

XXVI. — Nicolas Y'soré, m'' de Pleumartin, s''' de la Rocheposay, épousa 
par contrat du 4 décembre 1715, Anne Lelay de Villemare du Plessis. 

XXVII. — Victor-Marik-Nicolas Ysoré, M'M'Ervault et de Pleumartin, 
SB' de la Rocheposay, mourut en 1757 ; il avait épousé Madeleine-Françoise 
d'Usson de Bonnac. 

XXVIII. — Armand-Louis-François Ysoré, m"' d'Ervault et de Pleumar- 
tin, avait épousé en 1784 Angadrème de Carvoisin. 

XXIX. — Avant 1825, le donjon de la Rocheposay appartenait à 
M. Hyppolite Boyer et à sa femme Ursule Delessard. Ils l'avaient eu par 
succession de Jean-Louis Boyer, comme dépendance d'une maison. 



i Notice sur les Bibliothèques de France. (R" du Châtelleraudais. etc. 
abbé Lalanne). 

* Histoire de CMtelleraud et du Châtelleraudais, par l'abbé Lalanne, curé 
d'Oiré. Tome second, p. 384. 



328 LA ROCHEPOSAY 

XXX. — Ils vendirent ces immeubles en 1825 à M. de Talibon, notaire 
à la Rocheposay. 

XXXI. — Par héritage, le donjon revint à M'i" Marie-Noémie de Talibon. 

XXXII. — Au mois d'octobre 1889, les derniers descendants des Chas- 
teigner de la branche du Lindois et de la Rocheposay, s'en rendirent 
acquéreurs, aux enchères, par suite de l'adjudication ordonnée, à cause de la 
minorité de M"® de Talibon. 

Ils viennent de terminer des réparations qui assurent pour longtemps la 
conservation de cet intéressant monument. 

C* Albxis de Ghasteigner. 




^m 



LA FEMME EN BAS-POITOU 



Discours prononcé à la 53' séance publique annuelle de la 
Société des Aïitiquaires de l Ouest. 

(5 janvier 1890). 



C'est plus particulièrement à vous, Mesdames, que je 
dédie ces pages, modeste livre d'or du sexe char- 
mant dont s'enorgueillit notre beau pays de Vendée. 

Sans doute, j'eusse trouvé à cet égard dans l'histoire de 
votre cité plus d'un sujet intéressant à mettre en lumière. 
Mais vous savez ce qu'écrivait, un jour, mon illustre compa- 
triote Benjamin Fillon : « De tous les lieux dont l'archéo- 
logue s'efforce de reconstituer les annales, aucun n'est étudié 
avec autant d'amour que celui où il a passé les années de 
son enfance. » C'est là mon excuse. 

La femme 1 Quel sujet a davantage tenté la plume 
des écrivains! Il n'y a rien là pour nous surprendre. 
Quiconque a feuilleté les annales du monde, a pu se con- 
vaincre de cette vérité, que partout, à toutes les périodes de 
l'histoire générale des peuples, à toutes les heures de l'his- 
toire particulière de .l'homme, la femme a exercé une action 
ouverte ou mystérieuse, mais toujours prépondérante. 

C'est ce que je me propose de démontrer en passant rapi- 
dement en revue les femmes du Bas-Poitou qui, aux diverses 
époques, se sont rendue célèbres dans l'histoire, soit par 
la pureté de leur existence et la générosité de leur coeur, 
soit par l'élévation de leur esprit, soit par l'héroïsme de 
leur conduite, soit même par les défaillances de leur vertu. 



330 LA FKMME EN BAS-POITOU 



I. — La femme chrétienne. 

Gliaquo femme ici-bas a sa mission. S'il y a les prédes- 
tinées aux œuvres de Satan, il en est d'autres qui sont en- 
voyées sur la terre pour y répandre un parfum de la grâce 
divine. Ces dernières ne font point défaut dans l'histoire du 
Bas-Poitou. Bien qu'elle n'y m3ntionne, en efïet, la naissance 
d'aucune sainte, nous avons cependant quelque droit à "re- 
vendiquer pour nôtres cellesqui, dans leurs fréquents séjours 
sur la terre vendéenne, ont prodigué à nos pères les exquis 
trésors de leur âme chrétienne. 

Sans parler de sainte Radegonde, de sainte Florence, de 
sainte Triaise. de sainte Loubène, de sainte Néomaye, de 
ainte Pezenne ou Pexine, de sainte Macrine, etc., dont les 
noms sont encore en vénération dans maintes paroisses du 
Bas-Poitou, qu'il me soit permis d'accorder un plus spécial 
souvenir à cette vierge « très noble et très pieuse » dont il 
est pai'lé dans la légende de saint Vivent, et qui fixa très- 
vraisemblablement sa résidence à Ghaillé-les-Ormeaux (Sl- 
miliaciis). Gléopatronie était son nom, et voici dans quels 
termes la légende s'exprime à son endroit : « Vivent, se 
rendant au pays d'Herbauges, s'arrêta d'abord à Signorissa 
{Sirjournay, sans doute, ou selon M. l'abbé Baudry, la Sigo- 
gnière, près de Mareuil), puis à Similiaciis (Chaillé-les- 
Ormeaux), dans le dessein de préparer une demeure en ce 
lieu pour la très noble et très pieuse vierge Gléopatronie, 
qu'il avait convertie à la religion chrétienne. La sainte jeune 
fille passa, en efTet, toute sa vie dans cette localité, uni 
quement occupée à servir Dieu par la pratique continuelle de 
l'oraison et de la charité envers les pauvres. » 

Si l'on ajoute foi au vieux légendaire, dont le récit (visi- 
blement interpolé) est consigné dans un manuscrit découvert 
à la Bibliothèque nationale par Dom Ghamard', et qui 
remonte au XI' siècle, Gléopatronie était fille d'un chef ou 

' Ms. 13762, fol. 1. .337 — Fde». Pd». 



LA FEMME EN BAS-POITOU 331 

gouverneur romain, nommé Dacien. Vivent l'exorcisa et la 
baptisa ensuite. La pieuse jeune fille eut une vision pendant 
son sommeil : un ange lui conseilla d'employer le superflu 
de ses richesses à la confection de deux candélabres et 
d'autres objets devant servir au culte catholique et qu'elle 
offrirait au Saint-Siège apostolique « ad apostolicam sedem», 
par elle-même ou par un mandataire. Elle obéit et chargea 
Vivent de porter ses présents à Rome. Vivent accepta;, mais 
effrayé par la persécution qui sévissait alors dans cette ville, 
il s'enfuit, abandonnant son compagnon, saint Benoît (d'Ai- 
zenay), qui le rejoignit néanmoins, en se servant, dit toujours 
le légendaire, du manteau que lui avait donné Cléopatronie, 
comme d'un vaisseau. 

C'est pendant ce voyage que Vivent prépara une demeure 
pour la pieuse vierge à Similiaciis, qui fut témoin jusqu'à sa 
mort de ses insignes vertus et de son inépuisable générosité 
pour les pauvres. 

Dieu a mis, en effet, au cœur de la femme un tel besoin 
d'aimer, que lorsque les affections ordinaires de la vie lui 
font défaut, il faut qu'elle prodigue l'excès d'amour dont 
son cœur déborde à quiconque souffre et pleure. Chateau- 
briand disait mieux : «Les femmes ont un instinct céleste 
pour le malheur. Seules, elles sont capables de ces dévoue- 
ments prolongés qui ne reculent ni devant la fatigue, ni 
devant le dégoût, ni devant l'ingratitude. » 

J'en trouve deux exemples remarquables dans Marie Bris- 
son et Anne Benoist qui vivaient à Fontenay, auXVIP siècle. 

La première, fille de François Brisson et de Louise Gênais, 
était le dernier représentant de la branche de cette illustre 
famille qui avait produit le fameux président Barnabe Bris- 
son. Héritière d'une fortune considérable, elle en fit toute sa 
vie le plus digne emploi. 11 n'est pas une œuvre pieuse ou 
charitable qui n'ait bénéficié de sa générosité, et l'histoire 
de notre ville est remplie de faits qui témoignent à la fois de 
son ardente passion pour la gloire de Dieu et pour le sou- 
lagement des pauvres. A tel point, que le nom lui en est 
resté, et que le souvenir de la Mère des Pauvres est encore 
vivant parmi nous. 



332 LA FEMME EN BAS-POITOU 

Bien que d'une naissance moins illustre, Anne Benoist n'en 
a pas moins une page glorieuse dans nos annales. 

Elevée sous les yeux de Renô Moreau, curé de Notre-Dame, 
et de M"* de la Chaulne, coopératrice du vénérable pasteur, 
elle apprit à celte école comment on pouvait devenir la Provi- 
dence des malheureux, même avec de modesles ressources. 

Sans crainte de s'humilier, elle allait elle-même quêter à 
domicile pour ses pauvres, précédant ainsi les admirables 
Petites Sœurs qui se dévouent au soin des vieillards, ou 
bien elle s'asseyait au chevet des malades pour panser leurs 
blessures ou leurs plaies. 

C'est le cas de rappeler cette parole de Voltaire : « Peut- 
être n'est-il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice 
que fait un sexe délicat de la jeunesse, de la beauté, souvent 
même de la haute naissance, pour soulager, dans les hôpi- 
taux, ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue 
est si humiliante pour l'orgueil humain et si révoltante pour 
notre délicatesse. » 

Et cependant, il est des plaies plus répugnantes encore 
et un dévouement plus méritoire : — les plaies morales à la 
guérison desquelles des vierges chrétiennes vouent la pureté 
de leur existence. Cette héroïque tâche;, vous le savez, 
Mesdames, s'exerce chaque jour à côté de vous, derrière les 
murs de ce refuge si heureusement appelé le Bon Pasteur. 
Mais ce que vous ignorez peut-être;, c'est que cette œuvre, 
admirable entre toutes celles enfantées par la charité et par 
la foi, doit son existence à une fille de la Vendée, ce berceau 
de tous les héroïsmes. Rose-Virginie Pelletier, — c'était son 
nom dans le monde, — naquit en effet à Noirmoutiers, le 31 
juillet 1796, au lendemain de la Révolution, sur une terre 
encore chaude du généreux sang qui y avait été versé, et 
toute préparée pour y faire germer d'autres dévouements. 

II 

La Femme et les lettres. 

a L'homme, dit quelque part la Genèse, est la tête de la 
femme ; la femme est le cœur de l'homme. » Est-ce a dire 



LA FEMME EN BAS-POITOU 333 

que la femme doive borner là son rôle, que loules aspirations 
intellectuelles lui soient interdites, et qu'il ne lui soit pas 
possible, comme disait dans un langage imagé la belle 
Lyonnaise, Louise Labbé, d'élever son esprit par dessus les 
quenouilles ? 

L'histoire s'est chargée de la réponse. 

Lorsque le roi de Navarre se fut emparé de la ville de Fon- 
tenay, en juin 1587, il en donna le gouvernement à un de ses 
meilleurs ofTiciers, Charles Eschallard, seigneur de la 
Boulaye. Après la mort de ce dernier, son fils, Philippe, lui 
succéda sous la tutelle de sa mère, Marie du Fou. 

Madame de la Boulaye, protestante zélée, jouissait à 
Fontenay, dans l'un et l'autre parti, d'une grande considéra- 
tion. Energique et habile autant que lettrée et même savante, 
elle tenait'au château de Fontenay une véritable cour, dont 
les vassaux du domaine royal et les meilleurs esprits de la 
cité fontenaisienne fournissaient les principaux éléments. 

Nicolas Rapin lui-même, qui était venu se reposera son 
castel de Terre-Neuve des fatigues des camps et des agita- 
tations politiques, ne dédaignait pas de se rendre à ces réu- 
nions qui étaient, dit la Chronique, de véritables régals litté- 
raires. Et c'est sans doute du pourpoint de quelque admi- 
rateur de Marie du Pou que s'échappa,, un jour, cette jolie 
strophe trouvée plus tard au château de Fontenay : 

Les plaisirs innocents ont choisi pour asile 
Ce palais, oii l'art semble épuiser son pouvoir : 
Si l'œil de tous côtés est charmé de le voir, 
Le cœur à, l'habiter goûte un bonheur tranquille. 

Rapin, dont j'évoquais tout à l'heure le souvenir, avait 
une nièce, Suzanne Cailler, qui figure avec distinction parmi 
les poètes du XVIP siècle. Ses vers ont de la vivacité, de la 
noblesse, et dénotent une riche imagination. On se plait 
notamment à citer les Stances sur le trépas de Nicolas Rapi?i, 
qui ont fait dire à Dreux-Duradier que la nièce n'était point 
indigne de l'oncle. 

La petite-fille d'un autre de nos grands hommes^, Marie 
Tiraqueau, se fit également remarquer par la culture de son 

Tome iv. — Octobre, Novembre, Décembre 1890. 22 



334 LA FEMME EN BAS-POITOU 

intelligence. On prétend même — n'en déplaise à la mémoire 
de Molière.— qu'à 17 ans, la langue latine n'avait plus de 
secrets pour elle. 

André de Rivaudeau en a tracé un charmant portrait que 
j'aurais mauvaise grâce à ne pas rééditer : 

... Ni les grans cités, ni les cours des grans Rois 
Qui maîtrisent l'Espagne et le peuple François 
Ont en un seul sujet et sur plus belle face 
Plus de gentil sçavoir, ni plus de bonne grâce 
D'honneur, de courtoysie et de perfection'... 

Ni la grâce, ni l'esprit ne manquaient non plus à cette 
damé de la Rabastelière qui nous a laissé plusieurs ouvrages 
en prose et en vers, ainsi qu'un livre de piété intitulé le 
Solitaire de Terrasson^. G'éiduii la. fille de François Bruneau 
qui succomba si vaillamment à Nordlingen, après avoir con- 
tribué à l'une des plus belles victoires du Grand Condé 

Toutefois, il y a loin des Cailler, des Tiraqueau et des Ra- 
bastelière aux illustres dames de Rohan, dont l'esprit et la 
beauté ont été si souvent célébrés. On se souvient de ce 
qu'écrivait Agrippa d'Aubigné, parlant de Catherine de Par- 
thenay et de sa fille Anne : « Les écrits des deux nous ont 
fait cacher nos plumes plusieurs fois ; en elles deux les ver- 
tus morales et intellectuelles ont eu un doux combat à qui 
surmonterait. » 

Catherine, la mère, avait du reste de qui tenir. N'était- 
elle pas la fille de cette Antoinette d'Aubeterre « tenue pour 
un miroir de chasteté entre toutes celles de son temps, pour 
son bon entendement » ? Son premier maître, au Parc, où 
elle vit le jour, fut notre grand algébriste, François Viète, 



t Œuvres poétiques (édition de Sourdeval, p, 212). 

» Née le 10 lévrier 1645 de François Bruneau de la Rabastelière et de Char- 
lotte-Hélie de Pompadour de Laurière, Charlotte-Françoise avait épousé 
Charles des Cars, marquis de Merville {Généalogie du P. Anselme^ t. ii, p. 232) . 



LA FEMME EN BAS-POITOU 335 

qui lui dédia plus tard un de ses ouvrages. Le commerce du 
célèbre mathématicien devait naturellement diriger l'esprit 
de la belle dame de Soubise du côté des sciences abstraites ; 
la fréquentation d'André de Rivaudeau lui inspira de même 
le culte de la muse; et, lorsque Charles de Quénellec, son 
époux, eut succombé sous le poignard des assassins de la 
Saint-Barthélémy, la jeune veuve demanda à l'élégie des 
accents plaintifs pour pleurer son trépas. 

Mais la poésie et les sciences n'eurent pas seules ses ado- 
rations ; elle cultiva les lettres grecques, traduisit en fran- 
çais les préceptes dlsocrate à Dominique et composa plu- 
sieurs tragédies qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous. 

De la a belle Anne, savante et sage » et dont, au dire du 
même Agrippa, « l'esprit a été trié entre les délices du ciel », 
on possède en revanche de nombreuses poésies. Nous n'en 
citerons qu'une seule, assez peu connue, et qui, en raison du 
souvenir qu'elle honore, revêt pour nous un double intérêt. 
Il s'agit de l'épitaphe rimée pour le tombeau de Catherine 
des Nouhes, fille de Madame de laTabarière, morte à Paris, 
à l'âge de 19 ans : 

Passant, no passe point, borne ici ton voyage, 
Donne trêve à tes pas, mais non pas à tes pleurs ; 
Arrouse sans arrest les cendres d'une fleur 
Qui sentit de l'hiver dès son printemps l'orage. 
Déteste d'Atropos l'inévitable rage. 
Lamente ainsi que nous notre cruel malheur 
Pleure l'aimable objet de notre âpre douleur, 
Celle dont les vertus anticipèrent l'aage. 
Non, ne la pleure point, son âme, dans les cieux, 
Voit son bénin Sauveur, dont le sang précieux 
La rendit son épouse et compagne des anges. 
Plains celle à qui la mort fait tant de deuils sentir. 
Qui l'avait mise au monde et qui l'en voit sortir, 
Donne à l'une des pleurs, à l'autre des louanges. 

Au reste, les deux sœurs d'Anne n'étaient pas moins 
douées : Henriette, poète aussi, maniait avec habileté le 
pinceau ; Catherine, la puînée, dont on connaît la fière ré- 



336 LA FEMME EN BAS-POITOU 

pense aux obsessions du trop galant Béarnais, brillait autant 
par la beauté que par la grâce et par l'esprit. Elle excellait 
comme musicienne et comme poète; malheureusement 
aucun de ses vers ne nous est parvenu. Mariée au duc des 
Deux-Ponts, elle mourui en couches, deux ans et neuf mois 
après son mariage. 

Au XVIII' siècle, le bel esprit fait place à la philosophie. 
C'est alors que M"' de Lézardière écrit sa Théorie des lois 
politiques delà Monarchie Française. Curieuse physionomie 
que celle de cette jeune fille préférant aux plaisirs frivoles et 
aux joies mondaines de son âge et de son rang les calmes 
jouissances de l'étude. Issue d'une des plus anciennes fa- 
milles du Bas-Poitou, elle eût pu aisément briller à la Cour. 
Elle n'en franchit cependant que rarement le seuil, ce qui ex- 
plique peut-être le mot désobligeant qu'on prête à Louis XV 
à son endroit. 

Douée d'un rare esprit d'investigation, elle résolut d'ap- 
pliquer à l'étude de l'histoire la méthode que Descartes avait 
appliquée à l'étude delà philosophie, et de ne rien accepter 
qu'elle ne l'eût vérifié elle-même. On devine l'immense tra- 
vail que lui coûta ce programme, et on comprend aisément 
que ce n'était pas le fait d'un esprit vulgaire. 

Aussi bien, en venant se fixera la Proustière, avec sa fa- 
mille, elle ne pouvait trouver un lieu plus propre au recueille- 
ment et àla méditation qui conviennent à de sérieuses études. 

Un vieux château, entouré d'arbres séculaires ; à sa porte, 
une abbaye dont on entendait la cloche aux heures de la 
prière ; des chemins effondrés, comme on en rencontre par- 
fois encore dans la Vendée ; par conséquent, des communica- 
tions difficiles et une sorte d'isolement au milieu du Bocage^ 
— tout concourait à donner à cette demeure l'aspect d'une 
maison de studieuse retraite. 

Est-ce à dire que le baron de Lézardière ait fait choix de 
cette habitation pour permettre aux goûts de sa fille un plus 
facile essor ? Bien au contraire, il mit tout en œuvre pour la 
détourner de la voie extraordinaire dans laquelle elle s'en- 
gageait. Vains efforts, du reste, et qui ne firent que donner 
plus d'éclat à l'irrésistible vocation de M"* de Lézardière. 



LA FEMME EN BAS-POITOU 337 

Interrompue un instant par la Révolution, qui avait mul- 
tiplié autour d'elle les victimes, M"* de Lézardière, désormais 
dans la force de l'âge et du talent, reprit, avec des jours 
meilleurs, l'œuvre qui avait à si juste titre émerveillé Ma- 
lesherbes, Bréquigny et dom Poirier. 

Après tant de talent dépensé, on s'attend à une brillante 
apothéose. Il n'en sera rien. M"® de Lézardière, son œuvre 
parachevée, mourra ignorée, sans avoir connu les enivre- 
ments de la gloire. Injustice de ses contemporains, dont l'a 
vengée l'admiration de la postérité. 

La capricieuse gloire ne s'est pas aussi longtemps fait 
attendre pour M"° de Vertillac, cette illustre petite fille d'un 
seigneur de Saint-Gilles-sur- Vie, Nicolas Daniau. Orpheline 
très jeune, elle avait reçu, entre les mains d'une mère d'un 
mérite distingué, une éducation brillante, connaissait le latin, 
l'italien peut-être, et s'il faut en croire un de ses admirateurs, 
possédait sur toutes choses, même sur les sciences^, des idées 
très exactes. Si bien qu'avant de se marier — ce qu'elle fit, 
du reste, assez tard, à 36 ans — elle avait parfaitement établi 
sa réputation de femme savante dans la meilleure acception 
du mot'. 

Ne soyons donc pas surpris si M'" Lhéritier lui dédia un 
jour ses Epitres héroïques en rimes aussi louangeuses : 

Aimable et savante comtesse, 
Que vous auriez brillé dans Rome et dans la Grèce 

Par ce goût fin et ce rare savoir 
Qu'en tous les temps vous faites voir ! 

Athènes, ni la Cour d'Auguste, 
N'ont jamais vu d'esprit plus éclairé, plus juste ; 
Et tous ces hommes excellents 
Dont elles admiraient les sublimes talents 
Eussent été charmés si vos doctes suffrages 
Eussent couronné leurs ouvrages. 

La châtelaine de Saint-Gilles aimait, du reste, à s'entourer 
d'artistes célèbres et de savants illustres. C'est ainsi qu'elle se 

1 Abbé Pontdevie. La chôtellenie de Saint-Gilles-sur-Vie et ses seigneurs 
An. Soc. Eraul. Vendée. 1885, p. 18J et s. — 



338 LA FEMME EN BAS-POITOU 

la très étroitement avec le poète breton Desforg-es-Maillard, 
et avec le marquis de Maffei, celui que Voltaire surnomma 
le Sophocle Nérojiais. Au contact de ces grands esprits, les 
connaissances de M"* de Vertillac ne pouvaient que merveil- 
leusement s'accroître. Et cependant son mérite littéraire 
n'était rien, paraît-il, comparé à ses vertus. C'est du moins ce 
que nous apprend le Mercure de France dans le pompeux 
éloge funèbre qu'il lui consacra en janvier 1652, quelques 
mois après sa mort. 

« Une si digne femme^ y peut-on lire, devait être pleurée 
amèrement de tous ses amis ; aussi, il n'en est point qui n'ait 
dit du fond de son cœur avec Horace : 

Quis desiderio sit pudor aut modus 

Tarn rari capitis 
Quando ullani invenient parem. > 



m. 

La Femme dans la Légende. 

Dans les légendes, dont le peuple poitevin s'est toujours 
montré si friand, les grands premiers rôles sont généra- 
lement tenus par la femme, à laquelle il accorde volontiers 
une puissance surnaturelle et un génie supérieur, parfois 
môme un redoutable empire et des passions extravagantes. 

Jane referai point ici l'histoire des prêtresses celtiques 
K qui volaient dans les airs par les nuits glacées », ni des 
belles lavandières « qui blanchissaient au clair de lune le 
suaire des morts ». Nos campagnes ont tellement conservé 
le poétique souvenir de ces fées merveilleuses, de ces in- 
nombrables dames blanches, qu'il n'est pas, à l'heure pré- 
sente, une seule commune vendéenne, qui ne possède son 
Pré de la Dame ou son Champ de la Demoiselle. 

Je ne vous redirai pas davantage l'épopée si connue de 
l'illustre Mélusine, dont la mémoire, à la façon du lierre, 
s'est attachée aux vieilles murailles de nos donjons déman- 



LA FEMME EN BAS-POITOU '339 

télés de Pouzaug-es et de Vouvent. Mais, qu'il me soit 
permis d'évoquer l'image plus oubliée de Béatrix de Mau- 
léon, dont on raconte encore en frissonnant la sanglante 
légende, à l'ombre des murs ruinés de l'ancienne abbaye 
des Fontenelles. 

Cette princesse était d'une humeur sombre et farouche, 
comme on en voyait heureusement peu dans ce temps de 
pages malins et d'amoureux trouvères. Le sire de Mauléon 
étant parti pour la Terre-Sainte, la dame vivait dans la soli- 
tude la plus complète en son manoir de Talmont. Les nobles 
dames dont les époux étaient aux Croisades passaient leur 
temps à filer et à faire delà tapisserie^ entourées de leurs 
femmes. Ces innocentes occupations n'étaient pas du goût 
de la dame de Mauléon, qui n'avait pour toute distraction 
que la vue, éternellement magnifique pourtant, de l'Océan. 

Un jour — jour funeste entre tous — l'ennuyée châtelaine, 
accoudée à une fenêtre du sombre manoir, promenait son 
regard distrait sur la campagne, lorsqu'elle aperçut un tout 
petit enfant rose et blanc, qui se livrait à de gracieux ébats 
dans la prairie voisine. 

Elle fit appeler son cuisinier et lui montrant l'enfant : 

— Tu vois, dit-elle, cet enfant; va le chercher et apprête- 
moi son cœur pour m-on dîner. 

Le pauvre homme frémit à l'idée de la sanguinaire fantai- 
sie de la châtelaine et du crime horrible qu'il fallait com- 
mettre pour la satisfaire. Il crut avoir mal entendu. 

— Madame, balbutia-t-il, .. 

— Obéis! 

La dame était terrible dans ses colères ; elle avait com- 
mandé ; il fallut obéir. 

L'horrible mets parut si délicieux à Béatrix, qu'elle exigea 
que chaque jour il figurât sur le menu seigneurial. 

La terreur se répandit bientôt autour du manoir. Les 
pauvres mères, à qui on enlevait leurs enfants, s'enfuirent au 
loin pour dérober leurs chers trésors à l'ogresse de Talmont. 

Un jour, le cuisinier se présente embarrassé et tremblant 
devant la princesse, et lui dit qu'il n'y a plus un seul enfant 
aux environs. Béatrix le regarde froidement. 



340 LA FEMME EN BAS-POITOU 

— Vraiment, lui dit-elle, tu es embarrassé pour peu de 
chose. II n'y a plus d'enfants aux alentours, me dis-tu? N'as- 
tu pas un fils ? 

On juge du désespoir du malheureux père. Il comprit 
seulement alors toute -l'étendue des crimes qu'une lâche 
complaisance lui avait faitcommettre et fut saisi de remords. 
Cependant il n'osait désobéir à sa_ terrible maîtresse. Gom- 
ment faire? Au milieu de ses angoisses, un petit chien qu'il 
aimait beaucoup;, frappé de sa tristesse et apercevant peut- 
être des larmes dans ses yeux, s'approcha de lui en le ca- 
ressant et lui lécha les mains. La vue de l'innocent animal 
suggéra au pauvre cuisinier l'idée de le sacrifier à la place de 
son fils unique. En effet, le cœur du petit chien fut accommo- 
dé avec le plus grand soin, et servi à Béatrix. Mais à peine 
en eut-elle goûté, qu'elle cracha avec dégoût; et, d'un ton à 
faire frémir les plus braves, elle demanda quel horrible 
ragoût on lui servait là. Le malheureux cuisinier se voyant 
perdu se jeta à ses pieds et lui avoua ce qu'il avait fait pour 
sauver son fils. 

Le Seigneur attendait-il ce moment? Quoi qu'il en soit, la 
châtelaine fut touchée de ce désespoir paternel et sentit le 
remords lui étreindre le cœur; revenue à des sentiments 
humains, elle sonda l'abîme dans lequel le démon l'avait 
précipitée, et comprit qu'il fallait une pénitence proportionnée 
à ses forfaits pour laver son âme. En conséquence, elle 
ordonna que la route qui conduisait de Talmont à l'abbaye 
des Fontenelles fût jonchée dans toute son étendue (17 kilo- 
mètresenviron) d'épines, de ronces et de genêts, et, les pieds 
nus, le corps ceint d'un cilice, elle parcourut le chemin de 
douleur et d'expiation, en priant, pleurant et demandant à 
Dieu et aux hommes pardon de ses crimes. 

En arrivant aux Fontenelles, elle expira ; les religieux 
recueillirent sa dépouille mortelle et l'ensevelirent dans la 
chapelle. 

Singulier retour des choses d'ici-bas : Aujourd'hui c'est la 
santé de leurs enfants que les mères vont implorer au 
tombeau de dame Béatrix ! 



LA FEMME EN BAS-POITOU 341 



IV 

La femme héroïque. 

De ce que certaines ont parfois tressailli au bruit de la 
poudre, il serait injuste de conclure que les femmes fussent 
moins braves que les hommes. Nombreux, au contraire;, sont 
les exemples de vaillantes qui sont tombées sur les champs 
de bataille. 

On a beaucoup admiré M''^ de Montpensier, la grande Ma- 
demoiselle, faisant tirer le canon de la Bastille et dégageant 
l'armée de Gondé, pendant la Fronde. Le Bas-Poitou, sous 
ce rapport, n'a rien à envier à la Grand'Ville. L'énergie que 
déploya M™^ de Harpedanne, défendant^, en l'absence de son 
mari, la ville de Fontenay-le-Gomte contre Du Guesclin 
vaut bien le courage dont fit preuve la fille de Gaston d'Or- 
léans contre Turenne. 

Mais c'est principalement à l'époque de la Révolution que 
l'on rencontre si nombreux en Bas-Poitou les actes d'hé- 
roïsme accomplis par les femmes. Les guerres civiles ont, 
en effet, le don d'exciter plus vivement les grandes passions 
du cœur humain. 

On a vu pendant l'insurrection vendéenne des femmes, 
non-seulement se battre avec un courage au-dessus de tout 
éloge, ma^ pousser parfois jusqu'à l'acharnement leur ar- 
deur guerrière. Doit-on leur en faire reproche? Elles avaient 
à venger un père, un époux, un fils, ou à défendre leur vie et 
leur honneur. 

Sans parler de Mesdames de la Rochejaquelein, de Bon- 
champs, deSapinaud, de Renée Bordereau, qui ont raconté 
elles-mêmes leurs glorieuses campagnes, on trouve presque 
à chaque pas, dans nos annales ensanglantées, une héroïne 
nouvelle. 

C'est Madame de la Rochefoucault, la fidèle amie de 
Gharette,qui, après avoir lutté sans relâche aux côtés de l'in- 
trépide général, va porter avec une égale énergie sa belle 



342 LA FEMME EN BAS-POITOU 

tête de créole sous l'ignoble couperet de la guillotine sablaise. 
C'est Madame deBeauglie, qui, vêtue en amazone, la cara- 
bine à la main, entraîne au combat trente cavaliers, soldés et 
équipés par elle, dans cette même division des Sables 
d'Olonne. 

C'est Madame de la Roche Saint-André, qui, à travers les 
grilles de sa prison, à Nantes, apercevant ses fils que l'on 
conduit àl'échafaud, leur crie d'une voix déchirante, comme 
la mère de saint Symphorien à son fils mené au martyre : 
« Adieu, mes enfants, mourez en Vendéens ! » 

C'est M"' de Jourdain,, dans tout l'éclat de la jeunesse et de 
la beauté, qui, conduite vers la Loire, résiste aux supplica- 
tions d'un soldat épris de ses charmes et se jette elle-même à 
l'eau pour ne pas survivre à sa mère qu'on vient d'engloutir 
dans le fleuve. 

Aussi bien, l'héro'isme, en ces temps néfastes, n'était point 
l'apanage de la seule noblesse : les paysannes rivalisaient de 
.générosité et de courage avec les grandes dames. 

M"* de la Rochejaquelein, dans ses Mémoires, parle d'une 
petite fille de treize ans qui était tambour dans l'armée de 
d'Elbée; elle raconte aussi qu'elle vit, un jour, arriver à 
Gholet une jeune fille grande et fort belle, qui portait deux 
pistolets à sa ceinture et un sabre à son côté. . . On l'inter- 
rogea ; elle répondit qu'elle était de la paroisse de Tout-le- 
Monde, et que les femmes y faisaient la garde quand les 
hommes étaient à l'armée... Or, les généraux avaient défendu 
fort sévèrement qu'une femme suivît les armées ; la veille 
du combat de Thouars, notre héro'ïne vint trouver M. de 
Lescure et lui dit : « Mon général, je suis une fille, M"^ de 
Lescure le sait ; elle sait aussi qu'il n'y a rien à dire sur mon 
compte ; c'est la bataille demain, faites-moi donner une 
paire de souliers. Après que vous aurez vu comme je me 
bats, je suis sûre que vous ne me renverrez pas. » Elle fut 
tuée dans la mêlée, où elle s'était précipitée avec fureur. 

La fille d'un boulanger de Mortagne-sur-Sèvre, la jeune 
Lebrun, qui n'avait que seize ans, se fit de même cavalier 
pour se battre à côté de son frère. Elle n'avait pas déguisé 
son sexe. En caleçon et en jupon, la tête serrée par un 



LA FEMME EN BAS-POITOU 343 

mouchoir, elle croisait le sabre avec les hussards et les dra- 
gons de la République. Rentrée dans ses foyers, après la 
guerre, la jeune amazone se maria et vécut en bonne mère 
de famille, comme si jamais elle n'eût quitté l'aiguille et le 

fuseau. 

Une humble paysanne de Tiiïauges, nommé Gorbète, sur- 
prise par plusieurs soldats républicains, préfère endurer 
les plus horribles traitements, plutôt que de se prêter à leurs 
hideuses brutalités. 

— Rends-toi, brigande^ lui criaient-ils, et nous cesserons 
de te faire souffrir ! 

— « Jamais, leur répondit la jeune fille ; faites de mon 
corps ce que vous voudrez, mais mon âme est à Dieu ! » 

On se souvient enfin du vaillant Chevalier Adam, de son 
nom Marie-Pétronille Adam, qui, vêtue d'un costume mas- 
culin, se couvrit de gloire à Chantonay, à Saint-Florent et 
dans un grand nombre d'autres combats. 

Arrêtée, à la suite de la dispersion de l'armée de Royrand, 
elle fut traduite devant la Commission militaire de Fonte- 
nay et condamnée à mort. L'adversité ne fit point faiblir 
cette grande âme. Pétronille Adam, frappée debout, tomba 
en criant : Vive le Roi 1 

Mais je n'ai point la prétention de rappeler ici toutes les 
nobles actions dont furent témoins les champs de bataille 
de la Vendée. Ce serait refaire l'histoire de la sublime épopée 
qui a valu à nos ancêtres le titre si mérité de Géants et ce 
n'est pas le lieu. 

J'ai hâte, du reste, de tourner cette sanglante page de nos 
annales et d'évoquer devant vous de plus souriantes images. 



«+€► 



344 LA FEMME EN BAS-POITOU 



La femme et l'amour. 

poète, merci d'avoir, dans ton délire, 
Glorifié l'amour sur ta superbe lyre. . . 

C'est, en effet, dans la langue des dieux qu'il faudrait 
chanter cette « liqueur divine », dont les enivrements ont 
inspiré tant de nobles actions et parfois encore de si écla- 
tantes défaillances. 

Le moyen âge, que certains historiens se plaisent à repré- 
senter sous de sombres couleurs, n'a pas toujours été aussi 
farouche. 11 suffit de rappeler les Cours d'amour — Mon- 
taigu avait la sienne — où des discussions s'élevaient entre 
les dameS;, afin de décider du mérite du chevalier qui avait 
combattu ^our faire triompher leurs couleurs, du poète qui 
avait chanté pour célébrer leur beauté. 

C'est l'époque oîi règne et triomphe « la dame », cette 
idéale personnification du besoin d'aimer, dont nous retrou- 
vons la fidèle image chez Létice de Parthenay*. Elle avait 
pour troubadour un certain Milhon, d'origine provençale, 
qui avait été premier maître d'hôtel de Philippe Le Long, et 
qui rima au château de Palluau quantité d'amoureuses 
chansons. On a conservé un grand nombre de ces poésies 
dans le recaeil manuscrit de La Curne de Saint-Palaye, à la 
Bibliothèque nationale ; poésies, dont l'abandon pourrait 
sembler indiscret, si l'on ne savait pas qu'à cette époque une 
belle n'était point déshonorée par ces sortes d'aveux, quand 
la réputation du poète pouvait lui servir d'excuse. 

Du mariage de Maurice de Belleville et de Létice de Par- 
thenay naquit[une seule fille Jeanne qui, élevée à cette école de 
galanterie chevaleresque devint une personne accomplie, 
pleine d'attraits et de mérites^ et mieux que cela — une 
héroïne. 

' Fille (le Guillaume V l'Archevêque, seigneur de Parthenay et de Marguè- 
guerite de Thouars. (V. l'aysa'jes et Monuments du Poitou, art. Palluau, 
par l'abbé H. Boutin). 



LA FEMME EN BAS-POITOU 345 

Aussi bien, la galanterie ne disparut point du Bas-Poitou 
avec le moyen âge. Esther Imbert', une des belles aimées 
d'Henri de Navarre, en est une éloquente preuve. Si on en 
croit les Confessions catholiques du sieur de Sancy^ cet amour 
ne fut point toutefois de longue durée, et aux royales faveurs 
succédèrent bientôt l'oubli et la misère. On a même pré- 
tendu que la pauvre Eslher ;uirait été empoisonnée par 
Gabrielle d'Estrées. 

Le poète a'ir, lit-il donc dit vfai ? 

L'amour, l'amour qu'on aime tant. 
Est comme une montagne haute. 
On la monte tout en chantant, 
On pleure en descendant la côte. 

Plus heureuse a été la destinée de M"" de Chausseraye, 
que nous retrouvons aux côtés du grand Roi. Son père, Anne 
le Petit de Verno, était seigneur de Chausseraye, la Noue- 
Buor, les Magnils, etc. ; mais il faut croire que ces nom- 
breuses seigneuries rapportaient peu de revenus ; car il 
paraît que la jolie fille, privée de ses père et mère, végétait 
dans un état voisin de la misère quand le marquis de Vezins, 
son demi-frère, eut pitié d'elle et l'amena avec lui à Paris, oii 
il sut intéresser à elle ses puissants et opulents parents. 

Elle avait, en effet, pour tantes la duchesse de la Meilleraye 
et la marquise de Biron, toutes deux sœurs de sa mère, née 
Anne-Ursule de Gossé; pour oncle, le duc de Brissac, marié 
en premières noces à une sœur de Saint-Simon, ce qui 
explique, de reste, la très peu charitable humeur de ce dernier 
envers la pauvre orpheline du Poitou. 

« Grande joueuse, fort galante et intrigante, puis dévote 
aux grandes manches », tel est le portrait qu'en trace dans ses 
Mémoires le prince delà Chronique. 

Ce qui est vrai, c'est que M"^ de Chausseraye était une 
grande et belle jeune fille, de beaucoup d'esprit et de très 

* Fille de Jean, né à la Laudière, paroisse du Gué de Velluire, le 14 sep- 
tembre 1566, ou à Fontenay, le 11 décembre 1570. ('B, Filloa Poitou, et 
Vendée. T. Il) 



346 LA FEMME EN BaS-POITOU 

agréables manières, et qui, entrée en 1687, comme fille 
d'honneur, chez Madame, n'eut aucune peine à conquérir 
les bonnes grâces de Louis XIV. Dos lors, elle prit un em- 
pire considérable sur l'esprit du puissant monarque, qui ne 
manquait jamais de la consulter dans les moments difficiles 
de son règne. 

Les chroniqueurs ne nous fournissent malheureusement 
aucun renseignement sur l'intérieur de M"" de Chausseraye; 
on sait cependant qu'elle avait accès près de Louis XIV par 
les petits appartements, et que pendant la régence elle eut 
plusieurs fois l'honneur de recevoir, dans la maison qu'elle 
occupait au Bois de Boulogne;, le petit roi Louis XV. 

Les dernières années de son existence furent consacrées 
aux bonnes œuvres avec une excessive libéralité, ainsi 
qu'aux pratiques de la plus austère religion. Sa fortune, qui 
avait considérablement profité des affaires deLaw^ fut léguée 
à l'hôpital général, et elle vendit ses bijoux pour en faire 
profiter les pauvres. 

Tout est bien qui finit bien ! 

Pour n'être pas aussi brillamment apparentée, Jeanne 
Cardin, la fille d'un receveur des finances des Sables au 
XVIP siècle, n'en possédait pas moins des charmes exquis et 
une incomparable beauté. 

Le jeune officier, qui commandait alors la forteresse d'A- 
rondel, François de Tollet^, seigneur de Beauchamp, ne fut 
pas longtemps à s'en apercevoir et à en être épris. Mais 
des difficultés insurmontables vinrent sans doute contrarier 
son impatient amour, car, cédant à sa passion aventureuse, 
il enleva la belle Jeanne et la tint enfermée au château de 
la Chaume. Les Chaumois sourirent à cette impétuosité 
chevaleresque, mais les Sablais, furieux de l'insulte, vinrent 
faire le siège du château. 

Toutefois les détonations des armes à feu ne furent que 
le signal di\ la noce ; car le lendemain même, François de 
Tollet, toujours aussi épris de la jolie enfant, la conduisait 
à l'autel. 

Mais hélas 1 Dans le livre de la vie l'amour heureux ne 
tient qu'une page, et comme l'a dit encore une fois le poète : 



LA FEMME EN BAS-POITOU 347 

La rose vit une heure et le cyprès cent ans 

Dès l'année suivante, le 10 novembre 1653^ le pont-levis 
du château s'abaissait pour laisser passage à un funèbre 
cortège : c'était la bière de la jeune épouse qui venait de 
succomber aux suites d'un accouchement. Ses froides dé- 
pouilles inhumées avec pompe dans l'église Saint-Nicolas, 
reçurent pendant quelque temps les prières des jeunes 
femmes Chaumoises ; puis vint l'indifîérence ; les généra- 
tions passèrent, et aujourd'hui la pierre tumulaire, oubliée 
de tous, forme le seuil intérieur de l'ancien magasin d'artil- 
lerie et ne résonne plus qu'au choc mugissant des vagues 
de la grève ! 

VI 

La conclusion de ces pages, trop longues peut-être pour 
ceux qui les ont écoutées et assurément trop courtes pour 
celui qui les a écrites, c'est Prévost Paradol, — un fin con- 
naisseur en cette délicate matière — qui vam'aider à la donner. 

On a dit, avec plus d'esprit que de vérité, en faisant allusion 
aux désordres que les passions produisent dans le monde, 
que dans toute affaire oii le mobile d'un méfait ne se découvre 
pas, il faut se demander où est la femme ? Mieux instruit 
parles faits de notre histoire, nous avons pleinement le droit 
de retourner ici cette injuste parole. C'est, au contraire, 
lorsque nous remarquons une persévérance laborieuse dans 
le bienfait, une patience invincible dans l'épreuve, une noble 
sincérité à s'engager dans le bien, cette intuition parfaite des 
choses de l'esprit et du cœur, cette simplicité dans l'héroïsme, 
cette délicatesse enfin et cette douceur légère que la main de 
l'homme ne saurait imiter, c'est alors que la question pi'over- 
biale : « Où est la femme? » nous vient aux lèvres, non plus 
avec le sens moqueur que le vulgaire lui donne, mais avec 
une émotion profonde et une admiration respectueuse pour 
ce trésor infini de charité que recèle le cœur des femmes, et qui 
s'appelle suivant les circonstances dévouement ou amour. 

René Vallette. 




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VOYAGE DE SULLY EN POITOU 

(Juillet i6oA) 



« Le 9 juillet 1604, ^sur les [^cinq à six 
heures du soir, Monsieur de Rosny fist son 
entrée en la ville de ', Fontenay, assisté de 
plusieurs j; et grand'noblesse Et le 10* 
dudict mois, fistaussy sonentrée Monsieur 
de Rohan*, qui fust sur "'les dix heures du 
matin, et le eieur deRosny fust au'devant 
dudict sieur^de Rohan avec ses gardes et 
aultre noblesse, et furent iceux dicts 
sieurs souper en la maison appelée Terre- 
Neufve, appartenant à Monsieur R,apin. 
Le canon tira sur les dix heures du soir, 
comme ils [retournaient dudict lieu de 
Terre-Neufve', ■ 



L'ÉVÉNEMENT dontil est question dans les lignes que je 
viwns de transcrire était-il donc assez important pour 
justifier le soin que l'on prit, dans une petite localité 
du voisinage, d'en conserver le souvenir en l'inscrivant sur 
les registres publics ? 

Il s'agissait de rappeler une de ces tournées politiques, 
comme il s'en est accompli sous tous les régimes, quand le 

' Gendre de Sully. 

» Extrait des Rnyistres d'Etat civil du Poiré-sous-Velluire (Notre'Dame d 
Coussay). Document communiqué par B. Fillon et transcrit par M. Bitton 
dans les Archives historiques de Fontenay, recueil manuscrit très précieux 
pour l'histoire de notre Bas-Poitou. 



VOYAGE DE SULLY E'I POITOU 349 

chef du gouvernement ou ceux qui partagent avec lui l'admi- 
nistration des affaires tiennent à se montrer aux populations 
et à se rendre compte par eux-mêmes des dispositions des 
esprits, que leur présence réussit quelquefois à modifier 
momentanément. 

Le Poitou, trop longtemps ensanglanté par les dissensions 
religieuses, semblait entrer dans une période de calme 
relatif. 

Dès la fin de 1597, Nicolas Rapin avait cédé à son fils sa 
charge de grand-prévôt de la connétablie, dont il resta véri- 
tablement pourvu jusqu'à la fin de 1599. Retiré dans sa ville 
natale, il y avait achevé son château de Terre-Neuve, com- 
mencé par sa femme Marie Poictyer, et il cherchait à ou- 
blier la vie orageuse des camps et les intrigues de la cour, 
au milieu de ses amis, dans le calme de l'étude. 

Son exemple avait été imité d'abord par la bourgeoisie, 
assez confiante dans l'avenir et avide de goûter enfin un peu 
de repos, et peu à peu le reste de la population s'était laissé 
entraîner. 

Toutefois le Poitou causait encore quelques craintes à 
Henri IV. Depuis son abjuration, il voyait ses anciens amis 
se défier de lui, et il était urgent d'empêcher les mécontents 
d'une province facile à émouvoir de se joindre à ceux que 
la conspiration de Biron avait démasqués. 

C'est dans l'espoir de ramener à lui les esprits encore 
hésitants qu'il envoya Sully faire une tournée dans le Poitou. 
Car nul n'était aussi désireux de a maintenir le dedans de son 
royaume en repos et tranquilité », et il était « asseuré que par 
sa vigilence, par la bienveillance des gens de bien qui excé- 
dent en nombre infiny les autres, par ses armes et son argent, 
il empescherait d'esclater ces nuées de brouilleries » qui se 
formaient à l'horizon, au détriment du bonheur des peuples. 

Le voyage du sK"" de Rosny avait pour prétexte la prise de 
possession de la province, dont il avait été pourvu le 10 
décembre 1603. Il y remplaçait M. de Malicorne, que « son 
extrême vieillesse et une indisposition continuelle » avaient 
obligé de se démettre en faveur de son neveu, M. de Laver- 
din, lequel, de son côté, avait déclaré ne pas vouloir quitter 

Tome iv. — Octobre, Novembre, Décembre 1890. 23 



350 VOYAGE DE SULLY EN POITOU 

le gouvernement du Maine et du Perche, a où ses biens 
étaient situez et assis. » 

Le choix de M. de Rosny pour « la plus grande Prouince 
de France » et une des plus difficiles à diriger n'était pas 
justifié seulement, comme il le prétendait lui-même, par 
« labienveillance du Roi » et sa propre « loyauté au service 
de Sa Majesté. » 

Henri IV n'ignorait pas qu' « en présence des pratiques et 
menées de MM. de la Trémoille etdu Plessis, en Anjou, Poictou 
etXaintonge », il fallait un huguenot pour gouverner ces 
provinces. Il savait aussi que M. de Rosny apporterait, dans 
ses rapports avec ses administrés, toute la prudence dési- 
rable, etque, « suiuantles instructions du Roy, faisantpasser 
par son entremise toutes les gratifications qu'ils tireraient 
de luy, il prendrait toute la créance et la ferait perdre à tous 
les Bouillons et brouillons », surtout en les amenante com- 
prendre que, s'ils se comportaient « ainsi que de bons sujets 
et loyaux serviteurs, il n'y aurait,, pour eux, de plus deffen- 
sables places de seureté (voire y fust La Rochelle) que ses 
bonnes grâces et sa parole'. » 

Le voyage de M. de Rosny en Poitou ne dura pas aussi 
longtemps qu'il en avait été décidé tout d'abord ; mais il n'en 
fut pas moins un véritable voyage triomphal. Malgré sa 
modestie, et la peine qu'il éprouve à parler de sa « personne 
particulière », il ne peut s'empêcher de redire, dans ses 
lettres à Henri IV, « les magnifiques réceptions qui luy ont 
esté faictes, les honneurs qui lui ont esté rendus, et la 
grande afïluence de personnes de toutes qualitez et de toutes 
religions qui sont venues au deuant de luy à son arriuée en 
cette Prouince, qui se sont trouuées à ses entrées dans les 
Villes et l'ont accompagné par les chemins. » 

Le 22 juin 1604, il arrivait à Poitiers. « Les habitants de 
cette grande ville, que l'on a de tout temps estimés des plus 
reuesches et fascheux », firent assaut de « courtoisie et de 
civilité » à l'égard de M. de Rosny et de sa suite. C'était « à 



* Voir les Mémoires ou OEconomies roxjales de Henry le Orand, par 
Maximilien de Béthune, duc de Sully, 1644, in-folio, t. 2, pp. 254-2I>6. 



VOYAGE DE SULLY EN POITOU 351 

qui donnerait le plus de louanges à Sa Majesté, à qui tes- 
moigneroit le plus de defference à ses volontez, et d'approba- 
tion du choix qu'elle auoit fait » pour la représenter dans la 
province*. 

Le9 juillet, Sully faisait son entrée à Fontenay. 

L'accueil qu'il allait y recevoir ne pouvait être de la na- 
ture de ceux que l'on réserve à des inconnus. On se rappelait 
l'avoir vu naguère devant la place, quand le Béarnais en 
conduisait le siège, et lui-môme se sentait heureux de reve- 
nir en messager de paix au milieu de gens qui avaient 
éprouvé sa valeur dans les combats. 

Aussi le maire, Jean Ghasteau, et les autres magistrats 
s'empressèrent-ils d'accourir à sa rencontre pour lui offrir 
leurs hommages et le prier de compter désormais sur la fidé- 
lité de leur ville. 

Ces témoignages de condescendance et d'estime durent 
toucher son cœur; mais n'éprouva-t-il pas une joie plus 
(iouce encore;, lorsque son ancien compagnon d'armes, Nicolas 
Rapin, qu'il avait toujours affectionné, lui ménagea une de 
ces surprises dont les esprits délicats ont seuls le secret? 

Au moment où il se présentait à la porte de ce superbe 
manoir de Terre-Neuve, « où le vent souffle » encore aujour- 
d'hui « un bon air en toute saison », puisqu'il est resté le 
séjour chéri des Muses et des Beaux-Arts, il vit s'avancer 
trois jeunes enfants, chargés de lui souhaiter la bien- 
venue. 

On les avait habillés à l'antique, et, par leur costume 
comme par leurs attributs, ils rappelaient Homère et Virgile, 
les chantres harmonieux d'Achille et d'Enée, à côté desquels 
on n'avait eu garde d'oublier « le prince des poètes >> d'alors, 
le divin Ronsard. 

Sully ne put contenir son émotion, lorsqu'il les entendit 
réciter, l'un après l'autre, ces trois sonnets composés par 
Rapin, où, tout en le remerciant de l'honneur insigne accordé 
à son hôte, ils exaltaient au-dessus des héros de l'antiquité 

« (Economies royales, p. 344. 



352 VOYAGE DE SULLY EN POITOU 

le vaillant ami d'Henri IV, et célébraient le protecteur que 
les lettres avaient trouvé dans « un autre Mécène auprès d'un 
ciutre Auguste. » 

HOMÈRE A ROSNY. 

Magnifique seigneur, tout plein de valeur haute. 
Qui fais que notre ouvrage en France soit vanté ; 
Des Champs Elysiens nous avons remonté 
En faveur de celui que tu choisis pour hoste. 

Moi qui d'un fort clairon sur la troisiesme coste 
Des princes Argyens la victoire ay chanté. 
Et l'éternel courroux d'Achille non dompté, 
Et d'Ulysse facond la vigilance caulte, 

Moi qui ay remporté le prix sur tous les Grecs, 
Qui ay sceu de nature et du ciel les secrets, 
Et rendu par mes vers l'honneur à la milice. 

Je sors à l'air françois, par le vouloir des Dieux, 
Pour venir enchanter tous ces aimables lieux. 
Tels faits qui passent ceux et d'Achille et d'Ulysse. 

VIRGILE A SULLY. 

De ce fond caverneux, où jadis mon Enée 
Par la sainte prétresse aux Enfers fut conduit. 
Je sors à l'air du ciel, à quoy rien ne m'induit, 
Que le désir de voir cette belle journée. 

Sur les chantres romains la palme m'est donnée ; 
J'ai l'amour des pasteurs au chalumeau réduit ; 
« Puis, grossissant ma voix, par un plus fort conduit. 
J'ai, pour les grands guerriers, la trompette entonnée. 

Mécène auprès d'Auguste en crédit me monta ; 
Et ma muse sa gloire aux laboureurs conta, 
Lui rendant de ses biens la récompense juste. 

Aussi son hoste et ceux qui sont chéris de moi 
Attendent, grand Rosny, tout leur secours de toi, 
Qui es plus que Mécène auprès d'un autre Auguste. 



VOYAGE DE SULLY EN POITOU 353 



RONSARD AU MEME ' 

Les François m'ont tenu pour un second Terpandre, 
Tant que j'ay souspiré cet air de l'univers, 
Ayant premier osé, par mes écrits divers, 
D'un clairon plus hautain ma renommée espandre. 

• 

Je chantai sur mon luth les amours de Cassandre, 
Quand Charles, mon fi:rand roy, désireux de mes vers, 
Me fit sonner Francus ; mais sur les myrthes verts. 
Devant l'œuvre parfait, il lui convient descendre. 

Eh ! si tel patron que toi m'eust assisté, 
J'eusse plus ardemment sur l'ouvrage insisté 
Et porté son renom jusqu'aux peuples estranges. 

Courage, grand Béthune, en faveur de celuy 
Que tu viens honorer de ta vue aujourd'huy; 
Nous venons enseigner à chanter tes louanges'. 

De Fontenay,, Sully descendit à la Rochelle. 

La réception y fut digne tout à la fois et du « lieutenant 
général du Roy de France », et d'une population qui a tou- 
jours tenu bien haut le drapeau de son indépendance et n'a 
cessé de se montrer jalouse de ses privilèges.- 

Dans un grand festin public on but à la santé « d'un si bon 
Roy, » et l'on simula, à la pointe de Goureilles, un combat 
naval, à la fin duquel les Français, victorieux des Espagnols, 
amenèrent leurs prisonniers enchaînés <i au pied d'un ta- 
bleau » de Henri IV'. 



* Extrait de la iVofice biographique et littéraire sur Nicolas Rapin, par 
Alfred Giraud, publiée dans \q Bulletin du Bibliophile de la librairie Teche- 
ner, en 1850. Quand donc paraîtra l'édition des œuvres poétiques de N. Rapin 
promise depuis si longtemps, et que la mort de M. Giraud semble avoir 
ajournée indéfiniment.? Elle serait favorablement accueillie, même en dehors 
de l'ancienne province du Poitou. 

' V. Œcon.roy., pp. Zii-Sib, Y Histoire de la ville de la Rochelle, par Arcère, 
t. ?, pp. 114-H5, et surtout SuZ/y à la Rochelle, â propos d'un album, par 
M. de Richemond, brocb. in-8 de 16 p., impr. à la Rochelle en 1878. 



354 VOYAGE DE SULLY EN POITOU 

Les Rochelais du dix-neuvième siècle n'ont certes point 
dégénéré, et ceux c^e leurs ancêtres, qui ont assisté aux 
grands événements des premières années du dix-septième, 
ont dû tressaillir d'allégresse sous la pierre de leurs tom- 
beaux, en entendant les échos des fêtes splendides dont le 
souvenir est attaché à l'inauguration du port de la Pallice. 

En quittant la Rochelle, Sully se rendit à Saint-Jean (d'An- 
gély) et à Brouage, où il fut reçu de la façon la plus affable 
par MM. de Rohan et de Saint-Luc; puis, avant de sortir 
de la province, « r.îmettant à une autre fois la visite du plus 
haut et plus bas Poitou », qu'il ne devait jamais faire, il prit 
le chemin de Thouars, pour y voir M. de la Trémoille. 

Sur sa route, il rencontra plusieurs 3hefs du parti protes- 
tant, qui l'accompagnèrent à Thouars. 

Bien que M. de la Trémoille eût « ardemment désiré la 
charge d.i Poitou, qu1l croyait mériter auant tout autre », 
il eut avec Sully « soit seul à seul, soit en compagnie des 
seigneurs », plusieurs entretiens, « qui se terminèrent tous 
en protestations de sincère et loyal » dévouement pour Sa 
Majesté et son représentant. 

Sully ne manqua pas d'assurer son hôte des bonnes in- 
tentions du Roi, qui souhaitait « incessamment demeurer en 
égalité d'affection, de faveurs et de bienfaits » avec tous 
ses sujetS;, et lorsqu'il prit congé de M. de la Trémoille, 
dont la santé était fort délabrée, il put se figurer que la 
province du Poitou, et peut-être même la France et l'Europe 
entière, touchaient à cette ère de paix universelle qui fut 
un des rêves caressés par Henri IV*. 

n n'allait pas tarder à reconnaître qu'il ne faut jamais 
compter sans les passions humaines, qui seront toujours les 
plus détestables conseillères. 

Eugène Louis. 



' V. (Economies royales, pp. 345-340. 



LES 

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCÎER 



En nous offrant la primeur d'un curieux chapitre cïej Mémoires 
inédits du général Tercier , notre excellent confrère et ami 
M . C. de la Chanonie, a bien voulu y ajouter la spirituelle missive 
qui suit. Bien qu'elle n'ait pas été destinée à la publicité, nous 
nliésilons pas à la mettre sous les yeux de nos lecteurs qui appré- 
cieront certainement comme nous toute la fine critique dont elle est 
émaillée. 



Mon cher Ami, 



Voici quelques extraits des Mémoires du général Tercier, un 
demi Vendéen, qui fut, comme on dit chez nous, un rude gas. 

J'ai tenu, avant toute impression, à les donner à votre brave petite 
Revue — à l'exclusion de toute autre, et malgré les demandes qui 
m'ont été adressées de divers côtés — cela pour plusieurs raisons : 

La première et la meilleure est ma vieille affection pour vous ; la 
seconde, le désir de rendre hommage à votre courageuse ténacité, 
digne de nos voisins de Bretagne ; car, j'admire que vous ayez pu 
créer de toutes pièces, maintenir, agrandir, et surtout faire lire 
votre Revue ddins notre bon pays de Vendée, que j'aime certes de tout 
mon cœur, mais où — sans médisance — on a préféré toujours la 
chasse aux lièvres à la chasse aux bouquins, et où l'on prise le nem- 
rodique Jacques du Fouilloux mille fois plus que Pic de la Miran- 
dole, un monsieur assez original pour s'être fait savant. 

Et je conclus, cher ami, que notre siècle voit encore des miracles, 
puisque vous en faites. 
Mille bonnes amitiés. 

C. DE LA Chanonie. 



MÉMOIRES DU GENERAL TERCIER 



LE vieil adage romain disait : De rniaiinis non ciirat prœtor . 
L'historien de notre temps, à rencontre du magistrat 
antique, a cure des moindres ré(!its ; il écoute, conserve 
les plus simples paroles ; note tous les témoignages, d'où 
qu'ils viennent ; enregistre, impassible, les pour et les contre, 
les oui et les non; rassemble et compare les faits et les 
hommes; fait jaillir enfm l'éclatante lumière. 

On n'écrit plus l'histoire, en nos jours, à la façon deBobèche, 
oudeM. Thiers — qui ne conta guère que des histoires—; 
l'imagination, l'esprit de secte, les nécessités politiques, sont 
jugés mauvais guides et piètres conseillers ; la magie même 
du style reste impuissante à convaincre l'érudit, qui exige 
des preuves et encore des preuves^rendu méfiant par les fabri- 
cants de sonores légendes patriotiques, et sachant bien que 
tout clinquant n'est pas or. 

De là l'intérêt singulier qu'on porte aujourd'hui aux 
Mémoires, recherchés, fouillés, analysés plus que jamais. 

Les Mémoires du général Tercier' seront bien accueillis, 
nous l'espérons, non-seulement des lecteurs de la Revue du 
Bas-Poitou , à qui nous offrons la primeur de quelques 
extraits, mais aussi de tout amateur de curiosités historiques ; 
ils méritent d'être attentivement lus et sérieusement médités. 



' Ces Mémoires sont la propriété de l'arrière-petite-nièce du général 
Tercier, M™* la baronne de Lamartinière, qui nous a très gracieusement 
autorisé à les publier. 



MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 357 

Pendant trente années, celui qui les écrivit combattit, 
presque sans relâche, pour la cause royale, sans jamais 
compter ses peines et ses souffrances, et l'on peut dire du 
chevalier Tercier, suivant une illustre parole, qu'il a connu 
toutes les extrémités des choses humaines : sa vie entière 
fut une longue lutte, où il apporta une constante énergie, 
une persévérance remarquable. 

Claudc-Aîigiistin TERCiEn naquit le 8 novembre 1752 à Phi- 
lippeville (Pays-Bas). 

Son père, retiré dans cette ville, était d'origine suisse et du 
canton de Fribourg. Capitaine degrenadiers, au titre français, 
dans le régiment de La Tour du Pin, il avait été attaché à 
l'état-major du maréchal de Lowendahl, et avait servi avec 
distinction. 

Son oncle paternel, Jean-Pierre Tercier, écuyer, censeur 
royal, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 
avait rempli les fontions de premier commis aux AfTaires 
étrangères : investi de la confiance de Louis XV, il joua un 
rôle important dans la diplomatie du temps. 

Augustin Tercier pouvait donc, à son gré, embrasser la 
carrière diplomatique ou la carrière militaire : fils de soldat, 
ce fut cette dernière qu'il choisit, et à l'âge de dix-huit ans, 
en 1770, il entrait, en qualité de volontaire, dans le régiment 
de Normandie-Infanterie, en garnison à Givet. 

En 1771, il est nommé lieutenant au régiment provincial 
de Lille. 

Une ordonnance du roi crée, en 1772, quatre régiments 
pour le service des possessions françaises aux Antilles ; ces 
régiments étaient dénommés : c^ de la Martinique», v de la 
Guadeloupe », « du Cap » et « du Port-au-Prince » ; Tercier 
fut nommé lieutenant en premier au régiment de la 
Martinique, dont le colonel était le comte de Sablonet ; et, le 
22 janvier 1773, il arriva avec son régiment au Fort-Royal : 
le gouverneur de la Martinique et de la Guadeloupe était le 
comte de Nozières, maréchal de camp. 

Capitaine le !*■■ septembre 1774, mes années, écrit notre auteur, 
se sont écoulées doucement au sein du bonheur et des plaisirs 



358 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 

jusqu'en 1778, qu'éclata la guerre entre la France et l'Angleterre. 
Jeune, vif, ardent, recherchant la société où j'étais bien accueilli, 
j'étais de toutes les fêtes et parties de la bonne compagnie. 

C'est parmi les personnes qui la composaient que je fis connais- 
sance de M"» Tascher de la Pagerie, la célèbre impératrice José- 
phine. J'étais fort lié avec toute sa famille et j'ai souvent été passer 
quelques jours sur l'habitation de madame sa mère. 

Elle était jeune alors -, je l'étais aussi 

Il m'a été possible de faire quelque bon mariage dans ce pays. 
Plusieurs même se sont présentés. Mais, jeune encore, je ne pouvais 
me décider , au printemps de ma vie, à sacrifier ma liberté. Je 
m'étais donné comme principe qu'un officier ne devait point songer 
à se marier avant l'âge de trente ans, et encore moins aux 
approches d'une guerre qui paraissait inévitable. 

La guerre éclata en 1778 entre la France et l'Angleterre. 
Ici reparaît^ dans les Mémoires, M"" Tascher de la Pagerie, 
dont le souvenir semble particulièrement doux à l'auteur : 

C'est vers ce temps-là que partit pour la France le vaisseau 
Le Fier, de 50 canons, capitaine le commandeur de Turpin, emme- 
nant avec lui celle qui devait être un jour impératrice des Fran- 
çais. Elle avait dix-huit ans, quoique VAlmanach Impérial lui ait 
toujours donné neuf à dix ans de moins que son âge. Je l'accompa- 
gnai du Fort-Royal avec sa famille à bord du vaisseau sur lequel 
elle s'embarqua. J'étais, comme je l'ai dit, très lié avec sa famille, 
qui, toute réunie, la conduisit et la remit entre les mains du capi- 
taine, avec une mulâtresse pour la servir pendant la traversée. 
Qu'alors elle était loin de tant de renommée ! Elle venait épouser 
en France le vicomte de Beauharnais, dont le père avait été autre- 
fois gouverneur des Iles du Vent. 

Le 18 décembre 1778, Tercier est reconnu en qualité de 
capitaine des grenadiers de son régiment : il fait, à la tête 
de sa compagnie, de nombreuses campagnes; il assiste no- 
tamment aux affaires de Sainte-Lucie, de la Dominique, 
de Saint- Vincent, de la Grenade, etc. et ses Métnoires sont 
remplis de détails curieux sur les hommes et les choses 
d'alors. 

La guerre d'Amérique se termina en 1783. 



MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 359 

A la paix, Tercier, dont la santé était fort délabrée par 
neuf années passées aux colonies, retourna en France et 
entra dans la maison du Roi, au corps des gardes de Mon- 
sieur : il y servit jusqu'au licenciement, qui eut lieu en 
1790 : l'année suivante, il fut fait chevalier de Saint-Louis. 

Cependant, les événements politiques se précipitaient à 
l'intérieur; la Révolution devenait chaque jour plus me- 
naçante, et les princes avaient dû émigrer. 

Fidèle à Monsieur, depuis Louis XVIII, auquel l'attachaient 
et ses principes de fidélité et une reconnaissance person- 
nelle qui l'honore, Tercier se rend à Goblentz et est admis, 
en seplembre 1791, dans l'escadron des Gardes de Monsieur, 
commandé par le capitaine comte Charles de Damas. 

Mais ses illusions, ses espoirs d'un succès prochain 
durent peu : bientôt il regrette sa détermination et peint ses 
tristesses dans cet amer tableau : 

A mon arrivée à Coblentz, je portai partout un œil attentif et 
observateur. Après avoir tout vu/tout examiné sans passion, je 
ne tardai point à être désabusé des espérances que j'avais em- 
portées de France où tout se peignait en beau. 



Tous les vices et les prétentions de la Cour sont accourus à 
Goblentz. On voit des gens sans autres talens que ceux de l'intrigue 
et de la suffisance, se faire nommer aux emplois et aux grades 
qu'ils sont hors d'état de remplir. L'ambition la plus effrénée, abs- 
traction faite des sentimens, prend effrontément la place du véri- 
table royalisme. Il n'est point un émigr-é qui ne compte sur un 
grade supérieur lorsque l'autorité royale sera rétablie. Le luxe le 
plus révoltant, les moeurs les plus dissolues sont donné; en spec- 
tacle aux Allemands, étonnés de notre conduite et de nos habitudes 
Nous n'avons aucune de ces vertus d'abnégation qui devraient 
être l'apanage des militaires dans les circonstances difficiles où 
nous nous trouvons. Les grands, au lieu de se populariser et de 
se faire chérir des gentilshommes de province, se font mépriser. 
Incapables d'aucune privation, ils ne possèdent rien de ces qualités 
austères qu'il faut savoir opposer à l'adversité. S'ils avaient con- 
sulté et étudié l'histoire, ils y auraient appris comment doivent 
se conduire ceux qui se trouvent aux prises avec l'infortune. Ce 



360 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 

n'est point en pantoufles et en robe de chambre qu'on doit espérer 
de faire une contre-révolution armée. Il faut des vertus que nous 
n'avons point. Il y a parmi nous plus de philosophes modernes que 
l'on ne pense, que l'amour-propre a fait venir ici et sur lesquels 
il n'y a pas à compter. Au premier revers on les verra changer de 
livrée. 

Nos seigneurs de la cour sont mois et efféminés. Je sais, ajoutais- 
je pur correctif, qu'Alcibiade était le plus voluptueux des Grecs et 
n'en était pas moins l'un des plus braves ; que, forcé de quitter 
Athènes, sa patrie, et retiré à Lacédémone, il sut se conformer à la 
vie dure et austère des Spartiates ; il s'assej-ait sans répugnance à 
leurs tables mal servies et mangeait sans se plaindre leur brouet 
insipide. Je .«^ais qu'à Denain, à Steinkerque. àFontenoi, la noblesse 
efféminée se battit avec la plus grande valeur. Mais il y avait alors 
chez les î'rançais un sentiment unanime de gloire nationale qu'ont 
altéré les fausses doctrines de nos jours. Si Henry Quatre, disais-je 
encore, n'eût eu pour reconquérir sa couronne que des hommes 
semblables à nos émigrés, divisés entre eux d'opinions et dévorés de 
la soif d'une ambition ridicule, je doute que l'auguste famille des 
Bourbons eût jamais monté sur Iç trône de France, Je ne prétends 
pas, continuais-je, généraliser ici l'exception. Il y a dans nos ras- 
semblements nombre de gens honnêtes, que l'amour et l'attachement 
pour le Roi ont lait accourir auprès de nos princes, dans l'unique 
désir de combattre pour la cause royale. Après tout, disais-je en 
finissant, tout ce que j'ai vu et observé me fait regretter d'avoir 
quitté Paris, et si j'avais maintenant à émigrer, je ne le ferais pas. 
Mais quand à mon âge on a pris une résolution méditée, il faut 
savoir être conséquent, y persister et se résigner à courir toutes les 
chances du parti qu'on a embrassé. Aussi suis-je resté. 

Nous ne nous étendrons pas sur la série d'événements 
tragiques qui suivirent la déclaration de guerre de mars 1792, 
et qui sont connus de tous. Tercier, son rég"iment licencié, 
passa, en qualité d'officier, dans la compagnie des chasseurs 
nobles de la légion de Damas; c'est avec cette légion qu'il 
fit les pénibles campagnes de 1703, 1704 et 1795, dans les 
Pays-Bas et sur les bords du Rhin ; le résultat de ces cam- 
pagnes, qu'il étudie longuement dans ses Mémoires, fut des 
plus funestes aux émigrés, et Tercier, avec sa légion, dut 
se retirer et se cantonner à Stade, en Hanovre, sur l'embou- 
chure de l'Elbe. 



MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 301 

En juillet 1795, les corps émigrés réunis en Hanovre 
furent transportés à Portsmouth, et, de là, dans la baie de 
Quiberon, où ils arrivèrent le 16; le débarquement s'effectua 
le surlendemain. 

Los Mémoire.^ décrivent avec un intérêt puissant les diffé- 
renles phases de cette malheureuse expédition. Tercier, 
fait prisonnier, n'échappa que par une audace et une présence 
d'esprit extraordinaires au sort de ses compagnons d'armes : 
il réussit à se faire passer pour étranger devant les commis- 
sions militaires, et, après mille péripéties, parvint à se réfu- 
giei dans une partie do la Bretag-ne soumise à l'autorité du 
chef royaliste Georges Cadoudal. 

Georges le fit conduire, avec son compagnon M. de Gué- 
fontaine, au comte de Puisaye, qui, après le désastre de 
Quiberon, était venu reprendre en Bretagne le comman- 
dement général des forces insurgées : «l'entrevue fut assez 
vive de part et d"autre, et Puisaye refusa à Tercier et à Gué- 
fontaine les passeports qu'ils lui demandaient pour passer 
en Angleterre ; il leur en accorda cependant pour se rendre 
auprès du général Charette, en Vendée. 

Mais ils ne purent passer la Loire: après un mois de 
marche, Tercier et Guéfonlaine arrivèrent au quartier 
général du vicomte de Scépeaux, établi à quelques lieues 
d'Angers ; Tercier prend part, comme volontaire, à plusieurs 
affaires, au milieu des soldats de Scépeaux, et s'initie à la 
tactique spéciale aux Vendéens. 

Quelque temps après, Tercier accepte, sur les instances de 
Scépeaux, le grade de chef do division et se rend à son poste, 
situé dans les environs de Laval : il est adjoint au célèbre 
Taillefer, un chouan brave comme son sabre, mais dont l'ins- 
truction est incomplète. Sa division a quarante lieues de 
circonférence et comprend trois mille hommes armés, et 
habitués à la guerre de partisans. 

Dans cette guerre des provinces de l'Ouest, dit Tercier, les chefs ne 
sont jamais plus en sûreté que lorsqu'ils ont un rassemblement 
(à la tète duquelils se trouvent toujours), parce qu'alors ils sont 
environnés d'une force militante, et que chacun est à son corps 



302 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 

deffendant. Tandis qu'au contraire, dès qu'ils sont isolés avec leur 
état-major, ils courent à chaque instant le danger d'être enlevés ou 
de tomber dans un parti ennemi. Il est vrai de dire aussi que dans 
ce pays tout le monde veille au salut de l'armée. Les femmes, les 
vieillards, les enfants mêmes qni travaillent dans les champs, sont 
constamment en observation, et la nouvelle de l'apparition de l'en- 
nemi sur le pays arrive de village en village, de métairie en mé- 
tairie, avec la célérité des télégraphes. Pendant la nuit, les chiens 
de ferme aboyent et se répondent à plusieurs lieues à la ronde. 
Chacun alors se tient sur ses gardes, on se lève, on va aux infor- 
mations pour s'assurer du côté d'où vient l'ennemi. 

Je confirmerai ici ce que Madame la marquise de la Rochejac- 
quelein a écrit dans ses mémoires. C'est que les chiens de ce pays 
sont tellement identifiés avec les opinions des habitans et de leurs 
maîtres, que si une troupe royaliste traverse le pays, pas un chien 
n'aboyé. Ils viennent au contraire caresser silencieusement les 
hommes de la troupe. Ils étaient toujours muets pour nous, que 
nous fussions isolés ou en nombre, et ils auraient étranglé un 
soldat républicain. Admirable instinct de cet intelligent et fidèle 
animal î 

Dans les différentes affaires où je m'étais trouvé, soit en Bretagne, 
soit en Anjou, à l'armée du vicomte de Scépeaui, j'avais bien ob- 
servé la tactique vendéenne, à laquelle les anciens militaires, ac- 
coutumés à combattre dans des armées régulières, sont d'abord si 
étrangers. Avec un peu de jugement et de bon sens, j'en eus bientôt 
approfondi la simple théorie, qui consistait à savoir bien s'em- 
busquer pour surprendre et combattre avantageusement son en- 
nemi, et surtout à perdre peu de monde ; à se précipiter sur lui 
lorsqu'il chancelle , et à le poursuivre avec rapidité ; dans le 
cas contraire, s'il tient ferme trop longtemps , à l'abandonner, 
et à prendre ce que les Vendéens appellent « la déroute », sûrs 
de n'être point poursuivis , parce qu'ils se retirent par vingt 
chemins différens, et un à un, à travers les hayes, les champs et 
les marais, qu'ils laissent en un clin d'œil derrière eux. Au con- 
traire, le soldat français, qui a de l'ordre et de la discipline, ne peut 
point se débander pour poursuivre l'ennemi. Comment se rallierait- 
il? Il craint les embuscades, parce qu'il ne connaît pas les chemins 
du pays : il n'a point la légèreté du soldat vendéen, qui, vêtu 
d'une simple veste, n'a que son fusil à porter, et éparpille ses car- 
touches dans ses poches. Cette guerre, dis-je encore une fois, est 
une guerre toujours à la course. Vainqueurs, les Chouans, les 



MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 363 

Vendéens, avec la légèreté du cerf, poursuivent avec ardeur les 
Républicains, qui, plus pesamment armés, sont obligés de suivre 
leurs compagnies et de garder leurs rangs, tandis que le soldat 
royaliste, dès qu'il cesse de combattre, ne se voit plus astreint à 
aucune règle : il s'en va où il veut, et par les chemins et sentiers 
qu'il juge le moins dangereux : s'il est trop pressé, il fuit rapide 
et ne craint pas d'être atteint dans sa course : il franchit les hayes, 
les fossés, avec d'autant plus de confiance qu'il connaît tous les 
chemins. 

Voilà en peu de lignes l'aperçu raisonné que je me suis fait de 
cette guerre, devenue si fameuse, et qu'il est très facile d'apprendre 
pendant le peu de tems qu'on l'aura faite. Mais c'est au chef actit 
et intelligent à la bien conduire et à y adapter quelques-uns des 
principes du véritable art de la guerre, comme celui de suppléer à 
la faiblesse par la ruse. 

Cette manière de guerroyer est celle de tous les pays qui s'in- 
surgent contre un parti fort et puissant. 

J'ai souvent réfléchi sur cette tactique des armées vendéennes, 
dont les généreux efforts et les brillants succès ont fait l'admiration 
de toute l'Europe dans les deux premières années de l'insurrection 
royaliste. Tous n'avaient alors qu'un même désir, un seul but vers 
lequel ils marchaient avec ardeur. L'ambition, les intrigues, se sont 
ensuite glissées dans les camps, et la Vendée n'a plus jeté que de 
pâles lueurs. Elle n'était déjà plus en 1795 ce qu'on l'avait vue les 
deux années précédentes . La perte de ses chefs, la ruine totale des 
campagnes, ont forcé un peuple indompté à accepter des proposi- 
tions de paix dont les traités étaient bientôt violés par la foi punique 
républicaine. 

L'un de ces traités fut signé en mai 1796 : depuis une 
année, Tercier guerroyait contre les républicains, sans 
cesse sur le qui vive, se battant presque chaque jour, et 
remportant des succès à peu près continus : il avait réussi, 
par son énergie, et en payant décourage et d'audace, à mettre 
dans sa division autant de discipline et d'obéissance que 
pouvaient en comporter des rassemblements de volontaires 
non soldés, sans grande instruction militaire, mais loyaux 
déterminés et fidèles. 

Pendant cette période, Tercier reçut des généraux com- 
mandant en chef les armées royales du Maine et de 



36i MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 

Normandie les éloges les plus flatteurs, et ses adversaires 
même lui rendirent hommage. 

Le traité de 1796 signé, Tercier se rendit à Amiens^ puis 
à Paris. 

Le gouvernement directorial venait de s'établir, et déjà le 
mécontentement était général dans toute la France ; persé- 
cutions, visites domiciliaires, mauvais traitements, rien 
n'était épargné aux royalistes, qui, lassés d'une paix hypo- 
crite à laquelle ils préféraient une guerre déclarée, se pré" 
parèrent bientôt à reprendre les armes : les élections de 
l'an V, suivies du coup d'Etat de fructidor, ne firent que les 
encourager dans cette résolution. 

Ce fut le comte de Rochecotto qui reçut des princes les 
pouvoirs pour commander en chef dans les provinces du 
Maine, Anjou, Perche, et pays Vendomois : Tercier, nommé 
son général en second, fut chargé de dresser un plan d'or- 
ganisation générale, mis sous les yeux du comte de Provence 
et agréé par lui. L'organisation effective commença à se faire 
aussitôt, malgré des difficultés et des dangers de toute sorte. 

Mais le comte de Rochecotte fut pris à Paris et fusillé dans 
la plaine de Grenelle, et Tercier, bien que devenu général 
en chef par sa mort, demanda aux princes de confier le 
commandement général au comte de Bourmont, ancien 
major général du vicomte de Scépeaux : Tercier j ugeait néces- 
saire de mettra à la lôte de l'armée royaliste un homme 
particulièrement connu du gouvernement britannique et des 
princes, et capable d'accréditer son ps^rti près de l'Angleterre. 
Poussant l'abnégation de soi-même et l'oubli de toute ambi- 
tion personnelle jusqu'au bout, il s'offrit à passer la Manche 
pour faire agréer cette proposition, acceptée de ses officiers, 
h. Monsieur. Il ne put réussir dans cette tentative, que fit 
avorter la surveillance constante des autorités maritimes, et 
retourna à Paris. 

Arrêté et emprisonné, mais bientôt mis en liberté, Tercier 
relrourna dans le Maine. Il acheva de réorganiser la chouan- 
nerie, qui s'étendit jusqu'au déparlement de l'Orne, il nomma 
partout des chefs de division et de canton, et bientôt, fin de 
1799, l'Ouest reprenait les armes. 



MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TËRCIER 365 

A cette époque, M. de Bourmont arriva dans le Maine, 
pour prendre possession du commandement en chef de 
l'armée, que lui remit Tercier, nommé général en second. 

La guerre civile dura peu de temps d'ailleurs : Bonaparte, 
devenu Premier Consul, employa tous ses soins à y mettre un 
terme : il sut user tantôt de la diplomatie et tantôt de la force, 
les membres de l'agence royaliste de Paris, politiciens sans 
habileté ou sans conscience, l'aidèrent dans sa tâche, et le 
4 février 1800, le comte de Bourmont signa le traité de paix. 

La paix signée, Tercier se retira à Paris. 

Impliqué en 1803 dans la conspiration de Gadoudal, Moreau, 
Pichegru, il fut arrêté e^ emprisonné pendant une année au 
Temple. En décembre 1804 il fut relâché, faute de preuves, et 
aussi, paraît-il, grâce à l'influence de l'impératrice Joséphine, 
et mis en surveillance à Amiens. 

C'est dans cette ville qu'il épousa, le 27 mai 1807, M"» Jeanne 
•Le Picart de Millencourt, ancienne lectrice de Madame 
Sophie de France. 

A la Restauration, il reçut le brtivet et la retraite de maré- 
chal de camp, 28 août 1816. Il avait bien gagné l'un et l'autre. 

Le général Tercier mourut à Amiens le 23 février 1823, à 
l'âge de soixante-et-onze ans. 

En écrivant ces Mémoires, ce sont, dit-il, mes souvenirs que 
j'ai voulu mettre un peu en ordre, pour, dans ma vieillesse, y 
avoir recours, lorsque je voudrai faire un examen de ma vie. S'il 
m'arrive parfois de les compulser, ce ne sera point pour y chercher 
les jours de bonheur, ce serait peine inutile. Mais, en les feuille- 
tant, je me promets la consolation d'y récapituler les événemens 
et les nombreux dangers par lesquels il m'a fallu passer avant de 
parvenir au port de la tranquillité, de remercier la Providence de 
ce qu'elle a fait en ma faveur. 

Mal passé n'est qu'un songe, dit-on avec raison. J'espère n'a- 
voir plus à courir de nouveaux hasards. Retiré maintenant du 
tumulte des affaires, je vis isolé, fuyant les grands personnages 
qui figurent à leur tour sur les tristes débris de la scène du 
monde. J'ai trop appris à connaître les hommes. Il en est peu dont 
j'aie eu à me louer : je ne leur ai jamais fait que du bien quand je 
l'ai pu, et ils m'ont abreuvé du fiel de leur perfidie. 

Tome iv. — Octobre, Novembre, Décembre 1890. 24 



366 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL TERCIER 

Dans l'état où la société se trouve actuellement, elle marche ra- 
pidement à son déclin. Le luxe, les arts, la mollesse, l'amour immo- 
déré des richesses, l'égoïsme surtout, ce ver rongeur des Etats, 
l'oubli de tous les principes religieux et moraux, seuls conserva- 
teurs des gouvernements établis, et qu'on s'est plu à détruire dans 
nos temps modernes, voilà les causes majeures de notre prochaine 
subversion, si Dieu, touché de nos malheurs, n'opère un nouveau 
miracle. 

Je ne serai point témoin, j'espère, de ce grand désastre. Mais nos 
neveux auront à se débattre encore plus que nous avec les cala- 
mités dont sont menacées les générations futures. 

Je n'ai jamais visé à d'autre réputation qu'à celle d'homme de 
bien et exempt de reproches, et ne suis point sûr d'avoir réussi : 
mais ma conscience me suffit et je m'estime heureux de pouvoir 
dire, comme Nérestan dans Zaïre : 

J'ai rempli d'un Français le devoir ordinaire. 

Ce vers renferme toute ma vie. 

Le général Tercier fut un robuste soldat, un chef déter- 
miné el habile, un chrétien et un royaliste sans faiblesses : 
il mérite, à plus d'un titre, de partager les honneurs que dé- 
cerne l'histoire aux combattants de la Vendée militaire^ à 
ces paysans homériques qui se sont faits immortels par leur 
fidélité et leur foi — deux choses que notre judaïsante fin de 
siècle classe au rang des vieilles lunes. 

G. DE LA ChANONIE. 




ÉCRIN POÉTIQUE 



UN CONVOI DE BLESSÉS' 



A mon ami Alexandre Dubois. 

C'est un soir de décembre, au milieu de Janville. 
Les toits et les pavés de la petite ville 
Sont depuis de longs jours drapés d'un blanc tapis : 
On croirait ses échos pour jamais assoupis. 
Tant, par la neige épaisse et par le froid intense, 
Se manifestent peu de signes d'existence. 
Tous les logis sont clos, mais de chaque foyer 
L'on voit sur le ciel gris la fumée ondoyer. 

S01XA.ME-DIX finit sous le sang et la glace. 

Soudain résonne un bruit étrange, et vers la place, 
Des seuils subitement ouverts, les habitants, 
Femmes, enfants^ vieillards, se pressent, haletants. 
Cette foule, navrée, à distance s'arrête. 

Un groupe de soldats entoure une charrette, 

Que surmonte un drapeau, — croix rouge sur fond blanc. 

Le cheval qui la tire est là, tout pantelant. 

Tout fourbu du trajet si long qu'il vient de faire ; 

Son souffle et sa sueur montent dans l'atmosphère. 



» On a essayé de traduire dans ces vers la scène si bica peinte par M. Paul 
Grollcron et désormais si connue. 



368 UN CONVOI DE BLESSÉS 

Mais il est sain de corps, taudis (juc les blessés 
Dans ce dur chariot pêle-mêle entassés, 
Soullrent atrocement de (|ueh[ue allreuse plaie ; 
Martyrs par les Prussiens jetés sur celte claie 
Et qu'ils veulent traîner encor jus([u'à Toury. 

Les cris de tous alors ne forment plus qu'un cri : 

« INion ! non ! laissez-nous là ! C'est assez de torture I 

u Ciu(i heures, nous avons subi cette voiture ; 

« Abandonnez-nous donc au rebord tlu chemin ; 

« Car nous n'en pouvons plus : pas un seul (pii, demain, 

« S'il faut continuer, à Dieu n'ait rendu l'ame ! » 

L'oflicier refusait de céder. 

Une femme 
Apparaît, et va droit à l'Allemand brutal. 
C'est la sœur qui commande aux: sœurs de l'hôpital, 
La mère Saint-Henri, que le courroux rend pâle, 
Pale comme sa robe, et dont la voix très mâle 
S'entend au loin : — « Monsieur, ne faites plus un pas : 
« Ce convoi de blessés ne vous appartient pas ; 
« Etant, grâces au ciel, entrés dans mon domaine, 
« Ils sont à moi ; d'ici que nul ne les emmène ! » 

Le chef veut protester, le chef est furieux. 

Tendant le bras, la sœur, d'un ton impérieux. 
Et le rouge montant à son front vénérable. 
S'écrie : — « Assez ! assez ! Il est d'un misérable 
« De faire ainsi souffrir de pauvres mutilés ! » 
(( Puis elle ajoute : « Allons, charretier^ dételez ! » 

Nantes, 9 seiitcmbre 1889. 

Emile Giumaud. 



JOURNAL 

D'UN FONTENAISIEN 

PENDANT LA RÉVOLUTION 



1791' 

13-15 novembre. — Les sections de la commune sont con- 
voquées pour f)rocédpr à la nomination d'une nouvelle mu- 
nicipalité, qui se trouve composée de la façon suivante : 

Biaille de Germon, François-Thom.as, maire. 

Jousserant, Pierrre-François, procureur, officier municipal. 

Pigeau, Jacques, marchand, id. 

Cliessé, Pierre, procureur, id. 

Ballard, Antoine-Venant, chirurg-ien, id. 

Durand, André, l'aîné, id. 

Fillon, David, le jeune, notaire, id. 

Chissoîi, René-Charles, menuisier; id. 

G^>«rû^, JeaU;, notaire, id. 

Phelipcau , Barnabe, procureur, notable. 

Diipny, Louis-Benjamin, médecin, id. 

Anmoji, Jean-Baptiste, propriétaire, id. 

Raison, Michel-François-Venant, aîné, id. 

Guér//, Pierre, père, orfèvre, id. 

Chessebeiif, Jean, procureur, id. 

Imbert, Pierre, marchand, id. 

* Voir la livraison de septembre 1890. 



370 JOURNAL d'un fo::^tenaisien 

Papin, Pierre, professeur, id. 

Perreau, Jean-Baptiste, curé de Notre-Dame, notable. 
Belliard, Augustin, avoué, id. 

Garos, Julien-Louis,, propriétaire, id. 

Moreaii, Pierre-Philippe, avocat, id. 

Brisson, Paul, père, médecin, id. 

Hervé, Guillaume, curé de Saint-Jean, id. 

Daudeteaii, Charles-Augustin, curé de Saint-Nicolas, notable 
G^m^/rf<?a^^ Claude-Joseph-Victor, principal du collège, id. 
Robert de la Baudusière, Benjamin, épicier, id. 

Z??/;??/?/, Pierre-Claude, ex-procureur du roi, id. 

Pichard,K\QTi.\s, avocat, procureur de la commune, id. 

15 novembre. — Le conseil-général de la Vendée fait 
l'ouverture de la session par une messe constitutionnelle. 

17 novembre. — Goupilleau, (J. F.) préside,, à Pouzauges, 
la séance de la société des Amis de la Constitution. 

22 novembre. — A la suite de plusieurs démissions données 
par ses membres, le conseil-général du département procède 
à la réorganisation du Directoire, qui se trouve composé 
comme suit. 

Pichard du Page, (F. J.) procureur-gônéral-syndic ; 

Pervinquière (M. J. S.) substitut ; 

Girard de Villars\ Ch. -Jacques-Etienne, président du 
Directoire; 

Vinet, Charles, notaire, vice-président ; 

Bonnamy de Belle fontaine, Charles-Auguste-Jean-Louis 
maître particulier des eaux et forêts. 

Denogent, Philbert-Aîmé, juge de paix des Moutiers-lès- 
Mauxfaits. 

Bougnef, Pierre, médecin àLuçon. 

Esnard, René, greffier de la maîtrise des eaux et forêts. 

' Ancien avocat au présidial de la Rochelle, président de la Société 
populaire. 



PIÎN'DANT LA RÉVOLUTION 371 

Paillon, Jacques-René, avocat. 

Lumiyiais, Laurent- Alexandre. 

Fayau, le jeune, Pierre-Joseph-Marie, dit Bretonnière, 
suppléant. 

Mercier, André-Gharles-FrançoÉ, avocat, suppléant. 

Gratton, Emery, capitaine des canonniers de Saint-Gilles, 
suppléant. 

Cougnaud, Jean-Mathias, notaire, secrétaire-général. 

29 novembre. — Le directoire de département accepte 
l'offre, faite par la municipalité, de contribuer de la somme de 
mille livres à l'établissement d'un atelier de charité, oii seront 
admises les gardes nationales volontaires qui désireraient y 
être employées. 

Un décret de l'Assemblée Législative ordonne à tous les 
ecclésiastiques, de se présenter, dans la huitaine, devant 
leur municipalité, pour y prêter le serment civique dans les 
termes de l'art. 5, titre 11 de la Constitution (article l*"")- 

Les prêtres, non assermentés^ ne pourront toucher aucune 
espèce de traitement du trésor public, sans apporter la preuve 
de cette prestation (article 4). 

En cas de troubles, ces derniers pourront être éloignés pro- 
visoirement de leur domicile, par arrêté du département. — 
Des peines d'un à deux ans de détention sont édictées contre 
les prêtres qui auront désobéi aux arrêtés, ou provoqué à la 
désobéissance aux lois (articles 9 et 10). 

5 décembre. — Les gardes nationales, appelées àformerl'ef- 
fectif du bataillon de la Vendée, sont convoquées à Fontenay. 

8 décembre. — Majou, Jean-Joseph-Daniel des Grois et 
Esnard, René, administrateurs du département, sont délé- 
gués, par le directoire du département, pour procéder à la 
formation du bataillon des gardes nationales du dépar- 
tement, dans l'église des Cordeliers, en présence du géné- 
ral Dumouriez, maréchal de camp, et de Lasserre commis- 



372 JOURNAL d'un fontenaisien 

saire des guerres de la 12* division. Le nombre des volontaires, 
qui se sont présentés pour le composer, a été reconnu 
être de 493. Ils ont été divisés en huit compagnies, dont on 
a extrait 64 hommes de la plus haute taille, pour en former 
une de grenadiers. On a ensuite procédé à l'élection du l'^ 
lieutenant-colonel. Il en est résulté que sur 482 votans, 
Gratton, administrateur, ayant obtenu 318 voix, majorité 
absolue, a été proclamé premier lieutenant-colonel du 
bataillon de la Vendée. A un nouveau scrutin. Bouquet, 
membre du directoire de départemenf, ayant obtenu 314 
voix, majorité absolue, a été proclamé second lieutenant 
du bataillon, /'/z^yier ayant réuni 358 voix sur 439 votans, a 
été proclamé quartier-maître dudit bataillon. La séance a été 
levée et renvoyée au lendemain, neuf heures du matin. 

9 décembre. — Les commissaires délégués continuent les 
opérations électorales. Chaque compagnie procède, par scru- 
tin individuel, à la nomination de ses capitaine, lieutenant, 
sous-lieutenant, sergent-major, serg-ents et caporaux. Les 
cadres se trouvent, par suite, composés comme suit : 

Grenadiers 

Capitaine : Touchard ; 
Lieutenant : Queneau ; 
Sous-lieutenant : DE^FER du Fief; 
Sergent-major : Majou, Maurice ; 
Sergents : Deluze ; Martin, Charles ; 

Caporaux : Grammont ; Constantin ; Fleury, Auguste ; Fleury, 
Joseph. 

Première Compagnie. 

Capitaine : Belliard', Aug-ustin-Daniel ; 
Lieutenant : Fillon, Benjamin ; 

'Né à Fontenay le 25 mai 1769, mort le 28 janvier 1832 fi Bruxelles, où il 
était membre plénipotentiaire. 



PENDANT LA RÉVOLUTION î"^"-? 

Sous-lieutenanl : Vinet, Alexis; 
Sergent-major : Gijkhy ; 

Sergents : Martineau, Pierre ; Colin, Bernard, 
Caporaux: Rouier, Pierre; RoniN, Joseph; Mitard, Henr i 
Baudoin, Jean-Baptiste. 

Deuxième Cojnpagnie. 

Capitaine ; Pommeray ; 

Lieutenant : Rouillé ; 

Sous-lieutenant : Frigonneau ; 

Sergent-major ; Miraillet ; 

Sergents : Deschazeau ; Girard ; 

Caporaux : Mercier ; Laloge ; Simon ; Guérin , 

Troisième Compagnie. 

Capitaine : Ageron ; 

Lieutenant ; Hulin-Lamottk : 

Sous-lieutenant : La Coussais ; 

Sergent-major : Loizellerie; 

Sergents : Gcjignard : Niveleau, jeune. 

Caporaux : Gendron; Niveleau, l'aîné; Gourdon ; Duperré. 

Quatrième Compagnie. 

Capitaine : Dorion ; 
Lieutenant : Cormier ; 
Sous-lieutenant : Jaunei ; 
Sergent-major : Giraudeau ; 
Sergents : Vosgien ; Ganachaud, C" ; 
Caporaux : Vosgien ; Grenet ; Jousson ; Petit. 

Cinquième Compagnie. 

Capitaine : Claveau; 
Lieutenant : Durand; 
Sous-lieutenant : Charier ; 



374 JOURNAL d'un fontrnaisien 

Sergent-major : Macodin ; 

Sergents : Martineau ; Gautron ; 

Caporaux : Perreau ; Guilloteau ; Guilbaud ; Pouzin. 

Sixième Compagnie. 

Capitaine : Denfer du Clouzy, fils ; 

Lieutenant : Faibvre : 

Sous-lieutenant : Millouain ; 

Sergent-major : Beurbey : 

Sergents : Gotinoer ; Moreau ; 

Caporaux : Geay ; Guu.baud ; Bourdin ; Ghanireau. 

Septième Compagnie. 

Capitaine : Boutin ; 

Lieutenant : Mercier, Isidore ; 

Sous-lieutenant : Bouquet, le jeune ; 

Sergent-major: Coouemard ; 

Sergents : Vinet, Louis; Pichard ; 

Caporaux : Baudoin, Pierre ; Letourmi ; Lauspitault ; Chabot. 

Hnitième Compagnie. 

Capitaine : Vernier ; 

Lieutenant : Joffrion, l'aîné ; 

Sous-lieutenant : Brevet, le jeune ; 

Sergents : Loyau; Barraud ; 

Caporaux : Fériot, l'aîné ; Deusle ; Deguil ; Péault. 

10 décembre. — Esnard et Majou, commissaires, ter- 
minent les opérations relatives à la formation du bataillon 
des volontaires, et remettent à Dumouriez le contrôle dudit 
bataillon, d'un effectif de 493 hommes, et Lasserre en passe 
la revue. 

Le môme jour, à 3 heures du soir, les dames patriotes de 
Fontenay se sont réunies pour offrir au bataillon le drapeau 



PENDANT LA RÉVOLUTION 375 

brodé par leurs mains. Le directoire de département s'est 
disposé à recevoir les divers corps invités, lesquels s'étant 
présentés ont été introduits. Une députation a ensuite été 
envoyée vers les dames de la ville, pour les aviser de cette 
réunion et les accompagner. Une seconde députation a été 
chargée de les recevoir, et, au même instant, a introduit dans 
la salle des séances un grand nombre de dames, dont le cortège 
était précédé de jeunes gens des deux sexes. Les uns en uni- 
forme, ont fait la haie, au milieu de laquelle s'avancèrent des 
jeunes filles portant l'étendard de la liberté. 

Une des dames, au nom de ses compagnes, a offert alors 
au président du directoire de département le 'drapeau 
préparé pour le bataillon'. En recevant ce gage précieux de 
leur patriotisme, le président a témoigné, en ces termes^ à la 
députation, les sentiments de reconnaissance de l'adminis- 
tration départementale : 

Mesdames, 

« Le département reçoit avec reconnaissance le gage pré- 
« cieux de vos sentiments pour la patrie. L'étendard de la 
« liberté, que tiendront de vos mains les braves défenseurs 
« de la Constitution, leur rappellera, dans les dangers, qu'ils 
« combattent pour leurs mères, leurs épouses et leurs enfants. 
« Que ne devons-nous pas attendre de leur courage, appuyé 

' 11 avaitété convenu que la plus jolie femme de la ville présenterait l'éten- 
dard au directoire ; mais en procédant à ce choix si délicat un si vif débat s'en- 
gage entre les concurristes queDumouriez refusa le rôle de Paris qu'on vou- 
lait l^i laire jouer. Une matrone le retour, jaune et rechignée, se substitua 
à ses compagnes et s'avança tenant en main l'œuvre collective. Dumouriez 
alla au devant d'elle, la conduisit au président qui l'embrassa sur les deux 
joues et après l'avoir ramenée à sa place, se contenta de lui baiser respec- 
tueusement le bout des doigts. A ce même instant se présentait une char- 
mante ouvrière, chargée d'offrir un bouquet au général. Celui-ci agréa- 
blement supris, détacha une fleur qu'il mita sa boutonnière, posa ses lèvres 
sur le front de l'aimable enfant la fit asseoir au milieu des applaudissements 
de l'assemblée, dans son propre fauteuil et se tint chapeau bas, derrière elle. 
(Note de J.-M. Cougnard, secrétaire général du département). 



.".TCi JOURNAf. d'un FONTENAISIEN 

« sur d'aussi puissants motifs"? Nous verrons la bannière du 
« département de la Vendée couverte de lauriers, et vous 
« jouirez avec émotion de la récompense due à votre 
« patriotisme. » 

La députation des dames ayant manifesté le désir de se 
transporter avec les corps réunis à l'église des Gordeliers, 
la marche s'est ouverte au milieu de deux haies de la garde 
nationale de la ville, les dames en tête, précédées des jeunes 
personnesescortant le drapeau, suivies des administrateurs et 
des juges. Le cortège ayant pénétré dans l'église, une des 
dames' a prononcé le discours suivant. 

« Messieurs, vous nous verriez gémir de votre départ, si 
« nous ne songions point que vous allez entrer dans la car- 
« rière de l'honneur et delà gloire! C'est la patrie qui vous 
« l'ouvre ; c'est un héros qui va vous y guider ! Quel motif 
« d'espérance et de consolation pour vous! Nous n'aurons rien 
« à désirer, si vous daignez emporter, avec vous, un gage sa- 
(' cré de notre estime et de notre reconnaissance. Que ce dra- 
« peau en nous rappelant à votre souvenir, enflamme votre 
M courage et votre patriotisme! Nos mains l'ont embelli; c'est 
« à vous à l'honorer. Allez' combattre et vaincre ; la victoire 
« vous appelle; et, à votre retour, les myrtes et les lauriers 
« vous attendent. » 

Présentant, à son tour, le drapeau au bataillon, en la per- 
sonne de Gratton, son commandant, le président a prononcé 
un discours suivi de celui du procureur-général-syndic. 

« Généreux et braves volontaires nationaux ! 

« En suivant le drapeau de la liberté, tout nous dit que 
<< vous vous ferez toujours gloire de n'avoir jamais d'autre 
« ambition que l'honneur de marcher d'un pas ferme et sûr 
« pour la défense de notre commune patrie et y ram.ener 

« La citoyenne Saurin, épouse du sieur Varaillon, inspecteur des patentes 
du df^partement. 



PKNDANT LA RÉVOLUTION 'Ml 

« l'ordre et la tranquillité ([ue les malveillants tendent à 
« entraver en tout sens. 

« vous tous qui avez été et serez toujours les colonnes 
« inébranlables de notre sainte constitution, ne doutez 
« jamais que le Conseil d'administration du département de 
« la Vendée, veuille croiser cet élan, ce zèle brûlant du 
» patriotisme dont vos cœurs sont enflammés. Cependant, 
« permetlez-nous, comme organes de la loi, de vous inviter 
« à ne jamais la perdre de vue et à la regarder toujours 
« comme la boussole, le flambeau qui doit sans cesse éclairer 
(( et diriger vos démarches ! Notre but à tous, qu'est-il autre 
« chose que de travailler, comme de concert, à maintenir en 
" harmonie la chose publique, d'où résulte uniquement le 
« bonheur et la prospérité de l'empire français? Citoyens 
Il volontaires nationaux, avec quel sentiment de respect et 
« d'admiration ne devons-nous pas envisager l'hommage 
« qu'ont fait à leur patrie les dames de cette ville, qui sont 
« les mères, les sœurs, les épouses de la plupart de vous, 
« en offrant à votre courage, à votre civisme, l'étendard de 
« la liberté ! L'enthousiasme, avec lequel vous le recevez, est 
« un sûr garant que vous vous plairez toujours à le voir 
« flotter au milieu de vous : » 

Prenant alors la parole, le procureur général syndic s'est 
exprimé en ces termes : 

« Citoyens, lorsqu'un dévouement généreux vous appelle 
« à la défense de la patrie, je ne ternirai point votre gloire 
« par de vains éloges que repousserait votre délicatesse. On 
« enivre des esclaves avec des adulations. Il faut aux sol- 
•< dats de la liberté une nourriture plus substantielle et plus 
« saine ; ils sont faits pour entendre le langage austère de 
« la vérité. Citoyens, vous avec recouvré la liberté par votre 
« courage ; mais il faut plus que du courage pour la fixer 
« invariablement parmi vous. Vous appartenez à la patrie 
« par plus d'un titre, et quand elle arme vos bras pour la 



378 JOURNAL d'un FONTENAltsJKN 

'> délendre contre ses ennemis, elle les arme aussi pour 
« protéger ses enfants ; elle vous place sous la dépendance 
w la plus étroite de la loi. Elle vous prescrit une exacte obéis- 
« sance aux chefs qu'elle vous a permis de choisir. Elle 
« vous donne une constitution sage et paternelle à conserver 
« dans son intégrité, un roi juste et bienfaisant à respecter 
u et à chérir. 

« Mais vous l'avez déjà manifesté, braves citoyens, ce res- 
<( pect profond pour la loi, sur lequel reposent essentielle- 
« ment la liberté, la sûreté, la tranquillité et le bonheur de 
« tous. C'est dans le temple même de la Constitution;, si je 
« puis m'exprimer ainsi, c'est parmi ses ministres, que vous 
« avez cherché vos premiers guides. Vous avez voulu que 
« ceux qui étaient éminemment appelés à protéger Tordre 
« public,fussentencore ceux qui dirigeassent vos premiers pas 
«i dans la carrière glorieuse que vous allez parcourir; et c'est 
« ainsi que vous ratifiez l'engagement sacré de marcher 
» constamment sous le double étendard de l'honneur et de la 
« loi : de même qu'en suivant aux champs de la victoire, le 
« drapeau que vous recevez des mains de la beauté, vous 
a devez vous rappeler sans cesse les droits d'un sexe inté- 
« ressant par ses vertus comme par ses charmes qui, pour 
a un guerrier généreux, doit toujours et partout être excepté 
« du nombre de ses ennemis. 

« Citoy':;ns, vous devez votre existence à la loi, votre or- 
« ganisation à ses ministres, votre formation à un général, 
«■ dont l'intrépidité était digne de s'allier au patriotisme, vos 
a premiers encouragements à l'innocence et à l'ingénuité. 
« Vous n'oublierez jamais une si noble origine, vous con- 
« serverez pur et sans tache le signe militaire qui vous est 
« confié. Et vos administrateurs qui le vouent aujourd'hui 
« à l'espérance, le consacreront bientôt à la plus juste re- 
« connaissance. » 

Le général Dumouriez a ensuite adressé l'allocution sui- 
vante aux déléguées des dames de la ville : 



PENDANT LA UÉVOLUTION 'il'.) 

« Mesdames, vous honorez le bataillon de la Vendée en 
« lui présentant le drapeau qui doit le guider dans la carrière 
« de la gloire. Il vous rapportera l'éloge précieux de notre 
« patriotisme pur et sans tache. Je suis sa caution. » 

Cette allocution a été suivie de celle du lieutenant-colonel 
G rat ton. 

« Mesdames, les principes de la Constitution sont gravés 
« dans tous les cœurs. Le drapeau que vous nous présentez 
" en est la preuve. Les volontaires du bataillon de la Vendée 
(.( le reçoivent avec transport. Des citoyennes ont pris soin 
» d'en assortir les couleurs. Des hommes, dévoués au salut 
delà patrie, vont se rallier au signe de régénération et de 
« liberté. Je vous jure qu'ils ne l'abandonneront qu'à 
« la mort. » 

S'adressant ensuite aux membres du département : 

« Messieurs, servir la chose publique, consolider l'édifice 
« de la Constitution, obéir à la loi, voilà notre tâche com- 
« mune. Les citoyens, pour la défense de la patrie, auront sans 
« cesse ces objets devant les yeux; et ils seront, dans tous les 
« temps, la règle invariable de leur conduite. » 

Le cortège est ensuite retourné à l'hôtel du département. 
Les dames se sont alors retirées, accompagnées de la même 
députation. Les autorités^ après avoir suivi les membres du 
directoir(3^ jusque dans l'enceinte de ses séances, ont pris 
congé de l'Assemblée. 

Cette cérémonie a été suivie de l'illumination générale de 
la ville. La façade de l'hôtel, habité par Dumouriez*, était dé- 
corée de transparents portant les inscriptions suivantes: 

LA NATION, LA LOI, LE ROI. 

AU BATAILLON DE LA VENDÉE 
LA NATION RECONNAISSANTE. 

COURONNEZ DE LAURIERS CE DRAPEAU 

* Maison de M. Clals, notaire, rue Nationale. 



380 JOURNAL d'un FONTENAISIEN 

GAGE PRÉCIEUX DE VOS MÈRES, 
DE VOS SOEURS, DE VOS AMANTES. 

LES HOMMES LIBRES SONT ESCLAVES DE LA LOI. 

TREMBLEZ, SATELLITES DES TYRANS 
DEVANT LES SOLDATS DE LA LIBERTÉ 



15 décembre. — Le conseil-général du département ter- 
mine sa session. Le directoire reprend les rênes de l'adminis- 
tration. 

29 décembre. — Manuel, procureur de la commune de 
Paris, demande au directoire du département des rensei- 
i^nements sur les correspondants que peuvent avoir les 
La Goudraye en Vendée. 

30 décembre. — Le directoire de département arrête, qu'à 
dater du 1" janvier prochain, le tribunal criminel exercera 
ses fonctions, concurremment avec le tribunal du district 
de Fontenay, dans le palais de justice de la ci devant séné- 
chaussée de la ville. 

Pichard du Page se démet de ses fonctions de procureur- 
ji^énéral-syndic du département. Mercier (A. G. F.), suppléant, 
remplace ce dernier. 



A. BiTTON. 



[La suite prochainement). 



^^^W^ 



d^îtraiiiquÉS ^iibliuses 



VII 



LES PRISONNIERS SOUS LA TERREUR 



{Suite.) 



UN des vœux principaux de la Convention fut toujours 
d'anéantir dans l'esprit du peuple les sentiments reli- 
gieux. Pour arriver à ce but, elle chargea son Comité 
d'instruction publique de réorganiser le calendrier romain et 
d'y substituer sévèrement une forme plus républicaine. Cette 
innovation fut imposée sans retard, et maintenue vigoureuse- 
ment depuis le 5 octobre 1793 jusqu'au 1" janvier 1806. Les 
noms habituels des saints furent remplacés par la liste fantai- 
siste des objets les plus divers. Les fruits,, les fleurs, les lé- 
gumes, les animaux se succédèrent d'une manière bizarre ; 
on fêta le potiron^ l'héliotrop?, la laitue, le chiendent, le réséda 
la betterave, le cornichon, la chicorée^ l'asperge, le radis, le 
melon, la morille, le navet, la citrouille, l'oignon, le persil, 
les échalotles^ l'ail, le serpolet, la carotte, le céleri, la truffe; 
et dans l'ordre animal : l'oie, le dindon, le lapin, le chat, la 
vache, l'âne, le cochon, la poule, le canard, la pintade, le 
bouc, le mulet; puis les instruments agricoles : la fourche, 
Tome iv. — Octobre, Novembre, Décembre 1890. 25 



382 CHRONIQUES SABLAISES 

le râteau, la faucille, la liotLe, l'échelle, le panier, l'arrosoir, 
la pioche, la pelle, la cognée, la cuve, le pressoir, le ton- 
neau, elc , etc. 

Il y avait naturellement des fêtes. On honorait le fumier le 
8 décembre, les épinards le 6 février, et c'est le pigeon qui 
remplaçait Pâques. Une des fêtes les plus originales était 
celle de l'opinion, espèce de carnaval politique, pendant le- 
quel il était permis de formuler par la parole et par la plume, 
toutes les accusations et toutes les critiques contre les 
hommes publics et les puissants du jour. 

Un certain nombre d'individus, embrassant avec servilité 
cette religion nouvelle, avaient substitué à leur nom de bap- 
tême le nom de la fleur, du légume, du fruit correspondant 
à la date de leur naissance. Gest ainsi que le général Doppet 
signait Pervenche^ et qu'un obscur conventionnel s'appelait 
Mouron. Rien n'a la vie dure comme une absurdité. La Pro- 
vidence n'assigne pas aux gouvernements un délai invariable 
pour la punition de leurs fautes. Les unes portent avec elles 
leur châtiment, les autres ne s'expient qu'à longue échéance. 
La plupart de nos disputes, a dit Montaigne, sont grammai- 
riennes ; entendons-nous donc sur le mot. Si quelqu'un avait 
annoncé aux Français, en 1789, les odieux décrets que rendrait, 
quatre ou cinq ans plus tard, une assemblée élue par eux, 
est-il un seul homme qui n'eût haussé les épaules, et en 
vérité avec toute apparence de raison? 

La Révolution s'annonçait comme une idylle où tous 
chantent en se couvrant de fleurs. Je dis tous, nobles, prêtres, 
bourgeois, peuple, avec le même entrain. Klle a la tête dans 
les cieux, comme a dit le poète ; qui pouvait prévoir qu'elle 
aurait un jour les pieds dans le sang ? Le 3 septembre 1792, 
Danton, ministre de la Justice, n'envoya-t-il pas sous son 
couvert à toutes les communes de France une circulaire 
signée par chacun des membres du Comité d'exécution, dans 
laquelle les municipalités furent invitées à adopter le moyen 
de salut public pratiqué par la commune de Paris, et à faire 



CHRONIQUES SABLAISES 383 

mettre à mort par le peuple tous les conspirateurs détenus 
dans les prisons ? 

Le Comité de salut public de la Convention nationale, après 
avoir pris connaissance du rapport de la commission des se- 
cours publics, arrêta, le 8 prairial an III (27 mai 1795) : « Il 
sera fourni chaque jour, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement 
ordonné, aux officiers et employés d'administration des hos- 
pices militaires de la République, une ration de pain de mu- 
nition de 24 onces et une livre de viande. Cette fourniture 
n'aura lieu cependant que lorsque l'extrême difficulté de se 
procurer des subsistances aura été certifiée par les munici- 
palités dans l'arrondissement desquelles sont établis des 
hôpitaux militaires. Les officiers de santé militaires des 
Sables reçurent notification de cet arrêté, et furent admis à 
profiter de cette faveur. 



* 



Les difficultés pour l'alimentation des habitants croissant 
chaque jour, les représentants du peuple prirent une déter- 
mination énergique à laquelle fut donnée la plus grande pu- 
blicité. Les réfugiés, dont le nombre était si considérable, 
reçurent l'ordre de quitter la ville sans délai, et l'on s'occupa 
immédiatement de leur en fournir la facilité. Il s'établit alors 
entr'eux une lutte incroyable pour inventer quelques moyens 
de séduire les autorités^ ou de se créer une utilité qui permît 
d'éluder l'expulsion. Les uns recherchèrent avec avidité les 
moindres fonctions publiques,celles,par exemple, de membre 
du Comité des subsista^jces. D'autres se placèrent à gages 
comme domestiques. Bienheureux ceux qui purent être agréés 
en qualité de geôliers dans les prisons^ emplois que les habi- 
tants refusaient avec dédain. Les femmes nourrices sup- 
plièrent pour se faire imposer le soin des enfants trouvés, 
pauvres petites créatures recueillies dans les campagnes, et 



384 CHRONIQUES SABLAISRS 

dont les mères avaient succombé àlamisère, étaient tombées 
dans les batailles, ou avaient péri sur l'échafaud. Ces enfants 
étaient groupés à l'ancien couvent des Capucins. 

Ceux enfin qui restaient sans emploi étaient réunis au son 
du tambour et conduits au port^ où des barques les atten- 
daient pour les transporter sur d'autres rivages. Une dernière 
ressource se présenta encore. 

Les Sœurs de saint Vincent de Paul, ces saintes filles de la 
Charité qui dirigeaient l'hôpital Saint-Joseph depuis plus d'un 
siècle, allaient en ôtre chassées. Leur crime ne pouvait être 
que le bien qu'elles avaient fait. Le 5 germinal an II (25 mars 
1794), l'administration du district fit choix, pour remplacer 
ces filles dites sœurs grises dans le soin des malades de 
l'hôpital, de sept femmes laïques toutes étrangères à la .ville. 
Ce fut les citoyennes Olive Morisson veuve Boiscourbeau- 
Bodet, Constance Boiscourbeau, Françoise Pertuzé^ Julie- 
Marie-Thérèze Danieau-Marillet;, Victoire Boiscourbeau, 
Catherine Pertuzé, et Louise-Jeanne-Françoise Danieau. 

Le 12 germinal (!«' avril) elles se présentèrent à la maison 
de ville pour prêter devant le conseil municipal le serment 
suivant : 

« Je jure de maintenir la liberté et l'égalité, d'être fidèle à 
» la nation et à la loi^ et de mourir à mon poste. « 

Aussitôt après, elles procédèrent à l'élection de leur supé- 
rieure qui fut la citoyenne veuve Boiscourbeau ; et les 
citoyens Dardel et Sané, spécialement désignés par le conseil 
pour cet effet, les accompagnèrerent à l'hôpital et les instal- 
lèrent dans leurs fonctions. Les Sœurs de Charité étaient 
présentes ; elles fournirent leurs comptes, qui furent apurés, 
et se retirèrent. 

L'administration économe des Sœurs de Charité avait pu 
jusqu'à la fin suffire aux besoins de l'hôpital. L'ère nouvelle 
qui s'ouvrait allait présenter, avec des modifications encore 
inusitées, ce que l'on appelait pompeusement le progrès. Un 
avenir prochain se chargerait hélas I de le réduire à sa valeur 



CHRON[QUES SADLAISES 385 

véritable, et de dévoilerladésespéranteimpuissanceà laquelle 
serait vouée la bienfaisance officielle. 

Pénétrées des préceptes de leur fondateur, les Sœurs 
chassées de l'hôpital ne s'enfuirent pas; elles demeurèrent 
dans le pays cherchant toujours à étendre sur les mal- 
heureux l'influence de leur bienfaisance. Quelques mois après, 
sous la conduite de leur supérieure, Marie Véronique Boubay. 
nous les retrouvons à Noirmoutier, suivant avec courage et 
résignation le terrible chemin des martyrs pour tomber pro- 
bablement sous les fusillades que préparait Tyroco. 

Aujourd'hui, lorsque le voyageur parcourt ces contrées, 
s'il s'avance dans ce sentier auquel la population a conservé 
le nom de Chemin des Martyrs, il est surpris de trouver sur sa 
route le sable blanc maculé de taches d'un rouge de sang 
qu'un végétal semé par la nature y reproduit sans cesse. 

Ce champignon est, d'après le docteur Nylander, le Peziza 
trechispora de Berkeley et Broome. Plus d'une fois, dit le 
D"" Viaud-Grand-Marais, il a dû donner lieu aux légendes 
des pluies de sang. 

Ne voyez-vous pas resplendir l'auréole impérissable au- 
dessus de ces têtes qui s'avancent les yeux au ciel et le 
front serein, comme les chrétiens des premiers âges mar- 
chaient à la gloire, et disant, comme saint Gôme et saint 
Damien allant au supplice : Nous élevons les yeux vers vous. 
Seigneur, qui habitez dans les cieux* ! 

« En vertu de l'édit de 1616, Sendras inscrivit le 3 juillet 1700 dans le 
registre de l'Armoriai général de France la communauté des Chirurgiens 
et apothicaires de la ville des Sables : 

« D'argent, à un saint Cosme et saint Damien de carnation vêtus de 
gueules, leurs manteaux doublez d'hermines, et leurs têtes couvertes de 
bonnetz quarrez de sable, le premier tenant de sa main senestre une boëte 
couverte d'azur, et le second tenant aussi de sa main dextre levée une 
fiole de gueules, et tous deux posez sur une terrasse de sinople de laquelle 
naissent des simples de même. (d'Hozier). 

Ce blason, religieusement conservé par les médecins de l'hôpital, orne 
aujourd'hui leur cabinet. 

« C'est avec un saint respect qu'il faut traiter les oeuvres de nos pères. ■ 

(Lecointre-Dupont). 



386 CHRONIQUES SABLAISES 



♦ » 



Bientôt le temple de la Raison n'inspira pas plas de 
respect que le nouveau culte auquel il était consacré. Nous 
l'avons vu servir aux danses des jours de fêtes ; on l'employa 
successivement à d'autres usages. Il reçut des dépôts de 
cendres destinées à fournir le salpêtre. On y logea des sol- 
dats; il devint une caserne pour cent hommes; enfin, oh 
honte! il fallut recourir à des mesures réglementaires pour 
qu'il cessât de servir de latrines publiques. 






Les assignats n'avaient plus qu'une valeur illusoire. Un 
paysan, étant parvenu à apporter en ville une certaine quan- 
tité de beurre, en vendit dix-huit livres à raison de 50 livres 
la livre. Ce succès lui fit perdre toute prudence. Le malheu- 
heureux s'en vanta, il fut dénoncé, condamné pour contra- 
vention à la loi du 29 septembre 1793, et son beurre fut 
confisqué. 



* 
* * 



Le 29 germinal (18 avril 1794) arrivèrent aux Sables les 
représentants du peuple Hentz et Francastel. Le Conseil de la 
Commune leur envoya aussitôt une députation pour les com- 
plimenter et les inviter à assister à la plantation de l'arbre de 
la Fraternité qui devait avoir lieu à la Chaume le jour môme. 
On se ferait difficilement une idée du sans-culottisme avec le- 
quel les représentants reçurent ce jour-là les différentes mis- 
sions qui leur furent adressées. Leur premier soin fut de se 
rendre à la séance du soir de la Société populaire et révo- 
lutionnaire, et de la dissoudre afin de la régén-^rer. Ils appe- 



, CHRONIQUES SABLAISES 387 

lèrent les femmes à ses séances, pour leur donner V esprit . 
public. Par suite de cet accroissement dans l'assistance, le 
local devint insuffisant, et l'un des membres, se trouvant 
trop pressé, se leva pour proposer de ne plus admettre les 
femmes puisqu'elles n'étaient bonnes ù rien, pas même à 
faire la guerre. Mais Hentz le foudroya de son éloquence, 
et vengea complètement le sexe féminin. 

Le grand travail d'épuration commença sans retard. Cha- 
cun des membres appelé à la tribune soumit son civisme 
à l'appréciation de ses concitoyens. Le Président, s'inspirant 
d'un questionnaire étendu sous ses yeux, faisait gravement 
les interpellations suivantes : 
« Quelle est ton opinion sur la Révolution française? 
« As-tu été noble ou prêtre ? 

« As-tu appartenu à quelque émigré? Et, dans tous les 
« cas, quand l'as-tu quitté? 
« As-tu rendu des services à la chose publique? 
<i Où étais-tu et que faisais-tu, pendant la grande bataille 
« du Vendredi saint (siège des Sables)? 
Réponse invariable : 

« J'étais à mon poste^, et je défendais ma patrie contre les 
« brigands. » 

« As-tu lu les journaux depuis la Révolution. Quels sont 
ceux auxquels tu es abonné ? » 

Le club tenait ses séances au temple, dans la chapelle au- 
jourd'hui consacrée à saint Jean-Baptiste. L'admission des 
femmes ne put suffire au zèle des représentants. Des gra- 
dins furent disposés pour que la jeunesse pût venir chaque 
jour s'inculquer les principes de sagesse qui s'y profes- 
saient. Après sa régénération, les membres de la Société, 
voulant la maintenir toujours à la hauteur de son origine, 
prêtèrent entre les mains des représentants le serment de 
vivre libres ou de mourir ; et sur la proposition de l'un d'eux, 
tous se levèrent spontanément, étendirent la main, et ju- 
rèrent de s'entrepoignarder si jamais ils venaient à dévier. 



388 CHRONIQUES SABLAISES 

La voix des patriotes modérés, des républicains honnêtes 
avait trop souvent fait prévaloir la froide* raison sur les en- 
traînantes déclamations des sans-culottes ; aussi furent-ils 
tous régénérés. 

Chacune des administrations fut immédiatement brisée, 
et les représentants se firent un jeu de les reconstituer. 

« Rien n'est plus précieux disaient-ils, que les perruquiers 
pour démêler les affaires embrouillées, et les tourneurs pour 
leur donner une forme convenable. Aussi firent-ils entrer 
au conseil de la commune les perruquiers Bouard comme 
juge, Durand comme assesseur, IMonard comme assesseur, 
et le tourneur Mitard. 

Afin de compléter l'expérience, ils nommèrent juges du 
tribunal du district Bouard et Mitard, qui siégèrent avec Du- 
pleix et Moroilleau sous la présidence de Duget aîné, Mou- 
rain Mélellus, commissaire national, et Biroché^ greffier. 

Le nom de Mitard est resté légendaire et entouré d'une 
sinistre célébrité. Interrogé à cette époque par un magistrat 
qui lui demandait si ses fonctions de juge n'étaient pas 
quelquefois pénibles et embarrassantes. « Eh non ! répondait- 
il, je t'assure, citoyen, que la chose est plus facile que tu ne le 
penses. Pour le civil sans doute on peut éprouver parfois 
quelqu'hésitation, mais pour le criminel, oh ! jamais. « 
Romain Mitard, tourneur etchaisier, était né en 1750. 

Le titre de procureur de la commune, changé au mois de 
janvier ilO'i, avait été remplacé par celui d'agent national. 



Le général Garpentier arriva aux Sables le 16 germinal 
aii n. Il succéda dans le commandement de la place à Dutry, 
qui aussitôf, à la tôle do son arméC;, opéra contre celle de 
Gharette ; et après s'être emparé de Noirmoutier, concurrem- 
ment avec Haxo, chercha à détruire l'insurrection du Marais 



CHRONIQUES SABLAtSES 389 

de Saint-Jean dcMonLs cL du Périer. Sa domination se signala 
comme la phase la plus terrible de l'histoire sablaise, et ne 
laissa après elle que des souvenirs de sang et de désolation. 
Le premier soin de Garpenlier avait été d'aller à l'hôtel de 
ville avec le commandant de place Golet, pour s'assurer du 
nombre exact des réfugiés encore présents aux Sables. On 
leur fit connaître ceux qui, par ordre des représentants, 
étaient venus se faire inscrire trois jours auparavant. Mais 
comme quelques-uns d'entre eux avaient réussi à s'abstenir 
afin d'éviter l'ordre de s'éloignera vingt lieues au-delà de tous 
les pays insurgés, il les convoqua tous pour le lendemain, 
sous peine, faute par eux d'obéir, d'être déclarés suspects. 

Un jour, il se présenta à la Société populaire, mais reconnu 
pour être un ancien prêtre, il fut exclu du Club. Ce défaut de 
déférence le blessa vivement, et pour s'en venger il eut re- 
cours à un moyen aussi original qu'énergique. Toutes les 
nuits il faisait battre la générale, et tout clubiste qui ne se 
rendait pas à son poste était emprisonné par son ordre et 
dénoncé au Club. Pendant son commandement, la discipline 
disparut entièrement des troupes républicaines. Le moindre 
volontaire s'arrogea impunément sur les habitants des cam- 
pagnes un droit dévie et de mort. Le pillage fut à l'ordre du 
jour, et s'exerça sans retenue sur toutes les propriétés d'a- 
lentour, se couronnant toujours par l'incendie. Nous avons 
vu deux volontaires menacer de mort les paysans accourus 
pour les empêcher de brûlerla Vannerie, propriété nationale; 
les chaumières, les métairies furent réduites en cendres 
comme les châteaux; les cultivateurs inofïensifs assassinés 
sans prétextes pendant leurs travaux. Le 2 prairial an II, dit 
Gollinet dans ses notes manuscrites, les volontaires fusil- 
lèrent plusieurs paysans et pillèrent leurs maisons ; s'étant 
approchés, sans rien leur dire, de deux jeunes gens occupés 
à faucher un pré, il les assassinèrent. Les vieillards étaient 
frappés dans leurs lits , les enfants égorgés sur le 
sein de leur mère, les récoltes brûlées, les bestiaux 



390 CHRONIQUES SABLAISES 

enlevés, les meubles brisés et dispersés, les vêtements eux- 
mêmes volés et emportés par les soldats. Les morts restaient 
sans sépultures, les chiens et les loups se repaissaient de 
cadavres humains, et dans certaines localités abandonnées 
l'air était empesté. A quelles alternatives étaient livrés les 
habitants des campagnes ! Restaient-ils paisibles en leurs 
demeures^ par cela seul ils étaient également victimes des 
deux partis. Confiants dans les sentiments religieux qu'ils 
cachaient au fond du cœur, préféraient-ils suivre les royalistes 
et les prêtres, c'était un série de misères, de dangers, de 
fatigues qu'un homme pouvait affronter, mais pour lesquelles, 
il le savait, toute sa famille répondrait devant les inexorables 
républicains. Se décidaient-ils enfin à se réfugier dans les 
villes sous l'égide protectrice de la République ; aussitôt ils 
étaient rassemblés, entassés sur des navires dont la vue 
seule faisait trembler leur naïve inexpérience, et expatriés 
au nom de cette fraternité menteuse qu'ils avaient cru devoir 
préférer à la mort. D'un autre côté, d'adroits émissaires 
faisaient entendre à leurs oreilles les condamnations terribles 
prononcées dans l'ombre par les royalistes, et qui ne man- 
quaient jamais d'être mises à exécution. 

« Tous les hommes, femmes et enfants qui ne se rendront 
« pas, en les vingt-quatre heures de la présente proclamation, 
« de tous les bourgs, villes, villages, métairies, borderies et 
« fermes qui avoisinent les Sables, à l'armée catholique et 
« royale campée à Grosbreuil, seront traités en républicains : 
« eux, leurs femmes et enfants tués, leur bétail enlevé, leurs 
« maisons brûlées. 

T) A Grosbreuil, le 10 mai 1794 : 

« Signé : Duchaffaud, pour le général Joly. » 

Enfin des jours meilleurs commencèrent à luire. Carpentier 
fut rappelé le 4 prairial, et deux jours après, Dutruy vint 
reprendre le commandement qu'il avait déjà exercé : mais 
dans les combats la défense reslainexorable comme l'attaque. 



CHRONIQUES SABLAISES 391 



* 
» « 



Le général Thureau, de retour aux Sables le 3 floréal, en 
était reparti le lendemain pour la Rochelle, accompagnant 
des représentants, avec une escorte de GO hussards. Le même 
jour, le représentant Lequinio, allant de Nantes à Bayonne, 
avait également traversé la ville des Sables avec pareille 
escorte. Thureau profitant de ce séjour si court aux Sables 
avait envoyé cinquante volontaires pour incendier Vairé. Le 
5 floréal, 40 canonniers mayençais étaient arrivés de Nantes 
chargés du produit de leur pillage. Les cruautés qu'ils avaient 
commises sur leur passage étaient inouïes. 



* 



L'ex-curé Gérard avait été nommé membre de l'adminis- 
tration du district par le représentant Fayau ; mais Hentz et 
Francastel, loin de partager |à son égard les sentiments de 
leur collègue, ne dissimulaient pas au contraire leur animad- 
version. Aussi eut-il la prudence d'échapper, par une fuite 
précipitée, au mandat d'arrêt qu'ils lancèrent contre lui. 
Aussitôt après son départ, la municipalité abandonna la 
maison Tortereau qu'elle occupait sur la Place de la Liberté, 
et se tranporta à l'ancienne maison curiale, rue de la Liberté, 
que Gérard n'avait pas cessé d'habiter. 



L'armée manquait de chevaux pour les transports mili- 
taires. Par décret du 18 germinal an II, tous les cantons de 
laRépublique furentimposés àun certain nombre dechevaux. 
La ville des Sables à elle seule formait un canton ; aussi 
fit-elle rassembler sur la plage tous les chevaux qu'elle 



392 CHRONIQUES SABLAISËS 

possédait ; mais après un examen minutieux, il fut recormti 
qu'elle n'en avait pas un seul qui pût être ofTert pour l'armée, 
les défauts de taille, d'âge, ctc, les mettant tous hors rang-. 
On s'adressa alors au canton d'Olonne pour acquérir les 
cinq chevaux demandés ; mais on n'eut pas plus de succès, 
et force fut d'envoyer un mulet et deux chevaux tels quels. 
Il se faisait à cette époque une consommation considérable 
de papier, qui commençait à devenir rare. Le Comité de 
salut public décréta alors une réquisition de chiffons. La 
municipalité, chargée de son exécution, nommades commis- 
saires qui firent sur les habitants une stricte répartition. 
Les chefs de famille et les adultes furent imposés à un3 livre 
de chiffons; les domestiques et les enfants au dessous de 15 
ans en furent dispensés. 



* 



La Commission militaire des Sables avait cessé de fonc- 
tionner, et les prisons contenaient encore un nombre consi- 
dérable de suspects qui depuis six mois attendaient leur 
jugement , entassés dans des chambres trop étroites 
et exposés à mourir de misère dans un prochain avenir. On 
s'occupa alors de les déporteren d'autres villes. Soixante-trois 
d'entr'eux, embarqués abord d'une petite barque, furent con- 
duits à Noirmoutier. Henri Collinet,Foré etTyroco exerçaient 
alors dans ce malheureux pays leur atroce domination, et, 
sous prétexte de représailles, rivalisaient de cruautés avec 
les troupes de Gharette. Les prisonniers, qui n'avaient reçu 
pendant la traversée qu'une nourriture insuffisante, arri- 
vèrent complètement épuisés. Un certain nombre d'entr'eux 
ne put aller plus loin ; la faim, le mal de mer, des maladies 
antérieures souffertes depuis longtemps dans les prisons, 
et surtout la privation d'air, avaient anéanti leurs forces ; ils 
tombèrent sur le rivage sans pouvoir se relever. Quelque 
repos ; le moindre secours, du pain peut-être, eussent suffi 



CHRONIQUES SABLAISES 393 

pour les ranimer^ pour les sauver. Mais dès que Tyroco avait 
appris leur apparilion dans la rade du Bois de la Chaise, 
rassemblant à la hâte un détachement, il s'était porté au lieu 
du débarquement. A la vue de ces misères, il se sentit ému, 
il eut pitié ; mais une pitié de cannibale, que l'on no retrouve 
que dans l'histoire de cette sanglante époque. « Leur con- 
« damnation est certaine, dit-il, ils n'ont été traînés ici que 
« pour y être fusillés. Des secours ne feraient que diiTérer 
<( leur mort, terminons leurs maux. Qu'on les fusille ! » Et 
l'ordre fut exécuté. Et le monstre se retira tranquille, impuni, 
sans entendre même les reproches d'une conscience blasée 
parle crime. 

Les survivants furent maintenus en prison ; quelques-uns 
d'entr'eux seulement avaient été jugés^ quand la journée du 
9 thermidor sauva la vie à tous les autres. 

Le 28 prairial (16 juin 1794)_, un nouveau détachement de 
67 prisonniers fut encore envoyé à l'île de la Montagne. 

Piet, dans ses Mémoires, porte à 200 le nombre des pri- 
sonniers qui furent déportés ; 50 furent fusillés à leur 
arrivée, 150 furent réservés pour le jugement. 

GoUinet, dans ses Mémoires manuscrits, raconte que le 
général Carpentier, aidé des Mayençais, avait fait embarquer 
pour l'île de la Montagne, le 10 floréal an II (2 avril 1794), 
soixante-trois suspects au nombre desquels se trouvait le 
jeune Derval;, ecclésiastique de la Chaume, qui avait reçu le. 
diaconat à Luçon en 1792. 

Les royalistes avaient donné l'exemple de ces cruautés. 
Après la prise de Noirmoutier, Gharette pourvut au gouver- 
nement et à la défense de l'île, retourna à Bouin en emme- 
nant huit cents prisonniers qu'il confia à la garde de son 
divisionnaire Pajot, et alla ensuite camper à Machecoul. 
Entassés dans la prison, les détenus avaient été tellement 
accumulés qu'ils ne pouvaient ni se coucher ni s'asseoir ; 
forcés de se tenir debout, manquant d'air, épuisés de fatigue, 
ils donnaient quelquefois des coups dans la porte en se 



394 CHRONIQUES SABLAISES 

poussant les uns les autres pour changer de place. Il n'en 
fallut pas davantage pourPajot; ces mouvements intérieurs 
furent pour lui une révolte mettant la ville en danger. Dans 
la nuit il en fit sortir sans examen, sans choiX;, une centaine 
parmi lesquels il y en avait de 15 à 16 ans, et les fit fusiller. 
(Le Bouvier-desmortiers, Réfutation des calomnies contre 
Charette, p. 1 82). 



L'hôpital militaire devenu insuffisant, il fallut se détermi- 
ner à transporter des Soldats malades à l'hôpital civil 
(Saint-Joseph). A cet effet, la municipalité chargea les deux 
officiers de santé Gouin et Laisné de tarifer l'indemnité qui 
serait due pour chaque journée de malade. Le chiffre en fut 
fixé à la somme de 2 livres, 10 sols, 11 deniers, et commu- 
niqué à la commission executive des secours publics. Mais 
cet hôpital lui-môme était abandonné sans direction et sans 
aucune surveillance, par suite de la mort de son receveur, 
Bouhier du Vivier, remontant à plusieurs mois. Personne ne 
s'était encore préoccupé de vérifier ses comptes ou de lui 
donner un successeur. Une somme de 230 livres lui ayant été 
adressée par l'administration départementale avait été dé- 
posée à la mairie, oii elle attendait que quelqu'un fut chargé 
de la recevoir. Enfin le 19 floréal (19 mai 1794) on avisa aux 
moyens de reconstituer l'administration. Le citoyen Gilbert 
fut nommé trésorier : la commission, formée des conseillers 
Sané, Moreau et Maurin, sous la présidence du maire et l'as- 
sistance de l'agent national, fit son rapport le 24 messidor 
(12juillet 1794). Le duplicata de ce rapportdéposé aux archives 
de l'hôpital ne s'y trouve plus, mais il doit exister encore aux 
archives du district. 

Depuis le départ des Sœurs de Charité, aucune des créances 
dues à l'hôpital n'ayant été réclamée, ne lui avait été soldée. 
Le 14 thermidor, Gilbert vint rendre compte de sa gestion. Il 



CHRONIQUES SABLAISES 395 

déclara avoir reçu 25»^ livres ; les dépenses s'étant élevées à 
256 livres 5 sols ; mais voulant établir une balance exacte 
entre le doit et l'avoir, il faisait remise des cinq sols auxquels 
il avait droit. Le Conseil applaudit à ce désintéressement, 
remercia le trésorier, et déclara lui continuer sa confiance. 
Il ordonna que la quittance de la citoyenne veuve Bois- 
courbeau fût annexée à son compte. 

La citoyenne Servanteau, trésorière du Bureau de Charité 
de la Chaume venait de mourir. La municipalité chargea une 
commission de vérifier ses comptes, et de lui en faire un 
rapport. Il en résulta que la recette s'était élevée à 915 livres 
14 sols, et (jue la dépense n'avait pas dépassé 841 livres 10 
sols. Les caisses de l'Etat devant seules désormais pourvoir 
aux secours de la Charité, en reçurent le reliquat le 28 
thermidor (15 août). 



La malpropreté de la ville, abandonnée à l'incurie des 
habitants s'accroissait tous les jours par le défaut de toute 
surveillance. Lorsque par hasard les rues étaient balayées, 
les immondices réunies au milieu, ou relevées au long des 
maisons, en étaient rapidement répandues par les passants 
ou l'égoutdes eaux pluviales ; aussi le 6 avril 1794 le Conseil 
municipal, pressé par le comité de surveillance révolution- 
naire, avait-il dû recourir à des moyens Louveaux et plus 
efficaces. Les habitants reçurent l'ordre de balayer au moins 
trois fois par décade le pavé de leurs demeures et d'en trans- 
porter les boues et fumiers à certains lieux de dépôt soi- 
gneusement indiqués. Le premier désigné fut la place de la 
Constitution, près de la porte delà Barre. 

Le même jour, les boulangers furent requis de livrer les 
cendres de leurs fours, pour en extraire le salpêtre. Ils 
eurent ordre de les déposer dans l'une des chapelles du 
temple de la Raison. Les conseillers Fravacin et Monard 



396 CHRONIQUES SABLAISES 

furent commis à la surveillance et au règlement de ceservice. 

Le 5 floréal an II (2-4 avril 1794), le Conseil avait fait une 
proclamation pour avertir les habitants qu'il circulait des 
assignats de différenl es valeurs portant au dos, suivant le 
règlement du 2 août 1793 : Au nom du Roi : mais qu'une loi 
les ayant annulés, ceux qui les mettaient en circulation 
étaient passibles de la peine de mort. 

Ce fut le 25 germinal an II (14 avril 1794) que fut pris 
l'arrêté définitif du Conseil municipal ordonnant la création 
d'un cimetière dans la luzernièrede Vaugiraud, et prohibant 
toute inhumation en d'autres lieux. 

Le 4 prairial an II (23 mai 1794), le général Carpentier se 
présenta au Conseil municipal. Il déclara qu'entièrement 
soumis aux lois, il allait se retirer à Saumur, lieu de son 
domicile légal, et de là à Orléans, pour y vivre dans une 
retraite définitive. 

Le 5 prairial, le troisième bataillon du Cantal, fort de trois 
cents hommes arriva subitement aux Sables, et ce ne fut 
qu'avec une peine extrême que Ton parvint à lui fournir des 
Icrgements. Deux heures après son arrivée, un détachement 
nouveau, fort de cinquante hommes, formant la compagnie 
desMoustiers, apparutaussi, réclamant également un refuge. 
Toutes les maisons étaient remplies, il n'était plus possible 
d'y admettre personne. A huit heures du soir, un autre ba- 
taillon de trois cents hommes escortant un convoi, arriva 
encore de Luçon. Sa fatigue était grande, il lui fallait du 
repos, et il ne restait plus àlui offrir aucun gîte. Le tumulte fut 
à son comble, mais aucun remède ne put y être apporté. Ces 
malheureux, privés de logements, se jetèrent partout sans 
abri. Tessier et Dupleix^ les deux conseillers en permanence 
chargés de les recevoir, étaient à ce moment tellement ivres 
que leurs collègues, scandalisés, prirent publiquement une 
décision pour les censurer. 

Le lendemain (0 prairial), le Conseil reçut du représentant 
Prieur de la Marne un arrêté daté à Nantes, du 24 floréal. 



CHRONIQUES SABLAISE8 397 

par lequel les réfugiés devaient être exclus des départe- 
ments maritimes. 

Nous avons vu que le temple de la Raison était assujetti 
aux usages les plus divers. Un piquet de cent hommes y 
bivouaquait chaque jour. Il en résultait une malpropreté 
telle que le 7 prairial le commandant de place vint requérir 
le maire d'y entretenir un service convenable de nettoiement. 






Il s'était organisé dans la campagne, et surtout dans la 
commune du Ghâteau-d'Olonne^ un brigandage tel, que les 
ouvriers frappés de réquisitions refusaient de s'y trans- 
porter dans la crainte d'être assassinés. Le bois du Fléchoux 
avait acquis à cette occasion une lugubre célébrité. C'était 
là que les victimes étaient entraînées. Un personnage in- 
connu, dissimulé au centre d'un arbre creux, entendait sans 
être vu leurs réponses à l'interrogatoire qu'elles subissaient, 
et prononçait sans appel l'arrêt inexorable exécuté sans 
relard. 






L'insurrection du département avait réduit l'agriculture à 
l'état le plus lamentable. La misère qui sévissait sur toute la 
France forçait le gouvernement à recourir aux mesures les 
plus énergiquement révolutionnaires afin de procurer aux 
habitants des villes et à l'armée les bœufs que le commerce 
de la boucherie n'était plus capable de fournir en quan- 
tité suffisante. Ces moyens généraux étaient loin cepen- 
dant de satisfaire à tous les besoins. Aussi les populations 
durent-elles elles-mêmes, pour s'alimenter, recourir à une 
foule de bouchers de second ordre qui abattant clandestine- 
ment chez eux des veaux et des moutons, les vendaient 
Tome iv. — octobre, novembre, décembre 1890. 26 



398 CHRONIQUES SABLAISES 

au détail à un prix inférieur à celui da maximum. Ce com- 
merce prit bientôt une telle extension que les boucheries 
de premier ordre furent menacées de ruine^ et qu'il ne fut 
pas douteux que dans un avenir prochain la Vendée, cette 
terre promise des éleveurs de bestiaux, en serait complète- 
ment dépourvue. La ville des Sables crut alors devoir inter- 
venir ; et par une réglementation nouvelle, elle s'efforça, 
sinon de supprimer, au moins de diminuer le nombre des 
petites boucheries^ et d'enlever aux propriétaires réfugiés 
la liberté de faire abattre chez eux, et pour leurs besoins, 
les bestiaux qu'ils retiraient de leurs propriétés. 

La récolte de froment avait été fort mauvaise en 1793. Au 
mois de floréal (mai 1794) la disette se faisait pressentir de 
la manière la plus menaçante. Les moyens, pris l'année 
précédente pour arriver par les mélanges de céréales à 
diminuer autant que possible la consommation du froment, 
avaient dépassé toute limite. Les réfugiés dont les ressources 
particulières avaient une grande valeur s'étaient vus en 
grand nombre contraints d'abandonner la ville. Enfin, à 
bout de ressources, l'administration adressa aux habitants 
une proclamation patriotique pour ordonner aux proprié- 
taires, au nom de l'égalité, de déposer leur blé dans les 
greniers publics, et de se nourrir eux-mêmes du grossier 
mélange des farines dont les vrais républicains devaient 
se contenter. • 

Nous avons vu la garnison entièrement logée chez l'ha- 
bitant; mais quelquefois elle était si nombreuse que l'on 
était forcé d'en distribuer une partie dans les campagnes 
voisines ; ainsi arriva-t-il, le 5 prairial, au moment de l'arrivée 
du bataillon du Cantal : on envoya alors des officiers prendre 
leur logement chez le citoyen Boisson, fermier de l'abbaye de 
Saint-Jean d'Orbestier. 

Au premier rang des malfaiteurs doivent surtout ôtre si- 
gnalés les soldats du 110« régiment d'infanterie et les chas- 
seurs de Cassel. Chaque nuit des détachements entiers, 



CHRONIQUES SABLAISES 399 

souvent accompagnés d'un officier, parcouraient les cam- 
pagnes, enfonçaient les portes des chaumières les plus inof- 
fensives, pillaient l'argent, le linge, les vêtements des culti- 
vateurs, le blé qui devait les nourrir, tuaient ou entraînaient 
les moutons et môme les bœufs de l'étable. Si un voyageur 
traversant cette province désolée, eût demandé la cause des 
longs cris qui retentissaient dans le silence des nuits, les 
paysans lui eussent répondu : Citoyen ! ne vous arrêtez pas, 
continuez votre route ; car les volontaires sont près d'ici. 
Ils ont mis une ferme au pillage ; ce que vous entendez, 
ce sorit les plaintes étouffées des femmes outragées; ce 
sont les cris des familles au désespoir! — Certaines com- 
munes avaient ouvert des registres intitulés : Dénoncia- 
tions, destinés à recevoir les dépositions des pauvres 
paysans. La plume se refuse à reproduire tout ce qui s'y 
trouve consigné. Les archives de la ville de Saint-Gilles-sur- 
Vie possèdent sous ce rapport de lugubres richesses. Sur 
toute cette vaste étendue de terre épuisée par la guerre on 
ne voyait que des granges et étables vides, et des champs 
non ensemencés. Les bœufs, les fourrages avaient disparu, 
et de pauvres familles désolées attendaient avec anxiété le 
retour incertain de leurs chefs, requis pour traîner au loin 
sur leurs propres charrettes les différents objets indispen- 
sables aux besoins incessants de l'armée. Combien d'entr'eux 
ne pouvaient ramener leurs attelages abattus par les soldats 
qu'ils venaient de secourir ! 

Le premier soin de Dutruy en reprenant son commande- 
ment, fut d'adoucir ce régime de terreur implacable organisé 
par son prédécesseur. Les ordres les plus sévères furent 
envoyés à tous les détachements pour défendre aux volon- 
taires de tuer ou de torturer les paysans; leur enjoignant 
seulement d'arrêter et de conduire aux Sables les gens 
suspects qu'ils rencontreraient. En même temps des pro- 
clamations, répandues en grand nombre dans les campagnes, 
invitaient à rentrer pleins de confiance dans leurs demeures 



400 CHRONIQUES SABLAISES 

tous ceux qui depuis six mois les avaient abandonnées, 
leur promettant pour l'avenir une sécurité complète. (Prai- 
rial an II — mai 1794). 

De nouvelles dispositions militaires rendirent aux routes 
la sécurité qu'elles avaient perdue ; les courriers recommen- 
cèrent, le 14 prairial — 2 juin, le service régulier qu'ils 
n'avaient pu faire depuis le 28 floréal. 

Les actes militaires de Carpentier avaient été rarement 
heureux. Les insurgés, s'avançant par degrés, étaient parve- 
nus à forcer tous les postes de se replier successivement 
sur la ville, qui fut bientôt resserrée de telle sorte qu'une 
fois encore elle manquait de tout. 

On se rappelle que le 23 juillet 1793 1a Convention natio- 
nale avait ordonné que les cloches des paroisses fussent 
mises à la disposition du Conseil exécutif, à l'exception d'une 
seule, et transmises aux fonderies les plus voisines pour y- 
être transformées en canons. Ce décret, transmis aux commu- 
nes par Garât etGohier, n'avait pas encore été mis complète- 
ment à exécution. Aussi, dans ce mois de prairial, la ville 
fit-elle don à la Patrie, pour être transportées aux fonderies de 
Rochefort, de 533 livres de cuivre et 5282 livres de métal de 
cloche, 

D' Marcel Petiteau. 








'«>^ v^irr^ 7"^^^ k^V^ 7^^4 k^ »^ 





LA CONTRIBUTION 

ET LES DONS PATRIOTIQUES DE 1789 

A FONTENAY-LE-COMTE 



-40fr- 



EN vertu du décret du 9 octobre 1789, il fut demandé à 
tous les habitants du royaume une contribution du 
quart du revenu, des intérêts à 2 1/2 pour cent de 
l'argenterie et bijoux d'or ou d'argent dont ils étaient pos- 
sesseurs et de l'or et de l'argent monnayé qu'ils gardaient en 
réserve. 

Les municipalités furent autorisées à recevoir à titre de 
dépôt les bijoux, vaisselle d'or et d'argent, argenterie des 
églises et communautés dont les propriétaires consentaient 
à faire le sacrifice pour augmenter le numéraire, ou pour ac- 
quitter leur contribution patriotique. 

Un registre imprimé fut envoyé à toutes les communes 
du royaume, en exécution de la proclamation du Roi du 
14 décembre 1789. 

Or, nous avons eu récemment la bonne fortune de rencon- 
trer celui de Fontenay aux archives de la ville, et nous avons 
cru être agréable aux lecteurs de cette Revue en y relevant 
pour eux les noms des déposants et la description des 
objets déposés. En voici la nomenclature : 



402 LA CONTRIBUTION ET LES DONS PATRIOTIQUES DE 1780 

Morillon, procureur en cette ville, faisant pour M. Quéré, 
lieutenant criminel — une paire de boucles et une garniture 
d'épée, le tout en argent, estimé, — 56 livres 5 sous'. 

Une grande cuillière à ragoût — 31. 6 s. 

Daniel Robert, bourgeois, — une écuelle avec son couvercle, 
une autre sans son couvercle, un petit chandelier en argent 
— estimés — 310 1. 9 s. 

Vinet, notaire, — 2 flambeaux d'argent — 1721. 14 s. 

René Ghevallereau, lieutenant général au siège de la ville — 
une garde d'épée en argent, 3 paires de boucles — estimées 
82 1. 10 s. . 

Une fourchette à découper — 39 1. 5 s. 

J. B. Savarydes Forges procureur du Roy, — 2 couverts, 
une paire de bosettes, une croix de classe — 77 1. 14 s. une 
paire de boucles — 11 1. 3 s. une vieille pièce d'Espagne — 7 1. 
5 s. — id. de France — 41, 10 s. 

J. B Pichard de la Blanchère — 2 paires de flambeaux, 2 
goblets, un porte-huilier, une fourchette, 4 paires de boucles 
— 307 1. 13 s. un porte-mouchettes etsamouchette,une crécelle 
4 couverts, une cuillère, 3 gobelets, une tasse, un mouilloir, 
2 crochets, 2 petites chaînes — 3521. 10 s. 

M"'Branchu de Surin — 2 compotiers — 6 1. 10 s. 

Belliard, procureur, — une paire de chenets — 488 1. 

Ghandoré, avocat du Roy, — deux cuillères à soupe, deux 
id. à ragoût — 50 1. 13 s. 
Un porte-huilier avec bouchons — 194 1. 4 s. 

Bonnamy-Belle-Fontaine'. — 2 salières — 11 1. 6 s. une 
écuelle à oreilles, un porte-mouchettes, 2 boucles de sou- 
liers, une cuillère à café — 3 1. 10 s. 

« Le sieur Desvantes l'aîn'? avait été chargé de l'experti se. 
» l'ère du généraL 



LA CONTRIBUTION ET LES DONS PATRIOTIQUES DE 1789 403 

De LanglG; chevalier de saint-Louis, — une tabatière en or 
— 633 1. 17 S. 

M"' de Grimoard de la Loge, une écuelle, 2 boucles, — 101 1. 
8 S. 2 boîtes de toilette — 225 1. 

De Grimoard de Dissais et de la Loge, — une paire de 
salières, une cuillère à ragoût, — 268 1, 2 s. 

Une aiguière, une paire de bosettes, un collier de chien, 
311 1. 14 s. 

M°" de Boislambert — une écuelle à couvercle, 2 paires de 
boucles, une paire de boucles de jarretières — 33 1.4 s. — un 
porte-huilier avec bouchons, un gobelet, une tabatière, 2 
canifs, une paire de ciseaux — 257 1. 

Un manche de couteau, une paire de boucles en pierres, 
une paire de boucles de jarretières, un hochet d'enfant, une 
chaîne de montre, une paire de boucles, une autre chaîne de 
montre, une agrafe de col, 2 paires de boutons de manche, un 
crochet de col et un anneau de chaîne — 425 1. 8 s. 

Duval, trésorier de France, — une paire de flambeaux, une 
paire de boucles — 211 1. 8 s. 
Un porte-mouchettes — 53 1. 8 s. 

Jeanne Draud, veuve de Biaille de Germon, — une paire de 
boucles, une autre de jarretières — 12 1. 7 s. 

Une écuelle à queue, 2 gobelets, une paire de salières, un 
couvert — 142 1. 8 s. 

2 paires de boucles de souliers, une id. de jarretières 
une boîte ûë montre, 2 chaînes, une paire de boutons et 
autres boutons à pierre — 52 1. 16 s. 

jjme Marguerite-Armande Brisson, veuve Babin, 2 salières, 
une paire de boucles — 49 1. 10 s. 

Une paire de bosettes, un goblet, une timbale, une cuillère 
à ragoût — id. 2 cuillères à bouche, 2 à café, 2 dés à coudre — 
1321. 



404 LA CONTRIBUTION ET LES DONS P.'.TRIOTIQUES DE 1789 

M""* Draud veuve Biaille, — 2 flambeaux, 2 écuelles — 
3411.19 s. 

Parenteau du Beugnon — 2 paires de boucles d'argent, un 
ling-ot d'arg-ent brûlé — 65 1. 6 s. 

Total général en or — 588 livres, 19 s. 
— En argent — 4691 livres. 

C'est, on le voit, une nouvelle et intéressante page à ajouter 
à l'histoire de notre ville, et un ccmplément curieux à l'étude 
naguère publiée par B. Pillon sur la contribution patriotique. 

HanAEL JOUSSEAUME. 




CORRESPONDANCE 

-zséi^^sr 

I. 

A PROPOS DE PÈLERINAGES VENDÉENS 



Monsieur LE Directeur, 



J'ai applaudi de tout cœur à l'heureuse idée que vous avez eue de 
publier dans le dernier nnméro de la Revue les pages de l'ouvrage 
du R. P. Drochon, Histoire illustrée des Pèlerinages franco 
de la Très Sainte Vierge, concernant le Bas- Poitou. Je regrette 
seulement que l'auteur ait omis plusieurs lieux de pèlerinage de notre 
Vendée aussi intéressants et aussi fréquentés que la plupart de ceux dont 
il nous donne l'historique ou la légende ; entre autres Notre-Dame de 
Bourdevert, Notre-Dame de Miséricorde, Notre-Dame des Lues, Reine des 
Martyrs etc. . . 

— Notre-Dame de Bourdevert, en Saint-Gervais, voyait encore, le 8 sep- 
tembre dernier, plusieurs milliers de pèlerins, maraichins et bocageons, 
prosternés à ses pieds et unis dans un même amour et une même prière. 
Voici en deux mots son histoire. 

Suivant la tradition, d'accord en cela avec les dénominations de cer- 
tains lieux du pays, comme V Ile-Boisseau, le Pas-de-VIle, les Salines, le 
Puits Salé etc., les eaux de la mer couvraient jadis une partie du territoire 
de Saint-Gervais, au nord, entre la Chapelle de Bordevert et la ligne dite 
de la Riveqm se prolonge jusqu'à Machecoul. Or d'après une première 
version, de pauvres marins, surpris par la tempête dans ces parages, 



406 CORRESPONDANCE 

vinrent échouer sur cette i?ù'e OU ce bord et ne durent leur salut qu'à la 
protection de celle que l'Eglise invoiue sous le nom si charmant d'Etoile 
delà tner. La chapelle de Notre-Dame de Bourdevert, ou mieux Bord-de- 
Vert, sur la rive du marais, aurait été bâtie en reconnaissance de cette 
délivrance miraculeuse et ne serait elle-même qu'un ex-voto des pauvres 
naufragés. 

D'autres racontent différemment son origine, et cette seconde légende, 
pour être plus simple encore que la première, n'en est pas moins pieuse, 
ni moins poétique Ils disent que le vénérable sanctuaire de Notre-Dame 
serait dû à la dévotion privée d'un bon fermier de la Fouilonnière à qui 
la sainte "Vierge apparut dans un buisson. L'heureux paysan commença 
par bâtir, au lieu même de l'apparition, une petite grotte rustique oîiil 
déposa l'image de sa protectrice et qu'il orna de fleurs des champs. 
Qi-elque temps après, le bruit du miracle s'étmt répandu aux alentours 
attira à la petite grotte quelques âmes dévotes à Marie qui construisirent 
une chapelle. Et cette chapelle, agrandie et inaugurée en 1715, est devenue 
aujourd'hui le but d'un pèlerinage cher à tout le marais septentrional de 
la "Vendée. « On y vient, chaque année, virer des voyages, comme à 
* Garreau, dit M. l'abbé Pavageau dans le compte ren^u du pèlerinage du 8 
<< septembre dernier; les mères surtout l'affectionnent particulièrement et 
■< il n'y a pas, dit-on, dans la contrée avoisinante, un seul enfant qui ne 
« soit allé exercer ses premiers pas à l'autel de la bonne Vierge et de- 
« mander, par l'entremise de sa maman, de bien marcher un jour ausen- 
« tier du devoir et du paradis. » 

— Un autre but de pèlerinage, moins connu peut-être parce qu'il est plus 
circonscrit, estcelui de Notre-Dame de Miséricorde, à la Chapelle -Palluau. 
Une guérison miraculeuse lui a donné naissance dans les circonstances 
suivantes. 

Une jeune personne, nommé Feniotte, avait le sein rongé par un 
cancer. Mais, vu son âge et la force de son tempérament, les médecins 
consultés avaient déclaré que son état n'offrait rien d'alarmant, qu'il n'y 
a"ait rien à craindre, tant que la tumeur ne s'ouvrirait pas. Cependant, 
à me.sure que le mal intérieur étendait ses ravages, la jeune fille ressen- 
tait des douleurs plus vives et ses souffrances se manifestaient extérieu- 
rement par la pâleur et l'amaigrissement de son visage : elle ressemblait 
à ces tendres fleurs qui, après avoir brillé quelque instants, se fanent et 
s'étiolent promptement, parce qu'un ver lésa piquées. 

Un jour qu'elle gardait ses agneaux dans un champ voisin du bourg, au 
sommet du coteau qui domine la Vie, elle ressent tout à coup comme un 
déchirement insolite qui se produit dans son sein gauche. Elle entr'ouvre 
instiuctement ses vêtements, soit dans l'espoir de soulager la douleur qui 



CORRESPONDANCE 407 

la tourmente, soit pour constater l'état de sa plaie ; mais en la voyant elle 
pousse un cri de détresse ; le sang coulait abondamment par une large 
ouverture d'affreuse apparence. Feniotte se rappelle alors la parole du 
médecin. « Je suis perdue ! s'écrie-t-elle en tombant à genoux ; ô Notre- 
Dame de Miséricoi'de, ayez pitié de moi et venez à mon secours I » Sa 

prière était à peine achevée qu'une Dame radieuse lui apparaît 

C'était la bonne Vierge, la Mère de Miséricorde qu'elle venait d'invoquer... 
Marie la consola par des paroles toutes remplies d'une tendre et compa- 
tissante affection et la laissi, en la quittant, entièrement guérie 

Une simple croix de pierre fut d'abord élevée à l'endroit du miracle. 
Cette croix a été plusieurs fois renouvelée depuis : celle qu'on y voit au- 
jourd'hui porte la date de 1342 et a été élevée par la famille Gaudin dont 
le nom est gravé sur sa base. 

Mais à la Chapelle-Palluau, où le culte de la Très Sainte Vierge a 
toujours été fort en honneur, on ne se contenta pas de cet ex-voto. Une 
vaste chapelle fut bâtie dans la suite, non loin de là, par la piété recon- 
naissante des paroissiens, sous l'invocation de Notre-Dame de Miséricorie. 
C'est actuellement la chapelle du Calvaire, anciennement dite des Ormeaux. 
Elle fut construite en l'année 1762, comme en font foi deux inscriptions 
gravées sur la pierre et placées au chevet du monument de manière 
qu'elles puissent être lues par les passants et les voyageurs qui suivent la 
grand'route de la Chapelle-Palluau à Aizenay. Chaque inscription se 
compose d'un distique français. 

La première est surmontée de l'ancien monogiamme de la très sainte 
Vierge formé de trois lettres MRA. unies au-dessus par un trait et ac- 
compagnées de deux cœurs renversés : 

« Si le nom de Marie en ton cœur est gravé 
« Passant, ne manque pas de lui dire un Ave. » 

Et par dessous on lit : Mai 1762 — Ave Maria. 

La seconde est surmontée du monogramme du Christ I H S dont la 
lettre H est ornée d'une croix et de trois fleurs de lis, et qui est accosté 
à gauche de trois clous et, à droite, d'un coq chantant : 

« Respecte près d'ici Vinstrument des bourreaux 
« Où pour toi Jésus -Christ a souffert tant de maux. » 
Mai 1762. 

L'intérieur de la chapelle n'offre rien de remarquable au point de vue 
architectural : c'est une vaste pièce rectangulaire plafonnée proprement 
et bien éclairée. L'autel est surmonté d'une statue moderne de la Sainte 



408 CORRESPONDANCE 

Vierge. De chaque côté, deux tableaux attirent le regard. Le peintre y a 
représenté d'une façon assez correcte la scène du miracle racontée plus 
haut. On y voit, d'une part, la jeune bergère à genoux au milieu de son 
troupeau, montrant avec une angoisse visible son sein découvert à la 
Vierge, souriante qui l'enveloppe d'un long regard d'amour et lui accorde 
sa guérison. D'autre part, Feniotte, guérie miraculeusement d'un mal 
réputé incurable, apparaît à genoux au pied d'une petite colonne qui 
supporte l'image de sa bienfaitrice : c'est l'action de grâce après le bienfait 
reçu. 

Nous ne saurions dire si d'autres grAces semblables ont été obtenues en 
ce lieu par l'intercession de Notre-Dame de Miséricorde ; tout ce que 
nous savons, c'est que la lampe suspendue devant l'autel est un ex-voto. 

La chapelle des Ormeaux fut brûlée et saccagée pendant la Révolution ; 
mais elle fut promptement restaurée dans les premières années de notre 
siècle. Cette restauration était complètement achevée en août 1824 et la 
bénédiction du sanctuaire eut lieu le 15 novembre de la même année. 

Voici la teneur du double procès-verbal rédigé à cette occasion par 
lequel se trouve confirmée la tradition du miracle. 

€ Aujourd'hui, quinze août mil huit cent vingt-quatre. 

€ Nous soussigné, desservant de la paroisse de la Ghapelle-Palluau, 
« après avoir recueilli le témoignage des plus anciens de notre paroisse 
« sur le fait du miracle qui fut cause de l'érection d'une chapelle dite 
« des Ormaux (sic) sous l'invocation de Noire-Dame de Miséricorde et 
« maintenant dans l'enceinte du calvaire ; après avoir examiné avec toute 
« la prudence qu'exige le cas et reconnu par des témoignages non suspects 
« l'authenticité du miracle opéré par l'intercession de la Sainte Vierge 
« sur la personne de la nommée Feniotte, lequel miracle fut constaté 
<t dans les temps par procès-verbal en due forme et par un monument 
« que l'impiété et l'anarchie ont détruit de nos jours ; désirant conserver 
« la connaissance d'un miracle aussi bien prouvé, nous avons formé le 
t projet de réédifier ladite chapelle sous l'invocation de la Très Sainte 
« Vierge et d'y faire revivre le tableau tel qu'il était avant la Révolution, 
€ où on voit la personne ulcérée d'un cancer qui prie en gardant ses 
• moutons, la sainte Vierge qui lui apparaît, lui promet et lui donne sa 
€ guérison. » 

Le procès-verbal est signé : Baretau, 71 ans ; Dodin, ■'18 ans ; Violleau, 
69 ans ; Chiteigner, 68 ans ; Louis Orceau, GO ans ; lîaynaud, 52 ans ; 
Maillet, 66 ans ; Joutaneau ; Bourdin, 67 ans ; La Bricou, veve (pour 
veuve) Esnard, 67 ans ; Elle Goupprie, 54 ans ; Périne Raynaud, 66 ans ; 
Chauvreau, 63 ans ; Gilardeau, maire, 65 ans. 

Suit le procès-verbal de la bénédiction : 



CORRESPONDANCE 409 

« D'après l'autorisatioa à nous accordée par Monseigneur l'Evèque de 
t Luçon, nous avons bénit ladite chapelle avec les cérémonies prescrites 
« parle Rituel. En foi de quoi nous avons signé, à la Chapelle-Palluau, 
« le quinze novembre de l'an mil huit cent vingt-quatre. » 

Daumaille, curé de Palluau — Jagueneau, curé de Froidfond — Roy, 
curé d'Aizenay — Cocard, desservant de Falleron — Dannebons, des- 
servant — Micheneau, vicaire au Poiré — R. Menoust, missionnaire de 
France — Bertrand G. vicaire d'Aizenay B. C. — Bruneteau, prêtre. 
curé de ce lieu. » 

Pour la légalisation des signatures ci-dessus. 

GiLARDKAU, maire, ( timbre de la mairie)^. 

Le 11) janvier 1825, M^"" Soyer, évêque de Luçon, accordait bénévo- 
lement au desservant de la Chapelle-Palluau et à ses successeurs la per- 
mission de célébrer ou de faire célébrer les saints mystères dans le 
sanctuaire de Noire-Dame de Miséricorde. La lettre d'approbation épisco- 
pale qui se voit encore à la sacristie de ladite chapelle est, elle-même, 
un confirmatur du fait qui motiva sa construction et sa restauration. 
Elle est signée René -François, évêque de Luçon, et contresignée 
Lecomte. 

La pieuse chapelle des Ormeaux continue d'être le rendez-vous des per- 
sonnes pieuses de la chapelle- Palluau et des environs. Elle est très fré- 
quentée, surtout au mois de mai et les jours de fêtes de la Très Sainte 
Vierge. 

— Le R. P. Drochon a omis aussi de mentionner le pèlerinage de 
Notre-Dame des Lues, Reine des Martyrs. 

L'histoire de ce sanctuaire a été écrite avec verve et talent par M. l'abbé 
Jean Bart, ancien curé des Lues ; nous ne la referons pas ici. I/auteur 
de V Histoire des Pèlerinages français de la Très Sainte Vierge eût trouvé 
dans cet opuscule assez répandu quelques traits édifiants qui auraient 
fait vibrer dans le cœur de ses lecteurs la fibre patriotique et chrétienne'. 

— A côté du pèlerinage de Notre-Dame de la Salette, à Martinet, qui 
vient à peine de naître d'un sentiment de noble et pieuse émulation pour 
la plus grande gloire de Marie, nous aurions été content de voir figurer 
aussi Notre-Dame de la Salette do Treize- Septier s dont la petite chapelle 
recevait aussi jadis des processions chantantes et fut, un jour, témoin 
d'une guérison miraculeuse opérée par la Sainte Vierge sur un petit 

♦ Archives de l'église de la Chapelle-Palluau. 

5 La Chapelle de Notre-Da})ie des Lues, Reine des Martyrs par l'abbé 
eanBart, curé des Lues. Nantes. Libaros, libraire-éditeur, 1874. 



410 CORRESPONDANCE 

enfant de trois ans nommé Augustin Libaud'. Notre-Dame de la Saîetle de 
Ghavagnes-en-Paillers et Noire-Dame de la Salelte des Bioazils, quoique 
plus humbles que celle la Rabatelièré, auraient eu peut-otre aussi 
quelques droits à n'être pas oubliées. 

II y a également bien d'autres chapelles dédiées à la Très Sainte 
Vierge qui sont, dans notre Vendée, le rendez-vous de ses dévots ser- 
viteurs et dont la nomenclature eût été à sa place à la fin des pages con- 
sacrées à notre pays dans la pieuse galerie du R. P, Drochon. Cdons Notre- 
Dame de Pitié, àGrand'Landes; Notre-Dame du SaintRosaire, àlaBrufûère, 
Notre-Dame de Don Secours, à Saint-Laurent-sur-Sèvre ; et, Notre-Dame de la 
Meule.k l'Ile d' Yeu; à titre de souvenir, Notre-Dame des Herbiers ou de la Ven- 
dée au sommet de la butte des Alouettes dont la première pierre fiitposée, 
en 1823, par la fille de Louis XVI, Marie-Thérèse, duchesse d'Angouléme, 
et qui n'a jamais été achevée., etc, etc. Mais ce serait peut-être une 
nomenclature interminable, car c'est à chaque pas qu'on trouve des monu- 
ments élevés à la gloire de Marie sur la terre vendéenne dont elle est la 
patronne spéciale. 

— Après avoir dit ce que nous aurions désiré trouver dans les pages 
d'ailleurs très intéressantes du R. P. Drochon, nous sera-t-il permis 
de dire aussi en quelques mots ce que nous avons regretté d'y voir? 

Notre observation porte principalement sur l'origine du pèlerinage de 
Notre-Dame-de-Garreau , à la Chapelle-Hermier. 11 est au moins étrange 
que, tout en se défendant de vouloir se prononcer pour une opinion ou 
pour un autre, l'auteur vienne servir à ses lecteurs, en les assaisonnant 
seulement de quelques peut-être, les affirmations de M. l'abbé Pontdevie 
qu'il estime être un guide sûr et auquel il est loin de contredire. Quant à 
la réfutation motivée que nous en avons faite ici même, dans la Revue du 
Bas-Poitou,* il se contente d'y faire allusion en termes tlatteurs pour 
nous, mais sans en tenir aucun compte. Si le R. P. nous avait fait 
l'honneur de nous relire, il lui eût été facile, d'après nos preuves, de 
voir que l'historien de Garreau a fait fausse route en prenant ses utopies 
pour des réalités. 

Après tout, libre au R. P. Drochon de dire tant qu'il voudra, après 
M. l'abbé Pontievie, que la pierre du Jaunay est un fragment ou un 
souvenir de quelque vieil Hermès Gaulois dont le nom se retrouve, dit-on, 
dans la désignation du bourg ; que le culte de Marie, à Garreau, fut 
greffé par les premiers apôtres du pr,ys sur les superstitions payennes 

' Le récit de cette guérison se trouve à la (in de l'opuscule publiée par 
M. l'abbé Lussagnet et M. l'abbé P. Guibert secrétaire de Mk'' Baillés, à leur 
retour d'un pèlerinage à la Salette (p 95) Lucon. Bideaux, 1853. 

' Livraison de mars 18'J0. 



CORRESPONDANCE 411 

mais il n'en demeure pas moins vrai que c'est là une opinion de savant 
en contradiction avec l'histoire et la tradition chrétienne. 

Nous ne referons pas ici cette démonstration : elle a été faite et il n'y 
pas été répondu. Nous ajouterons seulement que nous avons découvert, 
depuis, une nouvelle autorité en M. l'abbé Aillery, le savant auteur du 
Fouillé de Lur.on, dont M. l'abbé Pontdevie publie en ce moment les 
intéressantes Chroniques paroissiales. Personne ne refusera de recon- 
naître sa compétence dans la question qui nous occupe. Or, quand il 
nous donnera la chronique de la Ghapelle-Hermier, à moins d'être un 
faussaire, l'historien de Garreau devra publier un texte d'où non- 
seulement ses interprétations fantaisistes de la légende sont écartées, 
et pour cause, mais qui va directement contre sa thèse et confirme la 
nôtre. Quand ce texte nous est tombé sous les yeux, naguère, nous nous 
sommes réjoui de nous être trouvé, sans le savoir, en communauté de 
sentiment avec le prêtre érudit à qui notre histoire religieuse est tant 
redevable. 

Si le R. F. Drochon préfère les interprétations de M. Pontdevie à celles 
de M. Marchegay, de M. l'abbé Aillery et de toute la tradition populaire 
et chrétienne, il est bien libre, encore une fois, mais il ne trouvera pas 
mauvais, nous l'espérons, que nous nous inscrivions en faux contre ses 
assertions déguisées. Nous ne cherchons et nous ne voulons en tout cela 
que le triomphe de la vérité. 

L'abbé H'^ Bûutin. 



II 

Les Sables-d'Olonne, 2 novembre 1890. 
Monsieur le Rédacteur, 

Je viens de lire la troisième livraison de la troisième année de la. Revue 
du BaS'Poilou, et j'ai remarqué qu'une erreur de date s'est glissée dans 
une note à la page 286, concernant Pierre Jousson, administrateur du 
district de Ghallans, élu le 6-7 septembre 1701 suppléante l'Assemblée 
législative : 

Cette note est ainsi conçue : 

« 4. — Jousson devint ensuite volontaire des chasseurs de la Vendée 
a et fut tué par les rebelles à Aizenay le 2 octobre 1793. » 

Je ne sais pas où l'auteur de la note a trouvé cette date, il a dû la 
prendre dans un document erroné. — Je possède, en effet, dans des papiers 



412 CORRESPONDANCE 

de famille un certificat, sur papier au timbre de l'époque, constatant que 
Pierre Jousson a été tué à Aizenay le 11 septembre 1793. 

Voici la teneur de ce certificat que je transcris littéralement : 

« Nous, officiers de la compagnie des chasseurs à cheval de la Vendée, 
« soussignés, certifions et attestons à tous ceux qu'il appartiendra que le 
€ citoyen Jousson a cervis dans notre compagnie pendant lespace de 
« trois mois et qu'il sy est comporté en vrai Républiquain et Brave soldat 
« et quil ny a que sa trop grande Bravoure qui a été cause quil a été tué 
c par les Brigands à laffaire d'esenay qui a eus lieu le 1 1 du mois de 
« septembre dernier vieux stil. 

« C'est pourquoi nous avons délivré à la veuve le présent pour lui 
« servir et valoir de ce que raison. 

€ Challans le vingt-six tloréal, deuxième année Rep. 

« (Signé) Jacques Bastard jeune, capitaine, G.Feuvre, l'aîné lieutenant, 
€ J. Ganachaud sous-lieutenant. » 

La veuve de Pierre Jousson s'appelait Géleste-Perrine GroUeau et 
demeurait à Apremont. 

Elle était fille de Joseph Gilbert GroUeau, receveur des domaines du 
Roi au bureau d'Apremonten 1765, et de Perrine Dorion. 

Elle a laissé deux filles : 

L'aînée, Justine-Rosalie Jousson, épouse de François- AugusteRegnauld- 
RifTaudière, propriétaire à Apremont, lesquels ont eu deux enfants : 
Auguste et Victor. — Victor est décédé jeune encore avant ses parents : 
et Auguste, après avoir été pendant plusieurs années notaire aux Lues, 
s'était retiré, à la mort de son père et de sa mère, à Apremont, ovi il est 
décédé célibataire. 

La seconde fille, Zélie-Joséphine Jousson, s'est mariée en janvier 1814 
à Jean-Angustin-JérômeMassé, propriétaire à l' Aiguillon-sur- Vie ;elle y est 
décédée veuve et sans enfants le 10 mars 1887. 

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de mes sentiments 
distingués. 

Letennbur. 

Conservateur des hypothèques en retraite 



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CHEZ NOS VOISINS 



m. 

UNE EXCURSION AU PAYS SAINTONGEOIS 



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Monsieur le Directeur, 

E vous adresse le compte rendu de l'excursion annuelle de la 
Commission des Arts, faite le 19 juin dernier dans l'arron- 
dissement de Jonzac. 
Le point de réunion était à la gare de cette ville . 
Le train arrive vers neuf heures. Une nuée d'excursionnistes, 
venant de tous les côtés du département, débarque à la station. On 
se compte, il se trouve quarante-cinq sociétaires réunis sous 
la présidence de M. Musset. L'élément féminin y est parfaite- 
ment représenté par douze charmantes dames, — j'allais écrire 
douze héroïnes — car il faut être vraiment courageuse pour braver 
la chaleur et affronter les fatigues d'une longue journée en voiture. 

La première halte se fait à la Maladrerie de Saint-Simon de 
Bordes, qui n'est plus aujourd'hui qu'une modeste cabane servant 
d'étable. D'après un savant mémoire, lu à la Commission des Arts, 
dans la séance du 26 juillet 1883, par M. l'abbé Létard, les Mala- 
dreries où Léproseries étaient, à l'époque du moyen âge, des 
maisons de secours destinées aux malheureux qui étaient atteints 
de la lèpre, affection fort commune aux XI II" et XIV« siècles, et pro- 
bablement importée d'Orient au temps des croisades. Au-dessus 
de la porte d'entrée on lit péniblement la date de 1481. 

Le second arrêt a lieu au château de Saint-Simon de Bordes. Mais 
hélas nous ! n'y trouvons que des ruines ! ! ! ! Cette construction 
bâtie vers la fin du siècle dernier, d'après les plans de l'architecte 
Louis, a été victime l'année dernière d'un incendie dû à l'impru- 
dence des domestiques du comte de Dampierre, propriétaire actuel 



414 CORRESPONDANCE 

de ce château , On pénètre dans la cour par un magnifique portail 
en fer forgé surmonté d'une couronne de n^irquis. En face se 
dressent les restes du castel, encore grandioses, malgré leur déla- 
brement. Nous sommes en plein style Louis XVI. Les tourelles 
sont remplacées par deux pavillons avec fronton rectiligne. De 
chaque côté, la cour d'honneur est séparée des servitudes par une 
balustrade à colonnettes qui va se relier à la porte d'entrée*. 

Mais déjà notre président a donné le signal du départ. Quelques 
minutes après nous arrivons au chef-lieu de la commune, dont 
l'église mérite une attention particulière. Cet édifice peut, en effet, 
remonter au XIII" siècle. Beau portail roman surmonté d'une fenêtre 
de même style, avec faisceau de piliers du plus bel effet. Les 
fenêtres accusent à l'extérieur l'époque de transition. 

Nouvel arrêt à Agu délie. L'église cette fois ne mérite qu'une 
très courte mention. On y retrouve quelques motifs d'archi- 
tecture romane. Dans l'intérieur, une statue fort ancienne de saint 
Eutrope, jadis dorée, mais actuellement complètement dépourvue 
de toute ornementation. Le reste est à l'avenant. Jamais proverbe 
n'avait dit si vrai : « Pauvre comme Véglise cVAgudelle. » 

La dernière station avant Mirambeau est Allas-Boccage. Le pays 
que nous parcourons depuis Jonzac est charmant par la variété de 
son aspect. Tantôt nous traversons des bois épais, tantôt nous 
franchissons des plaines, naguère plantées de vignes et aujourd'hui 
pourvues de maigres céréales. Le parc de M. de Moneys, qui habite 
une ancienne gentilhommière voisine, nous conduit à l'église d'Alias. 

Cet édifice religieux ressemble beaucoup à celui de Saint-Simon. 
Le portail est moins élevé et l'arcature romane placée au dessus, 
moins bien conservée. Nous remarquons à l'intérieur une superbe 
cuve baptismale, de forme octogonale et agrémentée de colonnettes. Le 
bénitier mérite aussi d'être signalé. Reposant sur une pierre de 
taille, élevée d'un mètre, il est ornementé sur trois côtés. Les sculp- 



' Le premier propriétaire de ce château avait été Charles du Chailleu, 
seigneur de Saint-Simon et autres lieux, gouverneur de Saint-Domingue. 
Pendant la tourmente révolutionnaire, il fut vendu comme bien national, 
moyennant une paire de bœufs et deux chapons, puis il passa à M. Blanc, 
qui le vendit au baron de Lajus, chambellan de Napoléon III. En 1870, le 
comte de Vallée, propriétaire dudit château, par suite de son mariage avec 
M"« de Lajus, le céda à la bnronne de Dampierre, veuve de M. Roger de 
Dampierre, premier secrétaire d'ambassade à Lislionne. Depuis quelques 
années, il appartenait à son fils le baron Roger de Dampierre, marié depuis 
peu à une mexicaine M"e Etcheguren. 



CORRESPONDANCE 415 

tures appartiennent au style ogival flamboyant avec des médaillons 
représentant un dessin eflfacé par le temps, puis un autre montre 
l'image du soleil. Sur la principale face, on distingue deux anges 
soutenant un écusson chargé de la colombe inspiratrice. En sortant 
de l'église, une inscription latine placée sur un des murs de gauche 
de la porte dentrée fixe mon attention. Elle rappelle que l'église a 
été construite par Ramnuffe, recteur de cette paroisse et décédée 
en 1261. J'ai remarqué que les trois églises de Saint-Simon de Bordes, 
d'Agudelle et d'Allas-Bocage, avaient été construites vers la même 
époque, et, signe caractéristique, le maître-autel est tourné vers 
l'Orient, en même temps que le vaisseau opère une légère incli- 
naison symbolique de l'axe, en souvenir du corps de N. S. .J.-C. 
sur la croix. Quelques excursionnistes sont en retard, retenus par 
une forte discussion archéologique. Enfin ils arrivent au lieu du 
rendez-vous, accueillis par les clameurs générales du reste de la 
bande car il est près de midi et ventre affamé rCa pas d'oreilles. 

Quatre kilomètres nous séparent encore de notre déjeûner 
qui doit avoir lieu à Mirambeau. Après avoir dépassé deux 
ou trois hameaux sans importan<>e, nous gravissons une forte 
côte, puis, rendus sur la crête de la colline, une vaste étendue 
de territoire se développe devant nos regards émerveillés. La 
Gironde se montre à l'horizon avec ses eaux sablonneuses, puis à 
perte de vue, on distingue Royan avec ses maisons blanches et les 
rives vertes du Médoc. Le château de M. le comte Duchâtel s'élève 
sur le bord de la route, à l'entrée du bourg de Mirambeau. Nous 
aurons occasion d'en reparler tout à l'heure. 

Le festin terminé, la caravane se remet en effet en marche pour 
aller visiter ce magnifique castel. Une barrière fort modeste donne 
accès dans un parc immense qui recouvre les fossés de l'ancienne 
forteresse du moyen âge. En 1346, le château de Mirambeau fut 
pris après un siège opiniâtre par le comte de Derby, lieutenant du 
duc de Lan castre. ^^IJjlant les guerres de religion, l'armée calviniste 
commandée par le prince de Condé, voulant châtier son féal le baron 
de Mirambeau, suspecté d'être passé à rennemi, vint assiéger le 
château, mais Condé fut obligé de céder, en voyant arriver l'armée 
du duc de Mayenne. 

Il y a quelques années, un incendie ayant en partie détruit la 
demeure de Louis-Philippe, sa veuve l'a fait reconstruire avec une 
richesse, une magnificence, une somptuosité indescriptibles. Sur la 
porte d'entrée, nous relevons cette inscription « Bienveillance et 
liberté ». Cela est d'un bon augure ; malgré l'absence du châtelain, 
nous sommes en effet admis à visiter cette demeure princière. 



416 CORRESPONDANCE 

• Elle consiste en un vaste parallélogramme avec deux ailes en 
saillie. Le côté droit (probablement le reste de la construction pri- 
mitive), est orné de sculptures du style ogival flamboyant. La 
partie gauche, de même style, mais toute moderne, renferme une 
porte ressemblant à l'entrée des anciens monastères, tandis que le 
centre est agrémenté de dessins rappelant l'époque de la Renais- 
sance. Les fenêtres sont garnies de meneaux. 

La première pièce visitée est la salle à manger, dont l'ameuble- 
ment est splendide et les murs ornés de tapisseries des Gobelins ; 
puis on passe dans la salle de billard, pour se rendre ensuite à 
une immense galerie pouvant être comparée au plus somptueux 
atrium des temps antiques et renfermant, de distance en distance, 
des piliers à cannelures du plus gracieux effet. Le salon particu- 
lier du maître de céans est un véritable musée, avec ses tableaux 
de maîtres de l'ancienne école flamande et ses babuts antiques. 

Le premier étage est aussi richement meublé, mais les deux styles 
prédominants sont le Pompadour et le Premier Empire. La 
bibliothèque occupe toute la façade donnant au midi du château. 
Vue splendide s'étendant sur les eaux de la Gironde et sur les cam- 
pagnes du Médoc. On aperçoit le clocher du Petit-Niort, localité 
célèbre parla rencontre en 1195 de Philippe-Auguste et de Richard 
Cœur-de-Lion. L'entrevue aboutit à la paix entre ces deux mo- 
narques. Les volumes de cette bibliothèque se comptent par milliers ; 
un très beau buste en marbre blanc, représentant le comte Duchàtel, 
père du propriétaire actuel, surmonte la cheminée. 

Bref, il est près de quatre heures, quand nous quittons ce palais 
des fées. 

La route de Saint-Genis, où nous entraînent nos véhicules, 
remonte vers le nord, à travers un pays plat qui n'a rien d'attrayant. 
Après avoir traversé le village du Pérou, nous arrivons à Nieul- 
le-Viroul. Deux monuments méritent la peine d'être visités : 
l'église et une très belle croix hosannière. 

Le bourg de Nieul a été notre dernière station avant le château 
de Plassac. L'aspect du pays change radicalement : après le village 
de la Bergerie, nousparcourons des bois taillis environnant le castel 
de la Tenaille. D'après nos compa.'^nons de route, il y a une très 
belle chapelle du XIl" siècle, style romano byzantin, ayant appartenu 
avant hi Révolution à la communauté des Bénédictins. Malheureu- 
sement l'heure est trop avancée pour l'aller visiter. 

Voici enfin le château de Plassac, vaste construction datant de 
1775, et édifié d'après les plans de l'immortel Louis, architecte du 



CORRESPONDANCE 417 

théâtre de Bordeaux. Toutes les voiturôg rentrent dans la cour 
d'honneur et s'arrêtent devant le perron, occupé par le maître delà 
maison, saluant gracieusement chaque excursionniste. 

On nous tait tout d'abord pénétrer dans un magnifique vestibule, 
partageant la construction en deux parties égales et formant le pa- 
villon central. Quatre larges portes donnent accès sur cette large 
pièce, garnie de divans, de consoles, de glaces entre lesquelles sont 
ac olés des écrins renfermant les médailles obtenues dans les con- 
cours par M. le marquis de Dompierre, président de la Société des 
Agriculteurs de France. Au sommet du vestibule, se remarque une 
très belle balustrade en fer forgé, et sur le mur, deux peintures 
décoratives représentant François I*"" et Henri IV. Pendant la Révo- 
lution, ces deux portraits avaient été entièrement badigeonnés, par 
crainte de la Terreur. Le propriétaire actuel, en faisant, il y a 
quelques années, des réparations, a eu la bonne fortune de faire 
cette découverte. 

Le temps et l'espace me manquent pour faire une description 
complète de ce château. Je me contenterai de citer la galerie de ta- 
bleaux, la bibliothèque, et quelques chambres ornées de curieux 
meubles antiques. J'aurais mauvaise grâce à ne pas mentionner 
également l'exquise amabilité avec laquelle le marquis de Dampierre 
reçoit ses hôtes. 

On se rend ensuite à la Tour du Pellerin, seul vestige de l'ancien 
château féodal, servant dans l'origine de porte d'entrée. Le pont- 
levis n'existe plus. M. de Dampierre nous fait voir la fenêtre par 
laquelle un gentilhomme, gendre de la dame du lieu, parlementait 
avec celle-ci, après s'être emparé du château pendant l'absence de 
sa belle-mère. J'ignore s'ils ont fait la paix. 

En consultant les documents relatifs à cette motte féodale, je re- 
trouve une charte datant du 10 août 1370, par laquelle le château 
de Plassac est donné à Jean de la Personne, vicomte d'Aulnay, par 
Jean, duc de Berry, pour le dédommager des pertes que son vassal 
avait essuyées pendant sa lutte contre les Anglais. En 1571, ce ma- 
noir passa entre les mains du duc d'Epernon. Depuis le dix-sep- 
tième siècle, il appartient à la famille de Dampierre. 

Un vaste terrain vague entoure le château. C'est là qu'étaient na- 
guère les anciennes douves. D'après la chronique, le château actuel 
remplace celui du moyen âge. Un pont en pierre relie les apparte- 
ments du rez-de-chaussée au splendide parc, qui n'a pas moins de 
quatre-vingt-deux hectares de superficie, le tout clos de murs. Il ne 
nous est pas permis d'en goûter longtemps les charmes ombreux ; 



418 CORRESPONDANCE 

car la cloche du château nous appelle à la salle à manger où nous 
attend un lunch merveilleusement servi dans une magnifique vais- 
selle aux armes de la maison : d'argent aux trois mâcles de sable. 

Mon voisin de table me fait remarquer que ce sont les armes du 
célèbre Bavard. Le héros de Romagnano n'a, en effet, laissé comme 
héritiers que deux filles , dont l'une épousa un Dampierre au 
XVI» siècle. Dans la science héraldique, les m.lcles signifient sagesse, 
constance et gracieuseté : la tradition s'est perpétuée dans la fa- 
mille et l'accueil cordial qui nous est fait suffirait à le prouver. 

Mais déjà 8 heures sonnent. Dans le lointain, le cri strident de la 
locomotive se fait entendre. Nous regagnons à la hâte la station de 
Mosnac, après nous être donné rendez-vous les uns les autres à 
l'année prochaine. 

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma consi- 
dération distinguée. 

Ed. du Trémond. 




CHRONIQUE 



SouciEix de rendre hommage à la mémoire de nos grands hommes, 
le Conseil municipal de Fontenay vient de décider à l'unanimité 
que le profil de seize d'entre eux serait reproduit en médaillons 
sur la façade du nouveau collège communal. 
Voici la liste des seize élus : André Tiraqueau, Sébastien Collin, 
Barnabe Brisson, François Vièle, Nicolas Rapin, Jean Besly, Julien Col- 
lardeau, Malhurin- Jacques Brisson, le chevalier de la Coudraye, le curé 
Ballard, le général Àuguslin Belliard, Rabelais et Pierre Lamy, et enfin 
Benjamin Fillon. 

M. 0. de Rochebrune a proposé que ce travail soit confié au sculpteur 
vendéen Guitton, et il y a lieu d'espérer que la Municipalité se rangera 
à cet avis. 

Les découvertes succèdent aux découvertes dans le tènement des 
Terres-Noires, commune de Saint-Sigismond. De nouvelles sépultures 
viennent, en effet, d'y être relevées : les unes appartenant à l'époque 
gallo-romaine, d'autres à l'époque mérovingienne. Dans les premières, on 
a trouvé de nombreux débris de poteries et un magnifique vase en verre 
de forme rectangulaire, dans le genre de ceux rencontrés à la villa de 
Saint-Médard, près Fontenay. 

On a également trouvé dans le port de la Corne de Maillezais, à 2m. 50 
de profondeur, sous la couche de bris, les andouillers d'un cerf de tr.ille 
gigantesque. Un des bois a été déposé au musée de Niort. 

Le vandalisme est malheureusement chose trop fréquente dans notre 
pays, pour que nous n'ayons pas grand plaisir à signaler les actes con- 
servatoires dont les monuments vendéens sont parfois l'objet. C'est ainsi 
que nous sommes heureux d'enregistrer la restitution nouvelle que 



420 CHRONIQUE 

MM. Beziau, Petit et Rousse, fabricants de fromages, au Poiré de Vel- 
luire viennent de faire à l'ancien château du Ghâtellier-Barlot. Grâce 
à leurs soins intelligents, une nouvelle tour a été relevée de ses ruines, 
et nous ne désespérons pas de voir revivre, un jour ou l'autre, cette 
demeure tout entière, telle que l'avait conçue l'architecte du XVI» siècle. 

Echos des ateliers vendéens. 

Notre éminent collaborateur, M. de Rochebrune. vient de mettre la 
dernière main à une nouvelle et très-remarquable eau-forte qui repré- 
senta l'une des façades du château de la Rochefoucauld (Charente). 
M. René Vallette lui a consacré un article d'éloges très mérités, dans la 
Vendée du 10 décembre dernier. 

Notre excellent ami, M. A. Bonnin, a également enrichi son œuvre 
d'une toile qui a sa place marquée au prochain salon. C'est une scène 
très vécue des Vendanges au Bocage. 

Signalons également dans l'atelier de M. de Verteuil, un joli bas- 
relief: l'Apparition de l'Archange saint Michel à Jeanne d'Arc,q\ii fait grand 
honneur au ciseau de l'aimable artiste, et, dans celui de M. J. Robuchon, 
un buste très réussi de M. Gaston Guillemet, député. 

Le R. P. Ingold a quitté la direction des Archives du diocèse de Luçon; 
mais nous avons hâte d'ajouter que, contrairement à ce qui a été dit, le 
sympathique érudit n'abandonne point pour cela la Vendée. Nous nous 
en félicitons vivement et avons le boa espoir qu'il voudra fréquemment 
faire profiter la Revue du Bas-Poitou de ses nouveaux loisirs. 

A la section d'Art chrétien du Congrès Catholique tenu à Nantes en 
novembre dernier, M. René Vallette a lu un rapport sur la Conservation des 
monuments religieux, tendant à la création d'une chaire d'archéologie 
dans chaque grand séminaire et à l'organisation d'un comité de conser- 
vation des richesses d'ajt ecclésiastique au chef-lieu de chaque diocèse. 

Ce rapporta été publié par l'^/oi/e de la Vendée (n" du 7 décembre 1890). 

La Société artistique et littéraire de VOuest, dont le siège est à Paris, 
prépare une fôte dont le programme sera exclusivement composé 
d'œuvres musicales, poétiques ou dramatiques signées de noms appar- 
tenant aux provinces de Bretagne, de Poitou, du Maine et de l'Anjou. 

M. de Lavoùte, vient de terminer trois nouvelles compositions pour 
musiques militaires. Une d'elles doit être jouée au concours musical qui 
se tiendra à Fontenay au mois de mai prochain. 



CHRONIQUE 421 

De M. A. Rousse : un élégant Menuet qui a été exécuté pour la pre- 
mière fois avec succès à l'un des derniers concerts de Niort. 

Une réunion des architectes da Polloa et de la Saintonge a eu lieu le 
2 novembre à Niort, sous la présidence de M. Loquet, architecte du dé- 
partement de la Vendée. 

A la suite d'un concours entre plusieurs sociétaires pour la composi- 
tion du cachet et monogramme de la société, le bureau a choisi la compo- 
sition de notre collaborateur et ami, M. Libaudiôre. 

Dans la séance de la société des Antiquaires de l'Ouest du 16 octobre 
1890, on a donné lecture d'une lettre de M. N,.. avocat à Bordeaux qui 
sollicite des membres de la société des renseignements sur le point de 
savoir si les habitants du Bas-Poitou ont fait usage d'échasses comme les 
habitants des départements des Landes. 

Nous ignorons absolument ce fait. 

Les fouilles faites dans le sous sol de quelques unes des rues de Fonte- 
nay pour la construction ou la réparation des égouts de la ville, ont amené 
la découverte d'un nombre assez considérable de fers de chevaux des 
époques celtique et gallo-romaine, d'un boulet du siècle dernier, et de 
quelques deniers tournois sans intérêt. 

Plusieurs buires en terre commune recouverte d'un vernis vert 
ont été trouvées en octobre dernier au fond du puits de M. Ghamard, 
à Mouilleron-en-Pareds. Elles sont aujourd'hui en la possession de M. Le 
docteur Poirault, qui collectionne avec succès les faïences anciennes de 
notre pays. 

A la séance du 3 décembre dernier de la Société de statistique des 
Deux-Sèvres, MM. Roy et Desaivre ont fourni des explications au sujet 
du vase en terre nouvellement acquis de M. de Rochebrune, de Fontenay. 
Ils ont fait l'historique de sa provenance ; ils ont examiné sa forme et son 
ornementation et l'ont comparé à deux autres vases qui sont connus. Mais 
ils ont réservé absolument les questions d'âge et de destination. 

Les travaux de la nouvelle église de Saint-Laurent-sur-Sèvre se 
poursuivent avec activité. 

Une excursion botanique a été faite, le 7 juillet 1889, dans la foré*, de 
Vouvent par la Société des Sciences naturelles de la Charente-Inférieure. 
Au cours de cette excursion une plante nouvelle pour la Vendée 
[seduyn reflexum) y a été découverte. 

M. Odin directeur de l'Aquerium des Sables d'Olonne, doit prochai- 
nement fonder une Revue des Sciences naturelles de l'Ouest. Tous nos 
vœux. 



422 CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 



NÉCROLOGIE 



M 



JEAN-FRANÇOIS du GARREAU de l/i MÉGHENIE, l'un 
des fondateurs du journal la Vendée, décédé le 16 octobre 1890, 
dans sa 78<= année. 



M""» ERNEST MERSON, épouse du distingué directeur de V Union 
Bretonne, décédée à Nantes, le 17 octobre 1890, à l'âge de 73 ans. 

M. l'abbé EMILE BERTRAND, directeur et économe au séminaire 
des Sables-d'Olonne, décédé le 22 octobre 1890. 

M. P. N. AYRAUD, président du comice agricole de l'arrondissement 
de Fontenay, officier du mérite agricole, auteur de nombreux ouvrages 
d'agriculture, décédé en son domaine du Lys, le 29 octobre 1890. 

A ses obsèques, qui ont eu lieu à Fontenay le 31 octobre, plusieurs 
discours ont été prononcés : par MM. Gharier, maire, Guinaudeau, vice- 
président du Gomice, Ghaigneau, vice-président de la Société de Secours 
Mutuels et Fabre, sous-préfet de Fontenay-le-Gomte. (Voir h' Avenir -Indi- 
caieur, n°s des 2, 5 et 7 novembre 1890). 

M. H. BEAUSSIRE, conseiller d'arrondissement du canton de Saint- 
Hermine, décédé à Saint-Aubin-la Plaine, fin octobre. 

M. A. Voilant lui a consacré un article nécrologique (Avenir-Indica- 
teur, des 2-5 novembre 1890). 

Deux discours ont également été prononcés à ses obsèques : l'un par 
M. le préfet de la Vendée, et l'autre par M. Soullard, conseiller-général. 
(Voir Avenir-Indicateur du 3l octobre 1890.) 

Mn^o la marquise de GODEFROY-MÉNILGLAISE décédée à Paris, à 
l'âge de 78 ans, et inhumée à Saint-Michel-le-Gloucq, le 5 novembre 1890. 

D'un esprit très distingué, M™* de Godefroy a publié la Vie du Monde 
élevée à Dieu^ pages touchantes que lui avait inspirées la perte de sa fille 
Hélène, enlevée à son affection à l'âge de vingt ans. 

M. JULES-CONSTANTIN de GHABOT, décédé à Angers, le 6 no-, 
vembre 1890, dans sa 61* année. 



CHRONIQUE — NÉCROLOGIE 423 

C'était le père de notre collaborateur et ami, M. le vicomte Paul de 
Chabot, auquel nous adressons de nouveau nos plus sympathiques con- 
doléances. 

M. l'abbé PIERRE-AUGUSTIN ROUSSEAU, prêtre habitué à la 
Gaubretière, décédé le 13 novembre 1890. 

M. LÉON NIVELLEAU, décédé à Nantes, le 13 novembre 1800, à 
l'âge de 71 ans, et inhumé à Pouzauges. 

M. HENRI-CAMILLE PORGHIER de la-THIBAUDIÈRE, décédé à 
Paris le 30 novembre 1890, et Inhumé à la Roche-sur-Yoa le 3 décembre. 

M. MÉMIN MARIE-JOSEPH, baron de LAUZON, décédé au châ- 
teau de Péré-en-Forêt, le 6 décembre 1890, dans sa 82" année. 

M. LUDOWIG GUETTE, homme de lettres et compositeur musical, 
que de nombreux liens de famille rattachaient 'à la Vendée, décédé à 
Saint-Maixent (Deux-Sèvres), fin décembre. 




424 CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 



BIBLIOGRAPHIE 



LE troisième fascicule de la nouvelle édition du Dictionnaire histo- 
rique et généalogigue des familles du Poitou a été remis, il y a 
quelques semaines, aux souscripteurs. 
De nombreuses familles du Bas-Poitou y trouveront leur 
généalogie. Citons au hasard : les Bastard de la Cressonnière, les Baudéan 
de Parabère, les Baudry d'Asson, les de la Bauduère, les de Béjarry, les 
Belliard, les de Bernon, etc. 

Nos compliments encore une fois aux savants auteurs, et tous nos 
vœux les plus ardents pour le succès de leur œuvre. 

M. le duc de la TrémoïUe vient d'ajouter à la liste déjà nombreuse de 
ses remarquables publications un nouveau volume à luxueuse livrée et 
dont l'intérêt n'échappera à personne. Il a pour titre : Les La TrémoïUe 
pendant cinq siècles. (Nantes-Grimaud. grand in-4» 315 p.) Nous en 
reparlerons. 

M. Clouzot, l'éditeur de Niort si connu, vient de faire paraître une 
troisième édition des Fables et contes en vers, par le docteur Auguste 
Delétant. Cette édition — véritable édition de luxe — est illustrée par 
M. Duplais-Destouches : c'est dire avec quel soin ont été exécutés ces 
dessins, dont l'auteur avait indiqué lui-même les sujets. 

Claude Delétant naquit à la Rochelle le 26 février 1802. Destiné 
d'abord au commerce, il ne tarda pas à l'abandonner pour aller faire ses 
étu'les de médecine en Angleterre. Il en revint avec le titre de docteur, et 
en 1830 nous le trouvons dans sa ville natale, s'amusant surtort à taquiner 
la MiT^e et délaissant la médecine. 

Delétant avait l'imagination féconde, ne manquait ni d'humour, ni 
d'esprit, et ses contemporains le tenaient fort en estime. Du reste, à cette 



CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 425 

époque, faire des fables et contes en vers était très à la mode. La vogue 
du docteur Delétant est très justifiée. Son livre est en effet un bouquet de 
gracieuses fleurs aux fraîches et riantes couleurs, et dont on prend plaisir 
à respirer le parfum. 

L'auteur, encouragé par les applaudissements recueillis, avait préparé 
la publication de ses œuvres. Cette idée fixe le poursuivait constamment, 
rendant encore plus douloureuses les infirmités qui attristèrent ses 
dernières années. Ce fut le dernier vœu qu'il ait formulé avant de dormir 
son suprême sommeil. Ce que la mort impitoyable ne permit point, de 
pieux amis l'ont fait, et c'est la troisième édition de ses œuvres que nous 
venons de lire avec le plus vif plaisir. 

VHistoirede V Abbaye de St-Michel-en-VHerm que vient d'écrire notre 
sympathique collaborateur, M. L. Brochet, est présentement sous presse. 
Parmi les curieuses choses inédites q l'elle contient, nous citerons le plan 
de l'ancienne abbaye, récemment découvert aux Archives nationales et 
qui a permis à l'auteur de rectifier plusieurs erreurs commises par les 
précédents historiens. 

L'ouvrage si impatiemment attendu de M. l'abbé Tricoire sur le Château 
d'Ardennes et la Seigneurie de Moulidars en Angownois, vient de paraître 
(La Rochelle, imp. NoëlTexier, 1890, grand in %" 460 p. avec lithog). La 
place nous manque pour en faire aujourd'hui une complète analyse. Mais 
nous tenons du moins à féliciter l'auteur du consciencieux talent d'his- 
torien dont il a fait preuve en publiant ces pages, oià nous avons rencontré 
avec plaisir plus d'un curieux renseignement sur le Bas-Poitou. 

Tout en préparant la fin des Paysages et Monuments du Poitou, M. Jules ^ 
Robuchon s'occupe activement de recruter des collaborateurs et des sous- 
cripteurs pour une publication analogue qui embrassera les cinq dépar- 
tements de la Bretagne. Le voyage qu'il vient d'y faire a été très fructueux, 
et il est revenu, nous le savons, avec les plus flatteuses promesses. Le 
prospectus, récemment mis en circulation, fait entrevoir pour l'intrépide 
auteur de nouveaux succès auxquels nous applaudissons de tout cœur. 

Les Poètes Poitevins, de M. Olivier de Gourcuff, précédemment 
annoncés par nous, sont tout dernièrement parus à la librairie Gautier. 
Nous y relevons les noms de Jacques Béreau, Nicolas Rapin, André de 
Rivaudeau, Romain du Pin Pager, La Servie, d'Angrly, Barreau, Edmond 
Biré, Gustave Boisson, Paul Bourgeois, Crétineau-Joly, Adrien Dézamy, 
Alfred Giraud, Emile Grimaud, l'abbé Lamontagne, Lubin Impost, 
Edouard Richer,V a.hhé J. J. Rousseau. 



426 CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 

Le Livre d'or de Litçon, de notre sympathique et érudit collaborateur, 
ML. Ballereau, vient de paraître chez Gouraud à Fontenay-Le-Gomte, 
sous forme d'une charmante plaquette in-8° de 66 pages, qui fait tout à 
la fois honneur à la science de l'auteur et au mérite de l'éditeur. 

Au cours d'un savant article sur l'Instruction primair'. avant 1789 
en Sainlonge-Aunis. {Revue de Saintonge ei Aunis, X» vol, 6* livr). M. Louis 
Audiat signale l'existence d'an instituteur à Saint-Martin-de-Fraigneau 
(Vendée) au XVIII* siècle. 

« A la Gaubretiêre.en 1789, il n'y avait point de régent approuvé, inais 
seulement trois habitants mariés et bonnes personnes qui enseignaient 
les petits enfants. » 

En 1771, " la sœur Nicole Mercier et ses deux compagnes établies aux 
Sables-d'Olonne » touchaient 450 1. pour leur nourriture et entretien. 
Elles y avaient été établies, disent les Archives delà Gharente-Inférieure, 
pour l'instruction des enfants et le soulagement des pauvres malades. 

Des écoles de filles tenues par des laïques existaient à Ghassenon 
(Thérèse Brange), à Foussais, à Vouvent, etc. 

Souvenir du 27 juillet 1890. — Le troisième printemps de « la Revue du 
Bas-Poitou ». —Tel est le titre d'une charmante brochure à peine sortie 
des presses de M. Lacuve, le poète-imprimeur de Melle, et destinée seu- 
lement aux « intimes de derrière les fagots. » 

G'est le récit de la petite fête offerte cet été à ses collaborateurs par 
M. René Vallette, directeur de cette Revue. 

De Jos. Berihelé : Le Portrait d'un maire de Poitiers au XVI" siècle. — 
François Palustre de Chambonneau et sa famille. (Tours- Péricat, 1891, 
grand in-8° 62 p. avec héliograv. et lithog.) 

M. Dominique Gaillé, secrétaire de la Revue de Bretagne et Vendée a. 
consacré à notre illustre compatriote Emile Grimaud, le chantre aimé 
des gloires Vendéennes et Bretonnes, une très intéressante et fort 
gracieuse plaquette. (Lafolye, imp.-édit. Vannes, grand in-8° 23 p.) 

M. Braud a terminé ses Promenades historiques à travers Fontenay-le- 
Comte, dans le n° fie la Vendée du 15 octobre 1890. 

Ge même numéro contient un article de M. René Vallette sur les Gou- 
verneurs de Fonlcnay. 

Dans VAvenir-Indicaleur (n" du !«■• octobre 1890), récit d'une Excursion 
dans la forci de Mervent par les Sociétés de Gymnastique la Rcchelaistet la 
Fontenaisienne, par L. B. (Louis Brochet). 



CHRONIQUE — BIBLIOGRAPHIE 427 

Le Publicaleur de la Vendée nous apprend l'apparition récente d'une 
brochure due à la plume de M. L. Alasonière, vétérinaire à la Roche 
sur-Yon, et intitulée Les Accouplements dans Vesp'ece chevaline. 

Les derniers jours de l'année 1890 ont assisté aune joyeuse envolée 
d'Almanachs nouveaux. Citons notamment : VAlmanach très complet 
de la Vendée (La Roche-sur- Yen, Tremblay) ; Le grand Almanach vendéen 
(F'ontenay, Gouraud) ; l'i/manac/i ^^ndra/ du département de la Vendée 
(Fontenay, Baud). 

Paru à la même époque : VOrdo du diocèse de Luçon, (in-12 47 p 
Luçon, Rideaux.) 

De notre excellent compatriote et ami, M. Arthur de la Voùle, une 
nouvelle et charmante mélodie, l'Etoile, dont les rimes sont dues à la 
muse toujours si merveilleusement inspirée d'A. Bonnin ('Chatot, éditeur, 
19, rue des Petits-Champs). 

Eléonore Robert, veuve de Louis Robert, seigneur de Boisfolssé (n" du 
3 novembre 1870), Jamin « le Chouan » (n° du 14 décembre 1890). 

U Etoile de la Vendée, des Sables-d'Olonne, a commencé la publication 
d'une série de Souvenirs vendéens. Citons : Lareprise de Fontenay par Varnxée 
Vendéenne (n° du 2 novembre 1890], Une victime Sablaise de la Révolution, 

M. le docteur Marcel Petiteau continue dans le même journal ses inté- 
ressantes Ephémérides Sablaises. 

Notre confrère Ed. Paz a fait représeater le 27 décembre dernier un 
joli prologue en vers au Cercle de la Presse, à Paris. 

Dsiïïs le Libéral de la Vendée {n° du. 10 octobre 1890) : Renseignements 
biographiques sur le général Jlaxo, — « Communication de M. G. Save, 
homme de lettres. » 

Le même journal a commencé la publication ù'Etymologies Vendéennes 
tirées du Dictionnaire des noms de Lorédan Larcher. 

Par M. A. Naud, instituteur à Saint- Yalérien : Histoire de la commune 
de Saint-Valérien {Vendée), depuis les temps les plus reculés. (Fontenay 
Gouraud. 1890, broché in-12 6(3 p ) 

Nous recevons de M. Aristide Bellet, de Chef-Boulonne, une élégante 
plaquette ornée de sujets antiques, gravés sur bois, dont nous avons déjà 
signalé Tapparxtion. Elle a pour titre : Premiers coups d'ailes. 

Ceà charmantes pages poétiques se vendent* au profit de l'église du Bien- 
heureux Père de Monfort » qui se construit présentement à Saint-Laurent 
sur Sèvre. (Fontenay-Gouraud, grand in-8°, de 36 p. 



428 



SHRONIQUE 



BIBLIOGRAPHIE 



M. Henri Clouzot, fils de l'éditeur niortais, nous fait remettre au 
dernier moment un très curieux volume de Notes pour servir à Vhisloire 
de V Imprimerie à Niort et dans les Deux-Sèvres (Niort, Clouzot, 1891, 
grand in-8°, 163 p.). Nous lui consacrerons une notice particulière dans 
le prochain fascicule. 

Qu'on nous permette enfin d'annoncer la reprise de nos Chroniques de 
Bas-Poitou (III® série), dans le Publicateur de la Vendée. 

R. DE Thiverçay. 




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